‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 76 sur 86 · PRÉLIMINAIRE. CXXXIX · texte numérisé non relu

PRÉLIMINAIRE. CXXXIX

Combien n’est-il pas d’autres couches, même célèbres par leurs fossiles, que l’on ne sait point encore lier à la série générale, et dont l’ancienneté relative est par conséquent encore indéterminée? Les schistes cuivreux de Thuringe sont, dit-on, pleins de poissons d’eau douce, et surpassent en ancienneté la plupagt des bancs secondaires; mais quelle est la vraie position des schistes fétides d'OEningen que Von dit aussi pleins de poissons d’eau douce; de ceux de Vérone, évidemment remplis de poissons de mer, mais de poissons très-mal nommés par les naturalistes qui les ont décrits; des schistes noirs de Glaris ; des schistes blancs d’Aichstedt, remplis encore de poissons, d’écrevisses , et d’autres animaux marins différens des coquilles ? Je ne trouve nulle réponse distincte à ces questions dans les livres de nos géologistes. On ne nous dit pas davantage pourquoi il se trouve des coquilles partout, et des poissons en un petit nombre de lieux seulement.

Il me semble qu’une histoire suivie de dépôts si singuliers vaudroit bien tant de conjectures contradictoires sur la première origine des globes, et sur des phénomènes que l’on avoue ne pouvoir ressembler en rien à ceux de notre physique actuelle, qui n’y trouvent par conséquent ni matériaux, ni pierre de touche. Plusieurs de nos géologistes ressemblent à ces historiens qui ne s'intéressent dans l’histoire de France qu'à ce qui s’est passé avant Jules-César ; il faut bien que leur imagination supplée aux monumens ; et chacun d'eux fait son roman à sa manière. Que seroit-ce si ces historiens n’étoient aidés dans leurs combinaisons par la connoissance des faits postérieurs? Or nos géologistes négligent précisément ces faits postérieurs qui pourroient au moins réfléchir quelque lueur vers la nuit des temps précédens. Qu'il seroit beau cependant d’avoir les productions organisées de la nature dans leur ordre chronologique, comme on a les principales substances minérales! La science de l’organisation elle-même y gagneroit; les développemens de la vie, la succession de ses formes,

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