Discours sur le régime commercial de la France
Je publie le discours que j’ai prononcé sur le régime commercial de la France, parce qu’il a été incomplètement et inexactement reproduit, non par la faute des sténographes, mais par celle du sujet, hérissé de calculs et de détails difficiles à saisir pendant une improvisation rapide. Ceux qui auront voulu me lire , même dans le Moniteur , ne peuvent avoir aucune idée de ce que j’ai dit, et je ne puis consentir, dans une matière aussi grave, à me laisser attribuer des calculs inexacts, des non-sens, des raisonnements inachevés , tout ce que contiennent enfin les versions qu’on a données du discours que j’ai prononcé. On va le lire dans son texte véritable, tel qu’il serait parvenu au public, si la fatigue que j’éprouvais m’avait permis de passer une nuit entière à revoir les épreuves du Moniteur.
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Je profite de cette occasion pour relever quelques observations qui ont été faites depuis, et qui, portées à la tribune, auraient été, moi présent, réduites à leur valeur.
Depuis vingt-cinq ans que je consacre ma vie aux affaires de mon pays, j’ai été exposé peut-être plus qu’un autre au dénigrement qui attend tous les hommes publics. Je crois, quoi qu’on en puisse dire, avoir à chaque époque combattu le mal le plus à craindre, et toujours porté mes efforts là où était le danger véritable. De 1830 à 1840 j’ai fait de mon mieux pour consolider la royauté constitutionnelle; de 1840 à 1848, j’ai fait de mon mieux encore pour l’amener à se renfermer dans les vraies limites où elle pouvait exister, se faire accepter, et durer. Depuis j’ai lutté sans relâche contre le débordement qui devait suivre une révolution démocratique. Dans toutes ces situations, appelé quelquefois contre mes penchants naturels au rôle de contradicteur du pouvoir , j’ai toujours soutenu, môme au sein de l’opposition , les vraies maximes de gouvernement et de haute administration. J’ai défendu tour à tour la centralisation, l’armée, les droits de l’État en matière
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d’enseignement, le Trésor, l’impôt, la Banque, la circulation en argent contre la circulation en papier, les tarifs protecteurs de notre industrie, les lois de la propriété, tous les principes enfin, administratifs et sociaux, que l’expérience et le bon sens démontrent comme les seuls bons, les seuls applicables. Sur tous ces points je n’ai jamais rien cédé à l'esprit de système, d’opposition on d’anarchie. De là quelques critiques, en m’accusant d’humeur révolutionnaire, parce que j’avais voulu renfermer dans certaines limites l’action de la royauté , m’ont accusé en même temps d’être un esprit fermé à toute idée de réforme. Je les remercie d’avoir relevé ces deux traits de ma vie publique. Oui j’ai voulu de la liberté comme on la pratique en Angleterre, et quant aux utopies administratives ou sociales de mon temps, il n’y en a pas une que je n’aie combattue, et contribué à éloigner, quand elle avait quelque chance d’être essayée. J’ai ainsi soulevé contre moi, outre les ennemis politiques qui m’étaient dus, les esprits chimériques de tous les partis, et il m’est arrivé d’être fort maltraité, même quand j’avais le bonheur de rendre quelque service, de l’être dans mon pro-
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pre parti, par des hommes qui me devaient au moins des égards.
De toutes les chimères que j’ai eu à combattre, il n’y en a pas de plus vaine et de plus dangereuse que celle qui s’est appelée le libre-échange. Depuis quelques années elle a écrit, parlé, dogmatisé, professé , sans rencontrer de contradicteur. J’ai cru utile de l’arrêter une fois dans sa marche, et aussitôt j’ai été repris comme je l’avais mérité par les grands esprits que la science économique a produits. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit, et je ne veux ici que relever certaines assertions pour en prouver la fausseté.
J’ai, dit-on, apporté des renseignements inexacts, des calculs erronés à la tribune. Lesquels ? Dans une discussion qui a embrassé l’industrie tout entière, de la France et du monde, j’aurais pu assurément commettre quelques erreurs de détail , sans que le fond de mes raisonnements en fût moins solide et moins concluant. Mais, sous le rapport même des détails, qu’a-t-on pu contester dans tout ce que j’ai apporté à la tribune de faits, de calculs, ou de raisonnements?
J'ai prétendu, par exemple, qu’en Angleterre il
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y avait plus d’impôts de consommation et moins d’impôts directs qu’en France. Quelle grande hardiesse que celle-là! Ceux qui me la reprochent ignorent-ils que c’est là surtout la profonde différence qui distingue les deux pays, sous le rapport économique et financier? S’ils ne l’ignorent pas, mon observation subsiste dans toute sa force , et l’Angleterre en supprimant certains impôts de consommation , qui portaient sur des matières premières et sur des produits manufacturés, pour les remplacer par une augmentation d’impôt direct, n’a fait que nous imiter, et s’approcher du système français.
