‹ Discours sur les rapports entre la science et la religion révéléeChapitre 2 sur 21 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Le Christianisme , en promulguant les livres saints restés enfouis jusqu'alors chez une nation obscure , a fait connaître au monde une histoire des hommes el de l'univers , différente de tout ce que les autres nations avaient reçu par la tradition. On a dû naturellement chercher à voir si les récits de Moïse s'accordaient avec les explications des phénomènes ; mais le peu de progrès que, faute d'instruments, les anciens avaient faits dans l'étude des sciences , ont rendu vaines toutes les tentatives par lesquelles on a voulu démontrer l'accord qui doit régner entre les théories de la science et les narrations de l'écrivain inspiré. Ce n'est que dans ces derniers temps que les travaux des savants ont enfin permis d'embrasser d'un regard les rapports qui existent entre les diverses branches des connaissances humaines.

Le docteur Wiseman a pensé que le moment était venu où la théologie devait réclamer son rang dans le cercle intellectuel. Or, son rang , c'est le premier ; car c'est à elle qu'il appartient de sanctionner les résultats de tontes les autres sciences, en faisant voir en quoi ils s'accordent avec les Ecritures , et en les renvoyant à un nouvel examen, s'ils n'y sont pas conformes. Et c'est à la conformité qu'on doit nécessairement arriver; car tous les faits de la nature étant la manifestation de l'action divine , et les livres saints l'exposition du mode de cette manifestation , il est évident que, si nous ne trouvons pas dans chaque science la corroboration ou l'explication de l'énoncé de Moïse, la foute ne doit en être imputée qu'à nous , parce que nous n'avons pas étudié la science dans son vrai sens ; ou nps observations sont incomplètes , ou nos conséquences sont mal tirées. C'est pour arriver à cette démonstration que le docteur Wiseman a entrepris son ouvrage.

Trois grands faits dominent toute la science prise dans sa plus grande généralité : 1° La création et ses phases successives; 2° le déluge historique , universel ; 5» la dispersion des peuples, const-

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quence d'un événement fortuit qui a modifié le langage , jusqu'alors uniforme, dans les familles humaines. Ces trois divisions sont autant de points culminants autour desquels viennent se grouper tous les résultats présentés par M. Wiseman. Il a eu ses raisons pour ne pas suivre Tordre naturel des événements, tels que nous venons de l'indiquer. Comme ce n'était point un livre qu'il avait d'abord l'intention de faire , mais seulement des discours qu'il adressait à un auditoire choisi , pour montrer sous quel point de vue il fallait considérer les sciences , afin de faire voir leurs rapports avec l'Ecriture-Sainie, il a commencé par l'étude comparée des langues , la linguistique , l'ethnographie , science plus généralement répandue , et que plusieurs de ses auditeurs avaient cultivée avec succès.

Il consacre ses deux premiers discours à l'examen de cette science. Le premier en contient l'historique , et il fait voir l'impossibilité de jamais retrouver le langage primitif, en supposant même qu'il ait pu se conserver intact jusqu'au moment de la dispersion, après la confusion de Babel. Cette recherche, à laquelle on s'était d'abord livré avec ardeur, a été abandonnée pour former des col-' lections de mots ; car on a senti de bonne heure que ce n'était que la comparaison des langues qui pourrait donner un résultat; on a donc fait des classifications , et Leibnitz a aussi éclairé ce travail des lumières qu'il savait répandre sur tous les sujets qu'il traitait. Le résultat des premières classifications a fait craindre que cette recherche ne fût plus nuisible qu'utile à l'authenticité des livres saints. On trouvait beaucoup de langues indépendantes qu'on ne pouvait rapporter à aucun des types connus ; dès-lors on ne pouvait plus soutenu* l'unité de la race humaine. Heureusement que des travaux subséquents firent découvrir les liens par lesquels ou pouvait rattacher ces prétendues langues primitives aux groupes déjà formes, c'est-à-dire l'Indo-européen, le sémitique et le malay.

Ces résultats obtenus , M. Wiseman développe dans le second discours les méthodes que l'on a suivies pour y arriver. Deux écoles se sont formées : l'une se fonde exclusivement sur la comparaison des mots et surtout de leurs racines , l'autre sur les formes grammaticales. A mesure que les partisans de l'une ou de Tau* tre u^ ces iBéthodesmulupuent leurs travaux, les ^fférencee qui

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les séparaient s'effacent de plus en pins , et il y a lieu de croire que bientôt elles se confondront dans quelque grande découverte. Une question des plus importantes domine toute cette discussion sur les langues ; c'est celle de leur origine, ou plutôt de l'origine du langage; et, au lieu de penser que les langues s'en vont se développant graduellement suivant les besoins croissants des peuples qui les parlent, l'auteur, appuyé sur l'autorité de G. de Humboldt, croit au contraire que, « par quelque procédé mystérieux de la « nature, les langues ont été, en quelque sorte, jetées en moule, « mais en moule vivant , d'où elles se dégagent avec toutes leurs

« belles proportions , et ce moule est l'esprit de l'homme »

— « La parole , dit encore G. de Humboldt, est inhérente à l'hom- « me... Le langage n'a pu être inventé sans un type préexistant

« dans l'intelligence humaine Et plutôt que de croire à une

« marche uniforme et mécanique qui les traînerait pas à pas de- « puis le commencement le plus grossier jusqu'à leur perfection- « nement , j'embrasserais l'opinion de ceux qui rapportent l'ori- « gine des langues à une révélation immédiate de la Divinité. « Ils reconnaissent au moins l'étincelle divine qui luit à travers « tous les idiomes , même les plus imparfaits et les moins cul- « tivés. »

Le raisonnement n'offre aucun moyen de résoudre la difficulté qui se présente ici : comment la première modification a-t-el!e pu B'introduire dans la langue unique que parlait l'espèce humaine avant la dispersion de Babel ? Si Ton compare entre elles les trois grandes familles dont chacune résume par un caractère spécial les groupes qui la composent , on reconnaît trois sœurs issues d'une mère commune, sans qu'aucune puisse réclamer le droit de primogémture; et par le? signes qui restent des anciens points d'attache qui les unissaient , on voit que la rupture n'a pas été lente et graduelle, mais brusque et inopinée ; telle enfin que l'aurait dû produire l'événement miraculeux raconté par Moïse.

