UN MOT AU SUJET DES RETRANCHEMENTS
Je sais bien, M. l'Orateur, que je mets au jeu non-seulement ma popularité comme trésorier, mais aussi celle de tout le gouvernement en essayant de réduire la dépense annuelle de la manière que je viens d'expliquer à la Chambre. Je sais rarfaitement que pour être populaire comme trésorier, dau: l’acception ordinaire du mot populaire, je devrais distribuer :rgement les fonds publics, les éparpiller à droite et à gauche ct promettre d'acquiescer à toutes les demandes qui sont faites, cela, comme de raison, avec l'inention de travailler au bien public. Je sais que les amis du gouvernement attendent de nous des faveurs pour leurs commettants, et je sais sussi que beaucoup de collèges électoraux font valoir avec insistance auprès de leurs représentants des réclamations de différentes sortes, sans considérer dans chaque cas ni se soucier si l’état des finances de la province permet au gouvernement d'accorder les sommes demandées. Personne n'apprécie plus que je le fais le concours intelligent, généreux et indépendant donné pendant de nombreuses années par Les honorables membres de cette Chambre et par le pays aux différents gouvernements dont j'ai eu l'honneur de faire partie. Mais les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons ont changé et ce qu’à une certaine époque il aurait été tout à fait convenable de faire est tout à fait impossible dans les circonstances présentes, maintenant qu’au lieu des surplus d'autrefois, nous avons depuis quelques années des déficits. Le service des intérêts et du fonds d'amortissement sur la dette fondée que nous avons contractée pour aider à la construction des chemins de fer absorbe la plus grande partie du subside que nous recevons du gouvernement fédéral. Le produit de nos autres sources de revenus n’est guère susceptible
d'augmentation. Pour beaucoup de choses, nos dépenses augmentent et doivent nécessairement augmenter, puis les exigences de notresituation financière imposaient au gouvernement la nécessité de faire des retranchements, pas tout à fait de son propre choix, mais dans l'intérêt du peuple et de la province. (Ecoutez! écoutez!)
M'est avis que mon premier devoir comme trésorier, c’est de faire entrer aussi vite que possible les argents dus à la province, de voir spécialement à ce qu'aucune somme ne soit dépensée d’une manière irrégulière, puis avant tout et par-dessus tout de veiller à ce que les dépenses n’excèdent pas le chiffre du revenu régulier. Si cette définition de mes devoirs est exacte, j'espère que les honorables députés m'aideront de toutes lesmanières possibles à remplir ce devoir en n’imaginant et ne demandant pas de dépenses, excepté pour des choses absolument nécessaires dans l'intérêt pulic et, dans aucun cas, en demandant ou permettant de dépenser plus que nos revenus ne permettent de le faire, Quelqu'un, je le sais, pourra objecter à ce que l’on retranche sur certaines dépenses qui semblent obérer fortement quelques branches du service public, soi-disant, dans lesquelles on est particulièrement intéressé ou qui affectent particulièrement les élections d’un député. Quelques-uns, tout en se déclarant favorables au retranchement, sur les dépenses pour l’agriculture et la colonisation, par exemple, s'opposent à ce que l’on diminue les dépenses pour d’autres services, puis ceux qui sont intéressés à ce qui se fait pour l’agriculture et la colonisation s’indignent à la pensée que ces agents reconnus comme étant d'une importance vitale à la prospérité générale, qu'ils regardent comme les industries les plus importantes du pays, puissent être soumis à l’opération du retranchement, J'espère, M. l'Orateur, que les honorables députés n'oublieront pas que si l’un des membres d'un corps politique souffre, tous les autres doivent aussi
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souffrir, et au moins pendant un certain temps, jusqu'à ce que notre position financière soit améliorée, de manière à
. ce que les anciennes allocations puissent être accordées de
nouveau à l'avenir, il nous faut tous consentir à la réduction des dépenses, si nous voulons éviter la nécessité d’imposer de nouvelles taxes au peuple.
