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times par kilogramme sur les tissus de coton , qui suppose 19 p. 100 de protection, suffit pour nous couvrir. L’argument est doublement inexact. D’abord le droit qui varie suivant la qualité des tissus, est quelquefois de 30 pour 100, et plus habituellement de 25, ce qui est fort au-dessus des 5 et demi de M. Dollfus. Ensuite il y a une autre protection dont M. Dollfus ne parle point. La France a déjà un grand commerce avec l’Algérie. Elle a toutes sortes de choses à y envoyer pour son armée et pour ses colons. Les cotons son tu ne partie des cargaisons, et ils ne font que les compléter. Les Anglais n’ont rien à envoyer en Algérie, et s’ils faisaient des expéditions pour n’y expédier que des cotons, ils n’y trouveraient pas leur compte aussi bien que nos négociants. Ainsi un grand commerce et un droit de 25 p. 100, voilà ce qui nous permet de supporter la concurrence anglaise en Algérie.
M. Dollfus trouve à redire encore à un exemple que j’ai cité, celui d’un pays se déchargeant quelquefois sur le pays voisin de se3 excédants de production, même à 30 et 40 pour 100 de perte, ce qui, suivant moi, exige des droits très-supérieurs
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à la différence supposée des frais de production.
D’après le comité de l’industrie nationale, j’avais cité les ventes faites en Suisse et en Allemagne en 1848. M. Dollfus conteste le fait. La contestation est puérile, tant il y a d’exemples de cette manière de rejeter sur les pays voisins les encombrements de production. En 1 846 et 1 847, pendant la disette des céréales, des maisons de Rouen ont vendu des tissus à des maisons d’Alsace, à 20 pour 1 00 de perte; elles ont vendu en 1848 des mômes tissus, à 30 et 40 pour 1 00 de perte, aux mêmes maisons d’Alsace, qui les revendaient en Allemagne. Les Anglais, qui produisent cinq fois plus que nous , pourraient en une saison accabler la filature française, y eût-il un droit de 30 pour cent, car produisant à 25 ou 30 pour cent moins cher, à 20 si l’on veut, ils n’auraient que 10 à perdre pour franchir la limite du droit, et pour inonder notre marché.
M. Dollfus dit encore que l’Allemagne avec 5 pour 1 00 sur les filés se soutient. Erreur de fait matérielle: la filature disparait à Éberfeld faute de protection.
Si nous abandonnions la protection des filés, des tissus de coton, il arriverait ce qui est arrivé en plus
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d’an lieu , il arriverait que nous serions réduits bientôt à imprimer les cotonnades anglaises, résultat qui plairait fort à M. Dollfus , je le comprends , mais que moi , fort impartial entre les industries rivales , je ne saurais trouver bon , car voici ce qui se passerait inévitablement. Battus dans les filés inférieurs d’abord , nous serions obligés d’abandonner les filés fins, car la fabrication des uns est impossible sans la fabrication des autres. (L’expérience le démontre.) Puis après avoir perdu la filature, nous perdrions le tissage, parce que les Anglais nous feraient bientôt payer les filés à un prix qui rendrait le tissage impossible. (Ceci est encore d'expérience reconnue.) Puis quand la filature et le tissage nous auraient échappé , réduits à imprimer l’étoffe d’autrui , nous dépendrions d’autrui pour la matière première de l’impression , et nous finirions peut-être par perdre l’impression elle-même.
Je ne suis ni filateur, ni tisserand, ni imprimeur d’étoffe ; mais j’ai l’habitude d’observer- comment les choses se passent, je les observe sans les préoccupations de l’intérêt personnel, et je persiste à repousser ces dangereuses prétentions de telle ou telle
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industrie qui voudrait tout sacrifier à elle -même.
