‹ Discours sur le vaisseau abandonnéChapitre 3 sur 3 · PES · texte numérisé non relu

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voulait pas, parce que la rivière ne valait rien, et aussi parce que leur dieu Cudouagny leur avait dit qu’ily avait tant de glaces et de neiges qu’ils mourraient tous. On peut supposer que Cartier et ces sauvages avaient de la peine à se communiquer réciproquement leurs pensées. Ces sauvages désespérant de se faire Comprendre par des paroles, jouèrent une pantomime, qui suivant moi avait rapport au malheureux sort de Vérazini, et que Cartier ne comprit pas faute de cor.naîre le climat du Canada. Mon sujet m’ordonne de laisser cette réflexion sur le sort de Vérazani, qui convenait à ma dissertation sur le canon de bronze précité, pour ne considérer le fait que je vais rapporter, que sous le point de vue qui a rapport à la question actuelle.

Le 18 septembre, temps auquel les deux navires étaient à sec, comme nous venons de le voir, Donnacona, Domagaya, Taiguragny, et une bande de sauvages de Stadaconé se rendirent comme de contume auprès des navires de Cartier, sans s’en approcher aussi près qu'ils avaient coutume de Je faire. “ Et commença Taïguragny, dit le texte, à saluer le capitaine, lequel lui demanda s’il voulait avoir le bateau, à quoi lui répondit le dit Taiguragny que non sur l’heure, mais que tantôt il entrerait dedans. les dits navires. Et incontinent arriva une barque où étr ‘ent trois hommes vêtus de peaux de chiens noires et blanches, ayant cornes aussi longues que le bras, et le visage peint de noir comme charbon, et apparaissants être trois diables, et faisait celui du milieu un merveilleux sermon, et passèrent le long de nos navires avec leur dite barque, sans aucunement tourner leur vue vers nous ; et allèrent asséner et donner en terre avec leur dite barque et les dits hommes, lesquels s'étaient laissé cheoir au fond d’icelle, comme gents morts, et portèrent le tout ensemble dans le bois, qui était distant des dits navires d'un jet de pierre.” |

Qui, d’après ce passage, ne voit pas clairement que la ri-. vière se trouvait entre l'extrémité nord de cette pointe de terre, qui est une vraie presqu'île, et le rivage où les deux \plus grands navires de Cartier étaient à sec ; et que si Îes gens de Stadaconé se fussent rendus à l'endroit où est maintenant la croix de bois dont nons venons de parler, Cartier n'aurait pas pris la peine d'offrir un bateau à Taiguragny pour venir à ses vaisseaux, s'ils eussent été à sec du coté de la rivière où étaient ces sauvages. Quand à la rivière qu’il fallait traverser lech, XII nous offre une autre preuve. Ces

sauvages de Stadaconé alarmés des nouvelles précaut::us que Cartier, après son retour d’Hochelaga, prenait à son fort, allèrent, dit le texte, “ plusieurs fois parler au dit capitaine, une rivière entre eux, etle dit capitaine leur répondit qu’ils n'étaient que traîtres”.... Ces passages nous offrent deux circonstances qui peuvent faire juger de la distance qu'il y avaitentre ces deux vaisseaux ainsi mis à sec, et l’extrémité nord de cette pointe de terre ; la première circonstance est que l’on pouvait se parler de l’un à l’autre coté de la rivière, et la seconde est que cette distance n'était qu’à un jet de pierre, ou de laquelle on pouvait atteindre en lançant une pierre. Ces circontances sont de la plus grande importance, puis-qu'il faut qu’elles s’appliquent à l'endroit où l'on prétend que les deux navires étaient À sec, et particulièrement au local qu’occupait les restes du navire que l'on prétend avoir appartenu à la Petite- Hermine.

Nous avons démontré que l'endroit ou Cartier a hiverné pendant son second voyage en Canada est de l’autre coté de cette partie de la rivière Saint-Charles qui est au nord de la pointe de terre ou presqu'île sur laquelle est actuellement l’hôpital de Marine. Maintenant il est temps que nous parlions de la terre qui est de l’autre coté de la rivière Saint- Charles vis-à-vis de l’extrémité nord de cette pointe. C’est sur cette terre que demeuraient autrefois les Jésuites depuis environ 1625, jusqu’à l'édification de leur collége à Québec. En entrant sur cette terre par le côté est, l’on trouve d’abord la petite rivière de Larey sur laquelle il y un assez beau pont avec une barrière. En se dirigeant à l’ouest vers la terre des Dames de l'Hôpital-Général, en faisant cinq cents pas, à partir du pont précité, on trouve une autre petite rivière connue sous le nom de Ruisseau Saint-Michel, à l’embouchure duquel on a découvert la carcasse de l’ancien vaisseau en question, dont il ne reste plus rien sur les lieux. Il eut peut-être mieux valu pour la science, la laisser durer autant que possible, pour la satisfaction de la présente génération, et de celles à venir. Mais c’est une destruction accomplie, et l'expression de plus de regrets serait superflue.

