FOSSES
Séance du 15 juillet 1844.
M. Berthelot lit le discours suivant :
Monsieur le président, l’année dernière l’on a découvert à l'embouchure du ruisseau Saint-Michel, qui se jette dans la rivière Saint-Charles, les restes d’un vieux bâtiment presque tout couvert de terre. Un vaisseau ainsi enfoui, est un fait sans exemple en Canada. De mémoire d’homme, l'endroit où on l’a trouvé ainsi placé, n'était plus navigable pour un bâtiment de son port ; ce qui doit lui faire sapposer plusieurs siècles d’existence. Quelques personnes prétendent que c’est le vaisseau que Jacques Cartier a abandonné en 1536, après son malheureux hivernement en Canada : mais cette opinion n’est pas sans contradicteurs. Je vais donner lesraisons qui me font croire que ce vaisseau est celui que ce célèbre navigateur a abandonné lors de son second voyage en ce pays. Ma manière de voir les choses m’entraînera nécessairement dans quelques digressions que je voudrais bien éviter : j'espère donc que vous voudrez me Îles pardonner.
En 1830, je publiai un pamphlet, intitulé Dissertation sur le canon de bronze que l’on voit dans la musée de M. Chasseur, à Québec. Voïci à quelle occasion je composai cet ouvrage. La Gazette de Québec du 23 avril 1827 , avait annoncé que M. Chasseur avait dans son musée un canon de bronze d’une forme extraordinaire, qui avait été trouvé à l'embouchure de ia rivière de Jacques Cartier. (Charlevoix ayant dit que c'était dans le pays une tradition que ce navigateur avait perdu un deses vaisseaux en cet endroit, on en conclut que ce canon avait appartenu à ce vaisseau ; et une inscription gravée sur ce canon l’explique ainsi. Mais quelque temps après, M. Colin Campbell, qui avait fait présent
de cette pièce à M. Wood, informa M. Chasseur, que ce n’était pas à l'embouchure de la rivière Jacques Cartier, qu’ilavait trouvé cette pièce, mais sur un banc de sable, vis-à-vis de la paroisse Champlain.
‘ Cette dissertation est divisée en deux parties. Dansla première j’entreprends de prouver que Jacques Cartier n’a pas fait naufrage sur ce qu’on appelle la roche de Jacques Cartier ; et dans la seconde je conjecture que ce canon a appartenu à Vérazani.
Cette production fut favorablement reçue du public; plusieurs journaux en parlèrent avantageusement ; M.le grand juge Sewell en fit la lecture dans la société littéraire et historique de Québec ; et la Gazette de Québec publiée par autorité, du 4 mars 1830, dit que cette société me vota, le 2 du même mois, des remercîments pour cette publication ; et cette dissertation se trouve insérée dans le second volume .des transactions de cette société en 1831.
Depuis cette époque, j'ai vu quelques écrits, où des esprits plus portés à la contradiction qu’à la recherche de la vérité, semblent me reprocher de n’avoir pas fait une preuve complète relativement àce canon. Je n’ai qu’une chose à répondre ; c’est que je ne prétends nullement me placer sur le champ des démonstrations ; mais tout humblement sur celui des conjectures. Que ceux qui découvriront des faits capables d'établir que ce canon a appartenu à toute autre personne qu’à Vérazani, nous offrent les résultats de leurs recherches, je serai le premier à les approuver : car avant tout c’est la vérité qui est l’objet de mes désirs. Depuis cette publication j'ai lu bien des voyages et bien des écritssur l'Amérique, mais je n'airien trouvé qui puisseme faire changer d'opinion : tout au contraire j'ai recueilli quelques faits qui rendent mes conjectures encore plus probables. Je me hâte donc de laisser cette seconde partie de ma dissertation pour revenir à la première qui se rattache à la question sur laquelleje désire attirer particulièrement votre attention, savoir: si les restes du vieux bâtiment découverts l’année dernière, par M. Joseph Hamel, inspecteur de la cité de Québec, sont ceux du vaisseau que Jacques Caïtier abandonna en 1536.
Dans cette première partie de ma dissertation, j'avais un obstacle à surmonter, c’étaitde prouver que Jacques Cartier avait passé l’hiver de 1555 à 1536 à la rivière Saint-Charles,
au nord de Québec, et non à la rivière de Jacques Cartier,
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