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7 08" us QUELLES SONT NOS DÉPENSES CONTRÔLABLES.
De tout ce que j'ai lu et entendu au sujet de nos finances provinciales, et notamment du discours de l'honorable chef de l'opposition sur le budget, je me suis convaincu que bien des personnes font gravernent erreur quant au contrôle qui peut être exercé sur les dépenses de la province. On parle souvent de dépenses contrôlables et de dépenses non-contrôlables. Ce sont deux termes dont il est facile d’abuser et au sujet desquels il est aisé de se faire de fausses notions.
Je dis que dans un sens toutes nos dépenses sont contrôlables et que dans un autre elles sont presque toutes non-contrôlables. Elles sont contrôlables en ce sens qu'il est du devoir de l'Exécutif d'en surveiller Pemploi, de voir que les sommes que la Législature l’autorise à débourser pour le service public soient mises à profit, qu’elles soient appliquées le plus utilement possible pour les fins auxquelles elles sont destinées. Pour la plupart des chapitres du budget des dépenses le contrôle du gouvernement, et je dirai même de cette Chambre, ne peut aller plus loin. C’est quant au montant à être payé pour tel où tel service que ces dépenses échappent pour ainsi dire au contrôle, qu’elles ne sont point contrôlables. Je veux exprimer ma pensée aussi clairement que je la conçois. Je prendrai en premier lieu le chapitre des dépenses de la colonisation. Sans doute que aous, les députés du peuple, après les ministres, ses gouvernants directs, nous pouvons fixer le montant du crédit de la colonisation que ces derniers nous demandent au nom du représentant de la Couronne dont ils sont les conseillers responsables, et que nous, les députés, nous votons en exerçant l’un de nos droits parlementaires les plus sacrés. Mais tous ensemble nous ne pouvons pas opérer le prodige de faire autant pour la colonisation avec cinquante mille piastres qu'avec cent mille, avec dix mille qu'avec deux cent mille. Ce ne serait point à proprement parler contrôler les dépenses de la colonisation que de diminuer la somme destinée à ce service ; ce serait tout simplement le réduire, c’est-à-dire prendre la décision de faire moins de colonisation, comme décider d’en faire plus que d'augmenter le crédit. Que ce crédit soit de cent mille ou de vingt mille piastres, l'Exécutif est également obligé d’en faire, pour la colonisation, l'emploi le plus judicieux, le plus sage, le plus économique, le plus utile. C'est à qu'est le contrôle véritable, Raisonnablement, ce ne serait pas diminuer les dépenses, ce ne serait pas économiser que de réduire le crédit de la colonisation, comme ce ne serait pas réellement accroître les frais du
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gouvernement que de l’augmenter. Le réduire c’est diminuer l’efficacité d’un des plus puissants moyens du progrès dans la province ; l'augmenter, c'est développer ce progrès.
Il en est de même pour le crédit de l’agriculture. Le gouvernement doit voir que la somme que la Chambre met à sa disposition pour travailler à l'avancement agricole soit judicieusement et économiquement employée. Mais la réduire ou l’augmenter, ce n’est pas à vrai dire la contrôler ; comme pour la colonisation, c’est adopter la politique de faire plus ou moins pour le progrès de l’agriculture.
C'est le même cas pour l'instruction publique. Il est toujours du devoir de l'Exécutif de contrôler l'emploi des crédits votés pour instruire la jeunesse, pour développer son intelligence et former son cœur, afin qu'ils ne soient pas en partie perdus. Le contrôle véritable ne saurait aller plus loin. Retrancher des crédits ou y ajouter, encore une fois, c’est vouloir faire plus ou moins pour la grande cause de l'éducation.
Je n'ai pas besoin de dire que mon argument s'applique encore avec plus de force au crédit pour l'intérêt, l'amortissement et les frais d’administration de la dette publique. Cette Législature peut bien décider d'emprunter plus ou moins pour les travaux d'intérêt général, mais quand elle a fait tel emprunt, elle ne saurait augmenter ou diminuer à son gré la charge annuelle qu’il entraine.
L'honorable chef de l'opposition a choisi spécialement quatre chapitres de dépenses qu'il considère les plus contrôlables ; ce sont ceux de la législation, du gouvernement civil, de la justice, des charités et asiles, Son opinion est assez juste quant aux trois premiers de ces chapitres, bien que le contrôle ne doive pas aller, dans un but mal entendu d'économie, jusqu’au point de nuire à l'efficacité du service public ni à la bonne et vigoureuse administration de la justice. Mais quant at quatrième, il nv’est impossible de partager l'opinion de l'honorable député de St. Hyacinthe. Dans le sens que j'ai indiqué, le crédit des charités et asiles n’est certainement pas contrôlable. C'est le devoir du gouvernement, pour la protection de la société, de pourvoir à la garde des aliénés, et c’est celui de cette Chambre de mettre à sa disposition, dans ce but, les sommes nécessaires. IL n'entre pas dans les attributions ni dans les limites du pouvoir du gouvernement de fixer quel nombre d’aliénés il y aura dans la province. C'est 1à l’œuvre de la Providence, et on serait bien en peine de dire comment un pouvoir humain pourrait
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intervenir dans ses desseins, La tâche de l'Exécutif nc dépasse pas l'obligation qu'il a de contrôler l'emploi économique et utile Ge l'argent voté pour la garde et l'entretien des malheureux privés de la raison Leur nombre échappe à son contrôle, et il est incontestablement dans l'impossibilité de le limiter.
Comment cette Chambre et le ministère peuvent-ils contrôler la dépense des subventions annuelles que nous donnons aux institutions de charité, autrement qu’en diminuant ces subventions. Les réduire, ce ne serait pas, à proprement parler, faire une économie, ce serait refuser aux vieillards, aux malades, aux infirmes et aux orphelins sans ressources une partie des secours que nous avions l'habitude de leur donner.
Je conclus donc que, dans un sens, peu de nos dépenses provinciales sont réellement contrôlables. On ne pourrait pas les diminuer sans nuire beaucoup à de grands intérêts publics, comme ceux, par exemple, de l'éducation, de l'agriculture et de la colonisation. Qu'il soit possible de faire dans notre budget certaines économies, je le crois, et je suis convaincu de la détermination et de la ferme volonté du gouvernement de les opérer. Maïs que l’on puisse largement tailler dans ce budzet, après tout si peu considérable puisqu'il n’atteint pas trois millions de piastres annuellement, sans nuire aux intérêts les plus vitaux et les plus
l essentiels &e la province, c’est une chimère de le penser. J’ajouterai ji que c'est une grande faute que d'essayer de le faire croire au peupie, {il pour le préjuger contre les hommes qui ont la responsabilité d'admi- (il nistrer ses affaires avec intelligence et avec cet esprit de suite indispen-
sable à tout bon système de gouvernement.
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