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Discours sur le budget [microform]

: . M. l’Orateur, je me lève pour répondre au discours sur le budget, prononcé par l'honorable Trésorier de la province.

C’est une tâche ingrate. De soi, les questions de finance sont arides et n'offrent guère d’attrait à ceux qui n’y sont pas versés par habitude. Puis, il faut bien l'avouer, je m'adresse à un auditoire dont la majorité se laisse guider bien plus par la voix trompeuse des préjugés et des exigences de parti que par celle de la vérité et des intérêts du pays. En vain démontrerai-je que la politique financière suivie depuis quelques années nous conduit fatalement à la ruine; en vain démontrerai-je que pour conserver la faveur populaire, les hom-

‘ mes chargés de l'administration de nos finances se sont étudiés à égarer l'opinion publique par de fausses représentations et des exposés fallacieux: pour un bon nombre de mes collègues, il n’y a qu’un seul intérêt en jeu, qu'un seul intérêt à sauvegarder, je veux dire l'intérêt du parti au pouvoir. ? :

Il est de fait, M. l'Orateur, et je le constate avec regret, il est de fait qu’il est impossible de discuter la question de nos finances d’après son véritable mérite, sans passion, sans préjugés et en dehors de cet esprit de parti, qui explique le misérable état dans lequel se trouvent nos finances. Quand le gouvernement se trouve acculé au pied du mur, quand ses actes de mauvaise administration sont trop évidents pour être décemment défendus, il fait appel à l'esprit de parti, et l'on voit des hommes, d’ailleurs très ha bies dans la vie privée, refouler dâns leur cœur les sentiments patriotiques, étouffer la voix de leur conscience, abdiquer leur intelligence et lour dignité pour approuver des actes qu'ils condamnent dans leur for intérieur et dont il ne vou-

draient jamais assumer la responsabilité dans le cours des affaires de la vieprivée. Leur conscience s'est engourdie, est devenue insensible à tont sentiment généreux ; ils sont tellement imbus de préjugés qu'ils condamnent le plus souvent, sans examen préalable, tout ce qui n’est pas conforme aux notions, en général erronnées, qu’ils ont des honimes et des chores, Voilà ce qui explique pourquoi l’on voit si souvent en politique des hommes, dont l'intelligence permettrait d'espérer mieux, se rendre coupables de choses absurdes et repréhensibles à tous les points de vue. J'ai constaté tout cela moi-même depuis que je suis en Chambre, j'ai pu me rendre compte par moi-même de ce que peuvent faire les préjugés et l’aveuglement produit par l'esprit de parti.

Pourtant, s'il est une question qui devrait être traitée et jugée en dehors de tout esprit de parti, c'est bien celle des finances de la province. Mais il n’en est pas ainsi, et pour cette question comme pour les autres, l'esprit de parti joue son rôle néfaste. La preuve de cela, nous l’avons dans le concours et les sympathies que la majorité donue à l’honorable Trésorier de la province.

Fausses représentations

Quel est l’homme impartial et sensé qui puisse nier aujourd’hui que depuis plusieurs années les états fournis sur la position financière de la province ne représentent pas la situation telle qu'elle est ? Quel est l’homme consciencieux et sensé qui puisse nier que depuis plusieurs années on ne nous a soumis sur les finances de la province que des chiffres destinés à faire voir, pas ce qui existe de fait, mais ce qui n'existe pas, qu’on a fait miroiter à nos yeux des situations favorables, quand de fait nous accumulions des millions de déficit ? Or ces états mensongers, ces représentations fallacieuses ont été acceptés avec enthousiasme par un grand nombre de députés ministériels, qui en connaissent et en admettent la fausseté, pour la raison, peu avouable il est vrai, que cela fait l'affaire du parti. C’est à ce qui explique la présence de l'honorable député de Sherbrooke, comme trésorier, dans presque tous les gouvernements conservateurs qui ont administré les affaires de la province depuis quelques années, On a confié le département du trésor à cet honorable député tout simplement parce qu'il excelle dans Part de manipuler les chiffres etde dissimuler la véritable situation de nos finances,