Lorsque l’on a visité les embouchures de ces deux petites rivières, en ne s’attachant qu’aux deux circonstances que je viens de mentionner, savoir que Cartier a parlé de son vaisseau à Taiguragny qui était de l’autre côté de la rivière, et le bois dans lequel-ces sauvages portèrent ces trois autres qui

hi.

jouaient le rôle de morts, qui n’était distant de ses navires que d’un jet de pierre, on est d’abord porté à trouver que cés deux circonstances s'appliquent mieux à l’embouchure de la Rivière de Larey, qu’à celle du Ruisseau St. Michel : parce qu’il y a en effet plus de distance de l'endroit où était cette carcasse de vaisseau à aller à cette pointe de terre; mais la distance n’est pas assez grande pour la considérer comme hors de la portée d’un jet de pierre et de la voix. D'ailleurs, toutes les terres adjacentes sont très évidemment d’alluvion, et tout porte à croire qu’il s’est fait bien des changements dans ces localités, Comme ces deux entrées de rivières’ sont les seules où l’on puisse raisonnablement supposer que Cartier hiverna, car on n'irait pas loin à l’est sans perdre le jet de pierre, et ensuite sans être hors de Ja portée de la voix, en prenant les choses telles qu’elles sont maintenant, il faudrait faire des suppositions peu probables, la première que ce bâtiment a plutôt dérivé en remontant vers la source d’une rivière qu’en en descendant, ce que l’on ne doit pas admettre sans preuve positive ; la seconde c’est que, actuellement, il serait très difficile, sinon impossible, de faire entrer un vaisseau du Le de celui en question, dans l'embouchure du ruisseau St. :

ichel. Je vais donc, sans supposition de choses improbables, tâcher d’expliquer par quels moyens naturels se sont passés les phénomènes qui accompagnent la découverte du vaisseau en question. Îl est certain queChamplain, qui est venu en Canada environ 72 ans après Cartier, plaçait le lieu ou hiverna celui-ci, dans l’endroit même où mes recherches fondées sur le récit de ce dernier m’ont conduit. Il est également constant que les Jésuites qui sont venus à Québec vers 1625 ont long-temps habité dans une maison située sur les bords de la rivière St. Charles, vis-à-vis la pointe de terre dont nous parlons. On voit encore quelques pierres que l’on prétend avoir appartenu à une cheminée de cette maison, et l’emplacement où était cette maison est situé entre les deux petites rivières ou ruisseaux dont nous parlons. Entre ces deux rivières, à partir du pont dont je viens de parler, en allant à l’ouest, il y à environ sept arpents, ou 500 pas. D’après ce que dit Champlain, qui paraît avoir exploré ces lieux dans le dessein de déterminer le point occupé par les vaisseaux de Cartier, il n’a pas vu cette carcasse de la Petite Hermine, dont nous nous occupons aujourd’hui ; et les PP. Jésuites qui avaient ce ruisseau St. Michel sous les yeux, n’ont rien vu

de semblable à cela, pendant le long séjour qu'ils y ont fait.

Il est temps maintenant de donner l'explication du phénomène de la disparition et de la réapparition du vaisseau de Cartier, appelé la Petite Hermine. Si l’alluvion peut cacher un corps sous la terre, elle peut aussi le découvrir. Ce sont donc deux opérations de la nature très distinctes. Laquelle des deux avait lieu lorsque l’on a découvert les restes du vaisseau en question? Il y a plus de troissiècles que Cartier a abandonné ce bâtiment. Si le phénomène, qui se passe maintenant, est celui qui tend à enfouir ce vaisseau sous terre, il s’ensuivrait que du temps de Champlain et du séjour des Pères Jésuites, ce vaisseau n’était caché que dans la proportion d’environ un tiers de ce qu’il était lorsqu’on l’a dernièrement découvert. Dans ce cas là, ce vaisseau eût été visible à tous les yeux, puisque le lieu où il était ne produit ni arbres ni arbustes, mais seulement une herbe courte et clair-semée ; et Champlain et nos savants Jésuites n’auraient pas manqué de nous en signaler la découverte. Il faut donc conclure de la récente découverte de l’objet de nos recherches, que nous en sommes à un phénomène d’alluvion qui tend à découvrir un objet caché sous terre, Il est bien vrai que dans les fastes de la géologie, le fait qui nous occupe n’aura pas dans les siècles à venir l'éclat qui se rattache au rapport des terres produit par les débordements du Nil, qui a formé le Delta, et placé à deux lieues de la Méditerrannée, Damiette, où St. Louis, en 1249, aborda avec sa flotte. L'objet de nos recherches quoiqu'indifférent sans doute aux autres nations, n’en est pas moins très intéressant pour nous. Pardonnez-moi don:, Messieurs, si je vous occupe encore quelques instants.

