‹ Discours sur les finances de la province de Québec [microforme]Chapitre 41 sur 48 · S'IL · texte numérisé non relu

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riaux nécessaires aux vastes opérations qu’elle fait à l’est et surtout à l’ouest de la station Calander ? S'arrêter même une minute à une semblable idée, c’est évidemment mettre de côté les premières notions des affaires de chemins de fer.

Repoussée par cette Chambre, avertie par la députation qu’elle ne pouvait pas espérer acheter la partie ouest du chemin provincial pour moins du double du prix qu'après bien des hésitations elle avait enfin consenti à donner, la puissante compagnie du Pacifique aurait vite tranché la difficulté en nous laissant à nos prétentions exorbitantes, et en se construisant une ligne indépendante entre Montréal et Ottawa. Et quelle aurait été la position de la province avec son chemin de fer. En noins de deux ans la compagnie du Pacifique, avec les grandes ressources financières dont elle dispose, aurait complété cette ligne rivale de la nôtre. La ligne du Canada et de l'Atlantique, entre Ottawa et Montréal, contrôlée par le Grand-Tronc, aurait été pareillement parachevée. De sorte que nous aurions bientôt eu deux lignes rivales de la nôtre, l’une possédée et l’autre contrôlée par les deux plus puissantes et plus riches compagnies de chemins de fer du pays. Pour toujours privé de la moindre participation au trafic du nord-ouest canadien et de l’ouest américain, à jamais réduit à l’exploitation de son trafic local, je le demande à tout homme sérieux, que serait devenu notre chemin de fer du nord? Qu’aurait-il valu ainsi placé dans cette position ruineuse? Ces huit millions que l’on aurait cru pouvoir obtenir pour la moitié du chemin, on ne les aurait jamais eus. Bien plus, nous n’aurions pas même pu retrouver jamais les quatre millions que nous aurions commis la faute irréparable de refuser, en ne comprenant pas qu'ils étaient un prix assez éievé, et qu’en réalité ils représentaient la valeur commerciale d’un chemin qui ne pouvait recevoir son trafic le plus rémunérateur que de la compagnie même qui l’achetait à ce prix.

Ayant prévu avec autant de justesse et de certitude les conséquences immédiates, inévitables et ruineuses du rejet des contrats de vente faits l’année dernière, je le répète énergiquement, la majorité de cette Chambre a rendu un immense service à la province en les approuvant.

Mais on s'empare d’un événement récent, celui des arrangements entre la compagnie du chemin de la rive nord et la compagnie du Grand-Tronc par lesquels cette dernière à obtenu le contrôle de la partie est, bien que la première continue toujours d'exister, pour soutenir que l’on a eu raison de s’opposer à la vente du chemin. En quoi cet événement change:t-il la situation ? En rien du tout. Absolument

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rien, Parce que le Grand-Tronc a obtenu le contrôle de la partie est à des conditions que personne ne connaît et qu'ignorent même ceux qui en parlent le plus, il n’en est pas moins vrai que si le chemin de nord n'avait pas été vendu il aurait été ruiné par la concurrence victo. rieuse des deux lignes rivales qui auraient été contruites entre Ottawa et Montréal, et que nous n’aurions jamais retrouvé les huit millions que nous avons obtenus, et que nous aurions perdus en nous berçant de chimériques espérances.

Je ne saurais trop insister sur le point que notre chemin provincial ne pouvait être une entreprise commerciale payante, rémunératrice, qu’en autant qu'il deviendrait le prolongement soit du Grand-Tronc soit du chemin du Pacifique. On sait fort bien que c’est avec la conviction que le chemin du nord serait tôt ou tard réuni à ce dermer que la province s’est décidée à le construire. C'est l’espérance de pouvoir compter sur le trafic de l’ouest qui nous a permis de donner à la population de la rive nord entre Québec et Ottawa le chemin de fer qui lui est si avantageux. Les événements ont un peu modifié la situation, et le chemin provincial est pour une partie réuni au chemin du Pacifique et pour l’autre contrôlé par le Grand-Tronc. Mais il n’en reste pas moins vrai que sans le trafic que l’une et l’autre de ces deux grandes compagnies pourront lui fournir, le chemin du nord ne paierait jamais l'intérêt du capital qu’il a coûté.

Dans tout projet de vente soit au chemin du Pacifique soit au Grand- Tronc, la province se se-ait toujours trouvée en présence de deux compagnies qui auraient pu répondre à ses exigences par l'argument péremptoire qu’on ne devait pas leur demander de payer un certain prix en considération de la valeur que le trafic qu’elles pourraient fournir au chemin lui donnait.