On a usé et abusé largement de cet art des manipulations de chiffres et des fausses représentations, Au lieu de prendre ta Chambre en confidence, de lui parler franchement et loyalement, on a préféré suivre la voie tortueuse des expédients. Personne ne peut nier que ce que j'expose ne soit la véritable peinture de la politique suivie à l'égard de la question financière,

Mais ces expédients n'ont abouti à rien. En dépit de l'obscurité que l'on s’est efforvé de jeter sur l'état de nos finances, en dépit de tous | les soins que l'on a pris pour dissimuler ce qui existe de fait, en dépit

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res de des efforts qu’on a foits pour cacher la vérité, le jour est venu où il a \1 msible fallu admettre ce qui jusqu'alors on avait nié, où il a fallu déclarer que 114 s qu'ils les déficits sont énormes et augmentent d'année en année. C'eût LA i n’est été le temps de remédier au mal; mais, là encore, l'esprit de parti fit | s honi- son œuvre fatale, L'aveuglement politique était tel que toutes les Fe puvent remontrances possibles n’eurent aucun effet. Par esprit de parti, on a spérer accepté, on a assumé la responsabilité de tout ce que proposait un À ibles à } trésorier —qui n'était souvent que l’esclave d'une coterie—et cela en | is que dépit de la fausseté évidente et clairement établie des états financiers Li ce que qui nous étaient fournis. On ne s’est nullement occupé d’examiner 8) Li rit de la politique suivie était en rapport avec les principes qui doivent régir ki une opération financière bien conduite, Grâce à ce système de duperie, cée en on a pu induire la Chambre en erreur et lui faire accepter comme vrais de la des états accusant une position florissante, quand en réalité nous \: :omme accumulions une dette hors de proportion avec nos moyens et quand À uve de les découverts se chiffraient chaque année par des millions de piastres. { ajorité En présence de ce système de duperie et de tromperie, faut-il (à s'étonner que le véritable état dans lequel se trouvent nos finances soit à si peu connu, que la situation financière de la province ait subi un choc ! qui la fait péricliter depuis longtemps ? ; rt Cette situation, je vais essayer de faire voir ce qu'elle est en réalité à wd'hui et d'indiquer les causes qui l'ont produite. Pour faire mieux ressortir ROIRRE la vérité que je veux établir, je vais d’abord examiner si la conduite de Quel l'honorable Trésorier comme administrateur de nos finances est bien ai pu de nature à nous inspirer confiance dans les exposés qu'il fait à la ue des Chambre, | ce qui ; rables, Déclarations contradictoires l s états avec Quelle confiance pouvons-nous avoir en l’honorable Trésorier ? À qui en Quelle confiance, surtont, peuvent avoir en lui ceux qui ont suivi >uable depuis une quinzaine d'années la marche des affaires dans notre que la législature ? Quel rôle l'honorable Trésorier a-t-il joué depuis 1875 ? , dans Selon qu'il était dans le gouvernement ou en dehors du gouvernement, ré les nous l'avons vu alternativement déclarer que nos finances étaient dans lépar- un état ruineux ou dans un état prospère. Quand il était en dehors du : parce ministère, tout était en péril, quand il était dans le ministère, tout était muler florissant et propère, du moins à son dire. A une époque, il affirmait une chose, quitte à la contredire plus tard. Lorsqu'il s’est agi de faire ns de assumer par le gouvernement la construction du chemin de fer du imbre Nord, il déclarait emphatiquement, il affirmait que nos revenus étaïent référé suffisants pour faire face à ces dépenses, qu'il nous induisait à encourir. que ce Plus tard, quand l'exécution de cette entreprise nous eut plongés dans égard des dettes hors de proportion avec nos moyens, il déclarait que nous n'aurions pas dû assumer la construction de ce chemin de fer, que nos urité revenus n'étaient pas suflisants pour nous permettre d'encourir de e tous areilles dépenses. C’est lui, aussi, qui sous l'administration de M. dépit | hurch, faisait entendre à la Chambre que ce monsieur administrait

