‹ Discours sur le budget prononcé devant la Chambre des communes du Canada, le vendredi, 14 mars 1879 [microforme]Chapitre 1 sur 11 · Discours sur le budget prononcé devant la Chambre des communes du Canada, le vendredi, 14 mars 1879 [microforme] · texte numérisé non relu

Discours sur le budget prononcé devant la Chambre des communes du Canada, le vendredi, 14 mars 1879 [microforme]

M. TILLEY : Monsieur le président, ce n’est que depuis peu que je me suis tout-à fait rendu compte des grands changements qui sont survenus au Canada depuis l’époque où j'avais l'honneur d'occuper un siége au parlement. Aujourd'hui, j'en ai une idée juste, de même aussi que des difficultés en face desquelles je me trouve Comme ministre des finances, difficultés autrement sérieuses que celles contre lesquelles j'avais à lutter lors de mon exposé financier de 1873.

Alors, monsieur le président, la tâche était facile, en vérité. Les honorables membres de la gauche furent assez bons de me compiimenter sur la manière dont je m'en acquittai; mais Je ne me reconnaissais de droit à aucun éloge. Si la Chambre d’alors reçut avec faveur mon discours budgétaire, c’est parce que j'avais été à même de montrer que les affaires du pays et les finances du gouvernement étaient dans un état florissant et prospère.

À cette époque, monsieur le président, j'étais en mesure de constater un accroissement soutenu dans le revenu et les excédents, et cela, en face d’une réduction également soutenue dans les impôts.

A cette époque je pouvais prévoir avec un certain degré de confiance

les dépenses probables auxquelles le | des sont bien minimes.

pays allait avoir à faire face pendant les dix années à suivre. Aujourd’hui, je ne me sens plus la même assurance.

A cette époque, la construction du chemin de fer du Pacifique était réglée de facon à limiter à $30,000,000 la somme que le pays allait engager dans cette entreprise. Aujourd’hui, je ne suis pas en état de donner le chiffre des frais qu'elle va nous forcer d’encourir, ni des engagements qu'elle va nous imposer.

La politique du pays a changé sur ce point. Le gouvernement et les Chambres vont maintenant avoir à considérer si, quoique nos engagements ne soient plus limités à ce qu’ils étaient autrefois, —$30,000,000 en arsent, et ,0,000,000 d’acres de terre— il n'y aurait pas encore quelques moyens d'utiliser largement, pour la construction de cet immense chemin de fer, les 200,000,000 d’acres de terres propres à la culture du blé situées dans la région qu’il doit traverser.

A cette époque, monsieur le président, je pouvais avec orgueil et satisfaction parler de l'accroissement du capital de nos banques et des dividendes élevés qu'elles payaient, tandis qu'aujourd'hui, je regrette d’avoir à le constater, les actions de ces banques ont diminué de valeur et les dividen-

A cette époque, je pouvais parler de la prospéritè générale du pays.

Aujourd’hui, tout le monde ladmettra, les choses ont bien changé. A cette époque, je pouvais avec satisfaction porter mes regards sur les différentes industries manufacturières en opération par tout le pays, industries rémunératives pour ceux qui y avaient engagé leurs capitaux, et fournissant du travail à des milliers d'ouvriers.

Aujourd’hui, bien des fourneaux sont éteints, bien des ateliers sont déserts ; les établissements qui fonctionnent encore ne sont que la moitié du temps en activité, et rapportent à peine l'intérêt sur les capitaux qui y sont placés.

A cette époque, je pouvais montrer l'industrie agricole dans la prospérité, avec un bon marché chez nous et commandant des prix satisfaisants à l’étranger. Aujourd’hui, son marché est appauvri, les prix sont bas, et l’étranger est loin d'offrir les mêmes avantages.

Je pouvais à cette époque, monsieur

e président, parler de notre commerce important avec les Antilles.

