Et, avec
raison, selon laquelle on se doit régler, et par ce on ne faillira point.
J'eusse faict ce discours bien plus long sur ceste dispute d*eslection d'armes, et en eusse allégué force autres raisons et exemples; mais je n*aurois jamais faict. Il faut donner la plume à ceux qui en peuvent mieux escrire que moy.
Et tout ainsy que je parle de Teslection des armes, il faut aussy entendre de mesmes de Teslection des lieux pour se battre, car il y en a de suspects auxquels faut bien adviser pour les eslire.
Or faisons fin, encor que j*ay un champ tres-ample pour le semer de plusieurs disputes, raisons, questions, exemples, contes, histoires; mais c'est pour ceux qui sont en cela mieux entendus que moy. Je fais doncques fin, priant tous cavalliers, capitaines, soldats, de m'excuser si je n'ay mieux dict; protestant pourtant que mon advis ne procède point tant de mon débile cerveau comme de plus grands et plus experts en cela que moy, desquels j'ay appris, et suis prest d'en apprendre d'autres fort librement, et de ceux qui me voudront enseigner.
Je croy bien que, si un feu monsieur l'admirai, un M. d'Andelot, un M. de Guyse le grand, qui s'entendoit en cela mieux qu'homme du monde et qui en discouroit des mieux, comme j'ay veu, un M. de Montluc, un mareschal de Belle-Garde, un mareschal de Biron, un M. de Biron son fils, qui est aujourd'huy un des grands capitaines de France, et tant d'autres capitaines, tant de gens d'armes que d'infanterie, qui ont veu tant de combats, eussent entrepris ce discours, je croy que ce fust esté la plus belle chose qu'on vit jamais.
tendist au combat, encor que ledict marquis ne desirast autre chose (ce disoit-il , et le faisoit par beau semblant paroistre), euxalleguans que, d'autant qu'il estoit personne publique, et gagée au service de l'empereur et du public, il n'estoit obligé qu'il se perdist pour chose particulière, au moins qu'il s'y hasardast; dont le retinrent en despit de luy. De quoy la [partie fut remise à une autre fois , qui s'entretint tousjours soubs un ardent désir de vangeance et de combat, tant d'un costé que d'autre : car, certes , ils estoient tous deux esgaux en prouesse ; mais le malheur fut tel pour M. de Vandenesse qu'au bout de quelque temps l'admirai Bonnivet, se retirant de Lombardie, mal mené, et en desordre et confusion, pour estre suivy de prés de l'armée espaignolle, où commandoit ledict sieur marquis, fut chargé fort rudement à Romagnano, où la routte' de nos gens fut telle qu'il en fut tué beaucoup, entre autres M. de Vandenesse, estant sur la queue, et faisant la retraicte ; dont ledict marquis en fut si désolé et fasché (d'une grande harquebuse qu'il eut dans l'espaule, ainsyque dit un roman espaignol qui descrit sa vie), que, maugréant le Ciel, il disoit souvent en sa langue espaignolle : Porque le parescia que este hombre que era a el particular enemigo havia sido quitado del Cielo y de la fortuna a su Iriunfo, y à su gloria esperanda; porque siendo y a antes desafiado, deseava estremamente verse con el en pelea particular por dar fin a su querella por su gran honra. Qui est en françois : « Que la fortune et le Ciel luy avoient faict grand tort de luy avoir osté cest homme, lequel, estant son particulier ennemy, avoit esté destiné pour son triomphe et sa gloire espérée,
I , Rouie, du latin ruptus, déroute.
d'autant que, paradvant ayant esté desfîé de luy, il desiroit fort entrer en camp avecques luy pour terminer sa querelle avecquesson honneur. » Pesez tous ces mots, et voyez quelle superbeté et rodomontade espaignolle.
Il me semble que j'oys encor Octave César sur la mort de Cleopatre, pour ne Tavoir seu mener en triomphe à Rome, ou bien ( pour venir du plus grand au plus petit) d'un soldat espaignol, lequel, ayant eu une querelle contre un autre, pensant le combattre, sur ces entrefaictes vint à estre blessé bien fort en une escarmouche de siège; il ne fit que prier Dieu, et faire dire force messes pour luy et pour sa guerison; et, quand on luy demandoit pourquoy il le faisoit, veu que c'estoit son ennemy, et autant de desfaicte pour luy s'il mouroit, il respondit : « Parce qu'il me fascheroit fort qu'il mourust autrement que de ma main; et faut qu'il en meure, ou plustost je me tuerois moymesme de despit. Voylà une plaisante gloire I
Mais, pour tourner encor à nostre première histoire du marquis, j'en allègue une autre semblable de René d'Anjou. Lorsqu'il vint au royaume de Naples, il envoya un héraut devers Alfonse d'Aragon, se disant roy de Naples, et luy porta un gantellet tout sanglante, ainsy qu'estoit la cous-* tume d'aucuns desfis de ce temps, comme j'ay dict cydessus, l'appellant au combat de la part de son maistre. Alfonse accepta le gant, et puis demanda si René vouloit combattre corps à corps, ou bien avecques toute l'armée. L'autre respondit en armée. ( Il fust esté plus beau de dire corps à corps. ) Alfonse luy répliqua qu'il acceptoit la battaille, et qu'à luy appartenant, par le droict des armes,
iBo DISCOURS
comme à provoqué et appelle, d'eslire le jour et lieu de la battaille, il eslisoit ceste plaine qui estoit entre Nola et Lacera, et que dans huict jours de là il Tiroit attendre avec son armée : ce qu'il fit au jour déterminé. Mais René n'y alla pas, et ne chercha point la battaille. Toutesfois, il se vint bien camper au camp d'où Alfonse s'estoit party. Puis adjouste le conte que quelque jurisconsulte de ce temps là avoit escrit qu'Alfonse comparut dans le champ de battaille, mais non pas René, d'autant que ses barons l'en empes^ cherent, luy alléguant qu'il n'avoit peu en ceste sorte desfier Alfonse, se voulant mettre sa personne et son royaume en danger sans le conseil et consentement d'eux et des principaux du royaume, du péril et interest desquels il estoit question. De l'autre costé, Alfonse, lorsqu'il fut appelle au combat, demeura quelque temps songeant là dessus, d'autant qu'aucuns luy disoient que René, qui n'estoit que duc, ne pouvoit pour raison appeller Alfonse, qui estoit roy. Mais enfin , luy semblant telle excuse d'homme lasche et couard, il retint et accepta le combat : comme de vray il n'avoit garde de le refuser, estant si brave et vaillant roy comme on l'a descrit, et ses actes l'ont monstre.
Le roy d'Angleterre ' ayant esté desfié par le duc d'Orléans de tirer quelques coups de lance avecques luy seul, ou dix à dix, ou en foulle de cent à cent chevalliers, pour l'amour des dames, ou autrement, le roy luy fit response qu'il n'y avoit nulle raison qu'il esgalast sa royale Majesté