LUI
Les poètes n'ont donc pas eu raison de nous dépeindre l'amour comme un aveugle ; il faut lui ôter son bandeau et lui rendre désormais la jouissance de ses yeux.
Les poètes ont eu parfaitement raison de nous peindre l'amour comme un aveugle, puisque l'amour est une passion et puisque toutes les passions manquent assurément de perspicacité. S'ils ont particulièrement représenté comme aveugle la passion de l'amour c'est qu'elle l'est un peu plus qu'une autre et plus incontestablement, plus manifestement qu'une autre. L'amour est presque aussi aveugle et aveuglant que l'amour-propre. L'amour-propre a sans doute trouvé le moyen d'être encore plus trompeur que l'autre, mais non pas beaucoup plus.
Tout le monde connaît, mais il n'est ni inutile ni désagréable de rappeler le fameux cou-
plet de Lucrèce sur les illusions de Tamour : « Que font les hommes dans raveuglement de leur passion ? Ils attribuent à l'objet de leur amour des mérites qu'il n'a pas. Aussi voyonsnous partout des femmes méchantes et laides qui sont adorées et traitées avec les suprêmes honneurs... Pour les amoureux un teint noir a la couleur du miel ; une personne malpropre et puante est une beauté sans fard ; les yeux verdàtres sont les yeux de Pallas ; une femme toute de cordes et de bois est une gazelle ; une naine, un avorton est une grâce ou un grain de sel ; une colosse est pleine de majesté ; la bègue zézaie ; la muette est discrète ; la querelleuse, la mégère est pleine de vivacité ; l'étique est de maigreur amoureuse ; la poitrinaire est délicate ; Tadipeuse est une Gérés qui vient de donner le sein à Bacchus ; la camuse est fille de Silène ou sœur des Satyres ; celle qui a de grosses lèvres est un baiser. »
Et Ton connaît la jolie traduction libre de Molière :
Dans les objets aimés tout leur devient aimable; Ils comptent les défauts pour des perfections Et savent leur donner de favorables noms. La pâle est au jasmin en blancheur comparable; La noire à faire peur une brune adorable ;
La maigre a de la taille et de la liberté ;
La grasse est dans son port pleine de majesté ;
La malpropre sur soi, de peu d'attraits chargée,
Est mise sous le nom de beauté négligée ;
La géante paraît une déesse aux yeux;
La naine un abrégé des merveilles des cieux;
L'orgueilleuse a le cœur digne d'une couronne ;
La fourbe a de l'esprit; la sotte est toute bonne ;
La trop grande parleuse est d'agréable humeur;
Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême
Aime jusqu'aux défauts de la beauté qu'il aime.
Oui Tamour trompe presque autant que l'amour-propre. Chacun sait bien q\ïo?i ne se voit pas, qu'on se voit tout différent de ce qu'on est. 11 en est exactement de même en amour. J'ai vu une femme dont le mari avait le nez extrêmement retroussé, assurer avec la dernière candeur qu il l'avait parfaitement droit. C'est pure et simple altération de la faculté de voir et de juger.
Mais alors pourquoi les poètes ont-ils attribué à l'amour et non à l'amour-propre cette infirmité d'aveuglement. Parce qu'il parait naturel de ne pas se voir soi-même et bizarre et ridicule de ne pas voir les autres. « Lynx envers nos pareils et taupes envers nous » paraît la condition humaine elle-même, nécessaire, du
reste, pour que l'instinct de conservation subsiste ; mais,quaad il s'agit des autres, la cécité paraît étrange et les hommes ont exprimé cet étonnement par la fable de l'amour aveugle et aveugleur. Il n'y a pas lieu de leur reprocher rien.