Mais je me suis trompé, dit-on, en prétendant que l’Angleterre n’avait que 100 millions d’impôt direct contre 900 millions d’impôt de consommation (douane et accise), et j’ai omis les taxes locales. D’abord je pourrais citer en France des taxes locales qui ne figurent pas au budget général, et qui ont le caractère d’impôt direct. Je les laisse de côté. Je parlais du budget de l’État, non des budgets locaux; je pouvais donc négliger ceux-ci , le budget général suffisant pour caractériser exactement les deux pays.
Toutefois, ajoutons les taxes locales. Laquelle prendre? celle des pauvres. Elle varie entre 5 et 6 millions sterling (1 25 à 1 50 millions de francs). Ce serait alors 250 millions d’impôt direct contre 900 millions d’impôt de consommation, qui auraient existé en Angleterre quand on a entrepris les nouvelles réformes, tandis qu’en France c’est 450 contre 450. Mais, dit-on, il y a d’autres taxes à ajouter à celle des pauvres. Pour combien en veut-on ajouter? Pour 100 ou 150 millions, ce serait 400 millions d’impôt direct contre 900 millions d’impôt de consommation, ce qui laisserait encore l’Angleterre bien loin de nous. Les Anglais donc lorsqu’ils ont songé à opérer la réforme dont il s’agit, et à créer l’income-tax, auraient eu 400 millions d’impôt direct contre 900 d'impôt de consommation, et je suis fondé à soutenir qu’ils n’ont fait que nous imiter, et qu’il leur reste beaucoup à faire pour nous atteindre, car avec l’income-tax ils n’auront encore que 540 millions contre 900 ! Mon raisonnement subsiste ainsi tout entier, et il n’y a dans la plus importante partie de la réforme anglaise qu’une pure imitation de la France. Cette vérité ne devrait pas être méconnue
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par les hommes d'ordre, qui mettent quelque prix à prouver qu’en France les impôts ne sont ni injustes ni absurdes.
Maintenant, ainsi que je l’ai dit, reste le libre échange comme unique nouveauté , le libre échange dont pour ma part je repousse absolument l’imitation.
Quel calcul erroné, ou quel fait inexact ai-je donc apporté à la tribune en discutant la situation de nos industries ?
J’ai dit que tout était protégé en France, et que tout avait besoin de l’être, sans qu’il y eût infériorité véritable de notre part. Mais j’ai eu, dit-on, la hardiesse d’avancer que les vins mêmes étaient protégés. Comment, dans quelle situation l’ai-je avancé?
J’avais énoncé ce fait , qui est écrit dans nos tarifs, que tous les produits agricoles et manufacturés étaient protégés en France. Alors une voix m’a interrompu et m’a dit : Quoi, tous, même les vinsl — Oui, ai-je répondu , oui , même les vins ; et je devais répondre ainsi, puisque d’après nos tarifs il y a sur les vins étrangers un droit d’entrée de 35 et de \ 00 fr. par hectolitre. Je me suis hâté d’ajouter : Nos vins sont fiers de leur supériorité, et croient
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pouvoir se passer de protection. Ceux de Bordeaux, qui n’ont pas d’analogues au monde , le peuvent assurément; mais ceux de la Provence et du Languedoc commettraient peut-être une imprudence, s’ils voulaient se passer de tout tarif contre les vins similaires d'Italie et d’Espagne. Pourtant, ai-je ajouté, nos vins peuvent plus qu’aucun autre de nos produits renoncer à toute protection. — Pouvais-je dire autre chose, et, je le demande, dans une aussi vaste discussion, ai -je un instant, un seul instant fait reposer mon argumentation sur ce fait? Pas une fois. Il y a donc peu de bonne foi à reprendre ce point, qui n’était de ma part qu’une réponse à qui m’interrompait, réponse inévitable tirée du tarif lui-même. Maintenant je pourrais ajouter ce que je tiens de commerçants en vin fort dignes de foi , que , dans telle année où la récolte des vins de la Provence et du Languedoc a manqué, et où les prix se sont fort élevés, on a vu arriver, malgré le droit protecteur, les vins d’Espagne, de manière à faire comprendre que leur concurrence n’était point à mépriser.
