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SUR LES TRAVAUX DE LA SOCIÉTÉ

PENDANT l'année 1875-1876, Lu dans la Séance publique du 19 Novembre 1876

Par M. J. GARNUR, Secrétaire-Perpétuel.

Messieurs,

- Le titre de Rapport donné au travail que j'ai l'honneur de vous présenter, dit assez qu'il ne s'agit point d'une énumération complète de nos travaux^ mais d'un simple exposé de ce que nous avons fait, de ce surtout qui peut intéresser l'auditoire d'élite qui a bien voulu répondre à notre invitation.

Je n'ai donc point mission d'apprécier la valeur de nos œuvres, mais de faire connaître seulement quel en est l'objet, et quelles conclusions les auteurs ont cru pouvoir déduire de leurs recherches, en même temps que je dois signaler les observations auxquelles elles ont donné lieu, les discussions qu'elles ont pu provoquer.

Mon rapport sera très-court, car les lectures ont été rares. Mais les promesses abondent ; on amasse des

matériaux, on se recueille pour les mettre en ordre, et l'année prochaine, si les espérances que l'on peut dès maintenant concevoir se réalisent, nul doute que nos séances ne soient constamment remplies ; nous avons même lieu de penser que l'intérêt et la variété surpasseront encore le nombre des sujets qui paraissent avoir été choisis.

L'année dernière j'ouvrais mon compte rendu par une liste nécrologique malheureusement trop longue ; la mort avait frappé près de nous à coups redoublés.

Cette année nous n'avons perdu qu'un de nos membres résidants, M. Crauk, qui nous a quittés pour aller à TEcole Saint-Gyr occuper la place de professeur de dessin qu'il remplissait ici d'une façon des plus distinguées, et dont ceux de nos collègues qui ont visité ses peintures à Sainte-Anne, se sont plu à louer l'exécution habile en même temps que l'intelligente composition.

Mais nous avons des vides à regretter parmi nos membres étrangers.

Donnons d'abord une marque d'affectueux souvenir à M. d'Otreppe de Bouvette, membre honoraire tout dévoué à notre compagnie, lequel, jusqu'à l'âge de 87 ans, conserva toute la verdeur d'esprit, toute l'énergie qu'il avait déployée autrefois pour créer à Liège un Institut et un Musée archéologique.

M. Martin Marville, membre non résidant, avait fourni à nos Mémoires diverses notices qui témoignent d'un certain talent d'investigation, mais dont les conclusions sont souvent discutables.

11 suffit de nommer notre correspondant M. de Coussemaker, pour rappeler les savantes études sur l'harmonie et les musiciens au moyen-âge qui lui ouvrirent les portes de l'Institut.

Nous avons nommé résidant M. le marquis d'Heilly, capitaine d'état-major, qui dans une première lecture nous a montré qu'il connaît les mœurs et les usages des Gaulois nos ancêtres et qu'il saura prendre une part utile à nos travaux.

Parmi les non résidants nous avons admis M. Gustave Le Vavasseur, poète spirituel autant qu'archéologue distingué ; M. le baron de Gauna, gendre de l'un de nos excellents collègues M. Magdeleine, dont les études historiques sur les Landes ont été très-remarquées ; M. Ledieu, l'un des jeunes lauréats de notre dernier concours ; M. Alex. Sorel que la Société historique de Gompiègne compte parmi ses membres les plus laborieux, enfin, M. Flammermont , élève de l'Ecole des Ghartes, et M. l'abbé Gurmer, qui nous ont promis une active collaboration.

Mais, dans le domaine des sciences, des lettres et des arts, les bonnes intentions ne comptent guère plus que dans la vie réelle. Les promesses, si belles qu'elles soient, le recueillement si productif qu'il puisse être, n'auraient point suffi ; heureusement nous avons eu plus d'une lecture.

