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poser à la réplique que je dois lui donner avec toute la vigueur dont je suis capable. Il l’a voulu, témérairement voulu, et il n'aura qu’à s’en prendre à lui-même si, une deuxième fois, je le place devant cette Chambre et devant la province dans l’humiliante position d’un homme qui, au mépris de l'obligation sacrée qu'il avait contractée, a failli à son devoir dans une circonstance solennelle.
Quand, en ma qualité de député du peuple, de représentant de l’une des divisions électorales de cette province, dans ma position de membre de cette honorable Chambre, j'ai été appelé à me prononcer sur cette très importante question de la vente du chemin de fer du nord, je l'ai fait courageusement et sincèrement par mes paroles et par mon vote. J'ai étudié la question le plus sérieusement possible ; j'y ai réfléchi longuement ; j'ai lu et comparé la statistique des chemins de fer de presque tous les pays du monde. J'ai voulu me renseigner avec soin sur la politique des chemins de fer des nations qui ont le plus d’expérience dans les affaires, sans regarder aux longues heures de recherches que ce travail m'imposait. A la lumière de tous ces renseignementss de ces études, de ces réflexions, j'ai formé mon opinion, et avec une aussi sincère conviction j'ai suivi fermement la ligne droite du devoir, acceptant avec courage la responsabilité que j’assumais, et sans penser aux sacrifices que cet acte m’imposait en m'obligeant de briser une carrière à laquelle j'étais bien attaché pour l'avoir suivie pendant plusieurs arnées et y avoir consacré bien de longues veilles. J'ai fait ce que j'ai cru devoir faire et, s’il y avait lieu, je le referais avec encore plus d'énergie, parce qu'aujourd'hui, après l'expérience des dix derniers mois, je suis plus que jamais profondément certain qu’en décidant de vendre le chemin de fer du nord, l’année dernière, nous avons rendu
un immense service à la province, Il n’est pas nécessaire, pour prouver mon assertion, que je recommence la démonstration que je faisais le trois avril dernier dans cette enceinte, et qui, on me permettra de le dire avec une satisfaction bien légitime, est jusqu’à présent restée sans
réponse sérieuse. Cependant, avant que je mette directement en cause lPhonorable chef de l'opposition, il est important que je soumette à la considération de Ines honorables collègues certains événements arrivés depuis l'année dernière, et qui ont pleinement justifié les prévisions que, pour un, j'ai exprimées devant cette Chambre. Je ferai aussi quelques nouveaux calculs pour prouver les avantages financiers que nous avons assurés à la province en vendant ce chemin de fer, et en débarrassant son trésor de la lourde obligation de l’exploiter et d’en parachever les travaux.
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QUELLE SERAIT AUJOURD'HUI LA SITUATION DU CHEMIN DU NORD S'IL ÉTAIT ENCORE LA PROPRIÉTÉ DE LA PROVINCE.
J'ai démontré, l’année dernière, que sans le trafic de l'ouest nous ne pouvions pas espérer faire du chemin de fer du nord une entreprise payante. Je concluais en prédisant que si nous ne vendions pas alors le chémin aux conditions satisfaisantes et avantageuses qui avaient été obtenues après de longues négociations, une ligne rivale serait très pro chainement construite entre Montréal et Ottawa, et que la conséquence serait la ruine de l’avenir commercial de notre chemin. Je ne pensais pas alors que les faits me donneraient si tôt parfaitement raison. Il y avait à peine quatre mois que le chemin était vendu qu’une magnifique voie ferrée était livrée à l'exploitation entre Montréal et Ottawa, ligne rivale du chemin du nord. Cette nouvelle ligne est contrôlée par le Grand-Tronc qui fait une très active compétition à la compagnie du Pacifique pour le trafic entre Montréal et la capitale du Canada.
Quelle sérait la situation si la pravince avait encore la propriété du chemin du nord ? Il est bien facile de s’en rendre compte. Si cette Chambre avait rejeté le centrat de vente fait avec la compagnie du che-
min de fer canadien du Pacifique pour la partie ouest, en déclarant, comme plusieurs personnes n'ont cessé de le répéter, que le prix offert ne représentait pas plus de la moitié de la valeur commerciale du chemin —ce qui aurait été dire au pays et aux capitalistes qu’elle ne consentirait pas à le vendre à moins du double,—la compagnie du Pacifique aurait certainement décidé de construire sans délai une autre ligne entre Ottawa et Montréal pour atteindre le fleuve St Laurent. Se faiton l'illusion de croire que, pour attendre notre retour à des idées plus saines et plus raisonnables en fait de chemins de fer—parce qu'il est absolument impossible de supposer un seul instant awelle eut consenti à nous donner huit, ni sept, ni même six millions pour la partie ouest—la compagnie du Pacifique se fut, pendant plusieurs années, résignée au très grave inconvénient de ne pas avoir sa ligne en communication directe avec la navigation au moins au port de Montréal ? S'imagine-t-on que cette compagnie qui, dès le commencement de l’année dernière, avait décidé de pousser avec la plus grande activité les travaux de son chemin au nord du lac Supérieur, aurait retardé d’un seul mois la construction d’une ligne ertre Ottawa et Montréal, ligne dont elle a un si grand besoin pour le transport des immenses maté-