‘ J'ai eu des gens qui sont venus me dire : “ M. le Trésorier, je présume qu’il nous faut diminuer considérablement les dépenses pour les réduire au chiffre normal de nos recettes annuelles.” —“Oui, repliquai-je, il faut que cela se fasse par moi ou par un autre, si nous voulons éviter des embarras financiers, et j'espère que la Chambre donnera son concou:. ‘u &uavernement dans tout ce qui sera nécessaire pour rétablir l'équilibre dans nos finances.” —On me répondait: “ J'espère que la Chambre fera cela ou plus que cela. Je comprends bien cette affaire et je prendrai la liberté de vous aviser de ne pas toucher, disons, à la subvention de l'instruction supérieure. Vous savez que pour marcher de pair avec les provinces voisines, il faut que nos académies, nos collèges et nos universités soient maintenus sur un bon pied par l’aide du gouvernement, et il serait bien mieux de diminuer la subvention des écoles communes et d'imposer aux municipalités tout le coût de leur entretien, que de toucher à l'instruction supérieure, aux institutions littéraires et scientifiques, etc.” Un autre, envisageant les choses à un point de vue différent, vous dira: “M. le Trésorier,” permettez-moi de vous indiquer ce qui pourrait se faire. Je pense connaître assez bien l'opinion publique. Retranchez sans pitié toutes les subventions pour l'instruction supérieure. ile riche veut que ses enfants fassent leur instruction dans les académies, les collèges et les universités, qu'il en paie les frais de sa propre bourse. L'Etat n’a pas le droit d'accorder de l'aide aux collèges et aux universités où s’instruisent les enfants des villes, et quant aux subventions aux
institutions littéraires et scientifiques, elles sont impardon-
nables, Ces associations ne sont que des leurres destinés a : procurer à certaines personnes les moyens de publier leurs à opinions aux frais du peuple et de faire à peu de frais pour k elles la montre du peu qu'elles savent. Mettez toutes ces “4 institutions de côté, retranchez toutes ces subventions du gouvernement; que les gens qui veulent ces institutions
je paient leurs souscriptions et alors notis verrons à quoi se rét duit cet intérêt réel ou prétendu. Retranchez tout cela et don- , Ë nez plus aux écoles communes où tousles enfants, si pauvres e qu’ils soient, pourront recevoir l'éducation qui les mettra ïs en état de remplir plus tard tous les devoirs de la vie dans n la carrière qu’ils embrasseront.” D’autres viendront vous re \ dire : ‘“ Comment ! retrancher des employés dans les déparn- tements et diminuer le traitement des autres! Mais c’est À barbare! Ces employés ont des droits acquis; une fois le entrés dans le service public, vous êtes tenu de les y garder. Le Ce sont des hommes instruits, appartenant à de bonnes or familles ; ils ont des amis influents, ils exercent beaucoup 8, d'influence dans le pays ; pou:quoi les congédier pour faire n une bagatelle d'économie? C’est de la mesquinerie, une Lo économie de bouts de chandelles. Gardez-les et retranchez Le toutes les subventions aux soi-disant établissements de Lo bienfaisance. Ces établissements sont comme des sangsues, ,, ils sucent le meilleur sang de la province. Ils devraient, $ comme cela se pratique dans les autres pays, être mainte- ” nus par la bienfaisance individuelle et les pauvres n'auraient pas à en souffrir. Mettez l'entretien des pauvres aux frais
g des municipalités, en les obligeant respectivement à prendre + soin de leurs pauvres et de leurs infirmes, et vous verrez h. bientôt le plus grand nombre de ceux qui sont actuellement
entretenus aux frais du gouvernement travailler et gagner leur vie, ou que leurs amis, qui dans beaucoup de cas sont ca- LÉ pables de faire vivre leurs parents pauvres, mais se soustraient ù à cette responsabilité, ne les laisseront passouffrir, C'est le
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plan que j'adopterais et le pays vous supportera si vous : l’adoptez.' D'autres m'ont insinué en termes assez clairs “que le présent système d’indemniser les députés devrait être entièrement supprimé. On pourrait peut-être leur accorder $100 par session pour leurs dépenses ; mais l’idée de payer aux députés $500, et quelquefois plus, pour une session dont la longueur n’est en moyenne que de deux mois outre leurs frais de voyage et les tours de bâton sous forme de valises et de papeterie, et Dieu sait quoi encore, tout cela devrait être supprimé de suite, si nous voulons sérieusement sortir de nos embarras financiers, que nous aurions de meilleurs représentants en Chambre s’ils n'avaient pas d’indemnité,” et ainsi de suite, sur le même ton.