Pour achever l'explication que j’entreprends de vous donner, il faut observer que l’entrée du ruisseau St. Michel, est maintenant fort étroite ; qu’en remontant vers le nord, elle s’élargit, et forme une espèce de bassin ovale, lequel a un peu plus d’un arpent de long, et un peu moins de large. Le fond de ce bassin tel qu’on le voit aujourd’hui, est à huit ou dix pieds au dessous des terres qui l’environnent et à un peu plus du côté de l’ouest et du nord. C’est à cinq à six pieds au dessous de la superficie actuelle de ce bassin que reposait le fond du vaisseau que, d’après les proportions de ses restes, l’on suppose être de la Petite Hermine. Lorsque l’année dernière on la découvrit, on ne trouva que la partie de la poupe, ou supposée telle, parce qu’elle était du côté de la rivière St.

Charles (car d’ailleurs elleétait mégonnaissable par la quantité du bois qui en avait été enlevée), qui fut un peu hors de terre: l'autre extrémité, supposée la proue, était couverte de quelques pieds de terre ; ce qui peut nous faire croire que ce bâtiment a été autrefois tont à fait couvert de terre. En cet état le vaisseau était si peu visible que M. Hamel, accompagné de quelques personnes, étant allé l’année dernière, à la recherche de la Petite Hermine, ne découvrit rien en cet endroit. Ce ne fut que quelques jours après, qu’il découvrit l’objet de ses explorations.

Observons que le fond du ruisseau St, Michel, avant d’arriver à ce bassin, est à pen près de niveau avec le fond de ce bassin tel qu’il se trouve actuellement, et que par conséquent il devait y avoir là une cascade de six à sept pieds de hauteur, qui correspondait au fond de ce bassin tel qu’il devait être du temps de Cartier. Si l’on déblayait le fond de ce bassin jusqu’à la profondeur de l'endroit où reposait le fond de ce vaisseau, il est probable que l’on y trouverait les ossements des vingt-cinq français morts du scorbut, que Cartier fit cacher sous la neige, Car on ne doit pas supposer que les sauvages de Stadin, à qui Cartier avait abandonné ce vaisseau pour qu’ils en prissent les vieux clous, rendirent à ces défunts les honneurs de la sépulture. D’après l’idée que nous avons des préjugés de ses barbares on malheureux enfants de la nature, nous devons penser que cet endroit leur fut longtemps en horreur, et que, par conséquent, ils ne s’occupèrent ni à rendre des devoirs à ces morts, ni à extraire les vieux clous de ce vaisseau.

Je n’entends pas vous démontrer la cause qui a favorisé la réapparition des restes de la Petite Hermine : que l’on attribue au défrichement des terres, à la diminution des eaux en général, ou à tout autre cause, un écoulement plus rapide des eaux qui tend à enlever la superficie du fond de l'entrée du ruisseau St, Michel, après l’avoir comblé, comme il est évident que la chose a eu lieu: ce fait me paraît constant, une action de la nature a couvert de terre la carcasse de ce bâti-

ment, et une autre action de le nature l’a mise en partie à dé-

couvert,

Cependant il s’offre une raison bien simple et bien évidente qui peut expliquer comment la terre autrefois transportée par le ruisseau, est insensiblement emportée hors de ce bassin. Par les dépots que laissent les hautes marées, on voit que l’eau

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s'élève de plusieurs pieds audessus du fond du bassin. Ain si, en se retirant, elle doit emporter une légère superficie de terre, maisd’une manière si faible qu’elle ne peut être sensible qu’à la suite d’une longue série d'années. Mais toutes les bautes marées ne sont pas égales, et originairement lorsque ce ruisseau transportait les terres, avec probablement plus d’abondance que maintenant, le dépôt devait être d’abord plus élevé vers l'extrémité nord du bassin que du côtés sud de ce bassin ;ce qui peut expliquer pourquoi l'extrémité du vaisseau

lacée du côté de la rivière St. Charles, était découverte avant a proue ou l’autre extrémité de ce vaisseau du côté du nord ; car dans tous les cas l’action de l’eau qui amolit les terres et qui les enlève est plus prolongée vers le bas que vers le haut de ce bassin. On peut ajouter à ceci l’action de la pluie qui doit produire à peu près le même effet,