J’ai parlé des blés. C’est là le point le plus important de la discussion à laquelle je me suis livré. D’a-
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bord j'ai, dil-on, cité les blés de Séville, blés inconnus de tout le monde, blés inventés par moi. Premièrement je démens l’assertion. Je n’ai raisonné que sur les blés russes, dont le bas prix est le plus redoutable pour notre agriculture, et j’ai dit accessoirement que pourtant ils n’étaient pas les seuls à craindre, car il y en avait à Naples, en Espagne, rangés parmi les meilleurs que l’on connaisse, et qui pouvaient arriver à très-bon marché en France. Puis j’ai passé outre, et je n’ai raisonné que sur les blés d’Odessa. Il y a donc encore ici manière de contredire peu sincère, puisque je n’ai fait que citer pour mémoire, sans m’y arrêter, les blés d’Espagne. Au surplus, quant à ces derniers , je les ai si peu inventés qu’ils entrent quelquefois, mais rarement, à cause du tarif protecteur, comme les blés russes eux-mêmes. (Voir à ce sujet le tableau décennal de nos importations et de nos exportations.)
Sur quoi donc ai-je raisonné, longuement raisonné, j’en conviens? Sur les blés russes. Qu’y a-t-il à reprocher ici à mes calculs? Les Marseillais se sont montrés indignés, me dit-on. Indignés ! où ? à la Bourse de Marseille. Indignés, de quoi? de ce qu’on
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les prive de substituer leur commerce à l’agriculture française pour un cinquième ou un quart peut-être de notre alimentation , de s’enrichir ainsi au détriment de nos paysans ruinés? Celte indignation est naturelle, mais elle ne décide pas la question.
J’ai dit que l’on pouvait avoir à Marseille, en temps ordinaire (et j’ai soigneusement exclu Ira temps extraordinaires), les blés d’Odessa à 10 fr. , qu’à ce prix le propriétaire russe avait lieu d’être satisfait. J’ai fait observer qu’il fallait ajouter le fret, qui en temps ordinaire était de 2 fr., et pour ne jamais prendre le chiffre le plus favorable à mon raisonnement, j’ai porté non pas à 12 fr., mais à 1 3 fr. et même à 1 4 fr. , le prix auquel on pouvait se procurer le blé russe à Marseille.
D’après quoi l’ai-je affirmé? D’après un relevé fait chez les maisons les plus accréditées à Paris dans le commerce des blés, et que je nommerais s’il le fallait. J’ai ces relevés écrits , èt je pourrais les produire. Mais ces maisons sont intéressées, dira-t-on ! Les négociants marseillais ne le sont-ils pas? Au surplus, les douanes consultées m’ont fourni les mêmes chiffres.
J’affirme donc qu’en temps ordinaire le blé d’O*
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dessa peut être à Marseille à 13 ou 14 fr. J’ajouterai que des hommes très-instruits, connaissant bien les lieux , déclarent que le prix de 1 0 fr. est très-supérieur au prix ordinaire du blé dans la mer Noire. On l’a vu souvent à 8, à 7, à 6 francs (1).
On continue, et on dit que depuis un an ou deux le blé d’Odessa n’a jamais été coté à moins de 1 1 fr., et on accorde en même temps que le fret en temps ordinaire peut être de 2 fr. D’abord depuis deux ans je pourrais dire que la subite ouverture des ports anglais a créé une situation extraordinaire pour le producteur russe , qui ne s’était pas préparé encore à faire face à cette nouvelle exportation, tandis que je me suis toujours placé dans les situations ordinaires. Mais j’accorde 1 1 fr. si l’on veut : avec le fret qu’on avoue être de 2 fr., c’est \ 3 fr. Il reste, il est vrai, les commissions de commerce que j’ai, dit-on, négligées. A combien veut-on les porter? A 1 , à 2 pour cent. A 2 pour cent , ce serait une somme de
(1) Pendant que je portais ces faits à la tribune, un personnage très-honorable, voué depuis longtemps aux études agricoles, M. Bergasse, lisait à l’Académie de Rouen , et sans me l’avoir communiquée, une note très-intéressante sur les blés de Russie, qu’on trouvera à la suite de cette préface.
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26 centimes à ajouter. Quant au change il n’a d'importance que dans les circonstances extraordinaires que j’ai toujours exclues : d’ailleurs j’ai toujours dit 13 à 14 fr. Yoici ensuite comment j’ai raisonné. Le blé , ai-je dit , est généralement à 1 9 ou 20 fr. à Marseille, et il faut ce prix dans le Midi ponr que l’agriculture soit rémunérée. Donc si le blé d’Odessa peut arriver à 1 3 ou 1 4 fr., et s’il en faut 20 au cultivateur, c’est 7 ou 6 fr. que perdrait celui-ci. Notre agriculture serait ruinée! et j’ai ajouté que ce qui me le faisait croire, c’est qu’en Angleterre la chute du prix avait été de 56 à 40 schellings par quarter, après la libre entrée; et j’ai encore ajouté qu’il fallait bien qu’on espérât un semblable résultat, puisqu’on promettait le pain à beaucoup meilleur marché qu'il n’était aujourd'hui. Or le pain ne pouvait être à beaucoup meilleur marché, qu’à une condition, c’est que le blé subirait une baisse considérable.