Ce ne sont là, M. l'Orateur, que des échantillons des avis qui me sont donnés, et je ne les mentionne que pour constater que les gens n'aiment pas qu'on touche à leurs projets favoris, mais sont bien disposés à sacrilier les projets de leurs voisins, pourvu qu’on ne touche pas aux leurs. Je n’ai guère besoin de dire que les opinions que je viens d'exprimer ne sont pas les miennes, mais celles des personnes avec lesquelles j'ai causé des affaires de la province. Il est étonnant de voir combien il y a dans la province de gens qui saventtout en matière de finances. Ces gens-là ne prétendent pas savoir grand'chose à propos des arts et des sciences, des classiques, ils ne prétendent pas savoir les différentes langues non plus que le
ecret des affaires professionnelles ; mais pour ce qui regarde les chiffres, la tenue des livres, oh ! le pays est rempli de financiers. Ces gens-là pourraient diriger un banque, pour eux ce ne serait qu'un pur jeu, et quant à l’administration du département du trésor de la province ou du ministère des finances à Ottawa, c’est une affaire qui ne comporte pas la moindre difficulté. Pourtant, j'oserai dire que les études spéciales sont aussi nécessaires pour bien comprendre, non pas seulement la partie mécanique de la tenue
des livres, mais aussi un système bien adapté à l’administration des affaires, qui comprend la manipulation des fonds et leur dépense d’une manière régulière et judicieuse, qu’il est nécessaire pour un homme de faire des études spéciales pour se préparer à l'exercice de n'importe quelle profession libérale, et pour ceux qui connaissent la manière dont les affaires doivent être conduites, il est surprenant de voir combien de gens tentent de manipuler les chiffres des comptes publics qu'ils ignorent autant que les langues mortes. (Ecoutez! écoutez!) Je ne prétends pas connaître beaucoup les questions de finances ni être beaucoup financier, mais je sais, au moins, que si un individu, une société commerciale ou un gouvernement dépense chaque année plus qu’il ne reçoit ou que son revenu ne lui permet de dépenser, la question de savoir quand il se trouvera dans l'embarras n’est qu’une affaire de temps. Et c’est dans le but d'éviter à la province des embarras financiers, de prévenir le malheur et la ruine du peuple, d'essayer à mettre nos finances en bon ordre, en des conditions solides et sûres et de sauvegarder le crédit de la province que je me suis hasardé à proposer à la Chambre et au pays certaines 6conomies et certains retranchements sur lesquels je demande à la Chambre et au pays de se prononcer. (Applaudissements) Il est tout à fait possible que je n’aie pas réussi à indiquer les chefs de dépense qu’il est à propos de réduire ; il est possible que je ne sois pas allé assez loin dans la voie des retranchements; mais j'ai fait le mieux que j'ai pu pour le moment. Je ne voudrais pas faire des retranchements assez subits et assez radicaux pour occasionner trop de malaise chez ceux qui sont habitués à compter sur l'aide qu’ils reçoivent du trésor public, et en ayant toujours ces considérations en vue, le temps viendra où il nous faudra retrancher davantage ; mais j'espère que ce que nous avons commencé à faire, avec de la prudence et du soin dans la réalisation de notre actif, préviendra de nouvelles réduc
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