Properce a dit aussi
In magnis et volatsse sat (st.
est-il meilleur aussy qu'un homme ou deux meurent que plusieurs, et qu'en pensant esteindre une querelle, plusieurs s'en renaissent , et en arrivent une infinité d'escandales , comme cela s'est veu, et moy-mesme.
Sur quoy se reigla en Piedmont ce sage capitaine monsieur le prince de Melfe, où estant arrivé, voyant les querelles ordinaires des soldats qu'ils faisoient tous les jours, et les abus, insolences et escandales, meurtres, esclandres, supercheries, estrettes/ et altercatsquis'y commettoient, de sorte qu'on tenoit en proverbe : oc Gardez-vous d'un holà de Piedmont», qu'ils cryoient en demeslant leurs querelles, et, sur cest holà, la supercherie s'y en alloit aussy tost, ou de meurtre, ou de quelque blessure, ou horion sur la teste, il s'advisa de faire là dessus de belles ordonnances, qui du commancement furent un peu rudes à tenir, et mesmes parmy gens desreiglés; mais, après en avoir faict pendre une douzaine, un chascun eut crainte, et fut sage; et fallut se former à l'estatut de mondict sieur prince, et à vuyder sa querelle par appels , et la demesler sur le pont du Pau, lieu qu'il leur avoit destiné exprés pour cela, où ils alloient d'eux-mesmespar leurs appels, ou luy-mesme les y envoyoit après qu'il s'estoit failly à les accorder; et là falloit avoir bon pied, bon œil, autrement tumber du haut du pont en bas, comme il arriva à Rodomont et à Rolland, dans l'Arioste.
Monsieur le mareschal de Brissac , qui vint après luy en ceste charge, en fit de mesmes, et l'imita du tout, où de son temps furent faicts de beaux combats. Voylà comment
t. Estrettes vient peut-être de l'italien stretla, qui signifie : étreinte, et veut dire ici : mésaventures, mauvais tours.
en usoient ces deux grands capitaines. Aussy disoit-on de Piedmont alors une escole de la guerre en toutes façons. Et , par ainsy, vinrent à bout des cerveaux chauds de nos François, lesquels s'attiédirent de ceste façon. Sur quoy je concluray, avecques de grands capitaines, que mieux vaut un petit escandale qu'un grand, et les combats de deux ou trois sont plus politiques que de plusieurs gens ramassés , qui deçà, qui delà, comme de bandoliers ■•
Sainct Louys, Philippes-le-Bel, le roy Louys IX et autres roys deffendirent le combat à outrance, et l'edict y est formel en deux lignes en forme :
Nous deffendons battailU partout , en nostre domaine, en toutes querelles.
Cela ne s'estoit point publié du temps de Charlemaigne et autres roys de France. Advant conclure je diray que beaucoup de bons docteurs duellistes n'ont nullement approuvé les combats à la mazza, comme les combats solemnels, pour force raisons, et pour ceste-cy : d'autant que les combats solemnels se faisoient publiquement en bel espectacle de tout un petit monde , lequel estoit vray tesmoing après de la vertu et vaillance des combattans; mais les combacts faicts dans des déserts, dans des bois , et parmy des buissons aux champs esgarés, ne sont nullement honnorables. Les vertus et valeurs ne s'y font guieres bien paroistre, et demeurent cachées et obscures comme les