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Certes, je respecte trop l'opinion de mes adversaires, pour
ne leur lancer jamais aucune injure ; mais je leur fais le re-
proche de ne comprendre ni leur époque, ni leur pays. Je les
accuse de juger la situation politique de notre pays, non pas
d'après ce qui s'y passe, mais d'après ce qui se passe en
France. Je les accuse de vouloir introduire ici des idées dont
l'application serait impossible dans notre état de société. Je
les accuse de travailler laborieusement, et par malheur trop 1 efficacemen., à rabaisser la religion aux simples proportions Be d'un parti politique. | à C’est l'habitude, dans ie parti de nos adversaires, de nous acccuser, nous libéraux, d’irréligion. Je ne suis pas ici pour faire parade de mes sentiments religieux, mais je déclare que j'ai trop de respect pour les croyances, dans lesquelles je suis né, pour jamais les faire servir de base à une organisation politique.
Vous voulez organiser un parti catholique. Mais n’avez- k vous pas songé que si vous aviez le malheur de réussir, vous : attireriez sur votre pays des calemités dont il est impossible de prévoir les conséquences ?
Vous voulez organiser tous les catholiques comme un seul parti, sans autre lien, sans autre base que la communauté de religion, mais n’avez-vous pas réfléchi que, par le fait même, vous organisez la population protestante comme un seul parti.. et qu’alors, au lieu de la paix et de l'harmonie qui existent aujourd’hui entre les divers éléments de la population canadienne, vous amencz la guerre, la guerre religieuse, la plus k. terrible de toutes les guerres. i : Encore une ft:3, conservateurs, je vous accuse à la face du
janada de ne comprendre ni votre pays ni votre époque.
Nos adversaires nous font encore un reproche : ils nous reprochent d'aimer la liberté, et ils appellent l'esprit de liberté M un principe dangereux et sibosait :
Est-il quelque raison à ces attaques ? Aucune, sinon qu'il existe en France un groupe de catholiques qui poursuivent la
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Ro liberté de leurs imprécations. Certes, il n’y a pas en France ‘
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ue des ennemis de la liberté qui la regardent avec terreur. Les amis les plus ardents de la liberté la contemplent souvent avec le même sentixzent, Rappelez-vous le dernier mot de Madame Roland. Elle avait ardemment aimé'la liberté, elle l'avait appelée de tous ses vœux, et son dernier mot est ce mot navrant : O liberté ! que de crimes on cominet en ton nom ! Combien Ge fois les mêmes paroles n’ont-elles pas été répétées aussi sincèrement, par des amis aussi sincères de la liberté !
Je conçois très-bien, sans cependant les ne les sentiments de ces Français qui, regardant ce que la liberté leur a coûté de larmes, de ruines et de sang, appellent quelquefois pour leur pays un despotisme vigoureux ; je conçois leurs anathèmes ; mais que ces anathèmes contre la liberté soient cépétés parmi nous, c'est ce que je ne saurais comprendre.
Eh quoi ! c’est nous, race conquise, qui irions maudire la liberté ! Mais que serions-nous donc sans la liberté ? Que serions-ous maintenant, si nos pères avaient eu les mêmes sentimeats que les conservateurs d'aujourd'hui ? Serions-nous autre chose qu’une race de parias ?
J'avoue bien que la liberté, telle qu’elle a été généralement comprise et pratiquée en France, n’a rien de séduisant. Les français ont eu le nom de la liberté, ils n’ont pas encare eu la liberté. ln de leurs poëtes, Auguste Barbier, nous a donné une idée assez exacte de la liberté qui a quelquefois passé en France, et qu'on a vue pour la dernière fois à l’œuvre en 1871. Il la représente comme une femme
tt À Ja Voix rauque, aux duts appas
# Qui du brun sur la peau, du feu dans les prunelles # Agile ct marchaot à grands pas,
# Se plait aux cris du peupie, aux sanglantes mêélées # Aux longe rouiements des tambours.
# A l'odeur de la poudre, aux lointaines volécs “ Des cloches et des canons sourds ;
4 Qui ne prend s0s amours que dans la populace, “ Jt ne prête sou large flanc
# Qu'à des gens forts coinme elle, et qui veut qu'on l’embrasse
“ Avec des bras rouges de sang.
