‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 129 sur 143 · I. En · texte numérisé non relu

I. En

%lt DISCOURS

voicy, gallant I Remerciez le lieu où vous estes ; mais as« seurez-vous qu'au partir d'icy je vous couperay bras et jambes, et vous apprendray à me quitter. » Le soldat, qui avoit fort belle façon, luy respondit fort honnestement qu'il ne luy pensoit tenir tort, et luy estoit serviteur. « Rien I rien, répliqua l'autre. Au partir d'icy tu es mort de ma main », parlant à luy en très-grande collere; et moy-mesme je le dis à Briagne (car nous estions bons amis) qu'il se debvoit contenter des honnestes excuses du soldat, et puisqu'il vouloit tant luy demeurer son serviteur. Le soldat, comme désespéré, s'oste de devant luy, mais non si loing qu'il ne le guette, qu'il ne Tespie, ne le perd de veue d'un seul clin d'œil. Par quoy, le bal fîny, ainsy qu'un chascun sortoit, le soldat, suivant Briagne d'assez prés, le voit en un recoing seul qui pissoit. Sur ce, prenant l'occasion, tire son espée, luy donne à travers le corps, le tue et s'oste de là. Ce ne fut pas tout : car, sans s'estonner, vint à la petite porte du chasteau, qu'il trouve si embarassée de gens qui sortoient, à la coustume, en foule, que, ne pouvant aysement sortir, il se mit à escryer : a Hà I Messieurs, pour Dieu, laissez-moy sortir viste, car voyià mon maistre qui s'est blessé en une jambe ; il faut que je luy aille quérir un barbier pour le panser. » (Quelle asseurance 1} Soudain le monde s'ouvrit et luy fit place; et sort et eschappe avecques telle resolution qu'oncques puis on n'en ouyt nouvelles, si-non qu'il s'en alla aux guerres de Flandres soubs M. de La Garde, où il fit si bien et y acquit une telle réputation qu'il mourut capitaine. J*en sceus ces nouvelles par un autre soldat que j'avois veu aux bandes, qui m'apporta des recommandations de luy ; et me remercioit de quoy j'avois parlé pour luy si honnestement

SUR LES DUELS s3S

•iidict Briagne, quand il le goormaDdoit ainsj, encor que je ne Teosse jamais veo que ceste fois. G>nsiderez un petit la résolution de ce soldat d'attaqner ainsj son capitaine, qui estoit un brave et vaillant gentilhomme que je regrette bien fort, le tuer en tel lieu de respect, et puis s'esvader de la façon et de l'asseurance qu'il y fit. Voylà comment les petits bien souvent ont raison des 'grands, mais aussj les grands l'ont bien aussj bonne des petits.

Je n'en aj veu un pins beau exemple qu'un que j'ay leu dans les Chroniques de Savoje, Un seigneur de Viry, gentilhomme de Savoye, capitaine des gens de guerre de Savoye, qui avoit esté en la battaille de Tongres contre les Liégeois' avecqoes ses troupes savoyennes (en vertu de qnoy le duc Jehan de Bourgoigne 1* avoit pris à solde et service, et ses gens et tout), devint si insolent, pour la bonne réputation en quoy il estoit, qu'il s'alla prendre et esmouvoîr contre le bon duc Louys de Bourbon, et luy envoya une desfîance (ainsy parloit-on alors, comme aujourd'huy desfy solemnel), et ce à son propre et privé nom, comme font les princes d'un à d'^autre : ce qui fut trouvé fort nouveau, mauvais et estrange, attendu que ledit Viry n'estoit que simple gentilhomme au prix de ce grand duc de Bourbon. Si est-ce que ce simple gentilhomme luy fit fort la guerre, en luy prenant plusieurs places et chasteaux, tant en Dombes qu'en Baujolois, sur les frontières de Bresse, dont le duc Louys conceut grande hayne contre le duc de Savoye Amé, son nepveu : car il se doubtoit bien

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