‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 14 sur 143 · Biard, Béaro · texte numérisé non relu

Biard, Béaro

dict sieur de Fandilles ne voulut jamais entrer dans le camp (tant il estoit bravache et fendant) qu'il n'eust veu un feu allumé et une potence dressée, pour y attacher et brusier son ennemy après sa victoire, tant esperoit-il en avoir bon marché. Mais pourtant la fortune luy changea^ et luy rompit son dessein, car il ne surmonta son ennemy ainsy qu'il le pensoit; et toutesfois aussy ne fut-il tant vaincu qu'il y allast tant du sien qu'on diroit bien. Leur corps estoit couvert; et pour armes offensives le baron des Guerres avoit choisy pour toutes une espée bastarde > qu'il avoit fort bien à la main, pour la leçon que luy en avoit donné un prestre qui en estoit tres-bon maistre ; et pourtant monsieur le vidasme, qui estoit parrain dudict Fandilles, disputa cette arme, d'autant que l'article du duel porte : « armes usitées ^ parmy cavalliers et gens d'honneur» ; mais il en fut respondu que les Suisses, qui sont si braves gens de guerre, n'en usent point d'autres. Pour fin, feu monsieur le vidasme ne passa point plus avant, s'asseurant de la vaillance de son filleul, qui, de son costé, n'en fit nulle altercation.

Les voylà donc entrés dans le camp, toutes solemnités et criées faictes et requises. De premier abord, Fandilles donna un grand coup de son espée à travers la cuisse dudict baron, qui luy fît une telle ouverture, à cause de la largeur de l'espée, que le sang en sortit en si grande abondance qu'il commençoit desjà à diminuer de la force du baron, qui, en prévoyant son inconvénient, s'advisa d'aller aux prises et à la lutte, y ayant esté très-bien dressé par un

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