D’après ce qui précède il ne peut y avoir de doute que la carcasse de vaisseau trouvée à l'entrée du Ruisseau St. Michel ne fut lesrestes de la Petite Hermine laquelle est restée là depuis le 16 septembre 1535, jusqu’à l’année dernière, temps auquel M. Hamel les en a fait enlever, pour les conserver soigneusement, Qui voudrait nier le fait serait obligé de prouver bien positivement que ces restes ontappartenu à un autre vaisseau. Rien dans l’histoire du Canada, ni dans la tradition, ne peut justifier cette assertiou.Quelque convainca que je sois que ces restes de vaisseau sont ceeux de la Petite Hermine en question, j'ajouterai quelques observations à celles que j'ai déjà faites,

L'état de conservation dans lequel était le bois de ce vaisseau n’a rien de surprenant, parce qu’il était dans un fond de glaise humide ; et l’on découvre souvent des bois conservés dans des circonstances semblables, après un séjour bien plus longtemps prolongé.

Voici une carvelle de fer que j'ai vu extraire de cette carcasse, vous voyez comme elle est profondément rongée par la rouille, et voyez comme elle a exactement la même apparence que les pièces de fer attachés au canon de bronze dont je viens de vous parler. Or, ce canon estprésumé avoir resté dans l’eau pendant plus de trois siècles. Voici en outre un boulet de canon que M. Rhéaume, un dés membres de cette société, a trouvé dans la coque de ce vaisseau. Ce boulet a deux pouces et demi de diamêtre. Le fer en est aussi rongée par Ja rouille que la carvelle que je vous ai présentée. La forme

de ce boulet vous prouve combien ls moule dans lequel il a été coulé, était grosssier, et démontre qu’il n’a été fondu qu’à une époque très reculée, où l’art de la fabrication des objets de cette espèce n’était encore qu’à son enfance. Ainsi

" montrez ce boulet à une personne versée dans ce genre de con-

naissances, et elle vous dira que ce boulet a plus de trois siècles d’existence. Ce boulet est un grand témoin, il nous prouve qu’il appartenait à un batiment armé en guerre tels qu'étaient ceux de Jacques Cartier.

Ajoutons à ceci les iuductions que l’on peut tirer du rapport de la commission nommée par M. Hovius, chevalier de la 16gion d'Honneur, maire de Saint-Malo. Cette commission aprèsavoir pris en considération la communication de M. Hamel, et différents objets détachés de cet ancien vaisseau, tels que quelques morceaux de bois, quelques clous, quelques substances qui avaient servi au calfâtage, quelques pierres trouvées dans la coque du vaisseau, et une description de ses restes, se prononce en faveur de la présomption que ces restes sont ceux dela Petite Hermine que Cartier a abandonnée en 1536, comme nous l’avons déjà dit. (Voyez les uuméros du Canadien du 3 juin dernier, et du 25 août 1843.

Eh bien, Messieurs, avais-je raison de dire que si l’on m'eût consulté on n'aurait, pas posé cette croix avec l'inscription dont nous avons parlé, au devant de l'Hôpital de Marine? mais à l’entrée de l’une de ces petites rivières dont nous avons parlé, ou peut-être en désespoir de cause auprès de ces . pierres, restes d’une cheminée de la maison qu’habitaient autrefois nos savants Pères Jésuites. Mais, maintenant, convenons que cette croix devrait être placée sur l'éminence qui : est au nord de l’endroit où étaient les restes de la Petite Hermine, et que le ruisseau Saint-Michel devrait prendre le nom de Jacques Cartier,

Aprésent que je crois m'être aquitté de ma tâche, je vous demande, Messieurs, si je n’ai pas quelque droit de priorité d'invention sur cette question ; si je n’ai pas quelque raison de me plaindre de l’espèce de voile que l’on paraît avoir jeté sur ma dissertation relative au canon de bronze dont rous avons parlé, dans une circonstance où tout annonce que c’est cet écrit qui a été le mobile de ces recherches pour trouver les restes de la Petite Hermine. Mais je connais trop bien l’histoire du cœur humaïn pour ne pas me contenter de terminer, en disant avec le poète latin sic vos non vobis..…

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