Pendant longtemps tous les savants ethnographes ne se sont occupés que des langues de l'ancien monde, ou plutôt du monde connu des anciens ; mais il restait une tâche en apparence difficile à remplir, c'était de ramener aux types connus les langues de l'intérieur de l'Afrique et les dialectes sans nombre de l'hémisphère occidental. En effet, au premier aperçu , tous les idiomes

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de l'Amérique sont limage de la plus parfaite confusion. Gomme aucune de ces langues n'est écrite, la plus légère altération dans la prononciation suffit pour faire perdre la trace de la filiation. Mais, en comparant les vocabulaires recueillis par les missionnaires et les voyageurs , on est parvenu à former de tous ces membres épars un petit nombre de groupes , qui eux-mêmes se rattachent très-naturellement aux langues de l'Asie .Les traditions que rapporte le docteur Wiseman sur les migrations des premiers colons qui sont venus s'établir en Amérique, concourent à confirmer le résultat obtenu par l'examen des dialectes. La religion que les Incas ont établie, les monuments qu'ils ont élevés , ne permettent pas de douter qu'ils ne fussent originaires du Thibet ou de la Tartarie. Les cycles astronomiques que l'on a trouvés chez les Toltèques , les Aztèques et d'autres nations du Mexique, ainsi que les noms des jours de leurs mois , sont les mêmes que ceux dont se servent les Chinois , les Japonais , les Kalmoucks et les Mantchoux. Les peintures grossières où ils représentaient Tezpi ou Coxcox , leur Noé, se sauvant du déluge dans une arche flottant sur les eaux, avec tous les détails plus ou moins défigurés de la narration de Moïse, sont une preuve péremptoire de leur descendance des nations de Ftncien continent.

Tous ces travaux philosophiques entrepris simultanément par des hommes de tous les pays, de croyances diverses et souvent dans un but très-différent , ont abouti par des voies très-opposées à un résultat uniforme: c'est la démonstration que toutes les langues se «réunissent pour former de grandes familles, lesquelles à leur tour remontent à une souche commune , et que la diversité des dialectes ne tient qu'à la diversité des facultés intellectuelles des nations; car le langage, dit notre auteur, est si évidemment le pouvoir corporifiant, et, pour ainsi parier, l'incarnation de la pensée , que nous pouvons presque aussi facilement imaginer une âme sans un corps , que nos pensées non revêtues des formes de celte expression extérieure ; tellement que l'esprit d'une nation doit nécessairement correspondre au langage qu'elle possède. Appliquant* ce principe à la langue allemande, il fait voir que Kant •n'aurait jamais pu formuler son système, s'il avait pris naissance dans tout autre pays , où la langue ne lui aurait pas permis d'employer le pronom delà première personne d'une manière objective.

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L'histoire naturelle de la race humaine est le sujet des deux discours suivants. De même que , dans les deux premiers , on a démontré que toutes les langues ne sont que des ramifications d'un langage primitif, de même il faut prouver que toutes les variétés de l'espèce humaine, répandues sur la surface du globe, remontent en se groupant à une famille primitive, elle-même provenant d'un couple unique, créé par notre père commun à l'origine des temps. Les anciens, et parmi les Grecs, Aristote, n'ont connu ou distingué que quatre races d'hommes, ou plus exactement trois, outre les Grecs. La classification d' Aristote reconnaît des Nègres , qu'il appelle Egyptiens ; des Scythes et des Thraces , qui ne sont que les tribus germanique et mongole. Cette division a été pendant longtemps en usage , et dans le moyen âge la race humaine fut naturellement divisée en trois races comme descendant des trois enfants de Noé. Jusque-là on n'avait pris que la couleur de la peau pour base des classifications ; mais les naturalistes du dernier siècle commencèrent à considérer là forme aussi , comme un élément essentiel de ces classifications. Camper produisit son fameux système de l'angle facial , à laide duquel il expliquait les divers degrés de l'intelligence, selon que la ligne du front se rapprochait plus ou moins de l'angle droit. Biumenbach vint ensuite et considéra la forme de la tête sous un autre point de vue ; pour lui, la tête qui annonce le plus d'intelligence est celle dont la mâchoire supérieure offre le moins de saillie , sur une ligne verticale abaissée du front ; la largeur du crâpe est aussi une indication importante, et sert pour les subdivisions des races, ou de la couleur des cheveux , de la peau et des yeux , ou plutôt de l'Iris. D'après ces bases , Blumenbach divise la totalité de la, race humaine en trois familles principales avec deux intermédiaires. Les trois grandes divisions sont la caucasienne , l'éthiopienne, et la mongole. Entre les deux premières familles on trouve les AIa~ lays , et entre la race caucasienne et la mongole, viennent se ranger les Américains. Les trois principales familles se distinguent par autant de couleurs différentes : la première est blanohe, la seconde est noire, et la troisième olivâtre ou jaune. LesTace* intermédiaires ont des couleurs intermédiaires ; les Américains sont cuivré» et les Malays ont la peau jaunâtre tarant sur lejrouge ; ils paraissent tannés. ' t . •

% IimOïrtJCTÏÔN ANALYTIQUE.

Mai* ni la forme ni la couleur ne sont des choses invariables dans la nature vivante , et moins encore dans l'homme que dans les animaux ; parce que ceux-ci ne sont soumis qu'à l'action des agents extérieurs , taudis que l'homme est non-seulement soumis, comme tout le reste de la création , aux influences du dehors ; mais son intelligence et sa sensibilité sont deux foyers de perturbation dont l'activité est incessante. La forme qui , par la rigidité des os, semblerait devoir opposer plus de résistance aux modifications , cède comme le reste aux principes modificateurs, principes inconnus , et dont la science ne sait point encore rendre compte. Ainsi Ton voit des familles dont tous les individus , ou quelques-uns d'eux seulement, ont six doigts, soit aux quatre extrémités, soit aux mains seulement^ et même a une seule main , et cette difformité se transmet par la génération , jusqu'à ce qu'une cause aussi inconnue que le principe de cette variété la fasse disparaître, quelquefois pour toujours , quelquefois aussi pour une ou deux générations seulement. Mais la partie du corps qui subit les altérations les plus remarquables est sans contredit la tête , ou plutôt le crâne. Ici vient se placer naturellement la question de l'origine des nègres ; car ce n'est pas seulement la couleur de la peau qui fait le nègre proprement dit , c'est spécialement la forme de la tête et la chevelure laineuse ; et des races indiennes dont la peau est d'un noir luisant, les Sénégalais aux cheveux lisses et au nez droit, no sont point des nègres. Dans une planche que donne M. Wiseman pour comparer les systèmes de Camper et de Blumenbach , la tété du nègre est déprimée sous un angle de soixante-dix degrés seulement , tandis que la tête de l'Européen présente quatre-vingts degrés ; quelques belles statues grecques portent quatre-vingt-cinq , et les représentations des dieux quatre-vingt-dix degrés, et même au delà dans le Jupiter Olympien. Eh bien ! ce nègre, qui restera stupide, si vous le laissez au milieu des circonstances qui l'ont fait descendre jusqu'au plus bas degré de l'échelle intellectuelle, se relèvera et se développera , si vous le mettez en rapport avec des intelligences plus développées que la sienne. S'il est jeune , la forme de sa tête changera avec l'âge, par l'exercice de ses facultés intellectuelles, restées engourdies et inactives jusqu'alors. Les facultés , en se développant , modifient le cerveau, qui est l'organe immédiat de la pensée, et le cerveau réagit à son tour sur le crâne. Si la