Mais encore quand on a si bien prouvé et sans doute éprouvé que l'amour donne de l'esprit, que l^esprit donne de l'amour ou augmente l'amour qu'on a; que plus on a d'esprit plus on trouve de beautés originales, ce qui n'est sans doute pas un aveuglement ; que plus on a d'esprit plus on trouve d'agréments dans la personne qu'on aime ; que plus on a de sortes d'esprit (esprit géométrique, esprit de finesse) plus on aime la personne qu'on aime; alors comment voudriez-vous qu'on reconnût que l'amour est aveugle et comment voudriez-vous qu'on ne proclamât point qu'il est clairvoyant et qu'il rend clairvoyant et qu'il double les lumières naturelles? Ces intellectuels du xvii" siècle, quand ils aimaient, ne se sentaient pas devenir sots et ils avaient entièrement raison ; car ils ne le devenaient point le moins du monde, qu'ils fussent Alceste, qu'ils fussent Philinte, qu'ils fussent même Acaste. Alcestes,ils voyaient tous les défauts, comme toutes les qualités, de ce qu'ils aimaient et parce qu'ils étaient des Alces-
tes ils le disaient tout net ; Phiiintes, ils les voyaient de même mais ils avaient pris le parti et ils avaient le parti pris de n'en rien dire ; Acastes, il les voyaient parfaitement, mais ils avaient, par convention mondaine, fait le ferme propos de les nier. Et tous étaient parfaitement persuades et avec raison que l'amour ne les aveuglait aucunement.
— C'est donc les poètes qui ont tort?
— iMais point du tout. L'amour aveugle et aussi il fait voir. L'amour aveugle les myopes et fait mieux voir ceux qui ont la visière nette ; l'amour rend les sots plus sots et les intelligents plus intelligents. Avez-vous remarqué, par exemple, vous qui êtes intelligent, combien il affine le sens psychologique et particulièrement l'esprit d'investigation défiante.
Il y a un livre que je n'ai pas lu mais dont le titre m'a frappé et est resté dans mon souvenir: De l'amour des femmes pour les imbéciles. Gela n'est pas d'une vérité absolue, et il s'en faut; cependant il y a beaucoup de vrai: les femmes aiment les imbéciles en ce sens qu'elles n'aiment pas beaucoup être aimées par des hommes intelligents. Pourquoi? Parce qu'elles redoutent leur intelligence qu'elles savent bien qui sera affinée par leur amour, ce qui en effet est redoutable.
De même on pourrait écrire un livre sur Tamour des hommes pour les sottes, lequel existe et est assez répandu, exactement pour les mêmes raisons.
Et donc si les femmes craignent les amoureux intelligents et si les hommes craignent les amoureuses intelligentes, c'est qu'il est vrai que l'amour ne rend pas bête, auquel cas personne n'aurait rien à craindre.
Et ne me dites pas trop qu'on a vu des hommes supérieurement intelligents, sots en tant qu'amoureux. 11 est très vrai ; mais ce n'étaient pas des hommes intelligents d'une iatelligence générale. C'étaient des spécialistes supérieurs, grand savants, grands administrateurs, grands politiques, grands hommes de guerre ; ce n'étaient pas de ces hommes, même obscurs, qui ont une intelligence générale très déliée, qui ont le sens de la vie pratique et qui ne se trompent guère sur les choses, sur les situations, sur les hommes et sur les femmes, de ces hommes enfin, qui, à quelque classe qu'ils appartiennent, on appelle fins et avisés. Ceuxci, l'amour, par l'application qu'il leur donne à un objet très déterminé et qui les intéresse extrêmement ne fait que fouetter, animer, exciter et affiner leur intelligence et leur sagacité. Il suit de tout ceci que l'amour aveugle la
plupart des hommes et rend plus clairvoyants quelques-uns. Les poètes ont donc raison et l'auteur du Discours sur les Passions de V Amour aussi, au point de vue qu'il ne se pouvait pas qui ne fût le sien. Je reconnais qu'en thèse générale l'amour sera toujours une des choses qui, pour employer une expression de Pascal, « nous crèvent les yeux agréablement ».
Les âmes propres à Vamour demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit et cette m,anière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion. C'est de là que ceux de la cour sont mieux reçus dans l'amour que ceux de la ville, parce que les uns sont tout de feu et que les autres mènent une vie dont l'uniformité n'a rien qui frappe.
Il y a de l'obscurité dans ce paragraphe parce qu'on ne peut guère parvenir à bien savoir si les âmes amoureuses demandent, recherchent et aiment de Tactivité chez les autres ou chez elles-mêmes. Les deux premières phrases semblent iadiquer que les âmes pro-
près à rameur se demandent à elles-mêmes et exigent d'elles-mêmes de l'activité. Le dedans étant en mouvement il faut que le dehors le soit; cela s'entend: l'âme étant agitée veut au dehors une agitation créée 'par elle, et cette manière de vivre, en agitation extérieure, est un merveilleux acheminement à l'amour, de sorte que, et l'agitation amoureuse intérieure sollicite aune activité extérieure et réciproquement, par retour, l'agitation extérieure achemine et prépare à la vie amoureuse.
