‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 41 sur 86 · LXXI | DISCOURS · texte numérisé non relu

LXXI | DISCOURS

des ponts et chaussées, m’a communiqué des renseignemens bien précieux pour l'explication de ces changemens du littoral de l’Adriatique (1). Ayant été chargé par le gouvernement d’examiner les

(1) Extrait des Recherches de M. ve Prony , sur le Système hydraulique de l'Italie.

Déplacement de la partie du rivage de l’ Adriatique occupée par les bouches du P6.

LA partie du rivage de l’Adriatique comprise entre les extrémités méridionales du lac ou des lagunes de Comachio et des lagunes de Venise, a subi, depuis les temps antiques, des changemens considérables, attestés par les témoignages des auteurs les plus dignes de foi, et que l’état actuel du sol, dans les pays situés pres de ce rivage, ne permet pas de révoquer en doute; mais il est impossible de donner, sur les progres successifs de ces changemens, des détails exacts, et surtout des mesures précises pour des époques antérieures au douzième siecle de notre ere.

On est cependant assuré que la ville de Hatria, actuellement Ædria, étoit autrefois sur les bords de la mer , et voilà un point fixe et connu du rivage primitif, dont la plus courte distance au rivage actuel, pris à l'embouchure de l’Adige, est de 25000 metres (*. Les habitans de cette ville ont, sur son antiquité, des prétentions exagérées en bien des points, mais on ne peut nier qu’elle ne soit une des plus anciennes de l'Italie ; elle a donné son nom à la mer qui baigna ses murs. On a reconnu , par quelques fouilles faites dans son intérieur et dans ses environs, l’existence d’une couche de terre parsemée de débris de poteries étrusques, sans mélange d’aucun ouvrage de fabrique romaine; l’étrusque et le romain se trouvent mêlés dans une couche supérieure, sur laquelle on a découvert les vestiges d’un théâtre ; l’une et l’autre couche sont fort abaissées au-dessous du sol actuel; et j'ai vu à Adria des collections curieuses , où les monumens qu’elles renferment sont classés et séparés. Le prince vice-roi, à qui je fis observer, il y a quelques années, combien il seroit inté— ressant pour l’histoire et la géologie de s'occuper en grand du travail des fouilles d’Adria, et de déterminer les hauteurs par rapport à la mer, tant du sol primitif que des couches successives d’alluvions, goûta fort mes idées à cet égard ; j'ignore si mes propositions ont eu quelque suite.

En suivant le rivage , à partir d’'Hatria, qui étoit située dans le fond d’un petit golfe, on irouvoit, au sud, un rameau de l’Athesis (VAdige), et les fosses philistines, dont la trace répond à celle que pourroient avoir le Mincio et le Tartaro réunis, si le Pô couloit encore au sud de Ferrare; puis venoit le Delia Venetum, qui paroît avoir occupé la place où se trouve le lac ou la lagune de Commachio. Ce Delta étoit traversé par sept bouches de l’'Eridanus, autrement V’adis, Padus où Podincus, qui avoit sur sa rive gauche, au point de diramation de ces bouches, la ville de Trigopolis, dont la position doit être peu éloignée de celle de Ferrare. Sept lacs renfermés dans le Delta prenoient le nom de Septem Maria, et Hatria est quelquefois appelée Urbs Septem Martium.

En remontant le rivage du côté du nord, à partir d'Hatria, on trouvoit l'embouchure

(*) On verra bientôt que la pointe du promontoire d’alluvions, formée par le Pô, est plus avancée dans la mer

de 10006 mètres environ que l'embouchure de PAdige.

PRÉLIMINAIRE. LXXIII remèdes que l’on pourroit appliquer aux dévastations qu’occasionnent les crues du PG, il a constaté que cette rivière, depuis l’époque où on l’a enfermée de digues, a tellement élevé son fond, que

principale de l’Athesis, appelée aussi Fossa Philistina, puis l’'ÆEstuarium Aliini, mer intérieure, séparée de la grande par une ligne d’ilots , au milieu de laquelle se trouvoit un petit archipel d’autres îlots, appelé Rialtum ; c’est sur ce petit archipel qu’est maintenant située Venise; l’ÆÆEstuarium Altini est la lagune de Venise qui ne communique plus avec la mer que par cinq passes , les îlots ayant été réunis pour former une digue continue.

À l’est des lagunes et au nord de la ville d’Este, se trouvent les monts Euganéens, formant, au milieu d’une vaste plaine d’alluvions , un groupe isolé et remarquable de pitons, dans les environs duquel on place le lieu de la fameuse chute de Phaëéton. Quelques auteurs prétendent que des masses énormes de matières enflammées, lancées par des explosions volcaniques dans les bouches de l’Éridan , ont donné lieu à cette fable; il est bien vrai qu’on trouve aux environs de Padoue et de Vérone beaucoup de produits volcaniques.

Les renseignemens que j'ai recueillis sur le gisement de la côte de l’Adriatique aux bouches du Pô, commencent, au douzieme siecle, à avoir quelque précision ; à celte époque toutes les eaux du P6 couloient au sud de Ferrare, dans le P6 di Folano et le P6 di Primaro, diramations qui embrassoient l’espace occupé par la lagune de Commachio. Les deux bouches dans lesquelles le Pô a ensuite fait une irruption, au nord de Ferrare , se nommoient, l’une, fiume di Corbola, ou di Longola, ou del Mazorno ; Vautre, fiume Toi. La premiere, qui étoit la plus septentrionale , recevoit , près de la mer , le 7'artaro ou canal Bianco ; la seconde étoit grossie à Ariano par une dérivation du P6 , appelée fiume Goro.

Le rivage de la mer étoit dirigé sensiblement du sud au nord, à une distance de ro ou 11 mille metres du méridien d’Adria; il passoit au point où se trouve maintenant l'angle occidental de l’enceinte dela Mesola ; et Loreo, au nord de la Mesola , n’en étoit distant que d’environ 2000 metres.

Vers le milieu du douzième siecle les grandes eaux du P6 passerent au travers des digues qui les soutenoient du côté de leur rive gauche, pres de la petite ville de Ficarolo , située à 19000 mètres au nord-ouest de Ferrare, se répandirent dans la partie septentrionale du territoire de Ferrare et dans la polésine de Rovigo, et coulèrent dans les deux canaux cidessus mentionnés de Mazorno et de Toi. Il paroïit bien constaté que le travail des hommes a beaucoup contribué à cette diversion des eaux du P6; les historiens qui ont parlé de ce fait remarquable ne different entre eux que par quelques détails. La tendance du fleuve à suivre les nouvelles routes qu’on lui avoit tracées devenant de jour en jour plus énergique , ses deux branches du 7’olano et du Primaro s’appauvrirent rapidement , et furent, en moins d’un siecle, réduites à peu près à l’état où elles sont aujourd’hui. Le régime du fleuve s’établissoit entre l'embouchure de l’Adige et le point appelé aujourd’hui Porto di Goro; les deux canaux dont il s’étoit d’abord emparé étant devenus insuffisans , 1l s’en creusa de nouveaux ; et au commencement du dix-septième siècle sa bouche principale, appelée Sbocco di T'ramontana, se trouvant très-rapprochée de l’embouchure de l’Adige , ce voisinage alarma les Vénitiens, qui creusèrent, en 1604, le nouveau lit appelé T'aglio di Porto Viro ou Po delle F'ornacr, au moyen duquel la Bocca Maestra se trouva écartée de l'Adige du côté du midi.

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