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phrénologie a quelque fondement , c'est là son principe. En effet , que Ton transporte au milieu des peuples civilisés un nègre au front déprimé et à la tête couverte de laine frisée au lieu de che- . veux , le changement qui s'opérera en lui sera peut-être imperceptible à un œil non exercé ; mais examinez ses enfants à la troisième ou quatrième génération, et vous verrez le front redressé sensiblement et la laine s'allonger et perdre de sa rudesse. C'est une observation que l'on peut vérifier tous les jours aux Etats- Unis et dans les Antilles. Si la forme est ainsi modifiable, la couleur Test encore plus, mais avec cette différence que les altérations de la forme sont en raison du degré de civilisation ou plus exactement du développement intellectuel , cause purement individuelle et intérieure , tandis que les modifications de la couleur tiennent essentiellement à l'influence du climat , de la température, et surtout aux habitudes et aux mœurs qui souvent ne sont qu'une conséquence de l'état de l'atmosphère. Sans compter les Albinos, dont la couleur blafarde peut avoir été le résultat d'une affection morbide, mais qui aujourd'hui se propage par la génération, M. le docteur Wiseman fait voir que des races entières ont perdu leur couleur primitive en changeant de climat , et qu'ainsi, par une dégradation insensible, on peut suivre la couleur blanche et la voir se perdre dans les nuances les plus sombres jusqu'au noir complet. Le climat , ou plutôt la température, ne suffit pas seule pour expliquer ce phénomène; témoin ce qui se passe dans l'Inde , où l'on voit des formes de tête absolument identiques sous des couleurs entièrement opposées. Il y a ici , comme dans beaucoup d'autres parties de la science humaine , quelque loi occulte que l'on n'a pas encore pu découvrir. Mais ce que Ton en sait suffit pour pouvoir prononcer sans hésitation que, quelle que soit la forme ou la couleur d'un individu de l'espèce humaine , il appartient incontestablement à la race unique dont nous descendons tous. Cette conclusion renferme une conséquence inévitable : c'est que l'état naturel de l'homme n'est point la barbarie, ni la vie sauvage , et que les peuples que l'on trouve dans cette condition n'y sont arrivés que par la dépravation , comme d'ailleurs le prouvent de reste les vices honteux et les habitudes monstrueuses de tous ces animaux à face humaine. Notre auteur réduit en passant à leur juste valeur ces théories de Lamarck, de Lamethrie, Virey , etc., qui

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veulent absolument nous faire descendre, l'un, d'un marsouin se fendant la queue , l'autre, d'un singe dont le nez s'allonge par un rhume de cerveau ! Ces savants n'ont pas réfléchi qu'il est impossible de supposer un homme enfant sans une mère qui l'allaite , et que si les poissons et les singes avaient en eux la faculté de se transformer en hommes, ils l'exerceraient encore aujourd'hui.

Dans le cinquième et dans le sixième discours , le docteur Wiseman prouve que les sciences , considérées sous leur véritable point de vue philosophique, servent à expliquer les faits exposés dans les livres saints. La résurrection de notre Seigneur, ce fait le plus important du nouveau Testament , des médecins allemands l'ont révoqué en doute, et, discutant toutes les circonstances de la mort de Jésus, ils ont prononcé qu'il n'y avait pas eu mort réelle, mais seulement évanouissement. D'autres médecins du même pays, s'appuyant également sur les lois de la physiologie , ont victorieusement réfuté toutes les objections des adversaires et ont démontré que la mort ayant été réelle, la résurrection avait donc été miraculeuse. Des sciences médicales notre auteur passe à l'examen de la géologie , cette science des antiquités de la nature. Comme toutes les autres sciences , la géologie a été étudiée dans des desseins très-opposés. Ainsi quelques savants ne s'y sont livrés que dans le but avoué d'y trouver la confirmation des faits consignés dans la Genèse. D'autres, au contraire, mais dans le dernier siècle, ont cru y trouver une réfutation facile des Ecritures, et enfin sont venus les vrais savants qui ont étudié les phénomènes dans une vue purement scientifique. Ce sont les travaux de ces derniers qui sont vraiment de quelqu'importance, et ce sont eux que M. Wiseman discute pour prouver leur parfaite coïncidence avec la narration de l'Ecriture. Il donne en passant un exemple de la légèreté avec laquelle on faisait les observations dans le dernier siècle : c'est l'opinion de Brydoue sur les laves de Jaci-Réale , près de Catane , en Sicile, où il prétend qu'on a trouvé , en creusant, sept couches distinctes de lave Tune sur l'autre, dont les surfaces étaient parallèles et couvertes la plupart d'un lit épais d'excellente terre végétale. Or, supposant qu'il faille 2,000 ans pour qu'un lit de lave se recouvre de terre végétale , il faut donc compter 14,000 ans depuis l'éruption qui a fourni la première lave. Un fait énoncé d'une manière aussi précise et aussi positive a été