Mais, dit-on encore, le prix du blé d’Odessa a été à 1 8 fr. en 1 847, le fret est monté à 7 fr., ce qui fait 25 fr. J’ai donc présenté un faux calcul en parlant de 13 et 1 4 fr. l’hectolitre pour le prix du blé d’Odessa à Marseille. Il y a vraiment lieu d’être étonné d’une pa-
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reille manière de discuter des intérêts si graves. J’ai parlé de <3 à 44 fr., en excluant formellement les temps extraordinaires; par conséquent la citation de l'année 4 847, qui est une année de disette, ne prouve rien contre moi. Mais veut-on d’ailleurs la réfutation péremptoire de cette ridicule citation ? Les blés d’Odessa valaient à Marseille, fret payé, 23 fr. en 1 847. C’est vrai. Ils ont même monté en janvier, février, mars, à 27 et 28 fr. Mais sait-on, dans les mêmes mois, quel était le prix en France? 37, 40 et 48 fr. Il est tout simple que le bruit seul de la disette, général alors sur le continent, que quelque chose de bien plus efficace que ce bruit, l’arrivée de milliers de bâtiments venant au nom de peuples affamés demander du blé, les fît doubler; mais ils doublaient aussi en France, et montaient au prix énorme de 48 fr. Il y a même des contrées où ils se sont élevés davantage.
Que reste-t-il donc de vrai? C’est qu’en tout temps il y a entre les blés russes et les blés français une différence considérable, qui est de 6 à 7 fr. en temps ordinaire, de 1 5 à 20 fr. en temps extraordinaire, et que la libre entrée devrait inévitablement avoir l’effet
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qu’elle a eu en Angleterre, de réduire de 30 pour cent peut-être le prix reconnu nécessaire à notre agriculture, de faire abandonner une partie de la culture des céréales, et de nous rendre pour un quart, pour un cinquième de notre alimentation, dépendants de l’étranger et des hasards de la mer?
On a, il est vrai, imaginé un moyen de nous rassurer. Les forces de la production russe sont, dit-on, limitées, très-limitées; c’est une chimère que de la craindre; elle ne peut pas aller bien loin, et voici comment on le sait. Un commissaire anglais est allé il y a quelque vingt ans, envoyé par M. Huskisson, s’assurer de l’étendue de la production des céréales en Russie. Elle ne peut pas s’élever an delà de 4 à 5 millions d’hectolitres. Les consuls anglais ont confirmé le fait. Ouvrons donc nos ports sans crainte; les Russes n’y pourront pas envoyer grand’ chose; d’ailleurs les Anglais, eux aussi, ont besoin de blés; ils empêcheront que les blés de la mer Noire ne s’arrêtent à Marseille, en les attirant d’un trait à Londres. Marseille ne fera que les voir passer.
Qu’on me permette de le dire, cette supposition
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vaut bien tout ce que les économistes ont jamais imaginé de plas solide.
Comment, un commissaire anglais a pu fixer, il y a quelque vingt années, l’étendue delà production de la Russie! Un commissaire anglais a pu savoir ce que les immenses terres qui s’étendent du Danube au Volga pouvaient donner de céréales! Mais d’abord voilà que la production russe, dont il avait fixé l’excédant disponible à 4 ou 5 millions, a pu, en 1847, trouver 12 millions d’hectolitres à envoyer hors de Russie. Comment donc a-t-elle fait pour tromper à ce point les pronostics de l’observateur employé par M. Huskisson?
Laissons ces puériles contradictions , et prenons les faits eux-mémes.
En Russie il y a des terres immenses, couvertes d'une épaisse couche végétale, qu’on laisse de longues années sans les cultiver, sur lesquelles, sans aucune préparation préalable, il suffit d’un simple labour superficiellement donné pour obtenir les plus belles récoltes, et on prétend dire qu’un tel pays peut être limité dans sa production , par une déclaration partie de Londres. La supposition est ridi-
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* cule. La Rassie évidemment ne peut être limitée dans sa production que par les bras de sa population , et non par son sol , car son sol donnerait au besoin dix fois ce qu’il donne aujourd'hui. Malgré les prévisions du commissaire anglais, elle a passé en une année de 5 millions , excédant présumé , à 12 millions. Qu’est-ce qui l’a empêchée d’aller au delà? C’est que l’Europe ne s’adressant à elle qu'en temps de disette , et que la disette étant accidentelle de sa nature, ne devant pas durer, n’ayant pas duré heureusement en 1847, n’ayant pas même été alors une véritable disette , mais plutôt une cherté produite par une insuffisance qu’on s’était exagérée, la disette ne pouvait pas être un motif pour la population russe de diriger ses forces du côté de la production des céréales. Mais supposez que la France commit à la suite de l’Angleterre la folie d’abolir tous les tarifs, qu’arriverait-il infailliblement?
