‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 3 sur 143 · DU DUEL V · texte numérisé non relu

DU DUEL V

pancc excessive et luy faire d*autant consummer et diminuer de son bien; de sorte que, si mondict oncle n'eust eu des moyens de soy et ne fust été assisté de ceux de son roy, son bon maistre, qui luy en fournit, et de ses amis, il eust succombé soubs le faiz, ce qui certes estoit un grand abus. Aussy dit mon oncle, lorsque ce cartel lui fut porté : « Jara nac veut combattre mon esprit et ma bourse, »

De nos jours, on mesure les épées avant de les remettre aux mains des combattants; en ce temps-là, pour peu que Con eût affaire à un défendeur du tempérament de Jarnac, il fallait, de part et d*autre, l'égalité des fortunes, avant celle des lames.

Celle-ci n'était même pas de rigueur, comme on le vit dans la rencontre de Quélus et d'Antraguet ou, si vous Vaimez mieux, Charles de Balzac d'Antragues, Quélus, le plus cher des mignons de Henri III, survécut quelques jours à ses blessures, « // se plaignoit fort d'Antraguet, de quoy il avoit la dague plus que luy, qui n'avoit que la seule espée ; aussy, pour parer et destourner les coups que l'autre luy donnoit, il avoit la main toute découpée de playes; et, ainsy qu'ils se voulurent affronter, Quielus dit à Antraguet : « Tu as une « dague, et moy, je n'en ay point, » A quoy répliqua Antraguet : « Tu as donc faict une grande faute de V avoir oubliée « au logis, Icy sommes-nous pour nous battre, et non pour <c poinctilles des armes, » Il y en eut aucuns qui dirent que c'estoit quelque espèce de supercherie d'avoir eu Vadvantage de la dague, s'il n'en avoit esté convenu de n'en porter point, mais la seule espée. Il y a à disputer là, dessus, mais Antraguet disoit n'en avoir esté parlé. D'autres disoient que, par gentillesse chevaleresque, il debvoit quiter la dague. C'est à sçavoir s'il le debvoit. »

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