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mal nos finances, n'avait aucune aptitude pour les opérations financières. Le gouvernement Chapleau est le plus extravagant que nous ayons eu et, jamais, ni avant ni après, les dépenses de la province n’ont été aussi élevées que sous cette administration, Tant que l'honorable député de Sherbrooke fit partie de cette administration comme trésorier, on ne lentendit jamait faire la moindre protestation contre ces extravagances et ces énormes dépenses. Au contraire, il nous disait que tout allait pour le mieux, dans ce meilleur des gouvernements, Mais, un bon Jour, il prit à M. Chapleau fantaisie de mettre son trésorier à la porte. Cela aftecta considéiablen ent les opinions de l'honorable député de Sherbrooke sur la situation financière die la province, De suite, il commença à trouver que la situation était tendue, difficile à l'extrême, que nos finances étaient mal administrées, enfin, que sans un changement radical, nousaurions bientôt à faire face aux plus graves embarras financiers, L'administration Mousseau n’améliora pas la position de nos finances et encore bien moins la manière de voir de l'honorable député de SherBrooke, puisqu'il n’en faisait pas partie. Aussi fant-il voir la peinture qu’il fit de notre situation finanç.ère quand le Dr Ross se l’adjoignit pour collègue et lui confia de nonveau l'administration du trésor. Dans le discours qu’il adressa aux électeurs de Sherbrooke, lors de son élection comme ministre, il enchérit encore sur ces sombres peintures de notre position financière, constata que notre dette 4 augmentait rapidement, que les dépenses sont hors de proportin : avec les revenus et que depuis plusieurs années les déficits varient de $300,000 à $500,000 par année. Il a dit à peu près la même chose en Chambre, peu après son entrée dans le présent ministère, dans le discours sur le budget qu’il a prononcé en 1884, Ou me permettra de rappeler ses propres paroles. Les voici:

‘© Il est impossible de nier le fait que depuis plr''ieurs années in notre revenu ordinaire, à part le revenu extraordinaire sur lequel et j nous ne comptions pas et, je pourrais ajouter, même uvec ce revenu et sur lequel nous ne comptions pas, n’a pas suffi à convrir les dépenses à encourues, Il y a eu chaque année, depuis plusieurs années, des déficits plus ou moins forts, selon la manière dogt on à manipulé les ë d' chiffres; mais il est hors de conteste qu’il y a eu des déficits variant n( de $300,009 à 8500,000 par année. n “ Donc, si nous continuons à dépenser autant que nous l'avons cl fait jusqu’à présent pour les fins du gouvernement, il nous faut, d’une ,C manière où d’une autre, imposer au peuple des charges additionnelles, ta et l’on a proposé le recours à la taxe directe comme étant le meilleur q moyen de prélever les fonds nécessaires à l'administration du service p: public. n ; ‘ I est impossible de permettre qu’un pareil état de choses con- fa tinue plus longtemps, à moins que nous soyons déterminés à rester d' dans des embarras perpétuels et devant aboutir pratiquement à l’insol- 0!

vabilité, à une date peu éloignée. Prendre une pareille détermination, ce serait-ruiner notre crédit dans le pays et à l'étranger, couvrir

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de déshonneur notre province et tous ceux qui sont concernés dans l'administration de nos affaires publiques.

“Toute notre dei‘e fondée, dette dont les intérêts et le fonds d'amortissement obèrent tant le trésor chaque année, x été contractée pour des fins de chemins de fer. On me permettra de constater en même temps que nous avons dépensé avec extravagance pour les autres branches du service publie, et qu'en vue de nos fortes dépenses pour les chemins de fer, nous aurions dû réduire les autres dépenses, au lieu que nous les avons maintenues au-dessus du montant que justifiait notre revenu annuel.

