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moi, de dire que si mon adversaire est élu, l’état est em danger ? Pourquoi le prêtre n’aurait-il pas le droit de dire que si je suis élu, la religion va être infailliblement détruite, lorsque j'ai le droit de dire que si mon adversaire est élu, l'état s'en va droit à la banqueroute ? Non, que le prêtre parle et prêche comme il l’entend, c'est son droit. Jamais ce droit ne lui sera contesté par un libéral canadien.
La constitution ‘que nous avons invite tous les citoyens à q
prendre part à la direction des affaires de l’état ; elle ne fait.
d'exception pour personne. Chacun a le droit, non-seulement d'exprimer son opinion, mais d’influencer, s’il le peut, par l'expression de son opinion, l'opinion de ses concitoyens. Ce droit là existe pour tous ; il ne peut y avoir de raison pour que le prêtre en soit privé. Je suis ici pour dire toute ma pensée, et j'ajoute que je suis lcin de trouver opportuñe l'intervention du clergé dans le domaine politique, comme elle s’est exercéé depuis quelques années. Je crois au contraire que le prêtre a tout à perdre, aux point de vue du respect dû à son caractère, en s'immisçant dans les questions ordins.res de la politique ; cependant son droit est incontestable, et s’il croit bon de s’en servir, notre devoir à nous, libéraux, est de le lui garantir contre toute conteste.
Cependant, ce droit n’est pas illimité, Nous n'avons pas parmi nous de droits absolus. Les droits de chaque homme, dans notre état de société, finissent à l'endroit précis où ils empiètent sur les droits d’un autre.
Le droit d'intervention en politique finit à l'endroit où il empièterait sur l'indépendance de l'électeur.
La constitution de notre pays repose sur la volonté librement exprimée de chaque électeur. La constitution entend que chaque électeur dépose son vote, librement, volontairement, comme il l'entend. Si le plus grand nombre des électeurs d’un pays sont d’une opinion actuellement, et que ,par suite de l'influence exercée sur eux par un ou plusieurs hommes, par suite des paroles qu’ils auront entendues ou des écrits qu’ils
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auront lus, leur opinion change, il n’y a là rien que de parfaitement légitime. Bien que l'opinion qu’ils ex; riment soit différente de celle qu'ils auraient exprimée sans cette intervention, cependant l'opinion qu’ils expriment est bien celle qu'ils veulent exprimer, celle qui est au fond de leur conscience ; la constitution reçoit son entière application. Si, cependant, malgré tous les raisonnements, l'opinion des électeurs est restée la même, mais que par intimidation ou par fraude, vous les forciez à voter différemment, l’opinion qu'ils expriment n’est plus leur opinion, et la constitution est dès lors violée. La constitution, comme je l'ai déjà dit, entend que l'opinion de chacun soit librement exprimée comme il la concoit, au moment qu'il l’exprime, et la réunion collective de chacune de ces opinions individuelles, librement exprimées, forme le gouvernement du pays.
La loi veille d’un œil si jaloux à ce que l'opinion de l’électeur soit exprimée telle qu’elle est, que si, dans un comté, l'opinion exprimée par un seul des électeurs n’est pas son opinion réelle, mais une opinion arrackée par la crainte, par la fraude ou par la corruption, l'élection devra être annulée,
Il est donc parfaitement permis de changer l'opinion de l'électeur, par le raisonnement et par tous les autres moyens de persuasion, mais jamais par l'intimidation. Au fait, la persuasion change la conviction de l'électeur, l’intimidation ne la change pas. Quand, par persuasion, vous avez changé la conviction de l'électeur, l'opinion qu’il exprime est son opinion ; mais quand, par terreur, vous forcez l'électeur à voter, l'opinion qu’il exprime, c’est votre opinion ; faites disparaître la cause de terreur, et alors il exprimera une autre opinion, la sienne propre.
Maintenant, on le conçoit, si l'opinion exprimée de la majorité des électeurs n'est pas leur opinion réelle, mais une opinion arrachée par fraude, par menace ou par corruption, la constitution est violée, vous n'avez pas le gouvernement de la majorité, mais le gouvernement d’une minorité. Or, si un tel état de choses se continue et se répète ; si, après chaque
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élection, la volonté exprimce n’est pas la volonté réelle du pays, encore une fois, vous entravez la constitution, le gouvernement responsable n'est plus qu'un vain mot, et. tôt ou tard, iei comme ailleurs, la compression amènera Pexplosion, la violence et les ruines.
Mais il ne manquera pas de ;;ens qui diront que le clergé a droit de dieter au peuple quels sont ses devoirs. Je réponds sinvplement que nous sommes ici sous le gouvernement de la Feine d'Angleterre, sous l'autorité d'une constitution qui nous a été accordée comme un acte de justice ; et que, si Pexercice des droits que vous réclünez devait avoir pour effet d'entraver cette constitution et de nous exposer à toutes les conséquences d'un pareil acte, le clergé lui-même n’en voudrait pas.