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recueilli avec soin par les adversaires des livres saints, qui n'ont pas manqué d'en faire un argument contre la chronologie de Moïse, sans prendre la peine de s'assurer si le fait était tel qu'il est rapporté. D'abord il ne faut pas deux mille ans , pas même deux cents ans pour que les laves se recouvrent de végétation , cela dépend de leur nature : témoin les laves de l'Etna , de l'éruption de 1656 1 qui sont couvertes de forêts de chênes; ensuite il n'y a point de terre végétale, Dolomieu s'en est assuré. Mais la grande question , la question importante , celle dans laquelle la géologie intervient nécessairement, c'est la création d'abord , puis le déluge ensuite, dont la date, d'après Moïse, ne remonte guère qu'à cinq mille ans environ. Il est dit expressément dans la Genèse que , lors de la formation du globe, tous ses éléments étaient dans un état de confusion chaotique. Or, jusqu'à ce que ces éléments se soient combinés pour former l'arrangement actuel des choses, il a pu s'écouler une durée indéfinie avec des alternatives de repos et de tranquillité, pendant lesquelles cessait le désordre des éléments. Car les mots du texte n'expriment pas simplement une pause momentanée entre le premier fiât de la création et la production de la lumière ; au contraire , l'esprit de Dieu , l'énergie créatrice est représentée couvant l'abîme et lui communiquant la vertu productive, ce qui naturellement exprime une action continue et non passagère. Cette période indéfinie semble avoir été mentionnée exprès pour laisser une ample carrière à la méditation et à l'imagination de l'homme. Et toutes les anciennes cosmogonies conservent la tradition d'une période de révolutions successives pendant lesquelles la terre fut détruite et renouvelée. C'est le temps sans borne des Assyriens. Mais ce qui est plus important sur ce point , c'est l'opinion des premiers Pères de l'Eglise , qui paraissent avoir en ces mêmes notions; car saint Grégoire de Nazianze suppose une période indéfinie entre h création et la première organisation des choses. Saint Basile, saint Césaire et Origène sont encore plus explicites , et des géologues modernes ont soutenu cette même opinion.

L'existence de cette période indéfinie à l'origine des choses sert à expliquer la présence des fossiles gigantesques dans les plus profondes entrailles de la terre; car aucun déluge, aussi violent qn'on puisse le supposer, n'aurait pu déposer ces restes aux pro*»

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fondeurs où on les trouve et au-dessous des couches qui forment aujourd'hui la croûte de la terre. Si tous ces animaux avaient été ensevelis par le déluge , on les trouverait péle-méle dans les diverses couches. Mais il n'en est point ainsi, car les couches les plus inférieures contiennent une classe particulière de fossiles , entièrement différents de ce qui existe; la couche au-dessus en contient d'une autre espèce , et ainsi successivement jusqu'aux couches près de la surface qui renferment des animaux de toute espèee, mélangés, et dont plusieurs ont encore des analogues vivants. En présence de pareils faits , si l'Ecriture n'avait pas indiqué un intervalle entre la création et l'organisation, mais les eût déclarées simultanées , nous aurions eu quelque peine à concilier ses assertions avec les découvertes récentes.

C'est pendant cette période que les grandes montagnes se sont élevées sur la surface de la terre , en perçant la croûte et relevant les couches comme on les voit encore inclinées. On attribue ces grandes convulsions à l'existence d'un feu central dont les volcans indiqueraient encore l'activité, si elle n'était d'ailleurs démontrée par l'augmentation de température que l'on trouve en creusant la terre. Des observations réitérées ont démontré que la chaleur augmente d'un degré environ du thermomètre centigrade par chaque cent pieds que l'on descend.

On a encore essayé d'expliquer la présence des animaux fossiles dans les couches les plus inférieures de la terre, en supposant que les phases successives de la création ne se sont pas accomplies dans l'espace raccourci de six jours naturels, de chacun vingtquatre heures, mais qu'il faut entendre par le mot hébreu Yom une période indéfinie, nécessaire pour le développement des phénomènes qui s'y rapportent. Les auteurs qui soutiennent cette opinion, et ils sont nombreux, font observer que la disposition des restes organiques dans les diverses couches correspond exactement à l'ordre dans lequel, d'après l'Ecriture, leurs diverses classes ont été créées. En effet, dans les roches primitives ou plus exactement non stratifiées , de même que dans les premières couches, on ne trouve aucune trace quelconque de vie animale ou végétale ; puis viennent des plantes mêlées à des poissons , mais plus spécialement des coquillages et des mollusques, indiquant ainsi que la mer fut la première à produire ses habitants, tandis que la

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très-gfande abondance de coquillages et de mollusques * animaux ëe la classe la plus inférieure , semble indiquer que des animaux plus parfaits n'existaient pas encore. Les nombreux reptiles et les énormes amphibies paraissent ensuite; puis enfin la terre se peuple aussi , et en conséquence nous trouvons au-dessus des animaux marins les restes des grands quadrupèdes dont nous avons parlé. Ceux-ci se trouvent dans des couches déposées par l'eau douce ; puis enfin vient la couche de terre meuble dont nous parlerons tout-à-Theure et qui contient, mélangés avec d'autres, des animaux dont les analogues existent encore.

Notre auteur ne voit aucune difficulté à admettre cette hypothèse des périodes indéfinies ; mais il pense qu'on peut s'en dispenser, si l'on adopte l'opinion du long intervalle qui s'est écoulé depuis le premier moment de la création , jusqu'à l'organisation définitive de la terre.

Vient enfin la question si controversée du déluge. Son existence d'abord, puis son universalité , ont été mises en doute par les premiers auteurs qui se sont occupés de géologie : mais, comme nous avons déjà eu occasion de le foire remarquer , à mesure que les faits ont été mieux étudiés , on a été forcé de reconnaître la parfaite coïncidence qui se trouve entre le récit naïf de Moïse et les phénomènes existants.