Les commerçants qui transportent le blé voudraient porter le blé du monde entier sur nos rivages, dût notre agriculture périr; les imprimeurs d’étoffes de coton voudraient imprimer toutes celles que tissent les Anglais, dussions-nous, pour 100 millions de toiles peintes que nous imprimerions de plus, perdre 500 millions de filature ou de tissage. Je ne me laisse pas loucher par de tels raisonnements, j’en demande pardon à mes compatriotes de Marseille indignés, et à M. Dollfus, que je crois un peu aveuglé dans cette question , surtout si je m’en rapporte à son propre frère, longtemps son associé, et l’un des hommes les plus éclairés que je connaisse.
Mais je maintiens ce que j’ai dit dans mon discours comme exact, vrai de tous points, et fondé sur la scrupuleuse observation des faits.
Je n’ai pas dit que tout fût parfait dans nos tarifs, si parfait qu’il n’y eût rien, absolument rien à changer. 11 se peut qu'il se trouve çà et là telle prohibition de peu d’importance à supprimer , ou tel tarif qu’on pourrait abaisser sans grand péril. Cela se peut, mais je dis qu’aucun changement considérable ne
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saurait être fait sans danger, et que le fond du système protecteur était pour la France le seul vrai, que c’était celui qui avait fait sa grandeur , et pouvait seul la soutenir; celui qui avait fait longtemps la grandeur de l’Angleterre, celui enfin auquel les Américains et les Russes s’apprêtaient à demander leur propre grandeur industrielle.
On pourra disputer sur tel ou tel détail, car sur les détails les hommes du métier ont la plus grande peine à se mettre d'accord ; mais on n'a point ébranlé, et on n’ébranlera point les vérités suivantes que j’ai mises en lumière.
L’Angleterre a tout dû à la protection.
Si elle consent à s’en passer aujourd’hui, c’est que supérieure dans quelques industries, ayant été amenée à produire certaines choses en quantité immense pour les produire à bon marché, elle a seuli le besoin de se créer à tout prix des débouchés au dehors; pour se procurer ces débouchés, elle a exposé à la concurrence étrangère quelques produits de luxe, les toiles peintes, les soieries, par exemple, les unes couvertes par le bon marché , les autres par un tarif de 1 5 à 20 pour 1 00.
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Le danger d’agir ainsi n’était pas grand; l'Angleterre n’a fait une chose hardie que pour les céréales et la marine, et sur ces deux points le résultat est fort inquiétant jusqu’ici pour elle. 11 peut dans l’avenir devenir dangereux pour son alimentation.
La France, au contraire, faisant de tout (ayant le mérite de l’universalité , tandis que l’Angleterre a celui de la spécialité), la France a des rivaux partout ; elle a besoin de se couvrir partout; mais elle a dans son marché un premier débouché immense, qui la dispense de chercher au dehors, et à tout prix, ses moyens d’exister.
Si elle agissait autrement, elle verrait les blés d’Odessa , les laines de l’Australie , ruiner son agriculture; les fers, la houille, les cotons de l’Angleterre ruiner son industrie; les soieries unies d’Éberfeld et de Zurich atteindre fortement ses soieries unies d’Avignon ou de Nîmes , et elle ne gagnerait ni sur les vins , ni sur les soieries façonnées ce qu’elle aurait perdu sur tous ces objets.
Obligée de se défendre par des tarifs, la France s’impose volontairement une certaine cherté , mais cette cherté n’empêche pas qu’elle trouve à exporter
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pour 1 ,1 00 millions, somme énorme qui approche de l’exportation anglaise, et qui est due à la perfection de nos produits.
Les 1,100 millions de l’exportation française se composent de produits , môme en vins , même en soieries , tous plus chers que leurs similaires à l’étranger , et recherchés uniquement à cause de leur supériorité.
Il faut ajouter enfin que cette cherté, qui n'empêche pas que nos produits trouvent un écoulement, ne rend pas plus chère la vie de nos ouvriers.
