‹ Discours sur le budget prononcé par l'honorable Honoré Mercier, chef d'opposition, à la séance de l'Assemblée législative de la province de Québec, le 7 mai 1884 [microforme]Chapitre 15 sur 16 · L'HON. M. LETELLIER · texte numérisé non relu

L'HON. M. LETELLIER

Permettez-moi, avant de passer à un autre sujet, de rendre hommage ici à la mémoire d'un homme qui est mort victime de son dévouement à la chose publique, et dont les sages prévisions auraient sauvé la province des embarras actueis, sises conseils eussent été suivis.

Le ler mars 1878, l'hon. M. Letellier écrivait à son premier ministre ce qui guit :

“ De temps à autre, depuis la dernière session de la législature, le lieutenant:

gouverneur a attiré l'attention du premier ministre sur plusieurs sujets se rapportant aux intérêts de la province de Québec, entre autres :

“1, Sur les dépenses énormes occasioanées par des subsides très considéra:

bles à plusieurs chemins de fer, alors que la province était chargée de la construction de la grande voie ferrée de Québec à Ottawa, laquelle devait primer les autres ; et cela lorsque l'état de nos finances nous forçait à des emprunts disproportionnés avec nos revenus.

‘2, Sur la nécessité de réduire les dépenses du gouvernement civil et de la législation, au lieu de recourir à des impôts nouveaux en vue d'éviter des embarras financiers.

“ Le lieutenant-gouverneur exprime aussi, quoique à regret, à M. le premier,

‘que les ordres passés en conseil pour

l'augmentation des salaires des em-* ployés du service civil lui semblaient invpportuns dans un temps où le gou:

vernemént contractait à la banque de Montréal un emprunt d’un demi-million, avec la condition de porter cet emprunt à $1,000,000 à un intérêt de 7 p. o.; et, de fait, aujourd’hui même (ler mars), le lieutenant-gouverneur est obligé de permettre qu’un ordre en con:

seil soit passé pour procurer au gouvér:

nemert ls demi-million ; sans quoi le gouvernement serait dans l’imposgibilité de rencontrer ses obligatio®s, sinsi que me l'a fait observer aujourd'hui l'honorable trésorier provincial par ordre du premier ministre. F ‘“ Monsieur le preuier ne fit point connaître alors, ni depuis, au léütenant-gouverneur, que le gouvernement

6tait dans un état de siterait une législation spéciale pour augmenter les impôts publics.

nurie qui néoes-

+6 C'est panne le lieutenant-gouverneur a dit et répété ces choses au | ps ministre, et qu’il croit devoir es consigner ici, afin qu’elles servent

de mémoire, pour lui-même et pour M.

le premier.”

e ne rappelle pas ce document pour

faire des récriminations contre l’hon.

* M. de Boucherville et ses collègues,

pour lesquels j'ai beaucoup de res-

peot, mais uniquement pour permettre

. à chacun de nous de prendre loyale-

ment sa part de responsabilité dans ce qui arrive.

M. Letellier a succombé sous la force

des coups qui lui ont été portés ; et ceux qui ont le plus contribué à le faire chasser de Spencer-Wood et qui ont provoqué sa mort prématurée, sont forcés aujourd'hui d’ad nettre que cet homme d'état distingué: ait raison de dénoncer les dépenses extravagantes de cette époque.

Le parti libéral pleure encore ce grand citoyen ; mais leur douleur est quelque peu soulagée aujourd'hui, à la pensée que ses adversaires reconnaissent la sagesse de ses vues, en adoptant sa politique, cinq ans plus tard. O grand patriote | repose en paix dans ta tombe vénérée ; ta mémoire est vengée ! !

MINISTÈRE OHAPLEAU,

On peut dire que c'est l'honorable M.

Ross qui a placé M. Chapleau au pouvoir, car sans le refus des subsides par le

“Conseil législatif, les députés de Brôme ét de Gaspé ne se seraient pas donné le baiser de paix pour eo A jo le pouvoir, et leur fameuse motion de conciliation n'aurait pas vu le jour.