Fort bien ; mais la troisième phrase semble indiquer que les âmes amoureuses sollicitent chez les autres une vie d'activité brillante. Les hommes de cour sont « mieux reçus dans l'amour », c'est-à-dire dans le cœur des femmes — ou sont mieux reçus dans le sens à'' acceptés, admis, jugés dignes de, et cela reviendra à peu près au même — que ceux de la ville, parce qu'ils sont gens de main, tandis que ceux de la ville sont d'une vie uaie et pla,te. Il s'agit donc des qualités qu'une âme amoureuse exige de ceux qu'elle doit aimer et non pas d'elle-même. — Je crois que l'auteur du Discours sur les Passions de l'Amour a eu concurremment ces deux idées et qu'il a eu le tort de ne pas indiquer que précisément il les avait toutes les deux, ei les séparant et distinguant
nettement. Et maintenant, puisque je crois qu'il a eu l'une et l'autre, examinons-les Tune et Tautre séparément.
L'agitation de l'âme mène à l'agitation extérieure ? Quelques-uns, mais non pas tous et ceci n'est plus du tout une confession; car précisément l'auteur nous a dit que quand le cœur est amoureux il est si plein qu'il n'admet en lui pas autre chose que l'amour même. Mais il est vrai que certaines âmes généreuses et véhémentes aiment de telle sorte qu'il faut qu'elles se jettent dans Tagitation extérieure, et non pas comme dérivatif, mais comme accompagnement au contraire et comme coharmonique, pour ainsi parler, de la passion.
J'entends par là que l'amour héroïque rapporte tout ce qu'il fait de grand et de brillant par le monde à sa passion, mais qu'en même temps il a besoin de faire quelque chose de grand à quoi il puisse rapporter sa passion. 11 lui semblerait qu'elle fût comme vide s'il n'y jetait pas la gloire pour la remplir et qu'elle fût commune et dénuée s'il ne jetait sur elle ce manteau de pourpre et d'or.
Et cela revient à dire qu'on aime avec l'âme qu'on a, avec toute son âme, et qu'il y a des âmes fastueuses qui ne sont point satisfaites si elles ne rendent pas leurs amours fastueuses
olles-iiiômcs. VA c'est co qu'exprime bien le propos cent fois tenu des paladins au coinmoncemcnt dos batailles ou des assauts : « Quelles belles choses nous aurons à raconter aux dames ! »
Et d'autre part, si l'amour dans certaines Ames pousse à l'activité extérieure, l'activité extérieure pousse-t-elle à l'amour, comme l'auteur semble le dire dans la secomle partie de la seconde phrase (< cette manière de vivre est un uiorvoilleux acheminement à la passion » )? Dans certaines Ames, oui, et plus encore, à mon avis. Des hommes sont nés pour l'action et ils s'y livrent sans voir plus loin qu'elle et parce qu'ils sont nés pour elle, et cela dure un temps. Mais le moment vient toujours où le « pour(]uoi ?» se présente à leur esprit. Pour([uoi se donner tant de mal? Parce que ce mal est un bien. Assurément mais encore? N'y a-t-il pas un but qui donne à ce bien une valeur de bien plus grande encore ? Sans doute je jouirais do mon activité d'une façon plus complète si j'en jouissais et dans mon activité elle-même et par delà mon activité ; si je la rapportais, au moment où elle me semble un peu creuse, à quelqu'un que je saurais qui y prendrait plaisir, ou même à quoiqu'un, sans plus, auprès de qui je la revi-
vrais de nouveau en lui en faisant hommage. Ce sentiment est naturel et très répandu. Ce n'est pas seulement celui des paladins ou des hommes politiques ou des orateurs ; c'est très bien celui de l'homme d'affaires américain qui trouve très amusant de faire de l'argent, mais qui ne manque jamais de s'aviser un jour qu'il est plus amusant d'en faire pour quelqu'un et qui instinctivement cherche ce quelqu'un en môme temps qu'il travaille et d'autant plus qu'il travaille davantage. Voilà « l'acheminement ». il est incontestable.
