‹ Discours sur la théorie de la terreChapitre 82 sur 86 · CLIV SUR L’IBIS · texte numérisé non relu

CLIV SUR L’IBIS

que c’est la plus authentique de toutes, ayant été faite dans le temps et sur les lieux où l'ibis étoit adoré, et étant contemporaine de ses momies ; tandis que celles que nous avons citées auparavant, faites en Italie, etpar des artistes qui ne professoient point le culte égyptien, pouvoient être moins fidèles.

Nous devons à Bruce la justice de dire qu’il avoit reconnu l'oiseau qu'il décrit sous le nom d’abou-hannes pour le véritable ibis. Il dit expressément que cet oiseau lui a paru ressembler à celui que contiennent les cruches de momies ; il dit de plus que cet abou-hannès ou père-jean est très-commun sur les bords du Nil, tandis qu'iln y a jamais vu l'oiseau représenté par Buffon sous le nom d'ibis blanc d'Égypte.

M. Savigny, l’un des naturalistes de l'expédition d'Égypte, assure également n’avoir point trouvé le £antalus dans ce pays, mais il a pris beaucoup de nos zwmenius près du lac Menzalé dans la Basse- Égypte, et il en a rapporté la dépouille avec lui.

L'abou-hannès a été placé par M. Latham dans son z2dex ornithologicus , sous le nom de fantalus æthiopicus ; mais il ne parle point de la conjecture de Bruce sur son identité avec l'ibis.

Les voyageurs antérieurs et postérieurs à Bruce paroissent avoir tous été dans l’erreur.

Belon a cru que l’'ibis blanc étoit la cigogne, en quoi il contredisoit évidemment tous les témoignages ; aussi personne n’a-t-il été de son avis en ce point, excepté les apothicaires qui ont pris la cigogne pour emblème, parce qu’ils l’ont confondue avec l'ibis auquel on attribue l'invention des clystères (1).

Prosper Alpin, qui rappelle que cette invention est due à l'ibis, ne donne aucune description de cet oiseau dans sa médecine des

RE TS TE EE ZA STE Q) Ælian., Gb. TT, cap. XXXV ; Plut., de solert. an.; Crc., de nat. deor., lib. IF;

Phile de anim. prop. , 16, etc.

SUR L’'IBIS. CLV Egyptens (1). Dans son Histoire naturelle d'Egypte , il n’en parle que d’après Hérodote, aux termes duquel il ajoute seulement, sans doute d’après un passage de Strabon que je rapporterai plus bas, que cet oïseau ressemble à la cigogne par la taille et par la figure. Il dit avoir appris qu’il s’en trouvoit en abondance de blancs et de noirs sur les bords du Nil; mais il est clair par ses expressions méme, qu'il ne croyoit point en avoir vu (2).

Shaw dit de l’ibis (3) qu'il est aujourd’hui excessivement rare, et qu'il n’en a jamais vu. Son errseesy ou oiseau de bœuf, que Gmelin rapporte très-mal à propos au tantalus ibis, a la grandeur du courlis, le corps blanc, le bec et les pieds rouges. Il se tient dans les prairies auprès du bétail: sa chair n’est pas de bon goût, et se corrompt d’abord (4). Il est facile de voir que ce n’est pas là le tantalus, et encore moins l'ibis des anciens.

Hasselquist n’a connu ni l’ibis blanc, ni l'ibis noir ; son erdea zbrs est un petit héron qui a le bec droit. Linné avoit très-bien fait de le placer, dans sa dixième édition, parmi les hérons; mais il a eu tort, comme je l'ai dit, de le transporter depuis comme synonyme au genre {arntalus.

Demaillet ( desc. de lEg., partie IT, p. 23) conjecture que l'ibis pourroit être l'oiseau particulier à l'Egypte; et qu'on y nomme chapon de Pharaon, et à Alep saphan-bacha. K dévore les serpens : il y en a de blancs, et de blancs et noirs; et il suit pendant plus de cent lieues les caravanes qui vont du Caire à la Mecque pour se repaitre des carcasses des animaux qu’on tue pendant le voyage, tandis que dans toute autre saison on n’en voit aucun sur

cette route. Mais l’auteur ne regarde point cette conjecture comme

(Gi) De med. Ægypt., Gb. I, fol. I, vers. Édit. de Paris, 1646.

(2) Rer. ÆEgypt., lib. IV, cap. I ,t.1, p. 199 de l’éd. de Leyde, 1735. (3) Voyez trad. fr. , II, p, 167.

(4) Thid., I, p. 330.

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