M. Ross donna donc le pouvoir à M.

Chapleau. La trahison engendre l’extravagance et les succès dus aux traitres coûtent toujours très cher. A peine M.

Chapleau était-il au pouvoir, avec son trésorier modèle, M. Robertson, que le nombre des employés fut augmenté Le ; les salaires furent élevés, les

épenses devinrent alarmantes; et en

trois ans de temps nous eûmes un mil-

lion et demi de déficit, le chemin de fer

fut vendu à vil prix et on emprunta

. sept millions pour payer toutes ces criminelles extravagances.

Dnrant tout ce temps là, nous protestions, nous sollicitions des réformes,

‘demandions à nos collègues, les députés, de mettre un terme à ce régime ruineux, de cesser d'emprunter, de renvoyer les employés incapables et ceux dont les services n'étaient pas indispensables, et de gouverner avec économie ; tout fut inutile : ily avait bombance générale, le pays était en liesse et nous n'étions que des prophètes de malheur, dignes tout au plus de la pitié publique, mais indignes de diriger les affaires d'un pays aussi intelligent que le nôtre.

Et M. Chapleau avait alors, comme collègues, l'honorable M. Ross, le premier ministre actuel, l'honorable M.

Robertson, le trésorier actuel, l'honorable M. Lynch, le ministre des terres de la couronne actuel, et enfin, the last but not the least, l'honorable M. Flynn, le ministre des chemins de fer actuel, Quatre sur six! oui, quatre des anciens administrateurs, quatre de ces hommes habiles qui ne voyaient pas l'abime dans lequel ils précipitaient le pays ; quatre de ces hommes prudents, qui commettaientdes extravagances inouies, et entassuient déficit sur déficit, dette sur dette, ruine sur ruine.

Enfin, quand M. Chapleau eut mis le comble à la mesure, quand il eut disposé de tout notre actif, il nons légua un million et demi de déficit et sept millions de dettes nouvelles, et partit pour un autre champ plu vaste eb plus digne de son talent,

MINISTERE MOUSSBAU,

Alors Ottawa, toujours soucieux de nos intérêts, nous envoya, dans sa s0llicitude toute paternelle, un sauveur en la personne de M Mousseau. Venant comme lé Messie pour sauver Israël, et, cachant une énergie iadomptable sous les apparences d'une grande bonhommie, il se mit à l'œuvre avec une prodigieuse activité. Pour mieux rétablir l'équilibre dans nos finances, il augmenta tous les salaires afin d’avoir le plaisir de les diminuer plus tard ; pour nous prouver qu'il allait payer notre dette, il en fit une nouvelle ; et enfin, pour qu'il n’y eut pas de doute sur ses intentions, il créa une commission qui devait diminuer les salaires que son créateur venait d'augmenter ; qui devait faire rapport au bout de deux ou trois mois et dont le rapport est encore invisible, après quinze mois; et qui ne devait no coûter que quelques centdines de pit

oo

tres, et qui a :

dix milles pias Quand par ses m:lx par ses extra.

restait plus d qu’il se vit dar contrer cette trompée, et de ses amis, de avait tant ab banc, judiciair la blancheur indique les gre Et aujourd’l tres conserva!

épuis: ; main d'admettre q tout compron mander à nou sauver le pays ouvoir. Vrai:

‘impudence, messieurs on de dignité et On nous dé patriotique qt tre jour. A 1 mes adversair aux appels qu et maintes ci Le 2 juin cette chemb # Notre detts quinze millio d’amortissem le subside té s'élèvent à allons-nous p l’oublions 1H 000 de reve devoir augm lèvent à $2 lèveront à prendre les déficit ? Ile coup d'œil q à équilibrer sources que est. Pour diminuer le Voulez-va .ment ces l’h norable “Ilne fs dit-il, et lui de tout et sard 80, p.

Mes colle res les plus me rendroi

tres, et qui a déjà englouti au-d là de dix milles piastres,

Quand M. Mousseau eut tout gâté par ses m'ladresses, tout compromis par ses extravagances ; quand il ne loi restait plus de faute à commettre et uu’il se vit dans l'ixpossibilité de rencontrer cette chambre qu'il avait tant trompée, et de braver: l’indignation de ses amis, de la confiance desquels il avait tant abusé, il se réfugia sur le banc, judiciaire, sous l’hermine dont la blancheur représente la pureté et indique les grandes vertus.