Le prix des blés français s’abaisserait aussitôt, peut-être de 30 pour cent, comme il est arrivé en Angleterre; celui des blés russes s’élèverait, et ainsi l'un descendrait, l’autre monterait jusqu’à ce qu’ils se fussent rencontrés. Dans la première année,
comme il arrive en Angleterre aujourd’hui, les producteurs français livreraient leur blé au prix forcé qu’on leur aurait imposé par cette concurrence, et l’importation extérieure ne serait pas d’abord trèsforte, car la production nationale, obligée de se placer quelque part, se donnerait n’importe à quel prix. Mais il arriverait bientôt ce qui arrive aujourd’hui , depuis que le blé est tombé en France en moyenne à 15 francs, prix auquel l’agriculture est ruinée; on abandonnerait peu à peu la culture des céréales sur un très-grand nombre de points , et on la remplacerait, comme on le fait depuis un an en France, par celle des plantes oléagineuses, ou, comme on le fait en Angleterre depuis deux, par les pâturages. Cela ne se fait encore que dans une mesure restreinte; pourquoi? Parce qu’on espère en France que les prix se relèveront. On espère en Angleterre (dans les campagnes il est vrai , non dans le monde politique) que la législation changera. Mais si la situation durait, la culture se transformerait définitivement, et les céréales russes ou autres, se développant peu à peu par le prix plus élevé qu’elles obtiendraient dans nos pays, les cé-
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réales françaises se restreignant par le bas prix constant auquel elles seraient réduites, celles-ci céderaient du terrain à celles-là, jusqu’à la limite où les prix se nivelleraient. Ainsi, par exemple, supposez le blé d’Odessa entré à Marseille à 1 4 , à 15, à 16 fr. si l’on veut ; il s’avancerait dans l’intérieur jusqu’à ce qu’il se fût chargé d’assez de frais de transport pour égaler le prix du blé français. Maintenant supposez les chemins de fer achevés, et l’introduction par les grandes artères devenue plus facile, il n’y aurait plus de cherté de transport que pour aller des grandes artères à l’intérieur. Quelle serait la portion de la production des céréales qui serait supprimée en France, et remplacée par on ne sait quelle autre production? on ne peut le dire. Seraitelle de 30, de 20, do 10 millions d’hectolitres? Personne ne le sait. Ne fut-elle que de dix millions, ce serait déjà un immense malheur pour un pays qui n’est pas sûr d’avoir toujours la mer ouverte à sa volonté. On ne niera pas que la Russie puisse donner 10 millions d'hectolitres en un an, puisqu’on admet qu’elle en a donné 12 une fois, en 1847, sans être préparée à une production extraordinaire. Eh bien,
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<0 millions d’hectolitres à transporter exigent au moins un millier de bâtiments couvrant incessamment la mer pour approvisionner un pays. La France voudrait-elle se réduire à cet état, voilà la question dont on ne parviendra pas, quoi qu’on en dise, à obscurcir l’évidence.
Enfin, pour nous rassurer plus complètement, on dit que l’Angleterre absorberait les blés dont la Russie pourrait disposer, car les prenant à 56 schellings (environ 24 fr. l’hectolitre), elle les attirerait chez elle, vu qu’il faudrait , pour qu’ils trouvassent un tel prix en France, que les prix fussent remontés à 23 fr.
Il y a ici une méprise fort étrange, et qui prouve que les gens qui m’accusent d'inexactitude ignorent môme les chiffres les plus vulgairement admis. 56 schellings le quarter étaient l’ancien prix anglais, celui qui était admis à l’époque où l’Angleterre n’avait pas encore le libre-échange. Depuis, il est tombé à 38 schellings, remonté à 40 (la moyenne bien entendu), et peut-être est-il aujourd’hui un peu plus élevé sur les doutes qu’on a conçus à l’égard de la récolte. Or à 40 schellings, c’est environ 16 à
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17 fr. l’hectolitre pour la moyenne, et H à 15 fr. pour les blés d’Odessa. Il y aurait donc chance à ce prix de voir les blés d’Odessa s’arrêter à Marseille, d’autant plus volontiers que le voyage est moins long.