Trois choses sont à prouver en traitant cette question du déluge : «1° son existence; 2° son universalité; 3° sa date. Les preuves géologiques de l'existence du déluge sont nombreuses; une des plus frappantes est l'existence des vallées de dénudation, vallées creusées dans des plateaux élevés par l'action d'un immense courant qui a laissé à nu sur les parois de la vallée les couches correspondantes du terrain. Les blocs erratiques sont une autre preuve; on sait que l'on désigne sous ce nom ces longues lignes de rochers posés sur le terrain dans une direction constante du nord-est au sud-ouest , et qui s'étendent à partir des régions polaires jusqu'en Angleterre, en Allemagne, et même en Russie, entre Pétersbourg et Moscou; le sol de la Scandinavie en est jonché, et Ion jugera de la force du courant qui a dû les transporter, quand on saura que plusieurs de ces blocs ont vingt pieds de hauteur, sur trente à quarante et même cinquante pieds de long , et pèsent , par conséquent , plusieurs milliers. D'après des observations récentes, on a

xvi INTRODUCTION ANALYTIQUE,

calculé que le courant ne devait pas avoir moins de quinze cents pieds de profondeur, puisque jusqu'à cette hauteur on trouve % dans les montagnes, des traces de son passage. La théorie de M. Elie de Beaumont explique assez bien l'origine de ces immenses courants, en supposant qu'à l'époque du déluge, plusieurs montagnes ont été soulevées, et ont chassé avec violence les mers dont elles sont venues prendre la place, les Andes et les montagnes polaires , par exemple. Une autre preuve se tire aussi d'une découverte assez récente , c'est celle des cavernes à ossements : on appelle ainsi des cavités naturelles dans lesquelles on rencontre un mélange confus d'ossements fossiles de toutes sortes d'animaux , dont la plupart appartiennent à des espèces existantes. Puis dans les terrains qu'on est convenu d'appeler diluviens , parce qu'on les suppose déposés par les eaux du déluge , on trouve une immense quantité de fossiles de toute espèce, même des oiseaux. Enfin une dernière preuve , ce sont des animaux entiers , des éléphants trouvés dans la glace sur les bords de la Lena, et d'autres rivières de la mer Glaciale, animaux tellement bien conservés, que les chiens en ont mangé la chair lorsqu'on a rompu les glaçons, il y a peu d'années. L'uniformité des effets produits par le déluge est une preuve de son universalité ; car les lignes de blocs erratiques et les traces du monstrueux courant qui a sillonné les flancs des montagnes s'étendent à de si grandes distances, qu'on ne peut s'empêcher d'y assigner une cause unique et générale. Quant à la date du déluge, l'aspect général de la terre semble indiquer une organisation comparativement récente ; mais il y a un moyen d'arriver à une plus grande précision , c'est en examinant le produit des causes dont l'action n'a pas cessé. Ainsi, par exemple, la formation des deltas , ou accumulation des alluvions à l'embouchure des rivières. Le Nil offre un des cas les plus généralement cités, ainsi que l'embouchure du Pô dans l'Adriatique. Eh bien! en calculant les dépôts annuels de ces alluvions , on ne trouve pas qu'il faille plus de temps pour atteindre le niveau actuel que l'histoire n'en comporte depuis le temps du déluge. Une autre observation peut aussi mettre sur la voie pour déterminer la date en question : c'est le chemin que parcourent, dans un temps donné, les dunes de sable que l'on rencontre sur nos côtes et sur celles de l'Angleterre, tfremontier, dont le nom est pour ainsi dire iden*

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tifié avec celui de dunes , à cause de la persévérance avec laquelle il les a étudiées pendant une longue suite d'années, est d'avis qu'il n'y a pas plus de quatre mille ans qu'elles ont commencé à cheminer vers l'intérieur. De Luc arrive à la même conclusion, en mesurant les progrès de celles de la Hollande , où la date des digues lui a permis de donner à cette recherche l'exactitude historique. Et enfin G. Cuvier, d'accord avec de Luc et Dolomieu, « pense que s'il y a quelque chose de constaté en géologie , c'est que la surface de notre globe a été victime d'une grande et subite révolution dont la date ne peut remonter beaucoup au-delà de cinq ou six mille ans. »

Nous terminons ici rénumération des preuves que les sciences d'observation nous ont fournies , pour démontrer la coïncidence parfaite qui existe entre les narrations de l'écrivain sacré et l'explication des phénomènes de la nature. Nous verrons dans le second volume que les sciences intellectuelles ont également concouru à ce grand but, et les monuments littéraires ont servi à prouver que, sur ce point , les opinions des hommes s'accordent avec les faits , pour proclamer la puissance de Dieu.

SECONDE PARTIE

Dans la première partie , nous ayons démontré que les faits de la science, convenablement étudiés, étaient autant de témoignages qui venaient corroborer le récit de la Genèse. Dans cette seconde partie , notre tâche ne sera pas aussi facile. Nous allons passer en revue l'histoire primitive et les monuments des peuples. Quand on interroge la nature, ses réponses ne peuvent être que claires , précises , et surtout sincères ; il n'en est pas de même quand on interroge les nations. Il semble que la vanité soit un penchant si naturel à l'homme, qu'il égare les meilleurs esprits, et même dans les circonstances les plus graves. En effet, interrogez les peuples sur leur origine, tous se prétendent les plus anciens, de véritables autocthones enfin. Mais la nation dont les prétentions à cet égard sont surtout extravagantes, c'est sans comparaison celle qui habite l'Inde : ses connaissances réelles en philosophie, science qu'elle a enseignée aux nations de l'Europe et peut-être de l'Asie, ont pendant longtemps fait admettre comme également

xvni INTRODUCTION ANALYTIQUE,

certaines les conséquences de ses calculs astronomiques. Or, ces conséquences ne tendraient pas h moins qu'à établir une antiquité de 4,520,000 ans. ( Nous Terrons bientôt l'origine de ce nombre. ) le malheureux Bailly fut le premier en Europe qui, presqu'à la fin du dix-huitième siècle , prit la défense de l'antiquité indienne ; il citait , entre autres, des observations astronomiques faites 1,491 ans,et même 5,192 ans avant notre ère. Montucla et Delambre qui, comme Bailly, n'étaient pas des astronomes beaux-esprits, mais qui s'occupaient sérieusement de la science, attaquèrent vivement le système établi par leur compatriote. Le premier démontra que ce fameux nombre dont nous venons de parler (4,520,000 ans) n'est que l'expression d'une grande période , à la fin de laquelle le monde se renouvelle, selon les Indiens. Ils avaient calculé, comme les Arabes, que les étoiles fixes accomplissent leur révolution entière dans un espace d'environ 24,000 ans ( c'est la grande année platonique x ) , et regardant cette révolution comme un jour de Brahma , 560 de ses révolutions formeront une année dont la moitié compose un joug, ou 4,520,000 ans. Les astronomes anglais ne restèrent pas en arrière des attaques dirigées contre cet absurde système d'antiquité, mais celui d'entre eux qui a employé le moyen le plus efficace pour le combattre est sans contredit le docteur Bentley. Il est allé s'établir dans l'Inde pour étudier le sanskrit et le système astronomique des brahmes. Il s'est procuré leur ouvrage classique et sacré sur l'astronomie , le fameux Sur-' rya-Siddhanta ( ouvrage qui a fait faire de si curieuses bévues à Dupuis). Ce livre, auquel les Brahmes accordent plus de deux millions d'années d'antiquité , contient des calculs sur les positions et les mouvements moyens des planètes. C'est en comparant ces calculs avec ceux qu'on a tirés des tables européennes les plus exactes, pour les mêmes positions, que M. Bentley est arrivé à la démonstration que cet ouvrage ne peut pas avoir plus de 800 ans d'antiquité. Il l'attribue h Varaha, fameux astronome indien, dont on sait que le disciple Sotanuné vivait il y a environ 700 ans.

