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Discours sur le magnétisme animal

Convaincu d’une grande vérité, j’ai hésité longtemps a la dire tout entière. J’ai cru qu en avouant par degrés son importance , j effraierais moins les gensqui doivent en souffrir, ou plutôt que je les disposerais à s’en emparer et à la répandre dans leur propre intérêt. Mes discours ne les ont point touchés, mes appels les ont trouvés sourds, et les phénomènes qui devaient les éclairer,n’ont point obtenu ce résultat.

Devais-je me taire et renfermer dans mon sein

le germe que je ci'ois fécond, devais-je imiter nos savans, laisser à la génération qui nous pousse le soin de développer et de faire connaître une vérité qui doit jeter un si grand jour sur toutes les sciences. Non, je me suis séparé des cœurs froids, des cœurs que les souffrances de l’humanité n’émeuvent point, plus sensibles à leur intérêt propre, qu’à l’intérêt de la science. J’ai reconnu trop tard que mes discours sincères ne devaient point trouver d’écho parmi eux, et regrettant un temps vainement perdu, j’ai pris le parti de répandre dans le monde ce que les savans devaient d’abord seuls connaître. Qu’ils n’accusent donc que leur conduite du mépris qu’on aura pour eux, qu’ils subissent les durs reproches qu’on est en droit de leur adresser, et si des maux inséparables sont la suite d’une application irréfléchie des principes nouveaux que je vais vous exposer, ce sont les savans et surtout les médecins qui devaient en tracer les règles et qui ne Font point fait, que l’on doit en rendre responsables.

Nous allons dérouler devant vous les pièces d’un grand procès, procès qui intéresse l’humanité tout

entière^ car il Ya s’agir d’an nouvel art de guérir les maux qui nous affligent, et d’une vérité qui doit placer sur de nouvelles bases les sciences morales et physiques.

Dans cet examen^ nous allons éloigner de nous toute faiblesse^ nous vous parlerons sans haine et sans passion^ notre langage sera sincère, et nos aveux, plus forts peut-être que la prudence ne l’exigerait, ne vous laisseront aucun doute sur la pureté de mes intentions.

Commençons donc l’examén de cette grande question, faisons pénétrer dans vos esprits la conviction qui nous domine, et puisque vous allez devenir mes juges, il est de votre devoir de m’écouter avec attention.

Messieurs, de toutes parts des hommes honorables, au jugement sain , font appel au monde sur une découverte ancienne ^ toujours contestée.

Ils disent: V homme a des propriétés merveilleuses qui Végalent presqu aux dieux , Vhomme peut agir sur son semblable^ et sur tonte la nature

'Vivante, Vhomrne peut être mis dans un état ou il lui est rézêlé ses hautes destinées sur la terre. L’homme enfin peut modifier à son gré, ce qui paraît échapper à ses sens et cette action morale et •physique peut être reconnue., étudiée., prouvée^ car tous les hommes sont aptes à la sentir et à la communiquer. Il n’j a que V ignorance ou la mau^ vaise foi qui puisse la mettre en doute.

A des assertions si positives que répondent les gens en possession de la science, et à la tête de Topinion.

Ils disent : toutes les merveilles dont vous nous parlez, sont autant de mensonges. L’antiquité la plus reculée en a été infectée, elle a cru, comme vous, au pouvoir de l’homme sur Fhomme, aux révélations, aux prévisions, et il s’est trouvé à toutes les époques, des gens qui prétendaient avoir un pouvoir surnaturel. Mais il s’est trouvé des savans comme nous, qui^pos sédaient la véritable lumière, et qui firent justice de toutes ces rêveries. Cessez donc de nous poursuivre de vos propositions d’examen , la science n^a rien à apprendre avec vons^ vous

êtes des fous ou des imbécilles, vous ne nous inspirez que de la pitié!

Heureux savans^on doit s’incliner devant vos lumières, et la nation doit vous élever des autels!

Que le vulgaire se courbe et baisse la tête ! qu’il cite avec orgueil les noms de ces illustres savans; qu’il adopte comme articles de foi leurs jugemens^cela ne m’étonne nullement : Thomme semble être fait pour le mensonge, sans cela il eut été difficile de l’exploiter. Ah ! Messieurs, je ne puis vous peindre les sentimens que j’éprouve, ce n’est pas de la colère, ce n’est pas du mépris, c’est une affliction profonde à la vue des obstatacles qui se sont toujours opposés au règne de la vérité sur la terre. 11 est donc bien vrai que Dieu a livré le monde aux disputes des hommes^ Il est donc bien vrai que tout sera toujours, doute et incertitude, et que les nations comme les individus disparaîtront de la terre sans laisser autre chose, pour marques de leur passage ^ que de vaines opinions.

Et lorsqu’un homme au milieu de ce cahos sera venu dire au monde : arrête ici ta course, la vérité que tu poursuis est au milieu de toi, elle t’a

suivi partout^ tu ne Tas pas reconnue. Lorsque lu as cru la saisir, tu n’en tenais que l’ombre. Cet homme n’aura obtenu pour prix de sa vertu et de son heureux génie, que l’exil et l’échafaud.

Chassons loin de nous cette triste vérité, oublions, s^il se peut, î’histoire des temps anciens ; mais marquons d’un fer brûlant, les savans de notre époque qui, moins cruels que leurs devanciers, n’ont pas été plus soucieux de leur honneur et plus amis de la vérité.