Mais, ajoute-t-on, la Russie ne pourrait pas nourrir à la fois et la France et l’Angleterre. Toujours la môme supposition , c’est que l’on peut fixer à Paris et à Londres les limites de la production russe! Eh bien! il y a la Baltique, qui a suffi à l’Angleterre cette année; il y a l’Amérique, qui lui verserait beaucoup plus qu’elle ne peut consommer, et il resterait la Russie méridionale pour la France, ce qui serait fort naturel, puisqu’il y a beaucoup plus près d’Odessa à Marseille que d’Odessa à Londres. Ce qui est certain, c’est que le phénomène ne s’opérerait pas sur-le-champ. Ce qui se ferait tout de suite, ce serait la baisse du prix. Celle-là serait instantanée. Les cultivateurs résisteraient d'abord avant de changer leurs cultures comme ils le font en Angleterre, subissant la perte et dévorant leur souffrance dans l’espérance de voir leur état changer. Puis s’ils le voyaient durer, ils finiraient par abandonner suc-
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cessivement la culture des céréales dans les provinces où le prix aurait le plus baissé , et les cultivateurs étrangers les remplaceraient sur le marché français. La retraite de la culture française se ferait peu à peu , et l’invasion de la culture étrangère se ferait peu à peu aussi, de manière qu’après quelques années on se trouverait ayant 10 ou 20 millions d’hectolitres de blé de moins sur son sol, et les prenant à l’étranger. Que seraient devenues les cultures françaises? On n’en sait rien; mais une baisse ruineuse d’abord dans le prix des denrées agricoles, et puis le remplacement dans la consommation d’une partie du blé français par le blé étranger, et une grande étendue de terre réduite à changer d’emploi, sans en trouver peut-être , ou du moins sans en trou ver un équivalent, voilà ce qui serait certain. Et quand on n’aurait arrêté par exemple que l’augmentation annuelle des cultures, qui est constante en temps ordinaire, le mal ne serait-il pas assez grand ?
Sur les laines on nous dit des choses non moins étranges. S’en rapportant à je ne sais quelle version inexacte de mon discours , on me fait dire ce que je n’ai pas dit. Je n’ai pas dit qu’un négociant
français (que du reste je pourrais nommer) a acheté des laines d’Australie à 1 5 sous. J’ai dit qu’un négociant français a acheté des laines d’Australie , et le droit de 22 pour cent acquitté, toutes les commissions de commerce payées, avait trouvé 6 pour cent d’avantage à acheter des laines d’Australie, la laine française similaire étant supposée à 1 5 sous.
Voilà ce que j’ai dit et point autre chose. On prétend que le droit ayant été réduit en Angleterre, la laine anglaise n’avait pas baissé. C’est que cette réduction du droit a concouru, lorsqu’elle a été opérée , avec un développement immense des lainages dans toute l’Europe, et que la consommation a contre-balancé l’effet de la réduction du droit. Mais depuis , les laines de l’Amérique du Sud étant survenues sur le marché , les laines d’Australie ayant pris un immense développement, et s’étant fort améliorées, il est certain que si on introduisait sur-lechamp les laines étrangères qu’on peut avoir à 30 pour cent meilleur marché au moins, la baisse serait immédiate, instantanée. S’en Ber à cet égard aux promesses de messieurs les libre-échangistes , me semblerait fort téméraire. Il en serait comme pour
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les blés. Les blés ne doivent pas baisser , suivant eux , quoique le pain doive être beaucoup meilleur marché : ils ne devaient pas baisser en Angleterre non plus, et cependant ils sont tombés de 56 à 40 schellings. Il se pourrait bien que pour les laines la chose ne se passât pas autrement.
Je n’en finirais pas de ces redressements de citations fausses ou tronquées, et je m’arrête pour répondre aux observations de M. Dollfus sur l’industrie du coton.
M. Dollfus dit : je suis compétent, car j’imprime sur étoffes; vous êtes un homme d’Élat... fort éloquent (veut-il bien ajouter)... ; mais les détails vous échappent. — Voici, répondrai je à M. Dollfus, ma manière de procéder. Il y a vingt-cinq ans que j’observe, non pas une industrie, mais toutes; que je suis leur marche, que je discute leurs prix de revient, et qu’entendant le débat contradictoire établi entre elles, l’écoutant avec impartialité, j’essaie de départager les hommes spéciaux , qui ne sont jamais d’accord entre eux , ni sur les faits, ni sur les chiffres, et qui sans un arbitre ne parviendraient jamais à s’entendre. Voilà comment je fais pour ar-
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river à la vérité , et, si je m’en rapporte à la masse d'adhésions qui m’est parvenue depuis cette grave discussion , je crois en effet y être arrivé.