Un des mythes favoris des Indiens est l'histoire de Rama, dont

* Qui est plus exactement d'environ 25,ooo ans, à cause delà précession des éqtthioxes.

WTROMFCTION ANALYTIQUE. m

les exploits sont célébrés dans le Bamayanè, peëme «aéré , et tenu parmi les Indiens dans la plus haute vénération. Dans ce poème, on donne une description minutieuse de la position des planètes à la naissance du héros, et lorsqu'il atteignit sa vingtunième année. L'indication ici est précise, et on a pu avec facilité démontrer que l'état du ciel donné par la description répond à Tannée 961 avant notre ère.

Un personnage non moins célèbre dans la mythologie indienne est Krishna , connu depuis longtemps en Europe par la publication du Bhaguat-Geta , où se trouve le fameux colloque avec Arjoon. au moment de la bataille de Kooroo-Kshetra , dans les plaines de Delhy; ce nom de Krishna, écrit quelquefois Kristna, a fourni aux philosophes du dix-huitième siècle l'occasion d'établir quelque similitude avec le nom de Christ; et comme à cette époque personne ne révoquait en doute la haute antiquité du livre et du personnage , l'analogie qui se trouvait entre les principaux événements de la vie de Jésus et celle du héros indien n'a pas manqué d'être interprétée toute en faveur de ce dernier, regardé par les Indiens comme une incarnation de la Divinité. M. Bentley éprouva beaucoup de difficultés pour déterminer l'époque de l'existence de ce demi*dieu ; le livre ne contenait aucune indication astronomique, mais il fut assez heurenx pour se procurer le Jch nampatrade Krishna, espèce de thème généthliaque, contenant h position des planètes à la naissance du héros. D'après la supputation basée sur des tables européennes, réduites au méridien d'Oujein , il parait que le ciel ne peut avoir offert l'état décrit dans* le Janampatra que le 7 août de l'an 600 de notre ère. « Cette légende , dit M. Bentley, n'est donc qu'une habile imitation du Christianisme, imaginée par les brahmes, afin d'empêcher les naturels du pays d'embrasser la nouvelle religion qui avait commencée pénétrer jusqu'aux limites les plus reculées de l'Orient. * Si à des faits aussi positifs on ajoute les opinions d'astronomes distingués, tels que Laplace, Delambre et Schaubach, dont le premier va même jusqu'à nier que les observations datées de 1,491 ans et 5 , 192 ans avant l'ère chrétienne aient été réellement feites, et qui les croit seulement calculées par rétrogradation ; si à de telles autorités, disons-nous, on ajoute les témoignages de Moskelque, dUeeren et de Cttvler, on ne pourra s'empêcher de eoa-

xx INTRODUCTION ANALYTIQUE,

dure avec Kiaproth que « les tables astronomiques des Hindous auxquelles on avait attribué une antiquité prodigieuse ont été dressées dans le septième siècle de Père vulgaire , et furent postérieurement reportées par le calcul à une époque antérieure. »

Si nous passons maintenant à l'histoire de ce singulier peuple, nous trouverons, comme dit Heeren, que sa chronologie et son histoire sont aussi fabuleuses que sa géographie et son astronomie. Chez cette nation , l'imagination l'emporte sur toute autre faculté.

Quand on veut remonter à l'origine des dynasties qui ont régné dans l'Inde-, on arrive à deux races royales distinguées par les nom de surya et de chandra ; c'est-à-dire le soleil et la lune. Mais ces dynasties ne font pas plus autorité parmi les Indiens que les générations des héros et des rois parmi les Hellènes : c'est l'histoire poétique du pays. L'auteur que nous venons de citer, après un long travail sur ce sujet , finit par conclure que la région du Gange a été le siège de royaumes puissants et de villes florissantes, plusieurs siècles, et probablement 2,000 ans avant Jésus-Christ. Et au lieu de 6,000 ans avant Alexandre , date donnée par Arrien; au lieu des millions d'années supputées d après les fables des brahmes, nous trouvons, avec William Jones et d'autres, que le temps d'Abraham est l'époque historique la plus ancienne d'une organisation politique dans l'Inde. En étudiant d'autres documents, le colonel Tod est arrivé à des conclusions à peu près semblables; il fait coïncider rétablissement de la monarchie dans l'Inde avec l'époque où se sont fondées celles des Egyptiens, des Chinois et des Assyriens. Il faut placer cette époque environ un siècle et demi après le déluge, et plus tard, si nous adoptons la chronologie des Septante, que plusieurs savants sont disposés à admettre.

Les recherches de Heeren et du colonel Tod ont également éclairci deux points très-importants de l'histoire primitive des Hindous, savoir : l'origine de la nation en général, et celle des brahmes en particulier. Heeren n'hésite pas à croire , d'après ses scrupuleuses investigations', que ces derniers sont une race distincte venue du nord ; race de réformateurs religieux qui combattaient le bouddhisme, et dont la route est marquée par la li-

INTRODUCTION ANALYTIQUE. xxt

gte de temple» qu'elle a tracée dans sa marche vers le sud. Le colonel Tod, et avant lui William Jones, ont prouvé que les Hindous eux-mêmes placent le berceau de leur nation vers l'ouest, et probablement dans la région du Caucase ( ParopmniêUê ). À différentes époques, des tribus parties des mêmes contrées sont venues envahir les territoires possédés par leurs prédécesseurs, et la dernière grande irruption parait avoir eu lieu environ 600 ans avant notre ère, lors de la dislocation delà puissante nation des GèteS) dont une branche s'est étendue dans l'Inde et se retrouve encore dans les jiU de ce pays; tandis que l'autre brandie s'est portée sur l'Asie mineure , et est venue se jeter dans le nord de l'Europe, en donnant son nom au Jutland. En adoptant cette hypothèse du savant écrivain, et il est difficile de s'y refuser en voyant les points de similitude qui existent entre les habitants du nord et les habitants actuels du Rajasthan, dans l'habillement, la théogonie, les coutumes guerrières , les formes re-i ligieuses et les habitudes civiles; en adoptant, disons-nous, cette hypothèse , nous voyons comment deux colonies de la même tribu peuvent, dans le cours de quelques siècles, avoir acquis les caractères physiques les plus différents : l'une ayant les cheveux blonds et la peau blanche des Danois, l'autre la couleur brune, naturelle aux peuples de l'Inde.