sun QD ‘eue
Si la hiberté était bien cette virago sinistre, je comprendrais les anathèmes de nos adversaires, et je serais le premier à m'y associer. Mais ce n'est pas là la liberté, Un poëte anglais, Tennyson a chanté la liberté, la liberté de son pays et du nôtre. Dans son poëme In Memoriam, Tennyson s'adresse à un ami qui hui demande, pourquoi il ne va pas chercher dans les îles des mers du sud, un climat plus doux, ét pourquoi, malgré sa santé altérée, il persiste à rester sous le ciel bru. meux de l'Angleterre. Et le poëte lui répond :
“ It is the land that freemen till,
That sober-suited Freedom chose,
The land where, girt with friends or foes, À man may speak the thing he will ;
# A land of settled government,
À land of just and old renown,
Where Freedom broadens slowly down, From precedent to precedent :
# Where faction seldom gathers head
But by degrees to fulness wrought,
The strength of some diffusive thought Hath time and space to work and spread.”
Le poëte répond à’son ami,” qu'il ne veut pas s’éloisner de l'Angleterre, parce. que :
& C’est la terre des hommes libres, c'est la terre choisie par la liberté calme et modérée, où, qu’il soit environhé d'amis ou d’ennemis, um homme peut dire ce qu’il veut dire,
“ Une terre d’un gouvernement stable, une terre d’un juste et antique renom, où la liberté s’épand lentement de précédent en précédent.
“ Où les factions lèvent rarement la tête, où la force de toute pensée féconde, s'élevant par degrés jusqu’à la maturité, a le temps et l’espace pour se développer.”
Telle est la liberté dont nous jouissons, telle est la liberté que nous défendons et que nos adversaires attaquent sans là comprendre, et tout en en possédant les bienfaits. Jean- Baptiste Rousseau, dans une de”ses odes, parle de peuplades barbares qui, un jour, dans un'moment d’inconcevable folie;
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se mirent à insulter le soleil de leurs cris et deleurs i imprécations. Le poëte caractérise d'un mot, Litte inepte impiété : Le Dieu poursuivant sa carrière,
Versait des torrents de Iumière Sur ses obscurs blasphémateurs,
Ainsi en est-il parmi nous de cex qui attaquent ln liberté. La liberté les couvre, les inonde, les protége et les défend jusque dans leurs imprécations.
: | Le Dieu poursuivant sa car rière,
Versait des torrents de lumière Sur ses obscurs blasphémateurs,
Maïs nos adversaires, tüut en nousreprochant d’être les amis de la liberté, nous reprochent encore, par une inconséquence qui serait très grave, : l'accusation était fondée—de refuser à l'église la liberté à laquelle elle a droit. Tls nous reprochent de vouloir fermer la bouche au corps administratif de l'église, au clergé, de vouloir l'empêcher d'enseigner au peuple ses devoirs de citoÿen et d’électeur. Ils nous reprochent, pour me servir de la phrase consacrée, de vouloir empêcher le clergé de se mêler de politique et de le reléguer dans la sacristie,
Au nom du parti libéral, au nom des principes Hbéraux, j je repousse ‘cette assertion !
Je dis qu'il n’y a pas un seul libéral canadien qui vetillé empêcher le clergé de prendre part. aux affaires politiques, ei si le clergé veut prendre part aux affaires politiques.
Au nom de quel principe les amis de la liberté voudraientils refuser au prêtre le droit de prendre part aux affaires politiques ? Au nom de quel principe les amis de: la liberté voudraient-ils refuser au prêtre le droit d’avoir; des opinions politiques et de les exprimer, le droit d'approuver ou de désapprouver les hommes publics et leurs ‘actes, et d'enseigner au peuple ce qu'il croit être son devoir ? Au nom de quel principe le: prôtre n'aurait-sil pas le droit def dire que si je suis élu, moi, la religion est menacée, lorsque j'ai le droit,