On en convient, car on reconnaît qu’à Paris, comme à Londres, l'étoffe à chemise, par exemple, revient au même prix. On ne peut le nier ni pour la viande, ni pour le pain.
Il résulte de ces vérités que notre existence moins en dehors que celle de l’Angleterre, est plus sûre, moins menacée , car nous ne dépendons pas pour le placement de nos produits d’un progrès des Américains dans la voie du bon marché, et pour notre alimentation d’un changement de force relative entre les puissances maritimes du globe.
Voilà les vérités fondamentales que j’ai tirées du
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chaos de ces discussions , vérités qu'on n'a pas obscurcies, et qu’on n’obscurcirait pas, opposât-on sur quelques points d’autres chiffres aux miens.
Il est vrai qu’on a dit que j’avais fait de la cherté une théorie, et de la guerre un système, système en vue duquel il fallait faire toute la législation. Je suis donc la cherté, et pour peu qu’on insiste, je serai peut-être comme autrefois , au dire de certains écrivains, la guerre... La cherté! la guerre! voilà les nouveaux, ou anciens griefs...
Non, je ne propose pas la cherté comme but, c’est là un pur mensonge. Je dis que la cherté doit tous les jours, autant qu’on le pourra, aussi vite qu’on le pourra, faire place au bon marché, et je l’ai prouvé en louant nos cotons d’avoir passé de 12 fr. le kilogramme à 3 fr. ; nos fers de 52 fr. le quintal métrique à 22 fr. Mais j’ai dit que si de notre situation il résultait une certaine cherté , nous ne devions pas pour cela nous regarder comme battus, puisque la plus grande exportation après celle des Anglais était la nôtre , à nous qui n’avons plus, ou presque plus de colonies.
Enfin, quant à la guerre, je ne l’ai jamais proposée
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comme le but, pour lequel les nations devaient tout disposer chez elles, même l’industrie. Mais ce que j’ai dit (et je répète celte audacieuse vérité), c’est que la guerre a lieu quelquefois dans le monde, et qu’il faut ne pas s’exposer à mourir de faim le jour où elle arriverait. La guerre!... a-t-on ouï dire qu’elle ait lieu quelquefois? en douterait-on ? est-il impossible qu’elle reparaisse jamais? — Oui, oui, me dira-t-on , il y a un congrès qui s’assemble tous les ans quelque part, et qui affirme que, si on le veut, la guerre n’aura plus lieu. — J'en conviens. Eh bien, je renvoie à ce congrès, où l’on ne me rencontrera jamais comme contradicteur, les puissants raisonneurs qui me reprochent de vouloir faire toute la législation en vue de la guerre. Je répète que la guerre ayant lieu tous les vingt-cinq ou trente ans, un peuple qui a le sens commun ne s’expose pas à être affamé une fois par quart de siècle. Mais, dit-on encore, on continuerait à cultiver le blé en France comme en Angleterre, même après le libre-échange. — Je le reconnais , mais si on n’en produisait que de quoi nourrir les trois quarts de la population, que deviendrait le quatrième quart le jour où les rela-
tions seraient interrompues? Et si pour les quatre quarts le blé valait le double, comment ferait-on?
Mais, ajoutent quelques sages, vous combattez là des théories absolues ; il y en a de plus modérées. Soit ; qu’elles se produisent. Toutefois je ne tiens pas pour beaucoup plus modérées, celles qui, au lieu de tuer notre industrie en un mois, la tueraient en un an, celles qui à la mort substitueraient l’agonie. Au surplus , que des propositions soi-disant modérées naissent , et nous les examinerons ; mais j'espère que, grâce au bon sens des pouvoirs publics, l’industrie du pays sera sauvée d’une expérience, qui, bonne peut-être en Angleterre, est en contradiction chez nous avec notre situation tout entière. L’imitation dans les arts et les lettres est la plus insupportable des choses : dans la législation et l’administration elle peut être tout aussi insupportable, et de plus désastreuse.