Aujourd’hui, il a cessé. Nous faisions encore un commerce direct très-profitable dans les thés ; il a été détruit.

A cette époque, tout souriait; la prospérité régnait partout. Aujourd’hui le ciel est sombre ; mais derrière le nuage est encore le soleil, et j'espère en voir, avant longtemps, les rayons bienfaisants tomber sur notre pays ; j'espère qu'avant longtemps l'ère actuelle fera place à des jours de prospérité et de bonheur.

Monsieur le président, les partisans de la politique nationale, comme on l'appelle, ont naturellement manifesté un désir très-vif d'en voir hâter la consécration. Je comprends cela parfaitement, étant d'opinion, comme l'est la majorité de cette Chambre, que cette politique est de nature à ramener au pays la prospérité; il est naturel que les amis de cette cause

aient été impatients de voir cette politique prendre son essor. Et, en face des difficultés de la tâche qui m'est dévolue et de la responsabilité qu’elle comporte, c’est pour moi une source de beaucoup de satisfaction de pouvoir espérer que la politique que je suis sur le point de dévelop-

per ici aura les suffrages, non-seule ment de la majorité de cette Chambre, mais encore ceux de l’écrasante majorité du pays. Il est donc naturel, je le répète, que les partisans de cette politique aient eu hâte de la voir introduire ; c’est avec beaucoup de plaisir et de satisfaction que j'ai Constaté aussi chez les membres de l'O position la même impatience. Je m'en suis senti fort encouragé; car— cela va de soi—pour être dans l’Opposition, l’on ne manque pas pour rela de patriotisme, et assnrément il ne saurait tarder à une Opposition qui est patriote de voir le pays sou mis à un régime qu’elle crût être de nature à lui nuire. Je compte donc, en outre de l'appui des messieurs de la droite, que nous aurons celui des honorables députés de la gauche dans la réalisation de la politique que je vais exposer.

Mais peut-être ne serait-il pas mau-

vais que je dise quelques mots au sujet du retard qui semble avoir été apporté à sa mise au jour. On se rappelle que le gouvernement n’a été

ormé que le 19 octobre. L'on avait

dû attendre l’arrivée au Canada d’un honorable député qui, j'en suis sûr, dans l'opinion de chacun en cette Chambre, à quelque parti qu'il appartienne, devait nécessairement être consulté avant la formation du cabi-

net: je veux parler de l'honorable ministre de la milice. Le gouverne-

ment ne fut donc au complet que le

19 octobre. Les membres du gouvernement avaient à subir de nouvelles élections, et, malgré toute la célérité possible, car nous sentions que nous n'avions pas de temps à perdre, ce n’est qu’au commencement de novembre que les membres du nouveau gouvernement se trouvèrent réunis à Ottawa.

Et en face de quoi nous vimes-nous alors ?

Comme ministre des finances, je ne puis dire que j'aie trouvé le Trésor dans l’état le plus satisfaisante possible. A Londres, nous avions une échéance de $15,500,000, sans autre ressource que le paiement attendu de la somme accordée par le tribunal d'arbitrage en compensation pour l’aliénation de nos pêcheries, et il fallait y faire face avant le ler janvier.

st pm D) SL bed he mn Css

nr)

ms

Le

DO rOrTS mQ pres

e pa

ss 15

De ce côté-ci de l'Atlantique, nous avions dans les différentes banques du pays quelque chose comme $85,000,- 000, etavant le 1er janvier il nous fallait débourser pour subventions provinciales et paiements aux entre-

reneurs de travaux publics, environ 83,000,000 : en outre, vu ia position dans laquelle se trouvaient les ban-

ues par tout le pays, il était tout-àait possible que l'on eût à réduire les réserves, et cela comportait l’éventualité de nouvelles charges pour le Trésor public.

Chaque demande qu’il nous fallait faire aux banques ajoutait à l’embarras, et ce n'était qu’à contre-cœur que nous tirions sur nos établissements monétaires.