M. Janvier a puisé dans les journaux du siècle dernier et dans les notes d'Achille Machart les cléments d'une esquisse biographique sur Jacques Sellier, né en 1724 au village de Limeu en Ponthieu. Fils d'un

pauvre laboureur chargé d'enfants, Sellier, tour à tour apprenti cordier, boulanger, soldat, puis m agi s ter dans son village, vint s'établir à Amiens oii il fonda en 1756 une école des arts destinée à l'enseignetnent du dessin, de Tarchitecture, de la coupe des pierres, et de tout ce qui se rattachait à l'industrie du bâtiment. Où Sellier avait-il puisé l'instruction variée qu'il possédait ? Nous l'ignorons. Toujours est-il qu'il devint architecte de la ville, membre de l'Académie d'Amiens et de plusieurs autres Sociétés savantes. Notre collègue nous rappelle que c'est à Sellier que sont dues les premières expositions publiques d'art ouvertes dans la capitale de la Picardie; il énumère ensuite les nombreux articles qu'il a publiés sur divers sujets d'utilité publique et d'intérêt local et les travaux qu'il fit exécuter à Amiens. Malgré les services qu'il avait rendus, malgré l'activité ingénieuse qu'il avait déployée, Sellier mourut dans une situation plus que précaire, n'ayant d'autre ressources que la modique pension que lui faisait la Ville, et à laquelle se joignit, peu de temps avant la mort du pauvre octogénaire, une autre pension de 1,000 francs que Napoléon, instruit de ses nombreux et utiles travaux, lui avait accordée par un décret signé, le 10 mars 1807, au camp d'Osterode en Pologne.

Poursuivant ses études biographiques, M. Janvier nous a, dans une autre séance^, retracé, d'après les chroniques contemporaines, la vie de Jean, bâtard de St.-Pol, seigneur de Hautbourdin en Flandre et d*Aillysur-Noye en Picardie, bourg dont l'église conserve

encore, classée parmi les monuments hiotoriques du département, la tombe qui recouvrait ses restes et ceux de Jacqueline de la Trémouille son épouse. Dans son récit,, l'auteur nous fait assister aux exploits de guerre, et aux prouesses chevaleresques auxquels prit part ce capitaine, notamment au Pas d'armes de la Belle Pèlerine^ à Saint-Omer. Jean de Hautbourdin fut, en effet, au dire d'Olivier de la Marche, un moult beau chevalier^ sage^ vaillant et redoubté aux armes ^ homme de conduite^ et qui beaucoup avait vécu de la guerre^ homme expérimenté de françois et danglois^ chevalier de la Toison d Or et l iin des renommés de son temps. M. Janvier nous montre ensuite le capitaine bourguignon, non moins fastueux que brave, se plaisant à monter, dans les cérémonies publiques, un cheval couvert d'orfèvrerie et dont les rênes étaient faites d'une chaîne d'or estimée plus de 1,000 écus. C'était la mode alors que ce grand luxe, et l'on se souvient du sacre de Louis XI, où Philippe de Bourgogne éblouit par sa magnificence, tandis que le roi prenait plaisir à montrer son humilité.

M. l'abbé De Cagny, après avoir publié J*excollente histoire de l'arrondissement de Péronne que vous connaissez touS;, ne néglige aucun des faits qu'il rencontre et qui se rattachent à cet arrondissement. C'est ainsi qu'après l'ouragan du 12 mars,, il vous a parlé des grands vents qui, le 27 mars 1606, à 270 ans de distance, avaient ravagé le pays, désastres dont les archives de Douilly et une inscription gravée sur la façade du clocher ont conservé le souvenir.

En même temps notre collègue nous a fait connaître la trouvaille faite à Vrély, cette année, d'u-n vase contenant 60 pièces d'or appartenant au règne malheureux du roi Charles VI.

Nous lui devons aussi une note sur un reliquaire d'une nature toute particulière trouvé à Roiglise, et dont M. Berthe, curé de la paroisse, a fait don au Musée. Il s'agit de 7 grains d'une sorte de chapelet, dont chacun offre trois cavités égales contenant une relique collée sur un fond de velin, avec une légende manuscrite, et protégée par un verre qui ferme la cavité. Notre collègue, tout en qualifiant ces reliquaires de grains de chapelet, fait ses réserves, car il ne faudrait pas moins, pour un tel chapelet, de 150 reliques de différents saints.

