‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 127 sur 143 · I. En juillet i 56a · texte numérisé non relu

I. En juillet i 56a

la cour; mais, quand il estoit à la guerre et en sa charge, il estoit moins endormy que le moindre soldat des siens; et que, pour appeller M. de Montbron son fils au combat, il ne luj faisoit point de tort, estant autant qualifié que luy, fors en biens. Et, sur ce, l'alla faire ressouvenir de la remonstrance qu'il fit devant le feu roy Henry, lors de la querelle du prince de La Roche-sur-Yon et de M. d'Andellot, et le pria de renouveller en soy les mesmes paroUes et sentences qu'il dit alors pour deffendre la cause de son nepveu, et qu'il trouveroit estre propres pour la mesme cause de M. de Randan; et qu'il ne feroit tort à M. de Montbron de l'appelier au combat, mais un très-grand honneur, s'estant signalé en tant de lieux si noblement et vaillamment qu'il avoit faict, et ny de se vouloir battre contre son fils, qui, pour sa jeunesse, n'avoit encor si bien faict paroistre son généreux courage comme il feroit par emprés avecques l'aage. Monsieur le connestable, après avoir songé en luy et ce que M. de Guyse luy remonstra, s'appaisa, et fut advisé de les accorder, s'estant un peu repenty en soy de ce qu'il avoit dict.

D'une chose se doivent aussy fort garder les petits, de s'attaquer aux grands pour les braver et faire un affront, soit qu'ils soient poussés de leur folle outrecuydance et de grande presumption de leur vaillance, ou de la grande amytié et faveur que leur portent leurs roys et leurs princes : car ils s'en pourroient trouver mal, ainsy qu'il en advint au sieur de Sainct-Maigrin de nostre temps, lequel, parce que le roy luy faisoit un peu quelque bon visage et de faveur, en vint si insolent, ou possible pour complaire à son mais-

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tre, qu'il se voulut prendre à MM. de Guyse et surtout à M. du May ne (en quoy il fut ingrat, car M. de Guyse I*avoit poussé et fait cognoistre au roy la première fois qu'il vint jamais à la cour), jusques-là qu*il usoit de fort outrageuses parolles, et aussy qu'un jour dans la chambre du roy, ainsy que le roy estoit dans son cabinet, il tira son espée, et, en bravant de parolles, il en trancha son gand par le mitan, disant qu'ainsy il tailleroit ces petits princes. Il n'emporta guieres loing ceste folle outrecuydance, car, un peu de jours après, il fut un soir estendu sur le pavé de la rue du Louvre, blessé à mort, qui s'en ensuivit le lendemain. La pluspart des courtisans disoient que le coup estoit tres-bon; mais c'estoit fort sourdement, car le roy ne le trouva pas tel, et en fut fort despité et fasché, jusqu'à se trouver à ses obsèques, et vouloir mal à ceux qui ne s'y trouvèrent, et à contraindre tous ceux qui estoient à la cour d'y aller, où plusieurs y allèrent, que je sçay bien, vestus de noir comne les autres, qui soubs l'habit en faignoient belle joye; et si aucuns y en eut-il qui en estoient de la consente de la mort <, comme je les cognoissois bien, et leur disois qu'ils fissent bonne mine. Le roy le fit puis après tailler en marbre superbement, comme Quielus et Maugiron, et autres. Mais despuis, les Parisiens, pour estre chose trop vaine et abusive, ont rompu tout cela, si bien que le proverbe courut longtemps à la cour contre les mignons et favoris du roy, quand ils faschoient quelqu'un, ou luy faisoient desplaisir, on disoit : Je U feray iaiUer en marbre comme les autres, Voylà comment fut payé ce jeune homme outrecuydé mal à propos.

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