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Discours sur les passions de l'amour attribué à Pascal, avec un commentaire de Émile Faguet

On connaît actuellement deux manuscrits du Discours sur les Passions de V Amour.

L'un qui est catalogué à la Bibliothèque Nationale, 19303, provient de Tabbaye de Saint- Germain et il avait été légué aux moines de cette abbaye par Louis Potier, cardinal de Gesvres, avec toute sa bibliothèque. Il fait donc partie de ce qu'on appelle le fonds de Saint-Germain de Gesvres. Il porte au-dessous du titre cette mention : « On Vattribue à M. Pascal. » A la table (car avec le Discours sur les Passions de V Amour le volume manuscrit du fonds Saint-Germain de Gesvres contient d'autres pièces) on lit : « Discours sur les Passions de Z'^mowr, par M. Pascal. »

L"* autre manuscrit qui dormait ignoré dans un coin des rayons de la Bibliothèque Natio-

nale, a été remarqué vers 1860 et tiré de l'oubli. Il est catalogué 4015. On en ignore la provenance. L'écriture est du xvir siècle. Il ne porte aucun nom d'auteur.

La plupart des critiques ont pensé que le Discours est de Pascal conformément à l'attribution du manuscrit du fonds de Saint- Germain de Gesvres et ont raisonné ainsi : 1° D'abord c'est quelque chose que cette attribution en elle-même et elle ne démontre que ceci que dans le groupe auquel appartenait le copiste le traité passait pour être de Pascal ; mais encore elle démontre cela ; — 2° ensuite, « au sujet d'un écrit de cette nature l'expression du doute delà part des amis de Pascal, équivaut à un aveu ; qui donc, parmi les personnes attachées à Port-Royal ou à la famille Périer et qui conservaient les traditions de la petite église ; qui donc se fût avisé de dire ou de laisser croire qu'un discours sur \ Amour fût de Pascal, s'il y avait eu le moyen de dire le contraire (Havet) » ; «quel est le janséniste qui se serait soucié de le copier et de le conserver, ou qui se serait amusé à faire un pastiche de Pascal sur cette matière de l'amour ? (Brunswigg). »

M. Victor Giraud a parfaitement démontré que ce dernier argument (tout le â*') n'a pas de valeur, la mention « attribuée à Pascal » et la mention « par M. Pascal » ne provenant pas des bénédictins de Saint-Germain, mais simplement du copiste anonyme, puisque les bénédictins ont reçu ce manuscrit de la main des héritiers du cardinal de Gesvres et se sont contentés de le mettre dans leur bibliothèque. Rien absolument ne prouve, ni même n'indique,que ce manuscrit provienne d'un groupe janséniste ou d'un janséniste ; il provient on ne sait d'où.

Il ne reste que cet argument (i'J qu'il y a eu un groupe où cet écrit passait pour être de M. Pascal, ce qui est de peu de conséquence.

Or, ceci n'étant pas prouvé que le Discours soit de Pascal, est-il vraisemblable qu'il soit de lui ? Non ; car on en aurait parlé, et comme étant de M. Pascal, depuis le milieu du xvii^ siècle jusqu^au moment où Victor Cousin l'a découvert. Or jusqu'à ce moment personne au monde n'en a parlé ; tout le monde l'a profondément ignoré ; et cela est au moins un peu étrange.

Non encore, il n'est pas vraisemblable que

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