Je ne suis pas de céux qui se donnent avec affectation comme les amis et les défenseurs du clergé. Cependant, je dis céci : comme la plupart des jeunes gens: mes compatriotes, j'ai été élevé par des prêtres, et au milieu &e jeunes gens qui sont devenus des prêtres. Je me flatte que je compte parmi
‘eux quelques amitiés sincères, et à ceux là du moins je puis
dire, ét je dis: “ Voyez s’il y a sousle soleil un pays plus heureux que le nôtre ; voyez s'il y a sous le soleil un pays où l’église catholique soit plus libre et plus privilégiée que celui-ci. Pourquoi donc iriez-vous, par la revendication de droïts incompatibles avec notre état de société, exposer ce pays à des agiîtations dont les conséquences sont impossibles à prévoir ?”
Mais, je m'adresse à tous mes compatriotes indistinctement, et je leur dis :
“ Nous sommes un peuple heureux et libre; et nous sommes heureux et libres, grâce aux institutions libérales qui nous régissent, institutions que ré devons aux efforts de nos pères et à la sagesse de la mère-patrie.
‘ Ta politique du parti libéral est de protéger ces institutions, de les défendre et de les propager, et, sous l'empire de ses. institutions, de développer les ressources latentes de notre
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Maintenant, pour apprécier toute la valeur des institutions qui nous régissent aujourd'hui, comparons l’état actuel de notre pays avec ce qu'il était avant qu’elles nous éûssent été octroyées.
Il y a maintenant quarante ans, le pays se trouvait sous le coup d’une émotion fiévreuse, en proie à une agitation qui, quelque mois plus tard, éclatait en insurrection. La couronne britannique ne fut maintenue dans le pays que par la force de la poudre et du canon. Et cependant, que demandaient pos devanciers* Ils ne demandaient rien autre chose que les institutions que nous avons maintenant ; ces institutions nous ont été octroyées, on les a appliquées loyalement ; et voyez la conséquence : le drapeau britannique flotte sûr la vieille citadelle de Québec, il flotte ce soir au-dessus de nos têtes, et il ne se trouve pas dans le pays ur seul soldat anglais pour le défendre ; sa seule défense, c’est la reconnaissance que nous lui devons pour la liberté et la sécurité que nous avons trouvées sous son ombre,
Quel est le canadien qui, comparant son pays aux pays même les plus libres, ne se sentirait fier des institutions qui le protégent ?
Quel est le canadien qui, parcourant les rues de cette vieille cité et arri-ant au monument élevé à deux pas d'ici, à ln mémoire des deux braves morts sur le même champ de bataille en se disputant l'empire du Canada, ne se sentirait fier de son pays!
Dans quel autre pays, sous le soleil, trouverez-vous un monument semblable, élevé à la mémoire du vaincu aussi bien que du vainqueur? Dans quel autre pays, sous le soleil, trouverez-vous le nom du vaincu et du vainqueur honorés au même degré, occupant la même place dans le respect de la population ?
Messieurs, lorsque dans cette dernière bataille que rappelle le monument de Wolfe et Montcalm, la mitraille semait la
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mort dans les rangs de l’armée française, lorsque les vieux héros que ja victoire avait tant de fois suivis, virent enfin la victoire leur échapper, lorsque, couchés sur le sol, sentant
leur sang couler et leur vie s'éteindre, ils virent, romme con-
séquence de leur défaite, Québec aux mains de l'ennemi, et le pays à jamais perdu, sans doute. leur pensée suprême dut se tourner sur leurs enfants, sur ceux qu'ils laissaient sans protection et sans défense ; sans doute ils les virent-persécutés, asservis, humiliés, et alors, il est permis de le croire, leur dernier soupir put s’exhaler dans un cri de désespoir. Mais si, d'un autre côté, le ciel permit que le voile de l'avenir se déchirât à leurs yeux mourants ; si le ciel permit que leur regard, avant de se fermer pour jamais, pénétrât dans l’inconnu : s'ils purent voir leurs enfants libres et heureux, marchant le front haut dans toutes les sphères de la société ; s'ils purent voir, dans la vieille cathédrale, le banc d'honneur des gouverneurs français occupé par un gouverneur français ; s'ils purent voir les flèches des églises s’élançant de toutes les vallées, depuis les eaux de Gaspé jusqu'aux plaines de la Rivière Pouge ; s'ils purent voir *e vieux drapeau, qui nous rappelle la plus belle de leurs victoires, promené triomphalement dans toutes nos cérémonies publiques ; s'ils purent, enfin, voir nos libres institutions, n'est-il pas permis de croire que leur dernier soupir s'éteignit däns un murmure de reconnaissance pour le eiel, et qu’ils moururent consolés ?
Si les ombres de ces héros planent encore sur cette vieilla cité pour laquelle ils sont morts, si leurs ombres planent ce soir sur la salle où nous sommes réunis, il nous est permis de croire à nous, libéraux, du moins nous avons cette chère illusion,—que leurs sympathies sont toutes avec nous.