IV LES METAMORPHOSES
lois faire mettre dans les chroniques »? Ce souci de la publicité, à une date où nous supposions qu'elle n*était pas inventée, est un des traits les plus curieux du présent écrit, où abondent les surprises heureuses, les vives saillies et les rencontres pittoresques.
Ce qui est plus particulier que tout dans cette histoire anecdotique du duel, c'est le détachement du narrateur qui nous raconte de véritables assassinats, déguisés sous le nom de combats singuliers, sans que sa belle humeur souriante en soit altérée, sans qu'un poil de sa barbe tressaille non plus quun muscle de son visage, tandis que nous sentons, nous, au récit de ces horreurs, nos cheveux se dresser sur notre tête. C'est tout au plus si messire Pierre de Bourdeilles, seigneur de Bran^ tome, a failli s^émouvoir à l'occasion de la mort de M. de La Châtaigneraye, son oncle, tué de la façon que vous savez par Jarnac, le tartufe du champ clos, inventeur du coup perfide qui a immortalisé son nom. Mais le coquin de neveu paraît moins scandalisé par la façon dont Jarnac, cassant le jarret à son adversaire, le fit tomber à ses pieds, que par la dépense meurtrière dans laquelle, abusant de ses privilèges de défendeur, il avait au préalable induit la bourse de l'oncle. Jarnac ruina littéralement La Châtaigneraye en apprêts de bataille avant de l'occire. Il faut lire ces choses-là pour les croire : « // manda à mon oncle, par un de ses cartels, de faire provision de plus de trente sortes d'armes, tant de pied ' que de cheval, jusques à nommer les chevaux, comme cour^ siers, chevaux d'Espagne, turcs, barbes, roussins, voire courtaux harnachés, les uns à la genette, les autres à la Mun^ ioûanc, comme l'on disoit alors, les autres à grandes selles d*armes, et grandes bardes et selles rases, et le tout se faisoit tant pour surprendre son ennemy que pour le mettre en des-