PRONONCÉ À LA
Chambre des Communes, le 8 juin 19%
Le très honorable sir RICHARD CARTWRIGHT (ministre de l’Industrie et du Commerce) : L’honorable député qui a porté la parole avant moi a bien voulu, hier soir, me poser une foule de questions très catégoriques. Il a même poussé la condescendance jusqu’à incorporer dans le sien divers extraits de mes discours. Autant que j'ai pu en juger, ils paraissaient s'adapter fort mal, mais passons. Ë
L'honorable député a un grand désir et un besoin encore plus grand, de s’iustruire. J’entreprendrai avec plaisir de satisfaire sa soif de connaissances. Avant de reprendre mon siège, je lui aurai, je l’espère, fourni tous les éclaircissements qu'il désire obtenir et j'aurai même inculqué à l’honorable député (et probablèment à certains de ses collègues) une multitude d’autres notions dont il ne s’est pas mis en quête, mais qu’il est très opportun de lui communiquer.
En attendant, je lui dirai que je n’ai qu’une citation à faire et qu’un renseignement à obtenir dans le moment.
Si vous voulez bien, M. l'Orateur, ouvrir les Débats de 1891, à la page
2177, vous y trouverez le passage sui-.
vani :
‘‘ A mes yeux, le raisonnement du libre-échangiste est irréfutable. Je crois présentement que si le Canada s’engageait délibérément dans la voie du libre-échange, ce serait un grand pas de fait vere la prospérité la plus grande, Ce qui me porte à croire que le Canada devrait faire volte-face et se tourner vers le libre-échange, c'est (a) la nécessité de nous soustraire à l’influence prépondérante des Etats-Unis : (b) l’insuccès de la politique nationale É (c) les stupéfiantes constatations du recensement.
Un de mes amis qui fait partie de la députation m’avertit que ces paroles sont extraites d’un discours prononcé dans la ville de Pictou, en 1891 ou vers ce temps-là, par un nommé Adam Carr Bell. M. l’Orateur, je suis consumé du désir de savoir : (&) si ledit Adam Carr Bell est l’homonyme ou peut-être le filleul du représentant de Pictou ; (b}) s’il est possible qu’un grit mécréant ait dérobé la défroque de l’honorable député et se soit fait Passer aux yeux des braves citoyens de Pictou pour le seul, l'unique et le véritable Adam ; (c) je désire ap-:
prendre du représentant de Pictou quel est ce personnage er quel'e opi- Bion il à Îüi-même des dires et des dé-
clarations contenues dans le passage que je viens de lire. Mais l'honorable député ne se sent pas disposé à satisfaire ma légitime curiosité.
M. BELL : “Je croyais que J’honorsble ministre désirait poursuivre son discours, mais s'il me le permet, je lui apprendrai qu’il a lu un compte rendu tronqué d’une conférence que j'ai faite sur la ‘héorie du libre-échange, après avoir déclaré dans mes remarques préliminaires que je ne toucherais pas au sujet de l'application du libre-échange à la politique canadienne.
Il s’agit d’un essai purement académique.et non d’un discours. J’ajouterai que je n’ai jamais de ma vie prôné le libre-échange du haut d’une tribune politique ni nulle part ailleurs.
J'ai la satisfaction de pouvoir dire que j'ai fait la campagne de 1878 en faveur de la doctrine protectionniste, et que depuis ce jour jusqu’aujourd’hui, j'ai toujours défendu cette trime chaque fois que j’ai pris la parole en public.
Sir RICHARD CARTWRIGHT : Si on ne m’a pas trompé encore une fois l'honorable député faisait les yeux doux aux libéraux de son comté, vers l’année 1891.
M. BELL : Non.
Sir RICHARD CARTWRIGHT: C’est peut-être ce qui explique ses idées académiques sur le libre-échange.
Dans tout ce qu’a dit mon honorable ami, il y a certaines choses que je puis accepter. Dans cet amas de terrain d’alluvion, si je puis m’exprimer ainsi, on trouve quelques paillettes.
Par exemple, il a eu l’obligeance de re-
connaitre que le tarif actuel est excel- -
lent au point de vue du revenu. Je suis entièrement de cet avis. Il veut bien admettre que nos inportations sont payées et compensées par nos exportations ; je l’admets aussi, sous certaines sets, dans les conditions normales.
Ên iroisième lieu, il prétend qu'il est possible d'augmenter les impôts tout en diminuant le revenu : c’est aussi ma prétention.
Il a poussé la condescendance jusqu'à nous dire qu’un excédent de revonu sur les dépenses, est une chose dangereuse.
La conduite de ses amis pendent des trois années qui ont immédiatement précédé l’exercico de 1896, ini permet de faire cette aitirmation, en pleine connaissance de cause. J’admets de la manière la plus complète, et sans hésitation aucune que les ‘ommes qui ont passé un cortain teu. + sept ou huit ans, par exemple, danr ‘es rangs de l'opposition, sont exposés à dire les plus grandes inepties qu’il soit possi ble d'imaginer. Cela, il ne s’est pas contenté de l’affirmer ; il nous en a donné une preuvo irréfutable,
Il est possible que mon honorable ami, ne se soit pas rendu compte de la portée de tous ces aveux qu’il a bien voulu nous faire, et c’est pourquoi je me permettrai de donner quelques explications, avant de reprendre mon siège.
Mais si nous avons pu tomber d’accord, sur “ertains points, le discours de mon honorable ami en contient d’autres, au sujet desquels nous différons absolument d’opinion. Il dit que nous avons augmenté les impôts. Je lui signalerai ici, une légère confusion d'idées. Les impôts et le revenu ne sont pas une seule et même chose,comme il semble le croire. Loin d’avoir augmonté les impôts, nous les avons diminués,tout en augmentant considérablement le revenu. La préférence commerciale accordée à l’Angleterre a eu des conséquences énormes et a abaissé considérablement le taux de l’impôt au Canada, et cette réduction a été encore plus réelle qu’apparente.
La Prospérité du Canada et ailleurs.
L'honorable député dit qu’à l'heure
qu’il est tous les pays sont prospères, et que la prospérité dont jouit le Canada n’est qu’une conséquence de la prospérité générale. Je croyais pourtant que le peuple anglais traversait actuellement vne crise assez grave. Je m'étais imaginé que le chancelier de
CCR CE RL