Il fallait que le ministre des finances se rendit à Londres sous le plus court délai, afin de prendre les arrangements nécessaires pour maintenir le crédit et l'honneur de la confédération. Mais, monsieur le président, pour éviter ce voyage, et pénétrés de ‘importance de la présence de chaque ministre à son poste pour que la législation de cette session püût être préparée, nous adressâmes une dépêche télégraphique à nos agents, demandant si l’on pourrait se dispenser à Londres de la présence du ministre des finances. Ils nous répondirent:

‘“ Non; sa présence est absolument nécessaire” Je dus donc partir pour Londres, et je lançai sur le marché un emprunt de £3,000,000.

Il ne serait peut-être pas mauvais de faire, en passant, quelques observations au sujet de cet emprunt, qui a été critiqué.

Comme on peut le voir par le prospectus, cet emprunt a été offert aux plus hauts enchérisseurs, et le délai fixé pour les soumissions expirait à 3 heures le 6 décembre. Âu moment venu, en raison d’un concours particulier de circonstauces,—je pourrais, entre autres, mentionner la suspension, ce jour-là, de la banque West of England, attendue depuis plusieurs

jours, ce qui avait occasionné de la part des banques rurales des demandes d’or pour renforcer leur position, demandes qui avaient placé plusieurs des banques de Londres dans l’impossibilité de soumissionner comme elles avaient d’abord eu l'intention de le faire—Environ £1,700,000 seulement

étaient offerts, sur les £3,000,000 demandés. On déclara alors que de nouvelles soumissions pourraient être reçues jusqu’à 3 heures le lundi suivant. Ce jour-là, il fut annoncé que le reste de l'emprunt avait été accepté, et je pus me préparer à partir le 12 après avoir pris les mesures nécessaires pour l'extinction des dettes arrivant à échéance. Le 13 du même mois, le premier versement de l'emprunt était entre les mains de nos agents.

Après cela, monsieur le président, si, en cette Chambre ou au dehors, l’on me jette encore la pierre au sujet de mon absence; si quelqu'un pré.

tend que le temps choisi pour cet emprunt n'était pas propice; si l’on dit même qu'eu égard à l'état des marchés anglais, c'était le temps le moins favorable auquel aucun emprunt ait jamais été négocié; si l’on dit que cet emprunt eût dû être lancé en mai ou en juin, alors que l'argent ne rapportait que deux pour cent, au lieu de six ou sept, taux qu’il com.

mandait lors de la négociation ; si l'on parle encore de mon voyage en Angleterre, je demanderai alors à mon honorable prédécesseur de prendre ma défense.

A mon retour au Canada, monsieur le président, il devint urgent de nous occuper de la question du tarif toute entière. Ce n’est pas une de ces questions qui se règlent en un jour, une de ces questions auxquelles on peut faire droit dans l’espace de quelques semaines même. Réellement, vu ses proportions et son importance, nous aurions préféré avoir plus de temps à y consacrer.

Je puis en appeler à d’autres ministres des finances; je puis demander en particulier à mon prédécesseur immédiat qui, en 1874, fit plusieurs changements dans le tarif d'alors, de nous dire quelque chose des difficultés que comportent les moindres modifications d’un tarif. Mais si l’on songe que le gouvernement actuel a entrepris de remanier complètement le tarif, je devrais plutôt dire de crèer un nouveau tarif, de façon non-seulement à donner un revenu dépassant de $2,000,000 celui de cette année et comblant le déficit en face duquel nous nous trouvons, mais à consacrer et réaliser la politique

reconnue comme celle de la majorité, prendront que nous avons exposé de cette Chambre,—je veux dire la|notre politique aussitôt qu'il était protection de nos industries, —alors possible de le faire. on comprendra la grandeur de la tâ-| En premier lieu, monsieur le préche qu'il s’est imposée. sident, je désire attirer l'attention de . Monsieur le président, nous avons | la Chambre sur les prévisions budgéinvité des représentants de toutes les |{aires. Je ne vous parlerai pas des parties du nays et de toutes les bran-| {énenses de l'exercice 1877-78, elles ches de notre industrie, à nous aider | sont consignées dans les comptes pl de leurs conseils, parce que, tout ren-|blics; mais Je vais dire un mot de seignés que nous soyons sur les ques- celles de l'exercice actuel. tions ordinaires de l’économie politique, nous comprenons que nos connaissances ne sont pas sans limites.

