I. Ou de d'Ussac
lot DISCOURS
Ledict capitaine Bourdeille eut aussy en Piedmont une querelle contre le capitaine Cobios, gentil et brave soldat gascon, et pourtant grands amys auparadvant. Ils s*appellerent sur le pont du Pau à Turin. La fortune voulut que mon frère blessast Cobios à la main de Tespée, qui lu^ eschappa aussy tost; mais le capitaine Bourdeille pourtant ne \\iy voulut courir sus, ains \uy dit : « Amassez vostre espée. Capitaine Cobios, car je n'ay pas accoustumé de poursuivre mon ennemy sans ses armes. » Cobios luy respondit : a Je ne gaignerois rien. Capitaine Bourdeille, de l'amasser, puisque je suis blessé en la main, et ne me seroit possible la tenir. — Or bien doncques, dit le capitaine Bourdeille, le combat est achevé » ; et le prit et le mena soubs le bras à la ville pour le faire panser, et attendant sa guerison pour se battre; mais monsieur le mareschal^ les accorda.
Bien fut plus grande une courtoisie qui se fit, et tressignalée, entre deux capitaines du Piedmont, lorsqu'il estoit à nous, lesquels s'estoient fort entr'aimés. Ils vinrent avoir question ^, et, s'estans appelles, ils se battirent de telle sorte que l'un blessa l'autre à la mort sans estre blessé, auquel il dit : « Nous avons esté par trop grands amys pour vous tuer. Je vous prie, contentez-vous de ce qui s'est passé, et relevez-vous pour vous aller faire panser. » L'autre l'en remercia tres-courtoisement ; mais il luy dit : « Ce n'est pas tout. Faites-moy la courtoisie entière. Pliez-vous le bras, et portez-le en escharpe pour quelques jours; au