M. Dollfus a présenté un calcul sur la différence de prix, de revient entre la filature anglaise et la filature française. Il est homme spécial assurément; eh bien, les filateurs de Rouen et d’Alsace, et parmi eux le propre frère de M. Jean Dollfus, M. Émile Dollfus, mon ami et collègue à l’Assemblée législative, trouvent les assertions de M. Jean Dollfus, les unes tout à fait inexactes, les autres à demi erronées, les autres même étranges, inexplicables de la part d’un homme pratique comme lui. M. Émile Dollfus l’a écrit dans une réponse imprimée à son frère. Les uns et les autres disent que M. Jean Dollfus est presque seul de son avis, qu’il a pour adhérents deux ou trois imprimeurs d’étoffe, qui voudraient, cela se conçoit, imprimer toutes les toiles blanches d'Angleterre, comme les Marseillais voudraient transporter tous les blés de Russie. Ils disent que M. Jean Dollfus se trompe en tout, et sur les chiffres et sur les faits. Qui faut-il donc que j’en croie, ou de tant d’hommes compétents en matière
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de filature et de tissage, ou de M. Jean Dollfus qui est spécialement imprimeur, et très-accessoirement tisseur et filateur? Voici comment je m’y prends. Je me sers de mon bon sens, de l’expérience que j’ai acquise, non pas en filant, en tissant ou en imprimant du coton , mais en écoutant et en jugeant les intérêts contraires; je fais la part des faux raisonnements, des ardeurs de l’intérêt personnel, des exagérations de la dispute, et je tâche de démêler le vrai entre tous ces dires opposés.
M. Jean Dollfus a prétendu qu’il n’y avait que 5 1 /2 pour cent de surplus de frais entre la filature française et la filature anglaise : le comité de l’industrie nationale a soutenu que c’était 40 pour cent. J’ai examiné, pesé les assertions, et j’ai trouvé 30 pour cent. J’ai dit que sur un produit brut de 800,000 francs, il y avait, en frais de production, environ 250,000 de plus du côté du filateur français. M. Jean Dollfus a trouvé 46,000 seulement, et le comité 296,000. Ai-je eu tort, ai-je eu raison?
Je viens d’examiner de nouveau ce calcul avec plusieurs hommes compétents, aussi compétents que M. Jean Dollfus, notamment M. Émile Dollfus son
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frère, et M. Loyer do Rouen, tous deux représentants. Ils le trouvent rigoureusement juste, et comme moi ils croient à 30 pour cent au moins.
M. Jean Dollfus doit savoir ce que c’est qu’un prix de revient. Ce prix, dans le même pays, varie suivant les établissements, d’après leur position plus ou moins avantageuse , d’après l’habileté plus ou moins grande de leur chef. Pour la houille, le fer, le coton, le drap, le sucre, on peut trouver en France, comme en Angleterre, des variations de 1 à 15 pour cent, et quelquefois davantage, dans le prix de revient d’établissements, placés dans le même pays , consacrés à la même industrie. Mais en moyenne je crois qu’entre les Anglais et les Français la vraie différence est de 30 pour cent, pour la filature du coton.
Maintenant que M. Dollfus me permette de répondre à un reproche que je suis étonné de rencontrer sous sa plume, qui, s’il était juste, me vaudrait un ridicule mérité, et bien mérité, mais qui repose sur un calcul dont M. Dollfus est seul l'auteur, et qn’il ne faut attribuer qu’à une distraction involontaire de sa part, je n’en doute point.
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La filature qui a été prise pour terme de comparaison, et qui est de 20,000 broches, produit, dit M. Dollfus, 250,000 kilogrammes de coton filé par an. Le kilogramme de ce coton vaut i fr. 10 cent. : le produit total est donc de 275,000 fr... M. Thiers, ajoute M. Dollfus, a trouvé 250,000 fr. de plus dans le prix de revient du côté du filateur français. Donc il ne reste que 25,000 fr. sur 275,000 pour toute la dépense du filateur anglais ; donc le filateur anglais produit presque pour rien, et M. Thiers, étant en si beau chemin, n’avait qu’à ajouter 2 Qu 3 pour cent de différence , et il arrivait à prouver que les Anglais filent exactement pour rien.
Oui, M. Dollfus a raison, je serais le plus étrange des raisonneurs, si je raisonnais de la sorte. Mais il n’en est rien, et cette absurdité, je prie M. Dollfus de vouloir bien la prendre à son compte, car il l’a lui-même inventée.
Dans le débat engagé entre M. Dollfus et le comité de L’industrie nationale, M. Dollfus avait dit, après avoir évalué la différence de frais à 16,000 fr. seulement, avait dit (je cite textuellement) : ce qui pour 300,000 kilogrammes de produits valant, à 2 fr. 80 c.
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le kilogramme, 840,000 fr . , représente 5 \ j% pourcent.
