‹ Discours sur les duels de BrantômeChapitre 66 sur 143 · Marie Stuart · texte numérisé non relu

Marie Stuart

2. Montaigot^ chef-lieU de catltoô de l'âri-ondissëtrieilt de Ridm;

ip8 DISCOURS

Leviston luj respondit : « Avant que tu m'en ajes donné un pareil, je t*8uraj bien tué. » L'autre luy répliqua : « Tu ne te veux pas doncques contenter ? Garde-toy de celuylà. » Et il \uy donne un autre coup au costé, en luj disant : « Tu en as prou, s'il me semble, va-t-en faire panser. » Leviston respondit : « Il faut que tu me parachevés, ou que j'aye ta vie. » L'autre répliqua : « Ah ! mort Dieu, tu ne te veux pas doncques contenter, et tu braves encor ? Et tu en mourras donc à bon escient. » Et luy donna deux autres bons coups dans le corps, et le tua à bon escient. Ainsy debvoit-il faire, et fit très-bien, puisque ledict Leviston faisoit tant le brave et ne se vouloit contenter de la courtoisie que l'autre luy presentoit. En quoy il se mettoit pourtant en grand hasard de sa vie, car il ne failloit qu'un meschant coup pour la luy oster ; mais Dieu en cela le favorisa. Et toutesfois et l'un et l'autre firent deux grandes fautes, l'un d'espargner son ennemy, qui bravoit et opiniastroit trop, l'autre de n'avoir accepté la courtoisie ; en quoy pourtant il monstra beaucoup de courage et de valeur, de ne vouloir recevoir ceste obligation de son ennemy. Ainsy se faut-il gouverner envers ces braves qui veulent braver, et n'ont de quoy payer leur homme estans desarmés de leurs armes, ou qui n'en peuvent plus.

La première fois que je fus en Italie, passant par Milan, j'ouys raconter que du temps qu'Antoine de Levé y commandoit pour l'empereur Charles, il y eut un certain comte Claudio, qu'on ne nommoit point autrement par surnom, tant y a qu'il estoit pour lors un tres-renommé et vaillant homme. Par cas, un jour estant à la chasse de Poyseau, et ayant voilé une perdrix, quand il fut à la remise, qui estoit

un lieu fort esgaré, il trouva quatre soldats qui s'estoient desfiés, et avoient choisi pour camp et estaquade un parc de brebis et moutons, dont usent les pastres en là pour y retirer et resserrer leur bestial et pour mieux enfumer leurs terres, ainsy qu'en plusieurs lieux et contrées de nostre France le font aussi. Quel camp clos, voyez, je vous prie, que ces braves gens avoient là choisi.! Le comte Claudio les voyant tous quatre se préparer deux contre deux, et laisser le pourpoint et se mettre en chemise pour se battre, il les prie de ne se battre point pour Tamour de luy, et luy dire leur différend pour les accorder. Eux luy firent response qu'ils n'en feroient rien, mais que s'il en vouloit voir le plaisir et juger des coups, qu'il les vist faire seulement. Le comte dit qu'il n'en feroit rien, et qu'il ne lui seroit jamais reproché qu'en sa présence ils se coupassent la gorge. Là-dessus il met pied à terre et l'espée en la main pour les empescherde leur combat. Eux aussy tost, comme désespérés, vont concerter ensemble, et s'escrient : « Tuons-le, puisqu'il nous veut rompre nostre entreprise, et emprés nous la reprendrons, et nous nous battrons. » De faict, le chargèrent à outrance; mais luy, comme j'ay dict, qui estoit en ces temps l'un des vaillants et déterminés de cest estât, se garde si bien d'eux et les charge si valeureusement qu'il en tue deux; et voulant donner la vie aux deux autres, ne l'acceptent, mais, voulant vanger la mort de leurs compaignons, le chargèrent de plus en plus. Luy se pare et tue le troisiesme ; et, ayant blessé le quatriesme à la mort, il le laisse là et luy donne la vie en luy envoyant un chirurgien qui le pansa si bien qu'il en eschappa, et en fit après le conte, et servit de tesmoing d'un si grand faict d'armes, et ne cella nullement qu'il luy avoit donné la vie, dont il n'en seroit

jamais ingrat, et qu'il luy feroit service où il pourroit. Le comte l'ajma fort despuis et s'en servit, bien fasché, disoit-il, qu'il n'eust pu sauver la vie à ses compaignons.

Aucuns diront sur la vie de ce soldat, très-bien recognue I, que cela est bon pour les soldats simples, mais non pour les gentilshommes. Je ne sçay ; mais j'ay veu des soldats signalés, aussy ou plus curieux de leur honneur, et à le garder, qu'aucuns gentilshommes. En ce combat on y peut beaucoup admirer la valeur et l'heur de ce comte, et j discourir ^beaucoup de choses, et mesmes à' noter que, quand des gens de bien ont bonne envie de se bien battre, ou qu'ils sont une fois aux mains, il n'y a rien qui les fasche plus et désespère tant que quand quelques-uns surviennent qui les veulent séparer ; et bien souvent a-t-on veu arriver tout de mesmes à aucuns ce que je viens de raconter, et s'entre accorder à tuer le séparant, n'estant rien si fascheux à un vaillant et brave homme et offensé que quand on luy ' rompt son coup et son desseing d'armes.

J'en ay Veu en ma vie deux tels exemples : Sainct-Maigrin se battit une fois ainsy par appel aux champs prés Paris contre le segnor Troïle Ursin, brave gentilhomme italien, qui avoit esté noUrry enfant d'honneur du roy Dauphin, qui fut après le roy François II, [et estoit fils de segnor Jourdan Ursin ^ tres-bon et sage capitaine qui fut lieutenant de roy en Corse après M. de Termes. Depuis la mort dudict roy François, il n'avoist esté en France guieres, et pouvoit avoir vingt-cinq ans qu'il en avoit esté tousjours

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