M. l'abbé Crampon n'a point hésité sur le sens à donner à ce qui était depuis longtemps une énigme. Une inscription composée de ces deux mots : Post sex^ sculptés au-dessus de la porte d'un confessionnal de Saint-Vulfran d'Abbeville, avait attiré son attention, et il avait, comme bien d'autres, cherché ce qu'elle voulait dire. Se souvenant bientôt que M. l'abbé Michel, ancien curé, qui avait placé ce confessionnal, portait pour prénom Henri, il songea à saint Henri, empereur d'Allemagne, que saint Wolfgang, évêque de Ratisbonne, qui l'avait élevé, avait visité en songe lui faisant lire sur la muraille de sa chambre ces mêmes mots : Post sex. L'inscription d'Abbeville fut alors expliquée ; c'était un avertissement donné par le confesseur au pénitent que dans six mois, six

jours, six heures, il pouvait mourir. Pieuse leçon, d'un grand sens, que le spirituel curé de Saint-Vulfran avait donnée sous cette forme énigmatique.

M. l'abbé Th. Lefèvre, dans sa notice sur Senarpont, avait, non sans hésitation, attribué à un membre de la famille de Monchy, un tombeau du xv° siècle conservé dans Téglise. M. de Galonné a levé tous les doutes en démontrant que ce tombeau était celui d'Edouard de Monchy, mari d'une dame de Montcavrel, fille de Jean de Gayeux, dont il retrouve les armoiries sur la jaquette du chevalier.

M. de Galonné dont vous n'avez point oublié l'histoire de la seigneurie de Maintenay, nous a aussi communiqué une curieuse pièce relative à cette seigneurie. C'est l'inventaire de l'argenterie religieuse et profane laissée par le cardinal Hémart de Denonville, évêque d'Amiens de à i540, que Jacques de

Denonville, son frère, fait accepter comme à-compte, pour le prix de 3,850 livres, par le marquis de Rothelin auquel il achetait, en 1541, le domaine de Maintenay qui rapportait alors environ 500 livres.

M. de Galonné vous a entretenu ensuite de Françoise-Madeleine de Forceville, fille du gouverneur de Doullens^ à laquelle son parent, le cardinal de Richelieu, avait fait épouser à Amiens, le 8 septembre 1640, le comte de Montdejeux, capitaine des villes de Rue et du Grotoy. Doué de qualités militaires incontestables, Montdejeux n'avait rien de celles qui font un bon époux. Aussi Madeleine de Forceville eut-elle à souffrir les plus mauvais traitements de ce mari qu'on lui avait

donné et qui^ devenu maréchal de France et gouverneur d'Arras, semblait s'autoriser de sa haute position pour la faire souffrir plus encore. Il faut lire dans sa lettre à la reine les tristes doléances de cette femme, qui fut obligée de s'enfuir à Bruxelles où elle demeura jusqu'à la mort du comte de Montdejeux en 1671 . La Société qui avait écouté avec un vif intérêt cette biographie, a regretté qu'elle ait été destinée par l'auteur aux Mémoires de l'Académie d'Arras qui l'a publiée depuis.

Des renseignements demandés par la Commission de topographie des Gaules sur le tracé de quelques voies romaines proposé par M. Lion, l'un de nos collègues, nous ont valu des notes de M. l'abbé De Gagny et de M. de Galonné, qui, tout en félicitant M. Lion de ses études, n'ont pas cru devoir adopter son tracé.

J'ai aussi, dans un court rapport, combattu les tracés de M. Lion, et je crois avoir établi que la voie d'Amiens à Boulogne de l'Itinéraire d'Antonin n'est autre que la chaussée Brunehaut que nous suivons encore, comme déjà l'avaient admis Nie. Sanson, Robert, Danville, Dom Grenier, Walkenaer et aussi MM. Haigneré et Harbaville, quoi qu'en ait dit M. Lion. Je fais abstraction, bien entendu, des erreurs commises par ceux qui confondaient en une seule les deux lignes de l'Itinéraire et de la Table. Je maintiens Pontes à Ponches^ et je place Duroicoregum sur la route d'Amiens à Thérouanne, non point à Doullens^ comme M. Walkenaer, mais à gauche ; ad Lullia^ à Saint-Pol ; et, plus loin, à l'intersection de la route d'Arras à Thérouanne,

la station de Lintomagus^ bien que la Table n'en fasse point mention sur cette ligne.