La chronologie et l'histoire des Indiens étant ainsi renfermées dans des limites où il a été possible de les comparer avec celles des autres nations du globe, il n'y a plus, après eux, de peuple en Asie qui sous ce point de vue puisse être l'objet d'un long exa- l men. Les annales persanes peuvent a peine remonter au-delà de l'avènement des Sassanides. Quant aux autres royaumes mahométans, leur histoire ancienne se compose de ce qu'ils empruntent de Moïse ou de quelque tradition juive; et les nations chrétiennes, telles que les Arméniens et les Géorgiens , n'ont à produire aucun fait historique , ayant quelque authenticité, qui remonte plus de deux ou trois siècles avant Jésus-Christ. Il ne reste donc que la Chine, qui demande une attention particulière. '

Le peuple chinois possède une littérature nationale d'une haute antiquité , et a la prétention d'être la première ou la principale na- • tion du globe. Selon Klaproth , le plus ancien historien de la Chine • fut le célèbre philosophe et moraliste Confucius, auteur des an- '

«m ummmtm anuyhqoi.

nates cmwnessous le titre de Chu-King. On suppose quMHWait 4 ou 500 ans avant Jésus-Christ ; il fiait remonter son histoire an temps de Yao, 2,000 ans avant sa propre époque; mais les Chinois rédament contre une date si récente, et prétendent remonter à 5,976,000 ans.

L'authenticité même des livres de Confucius est fort douteuse : les Chinois racontent que 200 ans après la mort du philosophe, un de leurs mauvais empereurs, Chi-hoang-ti , proscrivit les livres historiques, et que ce ne fut que sous la dynastie suivante des Han , qu'un vieillard qui les avait appris par coeur put les faire écrire sous sa dictée. Aussi Rlaproth n'hésite pas à nier l'existence de tout document historique en Chine antérieurement à l'année 752 avant Jésus-Christ, époque voisine delà fondation de Rome, et alors que la littérature hébraïque était déjà sur son déclin. Abel Rémusat cependant est disposé à faire remonter l'histoire des Chinois à 2,200 ans avant Jésus-Christ, et toute tradition plausible jusqu'à 2,657 ans.

Les Japonais ne sont que les imitateurs des Chinois, et l'on ne peut ajouter quelque foi à leurs annales que vers l'avènement de Daïri au trône, 660 ans avant notre ère.

L'autorité de Moïse a donc résisté aux prétentions de toutes les chronologies qui se présentaient avee un aspect si formidable; et tout ce qui résulte des recherches les plus exactes des savants que nous avons cités, auxquels il faut joindre Windischmann et le philosophe Schlegel, c'est qu'il y a une grande coïncidence entre la date assignée à la fondation du céleste empire par Fo-hi ou Tu-chi ( que l'on suppose être Noé ) , l'époque du déluge selon le Pentateuque samaritain, et le commencement du Cali-Youg, ou quatrième âge des Indiens. Quelques-uns croient aussi que les caractères écrits des Chinois doivent avoir 4,000 ans d'antiquité, ce qui en ferait remonter l'origine à trois ou quatre générations après le déluge. C'est à cette soudaine et grande catastrophe du déluge qu'il faut en appeler, pour trouver la solution la plus naturelle de toutes les difficultés historiques ; et le concours des témoignages que nous avons sur ce grand phénomène physique , ainsi que la tradition que l'on en trouve établie chez les nations les plus vaines de leur antiquité , rend inattaquable cette partie de notre histoire révélée.

INTRODUCTION ANALYTIQUE. xïih

Une nation dent l'histoire est peut-être plus intéressante pour nous qu'aucune de celles dont nous venons de parler, ce sont les Egyptiens. Ce peuple, aujourd'hui si près de nous par la prodigieuse rapidité de nos communications, joue un rôle trop important dans notre histoire sacrée pour que nous ne cherchions pas à connaître tout ce qui le concerne. Ce qui surtout excite la curiosité sur ce peuple étrange , ce sont non-seulement ses monuments gigantesques, mais les inscriptions dont ces monuments sont recouverts, inscriptions dont nous commençons à connaître l'alphabet, mais qui, pendant 2,000 ans, ont été regardées par les savants comme des énigmes dont il était inutile de chercher le sens, car on le jugeait impossible à trouver. Ce n'est pas que les travaux manquent sur ce sujet : les noms de Zoega et de Jablonski indiquent des hommes laborieux qui ont donné leurs conjectures, mais n'ont pu aller au-delà.

Saint Clément d'Alexandrie a consacré le quatrième livre de ses Str ornâtes à l'exposition de quelques parties du système hiéroglyphique ; mais son livre n'est devenu intelligible que depuis les découvertes modernes.

Pendant leur séjour en Egypte, les Français découvrirent à Rosette une pierre gravée, que les Anglais ont ensuite apportée en Europe. Cette pierre contient une inscription en trois langues : en l'examinant, on pensa avec raison que les noms propres que Ton voyait dans l'une des trois langues, la grecque, devaient se retrouver dans les deux autres, et ils s'y trouvèrent, en effet, renfermés dans des cartouches. On lut ainsi les noms de Ptolémée et de Bérénice , ou comme ils sont écrits : Ptolmes et Brneki.