Que M. Dollfus me permette de m'étonner qu’après avoir lui-môme supposé 300,000 kilogrammes de coton par an , et un prix de 2 fr. 80 c., ce qui fait 840,000 fr. de produit total, il suppose aujourd’hui seulement 230,000 kilogrammes à i fr. 10 c. C’est sur 300,000 kilogrammes que j’avais raisonné d’après M. Dollfus lui-même, et sur un prix de 2 fr. 80 c. d’après M. Dollfus encore, et alors le produit étant de 840,000 fr., j’avais pu trouver que le fabricant anglais avait 250,000 fr. de frais de moins, ce qui lui laissait 590,000 fr. de dépense, somme qui n’équivaut point à rien , et qui ne ressemble pas à celle de 25,000 fr. Le calcul qu’on m’avait prêté est ridicule, j’en conviens, mais ce calcul appartient à M. Dollfus, et non à moi.
Maintenant est-il vrai qu’une filature de 20,000 broches puisse produire 300,000 kilogrammes? C’est M. Dollfus qui l’avait dit, et cela est généralement admis. Produit-elle du coton à2 fr. 80 c.? Oui, quand on y ajoute le prix de la matière première, que M. Dollfus, je ne sais pourquoi, a retranché dans son calcul. Il est même vrai que ce prix est aujour-
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d'hui de plus de 3 francs, ce qui ferait un produit total de 900,000 fr., sur lequel on peut bien trouver une différence de 250,000 fr. au profit des filateurs anglais.
En définitive est-ce 25, 30, 40 pour cent de différence, qu’il faut admettre entre le filateur anglais et le filateur français? Suivant les divers établissements qu’on prendra pour terme de comparaison , l’un de ces chiffres sera plus vrai que l’autre. Celui qui ne sera jamais vrai , celui que tous les hommes sensés jugent insoutenable, étonnant delà part d’un homme pratique, c’est le chiffre de 5 I /2 pour cent qu'a supposé M. Jean Dollfus, et auquel il est arrivé en atténuant, ou en omettant tout à fait, avec une distraction inconcevable, les différences de situation que voici :
1° La différence dans la dépense de création et d’entretien des établissements, queM. Dollfus évalue à 1 5,000 fr. par an, et qui est de 30,000 au moins;
2° La différence dans le prix du combustible qui entraîne au moins î 8,000 fr. de surplus de frais en France, tandis que M. Dollfus n’en suppose que 14,000;
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3° La différence de prix dans le coton brut à Liverpool et au Havre, qui est de 20,000 fr. au moins, et que M. Dollfus néglige tout à fait ;
4° Le surplus de frais pour transport du Havre à Mulhouse, qui est de 25,000 fr., et que M. Dollfus néglige encore ;
5° La différence dans la somme de main-d’œuvre, qui est de 45,000 fr. d’après les uns, de
60.000 fr. d’après les autres, et dont M. Dollfus ne dit mot;
6° La différence dans l’intérêt des capitaux, qui est de 2 pour cent, et que M. Dollfus évalue à 1 pour cent ;
7° Enfin le droit qui est de 66,000 fr. sur
300.000 kilogrammes de coton brut, droit que M. Dollfus suppose aboli , et qui ne l’est pas.
Ce sont là les atténuations ou les omissions que M. Dollfus a commises , qui le conduisent à supposer 5 1/2 de différence dans les frais de production entre le filateur anglais et le filateur français, qui ont conduit ses contradicteurs à supposer 40 pour cent, et qui conduisent les calculateurs modérés à admettre 25 ou 30 pour cent, comme la différence vraie.
PHÉFACH
mi
M. Dollfus dit encore que je me suis trompé en supposant qu’en France il y a un ouvrier par 1 20 broches, et eu Angleterre un par 400. Or, dit-il, tout est changé; il n'y a plus de métiers de 120 broches. Ils sont tous de 4 à 500.
Nouvelle distraction de M. Dollfus.
Raisonnant d’après les pièces du procès entre M. Dollfus et ses contradicteurs, j’avais pris les nombres qui se trouvent mentionnés dans ces pièces, et j’avais dit 120 et 400 broches, mais je n’avais pas altéré la proportion vraie, loin de là; j’étais plutôt resté en deçà. En effet, le métier aujourd’hui le plus répandu en France, si on prend toutes les provinces, et non une seule, est celui qui suppose un ouvrier par 300 broches. Les Anglais ont des métiers qui supposent un ouvrier par 600, et par 1 ,000 broches. Ils ont de plus le renvideur. La proportion est donc au moins la môme. Mais , ajoute M. Dollfus, il faut en arriver à ce perfectionnement. Oui , d'accord ; mais par la concurrence intérieure, et non par une invasion extérieure qui détruirait l industrie au lieu de la stimuler.
Eu Algérie, ajoute M. Dollfus, un droit de-93 cen-