Et aujourd’hui, après que les ministres conservateurs ant tout ruiné, tout épuis: ; maintenant qu'ils sont forcés d'admettre que, leur administration à tout compromis. ils viennent nous d mander à nous de les aider, non pasa sauver le pays mais à les maintenir au

ouvoir. Vraiment, c'est le. comble de ‘impudence;, et ilest évident que ces messieurs ont perdu tout sentiment de dignité et de convenance.

On nous demande d'écouter l'appel patriotique que faisait. le tréscrier l'autre jour. A mon tour je demanderai à mes adversaires s’ils ont jamais répondu aux appels que je leur ai faits en maintes et maintes circonstances ?

Le 2 juin 1880, je leur disais, dans

cette chembre, (Hansard p. 319):

# Notre detts, à l'heure qu'il est, est de q'inze millions et l'intérêt et le fonds d'amortissement absorbent entièrement le subside fédérai. Les autres dépenses s'élèvent à $1,900,000 par année, Uù allons-nous prendre ces $1,9 0,000 ? Ne l’oublions pas, nous avons $2,500, 00 de revenus, qui ne se.nblent pas devoir augmenter et nos dépenses s’élèvent à $2,750,L00 : demain elles s’élèveront à $3,000,000. Où allons-nous prendre les ressources pour couvrir le déficit ? Il est évident par ce simple coup d’œil que nous ne pouvons réussir à équilibrer notre budget avec les ressources que nous avons à l’heure qu’il est. Pour rétablir cet équilibre il taut diminuer les dépenses...

Voulez-vous savoir, Monsieur, com-

.ment ces paroles furent reçues par l’h norable M. ‘'aillon ?

‘Il ne faut pas soulever le peuple, dit-il, et lui parler d'économie à propos de tout et « propos de 1ien.,... (Hansard 80, p. 354.)

Mes collègues, et mênie mes adversaires les plus acharnés en cette Chambre, me rendront le témoignage, j'ai assez de

confiance dans léur esprit de justice pour le croire, que j'ai lutté avec énergie, pendant toute la deruière session pee empêcher les extravagances de

. Mousseau et pr-venir les malheurs dont le pays était de plus en plus menace. Ce n’est pas ti0p exiger de mes adversaires, que ‘ie. leur «demander d'admettre que je me suis imposé une tâche ben ingrate, que peu d'hommes auraient osé entreprendre ; : si le vote:

de là chambre était toujours contre moi, ses symp ithies étaient quelque fois pour mi, es n’eussent été les promesses solennelles de M. Moussenu de ‘tout réparer durant la vacance, la::maïorité m'aurait donné raison dans plusieurs circonstances.

Et aujourd’hui cette chambre ne peut me refuser cette justice ; aucune des promesses de la dernière session n'est remplie ; le ministère que j'Acousais s'est avoué. coupable ; et le nouveau, celui qui vient encore pour nous sauver, avec les mêmes hommes qui nous ont ruinés, avec les mêmes moyens qui ont tout peräu dans le passé, admet que j'ai eu raison «vec mes amis de pousser le cri d'alarme, que la tempête annon:cée par notre vigilance est arrivée ; eb que le seul moyen de sauver le navire, c'est de jeter pardessus bor'i l1 moitié de l'équipage, afin de lalléger et de l'empêcher de sombrer. *

la çhambre, écluirée par les événements, édifiée par laconduite du chef conservateur, sera t-elle maintenant moins aveugle sur leur conduite, et plus juste à mon égard.

Le temps le dira, mais quels que soient les d boires qui me sont destinés, je ferai la lutte énergiquement, restant dans mon rôle de chef de l'opposition, attendant les mesures du gouvernement pour les juger ; approuvant le bien, condamnant le mal, et laissant aux ministres la responsabilité de la situation :

qu'ils ont crecee.

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