LA POSITION DE LA PROVINCE
Maintenant, M. l'Orateur, je vais donner un résumé de la position de la province, et au risque de détenir votre attention, à vous M. l'Orateur, ainsi que celle des honorables députés, j'espère que vous m’accorderez encore quelques moments d'indulgence.
J'ai démontré que notre dette, déduction faite du prix de vente de notre chemin de fer et en calculant l'intérêt sur ce prix de vente comme réduisant les intérêts que nous avons à payer, etenfin déduction faite d’une certaine partie du capital de notre dette en sus de ce que nous pourrons recevoir provenant du prix du chemin de fer, s'élève à onze où douze millions, somme à laquelle il nous faut pour. voir à tout événement, à même nos recettes ordinaires, pour le service des intérêts et du fonds d'amortissement pour l'extinction graduelle de cette dette, j'ai démontré, dis-je, que le montant demandé à la Chambre pour les dépenses
du prochain exercice s'élève à $8,010,546.14. Il faut remarquer, cependant, que le chiffre auquel j'ai estimé les recettes de l'exercice courant pourrait ne pas correspondre au chiffre des recettes qui seront réellement encaissées— pourrait être au-dessus ou au-dessous de ce chiffre —et que le chiffre auquel j'ai estimé les dépenses pour le même exercice est sujet à des fluctuations et qu'il faut attendre les résultats pour savoir où en sont nos affaires pour cet exercice, Dans tous les cas, il est évident que depuis plusieurs années nous avons dépensé plus que notre revenu nous justifiait de le faire, ce qui, avec notre forte dette contractée pour les chemins de fer, a mis la province dans la position financière où elle se trouve. Il est pareillement évident que nous devons mettre un terme à cet état de choses si nous voulons maintenir le crédit de la province dans le pays et à l'étranger.
Nous proposons de faire certaines réductions sur les dépensr Acourues jusqu’à présent pour rétablir nos finances dans an bon état, éviter d'imposer de nouvelles charges au peuple, puis en même temps réduire le chiffre de la dépense à celui du revenu, et il reste à la Chambre et au pays d’approuver ou de désapprouver les économies que nous proposons. Si elles sont désapprouvées, l'avenir de la province m'inspire des craintes. Nous ne pouvons pas continuer le système que nous avons suivi jusqu’à présent sans nuire au crédit de la province et imposer au peuple des charges qui l'obéreront au point de retarder sérieusement l’établissement du pays, d'induire et de forcer nos citoyens à rechercher quelqu'autre pays où les taxes sont moins fortes, à paralyser toutes les branches d'industrie au point d'amener la ruine d’un grand nombre de gens et à faire de notre population un objet de risée et de mépris chez les populations des provinces voisines.
On dira de nos hommes publics et de nous que nous
sommes incapables de nous gouverner nous-mêmes, que nous avons volontairement et de propos délibéré contracté des obligations et emprunté de l'argent que nous n'avons ni l'honnêteté ni la volonté de rembourser.
Nous pouvons faire face à une dépense égale à celle des années passées et faire aussi face à toutes nos obligations si la Chambre et le pays veulent consentir à imposer de nouvelles taxes au peuple. Si le pays veut d'un certain percentage sous forme de taxe soit sur l'étendue de la propriété foncière ou sur sa valeur estiniée telle que portée aux rôles d'évaluation, soit sur le revenu, soit sous toute autre mode de prélever directement des taxes sur le peuple à un montant suffisant pour payer nos dépenses, cela peut se faire ; mais n'importe qui peut facilement prévoir et prédire le résultat d'une pareille manière de procéder. D'abord, je crois que cela n’est pas nécessaire et que le peuple n’y consentira pas, et je suis sûr que chaque fois qu'on prendra l'avis du pays pour savoir si en adoptant le plan que propose maintenant le gouvernement de diminuer les dépenses pour un certain temps, cette réduction doit frapp:r des objets qui méritent de l’aide jusqu'à un certain point et qui recevraient cette aide si nous avions les moyens de le donner, ou bien taxer le peuple pour trouver l'argent nécessaire, il s'élèvera de toutes les parties de la province un cri unanime en faveur de l'adoption et de la mise en pratique du système proposé et pour demander de pousser la mise en pratique de ce système plus loin que nous le faisons actuellement, si c'est nécessaire, plutôt que de recourir à la taxe directe. (Applaudissements)
Si, d'un autre côté, la Chambre accepte les vues du gouvernement et entreprend de mettre en pratique le système de retranchements que je propose, je ne vois pas que l’avenir de la province puisse nous inspirer aucune crainte.