M. Hayaux duTilly s'est également occupé desVoies romaines. Comparant les Itinéraires d'Antonîn et la Table de Peutinger, il considère les premiers comme des livrets officiels comprenant toutes les voies stratégiques existant lors de leur confection, et pense qu'il n'en faut point chercher d'autres, à cette époque, en dehors de celles qui s'y trouvent mentionnées. Pour lui, les autres voies, les tracés pei^ compendium, sont postérieurs, comme la Table qui les renferme.

Notre collègue a relevé la liste des localités dont les noms se terminaient en biiga et briva^ et constaté que toutes sont situées sur une rivière ; il ne saurait donc admettre que cette désinence vienne de Berg, montagne, comme on l'a prétendu récemment.

Recherchant ensuite le sens du mot contra qui précède certains noms de lieux, il établit que les Romains n'ont ajouté l'adverbe contra que pour indiquer une station principale : que c'est là une règle précise. Il l'applique chez nous à Contra A ginnum et montre que Gondren qui porte ce préfixe, est en effet placé sur rOise en face d'Amigny dans lequel il retrouve le vieil A ginnum.

Nous devons à M. Georges Vallée, qui s'est fait connaître par une histoire des forestiers de Flandre qu'il a publiée récemment en collaboration avec M. Berlin, la copie d'un Mémoire succinct signé de Relingue, qui nous a fait connaître l'état de Montreuil et de ses fortifications en 1774.

M. Demarsy, qui lit avec grand soin nos bulletins, a complété les indications données par M. le comte de Rougé sur les abbayes du Valois éteintes au siècle dernier. Il a rappelé que Saint-Corneille de Gompiègne fut supprimé en 1657, que Saint-Jean-aux-Bois fut transféré à Royallieu en 1634, et que Saint-Jean-des- Vignes ou Sainte-Perinne de Gompiègne fut réuni en 1741 à la maison de Ghaillot,

M. le conseiller Desmaze qui ne laisse jamais passer une année sans nous faire quelque communication, nous a donné d'intéressants détails sur la peste à Amiens en 1669, détails qu'il avait recueillis dans la collection Joly de Fleury conservée à la Bibliothèque nationale.

Un de nos correspondants les plus actifs, M. le comte de Bussy, a copié pour nous une lettre de Charles VI en date de 1382, instituant à Ault, in villa d'Aut, deux frayiches foires chacun an es jours des fêtes de Notre-Dame en Mars et de Notre-Dame en Septembre^ es vigilles et lendemain d'iceux joints.

M. de Bussy nous entretient ensuite de l'hospice de cette même ville d'Ault. Il nous apprend qu'il fut fondé en 1266 par Gautier Garue, bailli de Saint- Valéry, et Marguerite sa femme; et que, la régularité ne régnant plus depuis longtemps dans l'administration de cet hospice, Marie de Lorraine, dame d'Ault, donna en 1666 un règlement très-snge pour l'emploi des revenus, et autorisa, le 15 juin suivant, l'établissement dans l'hospice de Filles de la Gharité, qui ont continué jusqu'à ce jour de visiter les malades et d'instruire

— soles enfants avec le dévouement et l'intelligence dont ces saintes filles semblent particulièrement douées.

Ces détails ont d'autant plus de prix qu'on ne les trouve point dans les notices si pleines de faits qu'a réunies M. Prarond sur l'arrondissement d'Abbeville.

Ne quittons point cette partie de notre Picardie, car un autre de nos collègues y a fait de ces précieuses découvertes dont il est coutumier, et je dois vous en parler.

En 1874 M. Van Robais a trouvé à Estrébeuf un petit vase en bronze dont l'anse est décoré d'un buste de femme en médaillon , d'un oiseau et d^une tête d'homme barbu à l'abondante chevelure. Ces figures sont d'un bon travail et de la belle époque. M. Van Robais y reconnaît Minerve, l'oiseau qui lui est consacré, et la tête de Saturne.

La patère qu'il a recueillie à Villers-sur-Authie se distingue par une forme élégante, mais est loin d'égaler en mérite le vase que je viens de citer.