“ Maintenant, je désire faire bien comprendre à la Chambre que tout en ayant reçu du gouvernement fédéral une aide qui nous appartenait, nous ne devons pas supposer que ce surcroît de revenu nous libère de la nécessité de retrancher et d'économiser dans nos dépenses de toutes les manières possible. En effet, ce surcroît de revenu ne s'élève pas à la moitié du chiffre normal des déficits que nous avons eus depuis plusieurs années et il nous faut aussi pourvoir à notre forte dette fondée et à d’autres dettes, il nous faut aussi chaque année pourvoir au fonds d'amortissement, puis nous avons fait les choses sur un pied trop large, trop dispendieux, et la nécessité d'économiser n'existe pas moins maintenant qu'etle existait auparavant, sauf cette différence importante qu'en pratiquant une stricte économie, nous pouvons espérer faire face à nos engagements sans imposer de nouvelies taxes au peuple, ce qu’autrement nous n’aurions pas pu faire. (Ecoutez! écoutez!) M. l’Orateur, si l’aide que nous avons reçue à pour effet de nous porter à croire que nous pouvons continuer à dépenser comme auparavant sans retrancher ni économiser à l'avenir, il eût été mieux pour la province de ne pas recevoir un dollar du gouvernement fédéral, car dans cas il nous serait impossible d'éviter la taxe directe qui était imminente, et alors le peuple serait forcé de prenure l'affaire en mains et de ne confier le pouvoir qu’à des hommes qui poseraientle principe, et insisteraient pour le mettre en pratique, de maintenir les dépenses à un chiffre égal à celui du revenu. -

# J'ai entendu dire: ‘% Eh bien, avec un si fort montant venant d'Ottawa—estimant toujours ce montant àun chiffre plus élevé qu'il ne l’est en réalité —il n’y aura pas besoin de diminuer les dépenses; nous pouvons continuer, comme avant, à dépenser à droite et à gauche; nous pouvons continuer les crédits ordinaires, etc., etc.” Mais ces gens oublient ou ignorent le fait qu'après avoir retranché du montant additionnel que nous allons recevoir d'Ottawa le surcroît d'intérêt que nous aurons à payer l'an prochain sur une partie du dernier emprunt, il ne restera pas assez pour couvrir la moitié des déficits que nous avons eus depuis un bon nombre d'années, c’est-à-dire que pour faire joindre les deux bouts il nous faudra, après avoir payé le surcroît d'intérêts que je viens de mentionner, retrancher sur les dépenses ordinaires au moins la moitié du montant de nos déficits ordinaires.

“ Dans tous les cas, il est évident que depuis plusieurs années nous avons dépensé plus que notre revenu nous justifiait de le faire, ce

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ui, avec notre forte dette contractée pour les chemins de fer, a mis province dans la position financière où elle se trouve, IL est pureil-

lement évident que nous devons mettre un terme à cet état de choses l bu si nous voulons maintenir le crédit de ‘1 province dans le pays et à l'étranger. pu ‘“ Nous ne pouvons pas continuer le système que nous avons suivi ac jusqu’à préseut sans nuire au crédit de la province et imposer au peu- le le des charges qui l’obéreront au point de retarder sérieusement l'éta- pi Esemant du pays, d'induire et de forcer nos concitoyens à recher- y: cher quelqu’autre pays où les taxes sont moins fortes, à paralyser toutes les branches d'industrie au point d'amener la ruine d’un grand se! nombre de gens et à faire de notre population un objet de risée et de po mépris chez les populations des provinces voisines.” sai Voilà, M. l'Orateur, ce que l'honorable Trésorier nous disait en 1884, lorsqu'il venait de rentrer au bureau du trésor. Il eût été im- et possible de représenter la situation sous des couleurs plus sombres et po lus alarmantes. Cctte fois-là, pourtant, l'honorable Trésorier disait de a vérité. pr Nous eûmes le revers de la médaille quand il vint nous exposer le résultat des opérations de l'exercice finissant le 30 juin 1884. Dans na son discours sur le budget, prononcé à la session de 1885, les couleurs sombres ont disparu et avec cette modestie qui le caractérise, le 6 trésorier nous dit en substance que grâce à son heureuse administration, ré les malheurs qu'il avait prédits ont été détournés et qu'il a réussi | éte à réduire à la bagatelle de $240,000 le déficit de $500,000 qu'il avait les annoncé l’année précédente. an Cela paraissait un peu extraordinaire, car on savait bien que le trésorier n'avait pu exercer aucun contrôle sur les recettes et les Au dépenses du budget voté sous le gouvernement précédent et en qu examinant les chiffres soumis par le trésorier, tous ceux qui connais- L sent un neu les affaires financières découvrirent bien vite que le déficit était d'un demi-million, comme auparavant, qu’au lieu de changer à un véritablement l’état de nos finances, toute la besogne du trésorier 4 qu s'était bornée à manipuler les chiffres pour dissimuler la situation : en réelle, tromper le public et lui faire croire à une diminution du déficit. pa Telle est, en peu de mots, le résumé des contradictions, des outrages ï à la vérité qui composent tout le bagage financier du trésorier. En na présence d’un pareil dossier, est-il possible, je le demande à la Chambre, cr est-il poss ble d'ajouter la moindre foi aux paroles de cet homme qui qu nous a constamment trompés, qui a dit blanc ou noir sur la question | re: des finances, selon qu’il était en dehors du gouvernement ou dans le ; en ouvernement ? Comment ajouter foi aux exposés fallacieux de cet ; m for qui nous a constamment égarés pour satisfaire ou sa rancune dit ou sa vanité ? Avec un pareil passé, l’honqrable Trésorier croit-il que tré nous allons adopter sans un examen sérieux le singulier exposé sa financier qu'il nous a fait l’autre jour ? S'il le croit, il se trompe et, 1 ne our ma part je vais essayer de faire voir tout ce qu'il y a d'inexact et di:

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Le prétendu équilibre dans les finances

L'année dernière, le Trésorier nous a dit dans son discours sur le budget:

“ Il n'y a pas de doute que nos déficits normals tendent à dimipuer d'année en année et avec de la prudence et une surveillance active de la part &s l'exécutif, je suis certain que dans un an ou deux le Trésorier pourra annoncer la bonne nouvelle à la Chambre et au pays, que non seulement il pourra faire face aux dépenses, mais qu’il y aura un excédunt de recettes sur les dépenses,

“# C’est là le but que le gouvernement à en vue et tant que je conserverai la position que j'occupe maintenant, je ferai tous mes efforts... pour pouvoir démontrer que nos finances sont assises sur une base saine, sûre et substanticlle.”

Le Trésorier a voulu se donner raison quand, à l’encontre des faits et de la vérité, il a essayé de jeter de la poudre aux yeux du public pour faire croire à l'accomplissement de cette prédiction de l'année dernière et essayé de faire voir que son gouvernement a exécuté le programme par trop téméraire qu'il lui avait tracé,

Ainsi s'explique l’histoire—car c'en est une—du surplus imaginaire qu'accuserait Le dernier exercice.

L'ombre de ce prétendu surplus commença à poindre lors de l'élection de Lotbinière. La presse ministérielle annonça qu'on avait réussi à rétablir l'équilibre dans le budget, que la situation financière était de nature à faire renaître la confiance, si fortement ébranlée par les découverts réguliers et constants qui existaient depuis Llusieurs années.

Ces racontars des journaux ministériels n’en imposèrent à personne. Aussi fut-on passablement surpris en lisant dans le discours du trône que le ministère avait réussi à rétablir l'équilibre dans les finances de la province et même à accumuler un petit surplus.

La lecture de cette partie du discours du trône a dù faire sourire un grand nombre des honorables députés, qui savent depuis longtemps que le Trésorier excelle dans l’art de faire avaler de pareilles couleuvres, en manipulant les chiffres avec un talent qui ne le relève assurément pas dans l’opinion des honnêtes gens,

J'avouerai que cette affirmation dans le discours du trône était de nature à faire naître des doutes dans l'esprit de bien des gens qui ne croyaient pas à l'existence du prétendu surplus. Pour moi, je ne savais que penser: jétais bien convaincu qu'il était impossible, avec les ressources dont dispose le gouvernement, de combler le vide qui existe entre nos revenus et nos dépenses ; d'un autre côté, je ne pouvais pas me résoudre à croire qu'on eût porté l'audace jusqu'au point de faire dire une chose fausse à Son Honneur, de mettre dans le discours du trône une déclaration officielle absolument contraire à la vérité. Je savais bien que tout en posant comme un dragon de vertu, le trésorier ne s’est jamais fait le moindre. scrupule de nous donner dans ses discours sur le budget des expesés faux et fallacieux ; mais je ne le croyais pas capable de pousser l'audace jusqu'au point d'insérer dans

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