Voyons à présent si l'autre pensée est exacte, toujours pour certaines âmes, pour un certain nombre d'âmes. L'amour porte-t-il à chercher dans les autres l'activité extérieure ? Il ne s'agit ici que des femmes puisque toujours, mais particulièrement au xvii° siècle, ce sont les hommes seuls qui ont une vie extérieure. Or ici encore il y a une grande vérité. Si certaines femmes, à qui je serais assez porté à dire que ce sont elles qui ont raison, encore que parfois elles l'aient avec un certain excès, veulent que celui qu'elles aiment soit tout en elles comme elles tout en lui et disent :
Tenons-nous lieu de tout ; comptons pour rien le
[reste ;
il en est, aussi, d'abord qui sont « frappées » par les brillants, fussent -ils faux brillants, de la vie active de certains hommes et que l'étonnement mène à l'amour ; car s'occuper d'un homme c'est déjà l'aimer. 11 en est que l'admiration mène à l'amour et qui, ce qui est assez naturel, ne peuvent pas ou ne peuvent guère admirer les vertus modestes et à petit bruit.
Une jeune fille me disait : « Je ne pourrais aimer qu'un homme que j'admirerais.
— Mais de quelle admiration ?
— Mais de l'admiration qu'on a pour ce que tout le monde admire. »
Évidemment elle ne soupçonnait pas que l'on pût admirer un caissier ou un entrepreneur pour ses vertus de fils ou de père de famille. De là le mot de Joubert : « Chez les femmes l'admiration littéraire n'est qu'une forme de l'amour. » Beaucoup de femmes aiment non leur mari, mais la célébrité de leur mari ; comme elles n'analysent pas et qu'elles confondent, le mari n'est pas trompé par sa gloire.
— C'est de la vanité et pas autre chose et cela ne doit pas entrer dans un traité sur l'amour.
— Pardon ! Point tout à fait ; c'est mêlé. Il y a de la vanité, du goût de l'activité pour
elle-même, de la part d'un être qui, ne pouvant pas être actif lui-même, est heureux que soit actif un être qui lui tient de près ; — et enfin il y a un assez juste sentiment des choses. « Une femme, dit le Verdelet d'Emile Augier, doit être la préoccupation et non Foccupation de son mari. » Pourquoi les femmes elles-mêmes ne sentiraient-elles pas cela ? Elles le sentent, quelques-unes. Elles comprennent que leur mari, s'il ne s^'occupe que d'elles, aura une tendresse qui, pour être très flatteuse sera un peu indiscrète et encombrante ; elles le veulent souvent occupé d'autre chose à la condition que, séparé d'elles, il y songe toujours. Cela est d'assez bon sens.
Il y a donc des âmes et assez nombreuses qui demandent à l'âme élue une activité extérieure assez intense, très intense même, mais, bien entendu, extérieure à elles souvent, étrangère à elles, jamais.
Seulement, ici, est-ce lui-même que l'auteur du Discours sur les Passions de PAfnour nous donne ? Je ne crois pas. Le Discours sur les Passions de l'Amour, je l'ai dit tout d'abord, est tantôt une confession, tantôt une dissertation.
Ici il est dissertation.
A moins que... et il est très possible et je
suis porté à le croire... à moins que Tauteur du Discours sur les Passions de l'Amour, timide, peu propre à l'action, vivant frileusement dans son amour taciturne et toujours menacé, n'ait vécu en rêve la vie d'activité brillante qui l'aurait peut-être fait « recevoir dans l'amour » ; ou à moins qu'il n'ait senti quelque jalousie à l'égard de ces hommes d'action qui venaient de la cour éclipser ceux de la ville ; et alors le paragraphe LIV serait de confession autant et même plus que tant d'autres.
La vie de tempête surprend, frappe et pénètre. Il semble que Von voit toute une autre âme quand on aime que quand on aime pas ; on s' élève par cette passion, et on devient tout grandeur ; il faut donc que le reste ait proportion ; autrement cela ne convient pas et partant cela est désagréable.