M. Van Robais a pu acquérir récemment un autre petit vase en bronze trouvé dans le cimetière mérovingien qu'ont mis à nu les travaux de construction de la sucrerie d'Abbeville, là où le P. Ignace signalait un temple dédié aux idoles, tout près de l'endroit où fut bâtie Notre-Dame de la Chapelle. L'anse est aussi couverte de sculptures dans lesquelles notre collègue, et avec lui le savant archéologue M. de Witte voient le dieu Vulcain initiant un artisan à ses travaux, une tête avec un collier, une enclume et d'autres objets.

Nous regretterons, avec M. Van Robais, la perte

pour le pays d'une bague découverte à l'Etoile en 1874; le prix élevé qu'on en demandait l'empêcha de l'acquérir aussitôt, mais il nous en conserve la description. Cette bague en or était enrichie d'une cornaline sur laquelle on avait gravé un personnage nu, vu de trois quarts, ayant à ses pieds un aigle qu'il se disposait à couronner. Pour notre collègue, ce charmant camée d'une grande finesse d'exécution représenterait Paris couronnant l'oiseau de Jupiter.

Mentionnons encore la trouvaille faite à Villers-sur- Authie d'une réunion d'objets de toilette, bracelets^, bagues, épingles à cheveux et autres objets, le tout en bronze, un mundus muliebris enfin retenu par un anneau et des plus intéressants.

Les questions dont nous nous occupons sont souvent, vous le voyez, des problèmes difficiles à résoudre. Celles dont s'est occupé M. Lefèvre-Marchand est de toutes, peut-être, la plus hérissée de difficultés.

M. Lefèvre-Marchand recherche l'étymologie du mot Santerre. Rejetant avec raison celle qu'ont donnée Sébastien Rouillard, Le Beuf, Dom Grenier et d'autres encore, il la trouve dans cincta terra, terre ceinte, parce que la Somme forme au Santerre une sorte de ceinture qui lui sert de défense contre les invasions venant du Nord. Quant à Lihons, il n'admet point qu'il doive aux Huns son origine, mais aux Henni que Constance Chlore avait transportés du Nord. La Société a remercié notre collègue de ses recherches aussi ingénieuses que savantes, mais elle attend, pour se prononcer, de nouvelles lumières : Sub judice lis est.

Je m'arrête, Messieurs, je crains d'avoir épuisé déjà l'attention que l'auditoire le plus bienveillant peut accorder à un compte rendu. Je voudrais qu'il résultât pour vous de cet exposé la preuve que la Société est restée fidèle à sa devise et que les sujets dont elle s'est occupée n'étaient point sans intérêt.

N'oubliez pas, je vous en prie, que chacun de nous^ à de rares exceptions près, à des devoirs professionnels à remplir. Ces études sont donc pour nous un repos, une diversion à nos occupations de chaque jour ; elles ont le mérite merveilleux, en effet, de distraire et d'instruire, de consoler quelquefois. Nous n'aspirons pas au grand art de l'historien, à faire revivre le passé de sa propre vie ; il nous suffit de mettre en lumière les faits oubliés de notre histoire locale, d'en éclaircir d'autres qui n'avaient été présentés que sous un jour faux ou incomplet. Ce culte spécial des vieux souvenirs, ce respect du passé que nous aimons à ressusciter, n'a jamais altéré, veuillez le croire, l'amour dupays : Pius est patrise facta re ferre labor.

Si nous n'avons point voulu étendre le cercle de nos recherches au-delà des limites que nous a tracées notre règlement, ce n'est pas que nous nous désintéressions sur ce qui se passe ou s'est passé plus près de nous, nous Tavons montré en plus d'une circonstance, mais nous sommes loin d'avoir épuisé la mine que nous devons exploiter, et les matériaux ne nous manqueront pas de longtemps. Nous laisserons donc cette tâche nouvelle à nos successeurs, car nous avons confiance dans l'utilité de notre œuvre ; aussi voulons-

nous en perpétuer la durée par le choix de collaborateurs qui sauront conserver l'héritage que nous leur transmettrons avec notre devise : ISosce Patriam, avec notre amour du travail et notre impatialité ; c'est notre désir le plus ardent, ce sera notre honneur, nous l'espérons.

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