Je ne conçois pas l’étonnement que l’on affecte au sujet du contrôle que le Grand-Tronc a obtenu sur la partie est du chemin du nord. Le Grand-Tronc a fait des arrangements semblables avec plusieurs compagnies dans la province d’Ontario et dans les Etats-Unis, et je ne sache pas qu’il en soit résulté des cataclysmes. On a évidemment oublié bien des opinions émises, l’année dernière, au sujet de la vente du chemin de fer du nord. Une courte revue historique de cette entreprise est à propos et je crois devoir la faire, Personne n’ignore que le chemin du nord a été commencé par deux compagnies que cette Législature avait constituées et libéralement subventionnées. Tout le monde eut préféré que ces compagnies eussent pu le construire. Il n’y a que lorsque tout

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espoir de leur succès a été détruit que l'opinion de la députation et de la province s’est ralliée à la politique de la construction du chemin par le gouvernement. L'opposition dans cette Chambre, guidée par son chef, alors l'honorable député de Lotbinière, a cependant.persisté à condamner l'exécution de l’entreprise aux frais du trésor provincial.

Si, comme tout le monde l’eut désiré et préféré, le chemin de fer du nord avait été construit par les anciennes compagnies, est-ce qu’elles n'auraient pas eu le droit de le vendre au Grand-Tronc, si elles l’eussent voulu ? La position aurait donc été absolument la même,

Tous mes honorables collègues se rappellent sans doute que les préférences de Y’honorable chef de l'opposition (M. Joly), parlant l’année dernière au nom de ses amis, étaient en faveur du syndicat Allan-Rivard. Je suppose que son opinion eut prévalu et que ie chemin eut été vendu à ce syndicat. Cette compagnie—car il aurait fallu constituer le syndicat en corporation—n’aurait-elle pas eu le’ droit de vendre au Grand- Tronc la ligne qu’elle aurait achetée de la province. Il y aurait eu cette très grande différence qu’au lieu de la partie est, le syndicat Allan. Rivard aurait pu vendre tout le chemin de Québec à Ottawa au Grand- Tronc. Que n'auraient pas dû dire de la vente de toute la ligne au Grand-Tronc, ceux qui, bien à tort, comme je le prouverai facilement, s'alarment de la vente de la partie est à cette compagnie ? Pense-t-on que le syndicat Allan-Rivard, obligé de soutenir la concurrence ruineuse de deux compagnies rivales entre Ottawa et Montréal, et très probablement avant peu d’une ligne sur la rive sud du St. Laurent entre Montréal et Québec, aurait hésité à vendre tout le chemin de Québec à Ottawa au Grand-Tronc pour échapper au désastre imminent dont il aurait été menacé? Il lui aurait bien resté la ressource de se déclarer incapable de remplir les conditions de l’achat, parce qu'il avait eu le soin de ne faire en premier lieu qu'une offre de louage, et de prier le gouvernement de reprendre la propriété du chemin. Mais qu'est-ce que la province aurait fait de ce chemin, placé dans les conditions que j'ai expliquées ? Elle eut été obligée de l’exploiter sans profit et même à perte, ou de le vendre elle-même au Grand-Tronc au prix qu'il aurait plu à ce dernier de lui payer.

Une autre opinion a été exprimée dans cette Chambre l’année dernière. L’honorable député de Hochelaga (M. Beaubien), qui était enchanté de la vente de la partie ouest à la compagnie du Pacifique, qui l’appuyait de sa parole et de son vote, voulait que l’on temporisât au sujet de la vente de la partie est. Je parlerai dans un instant de la

perte annuelle que cette politique de temporisation aurait causé à la province. Si la Chambre avait partagé les vues de l'honorable député de Hochelaga, on aurait temporisé pour attendre le jour où il aurait plu à la compagnie du Pacifique de faire au gouvernement une offre pour la partie est. Pour négocier les conditions de la vente à cette compagnie, dans quelle position le gouvernement se serait-il trouvé? Evidemment à la merci de la compagnie du Pacifique, parce que la Chambre, conformément à la proposition de l'honorable député de Hochelaga, lui aurait fait une obligation de ne vendre à nulle autre compagnie. Je ie demande à tout homme de bon sens, la compagnie du Pacifique n’aurait-elle pas pu dire au gouvernement ?—la Législature est convaincue que pour bien servir les intérêts commerciaux de la province la partie est du chemin du nord doit étre le prolongement de ma grande ligne entre Montréal et l'océan Pacifique. Elle ne veut pas que vous vendiez à d’autres. Donc puisqu'il est si important pour votre province que j'achète votre chemin de Québeë à Montréal, vous ne pouvez pas raisonnablement me demander un prix plus élevé que je ne crois devoir vous offrir sachant que sans mon trafic votre ligne a peu de valeur commerciale.—Mais comme je le prouverai dans un instant, chaque année de temporisation eut fait perdre une somme considérable à la province, perte qu’elle n'aurait pu recouvrer qu’en vendant la partie est du chemin un prix aussi élevé que les quatre millions obtenus l’année dernière plus le montant complet de toutes les pertes annuelles encourues en temporisant. Mais dans deux, dans quatre, dans six ans, la compagnie du Pacifique aurait toujours eu à opposer au gouvernement l'argument que je viens de donner et auquel il aurait été impossible de répondre. Pendant cette temporisation, il aurait fallu dépenser un million de piastres pour parachever les travaux du chemin. C'était donc une espérance tout à fait chimérique que celle qu’une politique de temporisation aurait conduit à une vente pour plus de quatre millions. Cette espérance était d’autant plus chimérique que l’on voulait que la Chambre déclarât ne vouloir vendre la partie est qu’à la compagnie du Pacifique, qui aurait dominé la situation du moment qu’on lui eut donné cette information.