ot A mn mmiten
Nous avons reclamé justice du gouvernement fédéral et { nos réclamations ont été en partie admises et réglées, puis
nous avons toute raison de croire que les autres seront prises en considération de la même façon, pas comme une 1 affaire de faveur, mais comme une affaire de droit,
Dans les différentes parties de la province les terres de la Couronne offrent à la colonisation un champ immense, et si l'établissement de ces terres n'ajoute pas beaucoup à
4 notre revenu directement, cependant il augmente la riil chesse et la population du pays, et par son industrie cette fl population fournit un marché où peuvent s’écouler les j | produits de nos manufactures. (Ecoutez! écoutez !)
À L'instruction se répand lentement, mais sûrement chez notre population, notre pays devient mieux connu des À Enropéens et beaucoup des nôtres qui ont émigré aux ‘ Etats-Unis aimeraient à revenir aux pays de leurs ancêtres ‘| et si nous, législateurs, nous faisons notre devoir en faisant i des lois sages et judicieuses, en surveillant fidèlement nos | finances, en économisant et retranchant dans toutes les ! branches du service public, si nous montrons que nous } mettons réellement l'intérêt du pays avant tout dans notre programme et nos agissements, que nous mettons la pros- \ périté du pays au-dessus même des démarcations et des il clameurs des partis, que nous sommes prêts, si c’est nécesh saire, à faire individuellement des sacrifices personnels pour arriver au résultat que nous désirons, c’est-à-dire de 4} voir chaque année nos recettes excéder nos dépenses, alors les embarras et le nuage qui flotte temporairement au-dessus
j de nos têtes disparaîtront bientôt, le soleil de la prospérité à se lèvera au-dessus de nous et nous montrerons aux pro- {l vinces voisines que les descendants des deux grandes na- (fe tions de l’Europe, les Anglais et les Français, nonobstant
leur différence de race et de religion, travaillent harmoni-
eusement et en frères au bien commun de notre commüné patrie. (Chaleureux applaudissements)
Que notre province ait fait sa part dans le développement des ressources du Canada, personne ne peut le nier; que nous ayons excédé les bornes de notre revenu pour ouvrir des chemins de fer dans la province, à même les fonds publics, ce qui a considérablenent augmenté Ja richesse et la prospérité du pays, c'est évident pour tous.
M. l’Orateur, je laisse aux honorables députés le soin d'étudier la question avec soin ; c’est sur eux que pèse la responsabilité. (Ecoutez! écoutez!) Je me contenterai tout simplement de presser mes honorables collègues de faire tous leurs efforts pour réduire les dépenses au chiffre des revenus ordinaires. Si nous ne sommes pas allés assez loin dans la voie de l’économie et des retranchements, je serai heureux d’aller plus loin dans cette direction. Le sort de la province est dans la balance. Si Ja Chambre se montre déterminée à pratiquer l’économie de toutes les manières possible, en diminuant nos dépenses présentes et administrant nos revenus avec soin, nous serons bientôt en état de donner plus d'attention et d'argent à l'avancement de nos industries et d’angmenter par là notre prospérité de manière à ce qu'aucune partie de la Confédération ne soit dans une position meilleure que la nôtre. En suivant cette ligne de conduite, nous aurons la satisfaction de pouvoir nous rendre le témoignage d’avoir fait notre part pour développer les ressources du pays et de laisser nos descendants en possession d’un heureux héritage. (Applaudissements)
Sous le drapeau de notre pays, nous trouverons une liberté réelle, qui n’est surpassée dans aucune partie du monde civilisé. Avec de bonnes lois bien administrées, avec le progrès de l'instruction chez le peuple, avec l’industrie, la persévérance dans l’accomplissement de nos
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