LES DETTES DES COLONILES ANGLAISES DE L’'AUSTRALIE
L'édition du Séatesman’s Year Book de 1883 nous donne la statisti-
que suivante des dettes des colonies anglaises de l'Australie.
Cette
Chambre me permettra sans doute de luilire ces chiffres qui sont si instructifs au sujet de la politique de progrès de ces colonies.
Colunie. Population au 31 décembre 1881. Dette au 31 décembre 1881, Nouvelles. Galles du Sud..,,.. 791,265 ..4400 sovo0. course $ 84,620,084 Nouvelle. Zélande.......,,., D34,082..,0 444,000 000 148,295,555 Queens latdi se srsdésosvens. 220008 scie ve «ones :06:025:100 Australie du Jude .ssessoses 288,82dosuaso css oo o 0 000 55,984,000 Tasmania.... ..,.,,,......,. 118,923,.,,,.,.,.,,....... 10,015,000 Victotinussssesessemeneuse 09008 vénove sos ess 119,192,510 Australie Occidentale, .,,..., DR ODiasstoss sus ses 64 2,550 000
Totaissessos. ss 2,862,103 Total......, $469,822,909
ms OA
Ainsi avec une population de 2,862,103 âmes, en 1881, le groupe des colonies anglaises de l'Australie avait une dette collective de $469, 822,909. Qu'est donc le montant collectif de la dette de la confédé ration canadienne, tant fédérale que provinciale, comparé à celui des colonies de l’Australie? Au premier janvier 1883, il ne dépassait pas $225,000,000 pour une population d'au moins 4,500,000 âmes, c’est à-dire qu'il est moins de la moitié pour une population plus de la moitié plus considérable. La dette collective du Canada n’est que de $50 par tête de notre population, tandis que celles des colonies anglaises de l'Australie est de $164 par tête de leur population. Leurs impôts sont quatre fois plus élevés que les nôtres, parce qu'avec une population qui dépasse guère les trois cinquièmes de cell: du Canada, le revenu de ces colonies en 188r a été de $r06,385,635. C'est au delà de deux fois et demie de plus que le revenu collectif, tant fédéral que provincial, de la confédération canadienne, parce que, si au revenu du gouvernement fédéral, pendant l’année 1881-82, on ajoute les recettes de tous les gouvernements provinciaux, déduction faite, bien entendu, des subventions aux provinces, on atteint à peine le montant de $38,000,000,.
Quand je constate que la Nouvelle-Zélande, avec une population de 534.032 âmes, a une dette de $148,295,555, que la colonie de Queensland, avec une de 226, 968, en a une de $56,225, ee Victoria, avec une population de 882,232, une dette de $r12,132 et que je porte ces faits à la connaissance de l'honorable chef de l'opposition et de ses amis, je me demande s'ils auront encore le triste courage de soutenir sérieusement qu’il y a raison de s’alarmer parce que la province de Québec a une dette nette d'à peu près onze millions de piastres en sus de sa responsabilité dans les obligations du gouvernement fédéral ?
Que l’on cesse donc ce déplorable système de toujours remplir Pair de craintes vagues, ridicules, absurdes. Qne lon cesse donc enfin d’ahurir le peuple avec ces extravagantes prédictions de ruine, de malheurs, de désastres. C'est inutile, parfaitement inutile, et après une pénible expérience de quarante années, les semeurs d’épouvantes qu’ils ne partagent pas et dont ils sont probablement les premiers à se rire, devraient, il me semble, le comprendre. Le bon sens populaire se révolte contre ces exagérations, et il sait en faire une sévère justice. Réussit-on à le surprendre un instant, comme en 1873, comme au premier mai 1878, il se recueille vite et il punit sans merci ceux qui se sont bercés de l’espoir de le tromper impunément,
Re
Ces colonies de l'Australie, tant endettées, se sont-elles appauvries pour cela ? C’est tout le contraire qui est vrai. Et pourquoi? Pour la raison bien simple que cs nombreux millions qu’elles ont empruntés en en répartissant avec habileté la responsabilité sur plusieurs généra. tions, qui profiteront des bienfaits de la vigoureuse politique de leurs ancètres, clles les ont appliqués à de grands travaux d'utilité publique. Elles ont construit des chemins de fer, creusé des havres, des canaux et des bassins. Aussi leur cominerce extérieur est-il comparativement énorme et augmente-t-il rapidement, De $442,995,010 qu'était la valeur collective de leurs exportations et de leurs importations en 1876. elle était de $509,551,115 en 188r : une augmentation de $66.556,10$ en cinq ans. De 2,435,220 âmes qu'était leur population en 1876, elle s'élevait à 2,862,103 en 1881 : une augmentation de 426,883 en cinq ans, de 1812 pour cent pendant ces cinq ans ou de 37 pour cent pendant une décade.
Pourquoi les mêmes causes ne produiraient-eiles pas les mêmes effets dans notre province ? Pourquoi les capitaux et le travail seraient-ils improductifs chez nous ? Pourquoi des voies de communication plus nombreuses, plus rapides, plus sûres, ne favoriseraient-elles pas le développement du commerce et de l'industrie en facilitant l:s échanges et en stimulant la production par les besoins nouveaux de la ccnsommation ? Pourquoi les horizons intellectuels ne s'agrandiraient-ils pas par ja circulation active des idées, par ce puissant moyen de civilisation, la presse, —lorsqu’elle est appliquée au bien—dont la vapeur transporte quotidiennement les journaux jasqu’aux extrémités de la province ? Pourquoi le courage public, l'énergie de la nation, l'esprit d’entreprise, l'amour du progrès, les sacrifices féconds, la confiance du peuple en lui-même, sa foi en ses destinées, les patriotiques efforts, les généreuses aspirations, les grands travaux seraient-ils plus stériles chez nous que dans les autres pays ? Pourquoi seraient-ils moins recompensés par le succès ici qu'ailleurs ? Oui, nous les avons déjà ces magnifiques résultats, et l'avenir nous en promet encore de plus cemplets, de plus encousigeants. Il suffit d'ouvrir les yenx, de regarder autour de soi, d'observér ce qui se passe, pour s’en convaincre et s’en réjouir, et je n'hésite pas à dire que ceux qui ne les voient point sont d:# aveugles volontaires.
sera ANT