‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 38 sur 143 · Le roi Philippe VI · texte numérisé non relu

Le roi Philippe VI

faire un bon; et ayant affronté son ennemy, et estant à tirer leur coup, il fit semblant d* avoir peur et de fuyr et tourner dos. Son ennemy, le poursuivant, luy dit en son langage : « Ah! poltron, tu fuys. » L'autre soudain tourne teste, et luy dit : « Tu en as menty. A ceste heure ay-je bonne et juste querelle, et veux débattre ceste-cy : car, quant à Tautre, elle n*estoit pas bonne, ny ne me revenoit ; par quoy je la laisse là, et me veux arrester à ceste-cy desmesler. Sur ce, battons-nous bien. » Je vous laisse k penser s'il n'y a pas de l'abus là.

Un autre grand abus y a-il eu aussy sur les eslections et donnemens d'armes. Il y en eut d'aucuns en Italie autresfois qui ont esté si impudens qu'ayans affaire à leurs ennemys qui estoient borgnes, leur ont présenté une sallade qui bouchoit le bon œil, fust ou gauche ou droict, qu'eust son ennemy; mais cela fut rebuté comme chose par trop impudente; et, toutesfois, les parrains et confîdans de l'autre furent si impudens qu'ils disputèrent ce faict, et le vouloient prouver par raisons ; mais ils le perdirent contant ' ; toutesfois pour ce coup le combat fut différé, et remis à un autre jour. Possible que le gallant presenteur d'armes le faisoit pour ce subject : car, ce disent aucuns encor, c'est tousjours quelque chose que d'allonger sa vie de six ou sept jours, voire d'un an, car on pense que ce jour en amené avecques luy un autre, et qu'on allongera sa vie d'autant, ainsy que dit un des capitaines de Brutus et Cassius, le jour avant que la battaille de Philippes se donnast. Ils estoient

Page 1