Faire passer, rendre inutile
bravasches et outrageuses; si bien que Fautre s'en alla avecques cela, pliant les espaules sans revanche; et dit poar ses raisons que l'autre estoit monté à son advantage sur un bon cheval adroit et bien maniant, et luy estoit sur un jeune poulain qui ne sçavoit tourner seulement à pas une main. Au bout de quelque temps il songe à en avoir raison, et le fait appeller pour se battre contre luy avecques une espée et une dague et en chemise. L'autre fit dire par son second qu'il l'attendoit avecques un bon cheval et une bonne espée, disant par ses raisons que, puisqu'il se plaignoit tant auparavant de quoy il avoit esté bravé de son ennemy monté sur un bon cheval et luy sur un meschant, qu'il estoit à présumer que, monté de mesmes sur un bon cheval, qu'il feroit rage, et qu'il ne luy faisoit point de tort de luy présenter le combat à cheval, et qu'aussy en tel point ils s'estoient entre -querellés. Celuy qui estoit offensé refusa ce combat à cheval, ce qu'il ne debvoit faire, selon l'advis de plusieurs : car qui est offensé , il faut qu'en toutes formes et toutes armes raisonnables il tasche à avoir raison de son offense. Toutesfois luy et son second, après s'estre advisés un peu, dirent qu'ils se battroient à cheval, mais qu'il n'en avoit pas sur l'heure; et pour ainsy le second requiert qu'il luy en fournisse et en fasse venir deux bons, et en choysira celuy qu'il luy plaira. A quoy respondit l'autre qu'il n'est vray-semblable que son combattant prétendu n'aye un bon cheval, puisqu'il est riche seigneur et que ordinairement il en a chez luy de fort bons et en mené avecques luy quelqu'un tousjours, et aussy que son second en avoit sur le lieu trois ou quatre, qui, estant requis de luy en prester un, le refusa, disant qu'il n'en feroit rien; pour quant à luy fournir che-
vaux et en mettre sur les rangs un couple, et l'autre second les venir visiter et en choisir Tun^ c'est un abus; cela ne s'est jamais veu, si-non en combats solemnels, ainsy que j*ay dit par cy-devant, et l'appelle ou Tappellant ne sont nullement tenus de produire ny chevaux, ny armes, si ce n'estoit quelques armes extraordinaires que l'un et l'autre proposassent et qu'ils ne les eussent sur le lieu, et pour ce les demandassent, ou accordassent terme d'en pouvoir recouvrer, monstrans en cela leurs braves courages pour ne refuser le combat. Voylà comment il faut qu'ils s'entredonnent chevaux et armes par concert fait entre euxmesmes ou leurs seconds en camps solemnels; il faut passer autrement selon leurs lois. Je Tay ouy ainsy tenir aux grands duellistes.
Un autre exemple ay-je veu d'un qui appella l'autre en chemise avec une espée et un poignard. L'autre fît response qu'il ne veut point combattre ainsy nud, car c'estoit en hyver, et qu'il mourroit de froid, et qu'il se morfondroit, et engendreroitun bon rhume, un catarrhe, ou un bon purigi', qui lui causeroit la mort; et quant à luy, qu'il n'alloit point là pour y mourir, mais pour y vivre par amprés, craignant cela plus que son espée. A tout cela il y est très-bien receu, et peut fort bien garder son pourpoinct pour son combat. Aussy est-ce un abus que de se battre en chemise blanche; mais il faut aussy visiter les pourpoincts, s'ils ne sont point plus advantageux les uns que les autres, et s'il n'y a point de fer, ou maille, ou papier collé; et cela peuvent faire