Faisons luire à vosyeux son flambeau, que sa vive clarté vous pénètre , que ses rayons vous montrent le faux savoir couvert du manteau de la vérité; il ne sera plus possible alors de vous abuser et de vous faire croire à une supériorité qui ne vient que d’un défaut d’examen et de l’habitude que vous avez de laisser à d’autres, le soin de régler vos destinées.

Que deviendront nos grands docteurs, si nous vous prouvons tout-à- l’heure, que chaque individu a en lui-même, un principe naturel supérieur en intelligence à leur esprit et à leur haute raison. Que feront-ils de leur savoir amassé avec tant de peine et de soins , s’il est bientôt

reconnu que dans une cervelle vierge de leurs sophismes, il se trouve de quoi les confondre? Et vous, philosophes rêveurs qui croyez connaître l’homme et ses destinées, déchirez vos systèmes car lorsque vous les avez écrits, vous aviez un sens de moins.

Ah! je sens conibien ma mission est grande et belle, mais je ne me fais point d’illusion je connais par avance les écueils et les dangers qui sont semés sur ma route^ mais que m’importe , je suis fort de mon courage, il ne m'abandonnera pas , ma seule crainte est que la faiblesse de mes moyens ne vous offre pas^ messieurs, nn défenseur tel que cette grande vérité l’exige.

Aussi, dans cette enceinte, je fais appel à tous les hommes généreux, et je leur dis : le magnétisme est un levier puissant qui peut soulever le monde moral et le monde physique ; Aidez-moi à le faire mouvoir. Mais pourquoi ce douîe et cette hésitation? Laissez-vous convaincre, et si votre bonne foi vous attire les railleries, alors secouez le joug de l’indifférence et de l’égoïsme. Ils n’ont point d’oreilles et point d’entrailles; rien ne peut les émouvoir.

Si cependant mes discours ne trouvaient point d’écho parmi vous , ah ! je serais loin de vous en vouloir. Je connais trop l’empire de tous les préjugés et des vains systèmes qui régnent aujourd’hui ; mais ce serait alors aux sstvans de nos académies, qui sous le voile de la prudence, gardent un lâche silence. La lumière qu’ils fuient^ se répandra malgré eux, ils entendront bientôt des gens étrangers à toutes' les sciences se dire en les aperçevant : ces hommes n’oitt de passion que pour de vieilles erreurs, ils ont reculé devant ce qui pouvait les éclairer, et croyant que le mensonge devait servir leurs intérêts, ils ont combattu la droiture et calomnié la vertu.

Çt lorsque, sous leurs yeux, il se produira des faits dignes d’admiration, faits qu’ils ne seront point appelés à juger, car ils en auront perdu le droit , que chacun aperçoive le trouble de leur âme, et se souvienne que la vérité pour celui qui l’a niée est un ver qui ronge le coeur, est un fer qui brûle, et qu’il ne peut échapper aux remords de sa mauvaise action.

Et lorsque les médecins viendront aussi à leur tour se plaindre que le magnétisme envahit la

nîédeciiie^ et que sans leur ministère on guérit leurs malades, qu’il leur soit répondu : Mesmer, en venant parmi vous, vous avait cru dignes de connaître sa doctrine, il vous a priés, suppliés d’examiner les effets qu’il produisait , il vous voulait pour seuls juges de son système, vous avez publié sans vouloir l’entendre, qu’il n’était qu’un visionnaire et un charlatan ; et après l’avoir entendu, vous avez ajouté à vos dégoûtantes épithètes, que la doctrine magnétique était dangereuse et perfide, et vous avez engagé le gouvernement d’alors à la proscrire.

Plus tard, des hommes éclairés, reconnaissant la fausseté de vos jugemens, les Puységur, les Deleuze et cent autres, firent appel à vos lumières, à votre bonne foi, vous ne voulûtes point les entendre, vos oreilles sourdes aux vérités que leurs ouvrages dévoiiaient,ne s’ouvrirent que pour écouter les accusations que lançaient contre eux les gens habitués à ne défendre que les abus. Et lorsque des hommes généreux vinrent jusque dans vos sanctuaires, pour essayer de vous convaincre en guérissant quelques-uns de vos malades, le rire et le sarcasme furent le

premier accueil que vous leur fîtes. Mais forcée de vous rendre aux preuves évidentes que vous fournissaient les magnétiseurs, vous avez gardé le silence, il vous a fallu pourtant vous justifier du déni de justice dont on vous accusait, vous avez alors, dans d’insignifians rapports, avoué la riioitié des faits, et, chose inouie, vous if avez pas voulu publier ce que vous aviez reconnu pour vrai.

Cependant la vérité, malgré vos entraves, est sortie du cercle que vous aviez tracé autour d’elle :Le magnétisme, que vous croyiez terrassé, se relève après plusieurs siècles ; mais c’est pour triompher et pour étendre ses ailes sur le monde. Génie puissant qui embrasse Tunivers ! ah, si un destin fâcheux a voulu que tu restasses longtemps ignoré, et qu’on te livrât des combats, c’est afin que ton triomphe fût plus solennel!

Le public a lu vos rapports, messieurs; ils ont été imprimés etlivrés, malgré vous, au jugement des hommes qui aiment à s’éclairer; on a pénétré les causes de vos réticences, deviné vos motifs de haine, et apprenant qu’il vous avait fallu six ans pour produire un aussi mince travail

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