Nous ne nous sommes pas crus de taille à pouvoir, sans avis de personne, remanier le tarif, et en créer un nouveau, sans commettre d'erreurs.

Nous avons donc recouru aux lumières et aux conseils de personnes intéressées à la prospérité générale du pays ou engagées dans différentes industries.

Des personnes d'opinions adverses sont venues devant nous discuter leurs manières de voir, et je puis dire jusqu’à hier même, nous avons pu nous aider de la coopération, nous éclairer des lumières de personnes à idées gènérales ou particulières sur les matières importantes que nous avons eu à considérer.

Nous avons mis dans notre trav du zèle et de l’ardeur, et j'espère qu le succès couronnera nos efforts.

Je passe sans plus tarder à lexpos des propositions que le gouvernement désire soumettre à la Chambre. de crois que nous pouvons avec Confiance espérer que les honorables messieurs de l'Opposition seront satisfaits de la célérité que le gouvernement à apportée dans la préparation et la présentation de son tarif; surtout lorsque je rappellerai à ces messieurs que leur gouvernement avait élé for mé le 7 novembre 1873, tandis que le nôtre le fut le 19 octobre; et que mon honorable prédécesseur ne pré-

senta son tarif, ne prononça son discours budgétaire, que le 14 avril, tandis que nous ne sommes aujourd’hui qu'au 14 mars.

Quand j'aurai exposé à la Chambre les décisions auxquelles nous nous sommes arrêtés, elle comprendra létendue et la difficulté du travail que nous avons eu à faire.

Je suis convaincu qu’en face de ces faits, la Chambre et le pays com-

On se rappellera, monsieur le président, que dans le budget présenté l'année dernière par nos prédécesseurs, les prévisions d'1 revenu de l'exercice actuel dépassaient de quelque peu celles des dépenses. En chiffres ronds, celles-ci étaient portées à $23,600,000. On verra que les dépenses ont atteint $24,000,000. Le budget supplémentaire, que je soumettrai dans quelques jours à la Chambre, demandera, pour l'administration des terres fédérales, $7,000; pour celle du ministère des postes, $20,000 ; pour les travaux publics imputables sur le revenu,—chemins de fer,—#$186,000 en sus des estimations du budget malgré les efforts qui ont été, sont actuellement et seront encore faits par l'honorable ministre des travaux ail | publics pour diminuer les dépenses.

e | Pour les douanes, en sus des crédits

votés, il faudra un crédit supplémen- &| taire de $17,740 affecté aux frais de perception; pour la police à cheval, il faudra $40,000 de plus; pour les sauvages, $44,674, nécessilées par les traités; pour le service par voie de mer et des eaux intérieures, $19,770 ; pour les travaux el édifices publics, $116,386; pour la milice (crédit spécial pour faire face aux dépenses causées par les troubles survenus à Montréal), $20,261 ; pour l'exposition de Paris, $25,000: pour frais de gestion non compri dans le budget de Van dernier, $75,000, relativement au rachat de la dette de $7,500,000 ; pour les frais d'élections, en sus du crédit voté, $60,000; pour les pénitenciers, $12,500; pour diverses menues dépenses, $10,000 ;en tout 8654,424, moins $238,000 à revoter cette année, c’est-à-dire $163,000 pour travaux publics reportées pour être employées cette année, et 875,000 pour autres Services ; soit $416,424, que le budget supplémentaire aura à

RP RO ps 1

Page 1