‹ Discours sur le sacerdoce, aux noces d'argent de M. l'abbé Alphonse Graton à Saint-Jean-Baptiste de Pawtucket, 2 mai 1915 [microforme]Chapitre 2 sur 2 · SN · texte numérisé non relu

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ministère actif, surtout quand ils se joignent aux sollicitudes du bâtisseur d’églises et du constructeur de paroisses nouvelles, exigent au fond qu'on se donne tout entier. A toutes les heures du jour ou de la nuit, il faut être prêt à répondre aux appels. Souvent en plus, à l’exemple du bon pasteur, il faut prévenir l'appel et courir, par la grande ville, ou dans la montagne, à la recherche de Ja brebis qui s’égare. En même temps, le prêtre vraiment dévoué, qui porte, de tant de facons, les responsabilités de sa paroisse au temporel comme au spirituel, passera ses veilles dans les caleuls et les supputations. Certes, Monseigneur le dirige et le conseille, les paroissiens l’assistent et le soutiennent, mais, permettez-moi ce mot un peu sans-gêne, le curé de vos centres franco-américains, autant et plus que personne, il faut qu'il se débrouille ! Ajoutez à cela, parfois, que l’attention et la reconnaissance des hommes n'est pas facile à fixer, que ceux à qui l’on fait du bien ne s’en souviennent pas toujours, que le prêtre qui a charge d'une paroisse, comme tous les hommes publics, doit s'attendre à faire des mécontents et à connaître l’ingratitude. L'’autel, auquel il monte tous les matins, est un mémorial du calvaire. Bien souvent, pas toujours, mais bien souvent, c’est dans son sacrifice renouvelé qu'il trouvera l’unique consolation de ses labeurs. C’est pour lui, comme pour tous ses vrais serviteurs, que le Christ a dit : ‘‘ Que celui qui veut venir après moi

prenne d’abord sa croix et alors il me suivra C’est en son

nom que saint Paul a écrit: ‘* Moutrons-nous les ministres de

notre Dieu par heaucoup de souffrances. ??

Qui vult post me venire, abneget semetipsum, tollat crucem et sequatur me ! — Exhibeamus nos tanquam ministros Dei in multa patientia :

Tabernacle, ostensoir, autel, voilà donc les trois mots qui résument tout le programme d’une vie de curé actif et dé-

voué ! Tabernacle, ostensoir, autel, voilà les trois mots que

doit avoir devant les yeux le prêtre qui entend se donner totalement aux âmes et à Dieu ! Tabernacle, ostensoir, autel, voilà les trois mots qu’il m'a paru dans l'ordre de rappeler pour dire ici, aujourd'hui, tout le sens de ce jubilé sacerdotal !

Ah ! mes vénérés confrères du clergé franco-américain de la Nouvelle-Angleterre, qu'il me soit permis de le répéter bien haut, depuis le 13 mai 1866, jour où dans le Protecteur Canadien de Saint-A!bans, Mgr de Goesbriand, évêque de Burlington, fit entendre, par delà les lignes du 45°, l’appel fameux eonviant les prêtres du Canada francais à secourir leurs frères immigrés de ce côté-ei, dans le Vermont, dans le New York, dans le Connecticut, dans le Massachuset, dans le New Hampshire et dans le Rhode Island, jusqu’au jour où votre historien national (M. l'abbé Magnan) a pu constater, chiffres en mains, que vous comptiez ici 207 paroisses et 130 écoles ouvertes à plus de 60 mille enfants, vous avez fait pour Dieu et pour l'Eglise une admirable et splendide besogne ! Je m'ineline avec autant d’orgueil que de respect devant cette oeuvre accomplie en moins d’un demi-siècle. Honneur à vos pionniers : les Dufresne, les Primeau et les Crevier, les Gagnier, les Millette et les Dauray, les Bédard, les Caisse et les Leclere ! Honneur à vos pionniers, honneur à vos anciens, honneur à vous tous ! Dans le grand livre des gestes de Dieu, accomplis à travers le monde par les fils de la race francaise depuis quinze siècles, votre demi-siècle de labeurs, au tabernacle, dans l’ostensoir et sur l’autel, constitue une page brillante, dont nous, vos frères du Canada, nous sommes heureux et fiers. Qu'importe s'il a fallu parfois vivre humiliés, travailler ardûment et souffrir patiemment, votre apostolat est de ceux qui marquent dans l’histoire d’un peuple. A l’ombre du drapeau américain, si richement étoilé, dont e’est l’orgueil de garantir toutes les justes libertés, sous la garde des lieutenants du

Christ — ces évêques de Dieu qui vous comprennent et qui vous aiment, comme celui qui préside à cette belle fête — pour l'honneur de la race dont vous êtes issus, et pour la gloire de Dieu, continuez vos oeuvres de pacifique conquête et de légitime conservation. Soyez fiers, chacun de vous, de l'oeuvre à laquelle vous collaborez. Elle est belle, elle est grande, elle est féconde, pour le temps et pour l'éternité ! Encore une fois honneur à vous tous !

Et je ne sache pas, mon vénéré confrère, jubilaire d'’aujourd'hui, qu’on puisse mieux célébrer vos noces @'argent — comme plus tard vos noces d’or, en attendant les noces éternelles — qu’en vous disant que par vos oeuvres, par votre travail, par votre esprit et par votre coeur, au tabérnacle vous aussi, dans l’ostensoir et sur l’autel de l’apostolat, vous êtes digne de tous ceux-là ! Que Dieu done vous donne de continuer longtemps encore ! Ad multos et faustissimos annos ! Amen, avec la bénédiction de Monseigneur.

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