De plus, qui nous dit que les compagnies du Grand-Tronc et du Pacifique seront longtemps rivales ? La rumeur n’at-elle pas déjà circulé qu'une fusion des deux compagnies était fort possible ? Peut-on affirmer d'avance quelles seront les combinaisons futures de ces immenses intérêts engagés dans la construction et dans l'exploitation des grandes

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lignes de chemins de fer, Le Grand-Tronc et le Grand-Occidental (Great Western, d'Ontario) ont lutté pendant des-années et des années. Les deux compagnies ont fini par comprendre qu’au lieu de se combattre il valait mieux s'unir, et elles se sont fusionnées. Elles n’en forment plus qu’une seule. Qui vous assure qu’il n’en sera pas ainsi du Grand-Tronc et du Pacifique ?

Je sais qu'il a existé dans cette province et dans cette enceinte de

fortes préventions contre la compagnie du Grand-Tronc. Ces préven-

tions, je le reconnais, n'étaient que trop fondées. Pourquoi ? Parce que le Grand-Tronc y avait donné lieu par l’opposition qu'il faisait à des entreprises que nous considérions avec raison comme nationales. Je crois sincèrement, comme je l'ai toujours cru, qu'il aurait été dans l'intérêt direct du Gran’-Tronc de favoriser le succès de ces entreprises, parce qu’il n'existe ras dans tout le Canada une @mpagnie qui puisse plus profiter des progrès du pays. Mais il jugeait différemment, et il combattait ce que, dans mon opinion, il aurait dû aider.

Si le Grand-Tronc, au lieu de s'opposer à la construction du chemin de fer du nord, eut offert de s'en charger moyennant les subventions accordées aux anciennes compagnies, n’aurait-on pas accepté sa proposition avec empressement ? On aurait sans doute bien fait. Qu'y a-t-il donc aujourd’hui de si alarmant dans le fait que le Grand-Tronc s’est assuré le contrôle du chemin entre Québec et Montréal en devenant actionnaire dans la compagnie du chemin de la rive nord ? On dit que par cette transaction Québec se trouve privé de sa part du commerce de l’ouest, et que la compagnie du Pacifique a perdu toute possibilité d'accès à notre ville. Non, non, je ne puis point partager des craintes aussi puériles. Québec aura tout le commerce de l’ouest que l’esprit d'entreprise et l’énergie de ses marchands pourront lui obtenir. Quant à la compagnie du Pacifique, je n'ai pas l'ombre d’un doute que plus tard, quand sa ligne au nord du lac Supérieur sera construite, il lui faudra prolonger soi cheinin jusqu’à Québec. Mais je sais aussi parfaitement bien que la compagnie du Pacifique prolongera sa ligne jusqu’au port de Québec quand elle le voudra, que rien ne pourra l'en empêcher. S'imagine-t-on qu'il sera bien difficile à cette compagnie, lorsqu'elle aura construit sa ligne principale jusque sur les rives du Pacifique avec plusieurs milliers de milles de lignes d’embranchement dans le Nord-Ouest, de construire les quelques mill®s nécessaires pour prolonger son grand chemin intercontinental jusqu’au port de Québec ? Ce.sera pour elle la tâche la plus facile,

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Si les compagnies du Grand-Tronc et du Pacifique ne se fusionnent pas, ne s’amalgament pas, je le répète, je n’ai pas l'ombre d’un doute que dans quelques annéès ces deux compagnies auront accès au port de Québec par deux lignes indépendantes. Il sera certainement beaucoup plus avantageux pour notre ville d’être véritablement le point terminal de deux grandes lignes que d’une seule, de deux grands réseaux de chemins de fer que d’un seul. Par la ligne du Pacifique nous serons en communication directe avec le nord-ouest canadien, et avec le nordouest américain au moyen de l’embranchement du Sault Sainte Marie, construit par la compagnie du Pacifique. Par la ligne du Grand-Tronc, Québec sera en communication directe avec Toronto, Détroit, Chicago, Milwaukee, c’est-à-dire avec toute la province d'Ontario et avec tout l’ouest américain dont Chicago est le principal centre d’affaires. J'ai plus que jamuis confiance dans l'avenir de notre bonne cité de Québec, parce que je suis convaincu que le grand travail qui s’accomplit pour couvrir notre pays des plus favorables moyens de communications est l’une des plus sûres garanties de sa prospérité.

Pour le moment et en attendant que les travaux du chemin de fer du Pacifique soient terminés et la ligne livrée à l'exploitation, le contrôle du chemin de la rive nord par le Grand-Tronc assure à Québec des avantages que l’on ne peut nier. Dans quelques mois il y aura raccordement entre le chemin du nord et le Grand-Tronc au moyen de la ligne de ceinture en arrière de la montagne à Montréal. Nos relations commerciales avec Ontario et Chicagn seront “ien plus faciles. Il est certain qu’elles se développeront.

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