Enceinte entourée de palissades
des loix,l et despuis fort usitées' parmy les François et Italiens, plus parmy eux que par autres. Il ne falloii point parler de courtoisie nullement, si-non : qui eutroit en camp dos falloit se proposer vaincre ou mourir, et sur-tout ne se rendre point, car le vainqueur du uaincu (par ces lois lombardes et danoises) en disposoit tellement qu'il en vouloit et bon luy sembloit, comme de le traisner par le camp ainsy qu'il luy en eust pieu, de le pendre, de le brusier, de le tenir prisonnier, bref en disposer mieux que d'un esclave: car telestoit le vaincu du vainqueur. On dit que les Danois et Lombards, sur cette ignominie de traisner par le camp, en prirent leur exemple d'Achilles, lequel, ainsi que recite Homère, après qu'il eut vaincu Hector, l'attacha tout mort à la queue de son chariot ou cheval, et le traisna trois fois par le camp, en signe de triumphe et de victoire tres-noble.
J'ay ouy parler d'un grand, brave et vaillant seigneur ■, despuis cinquante ans, qui, entrant ainsy en camp clos, avoit résolu d'en faire tout de mesmesde son ennemy, qui n'estoit nullement égal à luy en force ni prouesse ; mais Dieu, tenant le party du foible, ne permit la victoire au vaillant, mais la donna au foible, qui ne la pouvoît tenir de luy, mais de Dieu ; et par ainsy ta volonté du vaillant ne prit feu sur son exécution proposée de victoire.
Il y eut, du temps du feu roy Henry II, à l'adveneroent de sa couronne, un combat à Sedan, entre le baron des
[ ; De La Chaildgn«niei oncle ilt BriBlAmc.
Guerres et le seigneur des Fandilles, pour une querelle qui leur survint le propre jour que Sadite Majesté fit son entrée à Paris'. Le sujet en est fort salle, car il touche la sodomie. Ce Fandilles estoit un jeune gentilhomme bravasche et fou, qui suivoit feu monsieur le vidasme de Chartres^ qui alors estoit à la cour la gentillesse de toute chevallerie. Le baron des Guerres estoit un seigneur que le roy François avoit nourry page de sa chambre, et qui estoit de Lorraine, ses prédécesseurs estans pourtant sortis de Basque ou de Biard^ : car, comme dit M. de Montluc en son livre, le roy René de Sicille, duc de Lorraine et d'Anjou, aymoit fort les Gascons et gentilshommes de ce pays là-bas, et s'en servît fort; si bien qu'il y en eut quelques-uns qui s'y accaserent, dont en est sorty despuis d'honnestes gens.
Ces deux braves gentilshommes doncques, pour vuider leur querelle (car par accord ne se pouvoit-elle, d'autant qu'elle touchoit trop au baron des Guerres et à son honneur), demandèrent le camp au roy Henry, lequel, par le serment qu'il avoit faict de n'en donner jamais, despuis celuy de feu M. de La Chastaigneraye, mon oncle, pour le regret extresme qu'il porta de sa mort, leur refusa tout à plat. Ils eurent leur recours à prier M. de Bouillon pour le leur bailler à Sedan, comme estant souverain en ses terres, qui leur accorda librement, et, au jour assigné, ne faillirent à comparoistre très-bien accompaignés de leurs parens et amys, parrains et confîdens, avecques toutes les cerimonies en ce requises, très-bien observées, que les loix anciennes des duels avoient ordonné. Et, entre autres, le-