Suite du précédent ; mais seulement au point de vue de l'idée que l'amour donne à ceux qui le ressentent le goût jjour eux de la grande vie active et les y « achemine », naturellement. La vie de tempête [expression violente qui sent le moderne, qui appartient à la prose poétique et telle que l'on n'en trouve que dans Pascal et Bossuet, quelquefois dans Bourdaloue] surprend, c'est-à-dire, non pas étonne, mais saisit vivement, demi-synonyme du mot frappe
qui vient après, et elle pénètre, elle envahit l'être entier. C'est par l'amour qu'elle pénètre ainsi en nous le plus souvent.
Pourquoi ? Parce que l'amour fait l'âme vaste, brusquement. A se sentir capable d'un grand amour on mesure, peut-être avec illusion, mais on mesure la « capacité » de son àme et Ton se sent une tout autre àme que celle qu'on avait auparavant. Enfin on s'élève et l'on se sent grand.
Dès lors, sans raisonner et par entraînement, on rêve de toutes les grandeurs pour qu'il y ait harmonie entre les diverses parties de notre âms ; il faut que « le reste », que ce qui en nous n'est pas l'amour soit digne de lui, soit en proportion avec lui, ne détonne pas. Autrement, s'il en allait d'autre sorte, « cela ne conviendrait pas », les choses ne seraient pas d'accord, il y aurait dissonance et parce qu'il y aurait dissonance, il y aurait malaise intérieur et presque blessure secrète.
Donc grand amoureux, grand homme d'action, grand ambitieux, etc. Nous voilà revenus pleinement à la doctrine de 1030, aux héros cornéliens. Encore que le Discours sur les Passions de l'Amour contrarie parfois Corneille et le contredise et paraisse même l'attaquer, souvent il l'accepte, ou tout au moins le
comprend et dans tous les cas il est un commentaire très précieux de l'œuvre cornélienne.
Différence essentielle entre Descartes et le Discours sur les Passions de V Ainoiir d'une part — et La Rochefoucauld et Racine de l'autre. Descartes, comme M. Lanson s'en est, le premier, je crois, très bien avisé, a reçu l'influence de Corneille, très visible dans le Traité des Passions ;Ydi\}XQXSLV Aw. Discours sur les Passions de l'A7nour\?i subit encore, tout en s'en libérant assez souvent; La Rochefoucauld, sans que je veuille ni puisse aller jusqu'à dire qu'il ne la ressent plus du tout; j'aurais des textes contre moi ; est cependant, en principe, tout à l'opposite, par sa pensée fondamentale qui est que l'homme n'est pas l'être qui se dépasse, maisTêtre qui se ramène toujours à lui ; enfin Racine, quoique on puisse trouver comme des clichés cornéliens qui traînent encore dans son œuvre (rôled'Aricie dans Phèdre, rôle d'Iphigénie) est essentiellement anticornélien, tenant l'homme pour un être complètement dominé par ses passions et qui en meurt et qui est très intéressant précisément à cause de cela.
Et maintenant, pourquoi l'auteur à\}.Discours sur les Passions de l'Amour est-il tantôt anticornélien comme plus haut, tantôt cornélien comme ici? Je l'ai indiqué déjà. Parce qu'il
est très intelligent et a fait comme tout le tour de la question de l'amour sans qu'aucun aspect important lui en ait échappé ; aussi parce qu'il a été très amoureux et, je crois, assez longtemps et qu'il a été successivement, selon les jours, amoureux d'une façon et amoureux d'une autre ; amoureux de manière à croire et à sentir qu'il n'y avait place en lui que pour son amour ; amoureux de manière à croire que quelque chose lui manquerait et qu'il y aurait claudication en lui, s'il ne se sentait grand que par son amour et s'il n'était pas en toutes choses missi grand que son amour.
L" agréable et le beau n'est que la même chose, tout le monde en a Vidée. C'est d'une beauté morale que J'entends parler, qui consiste dans les paroles et dans les actions de dehors \ L'on a bien une règle pour devenir agréable ; cependant la disposition du corps y est nécessaire; mais elle ne se peut acquérir.
Ceci est comme le sommaire d'un traité de l'art de plaire. Comment peut-on plaire, comment peut-on agréer ? Par le beau, en étant beau ; l'agréable et le beau sont une même chose, tout le monde sait bien qu'il n'y a que le beau qui agrée. Mais quel est le beau qui agrée le plus ? C'est le beau moral ; car c'est un amoureux idéaliste qui nous parle.