Le docteur Young fut le premier qui ouvrit la voie de ces intéressantes découvertes ; mais Champollion le jeune eut la gloire nonseulement de compléter l'alphabet à peine ébauché, mais encore de coordonner toutes les observations éparses, et d'en faire un corps de doctrine. Il fit voir que les Egyptiens se servaient de trois sortes d'écriture, Vépistolographique , ou écriture courante (démotique) ; l'hiératique, ou caractères employés par les prêtres; et r hiéroglyphique , ou caractères monumentaux. C'est alors que Ton put comprendre le passage de saint Clément d'Alexandrie, que M. Letronne a traduit et commenté, et qui établit l'existence

xxiv INTRODUCTION ÀNALYflQBE.

des trois sortes d'écriture* que Ton n'avait pas soupçonnée jusqu'à ,

ce moment.

Une des premières applications que fit Champollion de sonim- . portante découverte, fut de tenter de rétablir la série des rois . d'Egypte. Prenant la fameuse table d'Àbydos, il parvint à retrouver les individus auxquels appartenaient les prénoms dont cette table donne la liste; il trouva qu'ils se rapportaient à la dix-huitième dynastie. Il démontre clairement que les Hébreux ne vinrent en Egypte , et Abraham avant eux , que sous les rois pasteurs, les Hyk-shos; ils n'auraient point été admis sous un prince égyp- , tien : aussi furent-ils réduits en esclavage, lors de la restauration de la dix-huitième dynastie.

Champollion ne put échapper à la calomnie : on l'accusa d'impiété à cause de ses découvertes; il se disculpa dans une lettre restée inédite , et dans laquelle il s'exprime ainsi : « Je démontre qu'aucun monument égyptien n'est réellement antérieur â l'an 2,200 avant notre ère » C'est, en effet, en adoptant la chronologie et la succession des rois donnés parles monuments égyptiens, que Thistoire égyptienne concorde admirablement avec les livres saints. Le professeur Rosellini de Pise fut le compagnon de t Champollion dans son expédition d'Egypte; depuis la mort de ce dernier , c'est lui qui publie le voyage de découvertes qu'ils ont fait ensemble. Ce savant prend la chronologie de l'Ecriture pour base de tous ses calculs. Il explique très-bien comment , , après l'expulsion des Hyk-shos par Aménophis, beaucoup de mo-, numents qu'ils avaient élevés furent détruits , et comment de nouveaux édifices furent construits par les mains des Hébreux , réduits en esclavage et considérés comme les alliés des usurpateurs. C'est de cette époque que datent Karnak, Luxor et Medinet-Abou. Les rois d'Egypte se vantaient qu'aucun Egyptien n'avait mis la main à ces ouvrages, et que des étrangers seuls avaient été contraints à les faire.

La chronologie établie par le professeur Rosellini sert à éclaircii une difficulté fort importante. On reprochait à la Bible de n'avoh pas parlé de la grande invasion que fit Sésostris dans la Palestine et dans toute l'Asie, voici comment ce silence s'explique : « La enfants d'Israël sortirent d'Egypte la dernière année du règne d< Ramsès, auquel succéda Sésostris , et ce fut pendant les quaranti

fiïTIODUCTION ÀNÀLYTTQOT. atf

\ que Ittftébreux payèrent dans le désert que le conquérant égyptien fit ses expéditions : il traversa la Palestine avant que les Israélites y fassent arrivés; il n'y a donc pas eu de raison pour parler de lui dans les annales sacrées.

Rosellini et tous les autres chronologistes placent la cinquième année de Roboam au temps où Sésac parcourut le royaume de Juda et conquit Jérusalem ; ce qui répond à Tan 971 avant Jésus* Christ. Or, sur les monuments égyptiens on voit que Sheshonk commença son règne, et la vingt-unième dynastie, précisément à la même époque. On retrouve encore beaucoup d'autres noms dans la Bible qui sont également sur les monuments, le plus curieux est Amasis, dans Ezéchiel (ch. xxix, v. 50-54). Nous voyons que Dieu donne Pharaon et la terre d'Egypte à Nabuchodonosor, « et qu'il n'y aura plus de prince de la terre d'Egypte. » Cependant, Hérodote et Diodore parlent d'Amasis comme roi d'Egypte. Sur les monuments , ce prince ne reçoit jamais les titres attachés à la royauté en Egypte, on lui donne seulement le titre de Mélek, qui indique une délégation de pouvoir : il régnait pour le compte d'un autre ; c'était un vice-roi. Et encore , dans ce cas , l'exactitude de l'écrivain sacré se trouve confirmée.

Les adversaires de la révélation ont cru un moment leur triomphe assuré, lorsque l'expédition d'Egypte, sous Napoléon, eut fait connaître au monde l'existence de plusieurs zodiaques peints ou sculptés dans les temples de Dendérah et d'Esneh. On prétendit d'abord qu'ils représentaient l'état du ciel à l'époque où ils avaient été construits. Des savants attribuèrent au grand zodiaque d'Esneh 7,000 ans d'antiquité (il aurait eu plus de 25,000 ans selon Dupuis, dont on ne cite plus les absurdités ). Celui de Dendérah ne datait que de 4,000 ans, ou de 4,600 ans, suivant Volney. Jamais question astronomique ou chronologique ne rat débattue avec plus de vivacité» Les premiers antagonistes de l'antiquité furent le savant prélat Testa et le célèbre antiquaire Visconti, qui, s'appuyant sur des raisonnements purement archéologiques, démontraient que le zodiaque de Dendérah, entre autres, ne pouvait pas remonter au-delà des Ptolémées, et que même des inscriptions grecques le renvoyaient à l'un des Césars. M. Letronne, se fondant sur les mêmes observations , et d'après l'examen du style du parvis du temple d'Esneh, et d'une inscription tracO*

tsn ftVftOMKflOK ANAlTTKJfK.

sur imeolom* du temple, fixe k eosstruGtiotfr cfoeè aux premières années du règne d'Àntonm. La question archéologique paraissait résolue ; mais la question astronomique était en* core défendue avec acharnement , lorsque M. Caillaud, voyageur hardi et persévérant , rapporta en France une momie découverte à Thèèes et dont l'enveloppe en bois contenait à l'intérieur un lodiaque ressemblant exactement à celui de Dendérah. M. Letroraiee»» piiqua, au moyen des cartouche», queeette momie était celle de Pétéménon, fils de Ptolémée Soter et de Ctéopàtre, mort à ai ans, sous te règne de Trajan, le 2 juin de Pan ltô de Père chrétienne. L'identité parfaite de ce zodiaque avec celui de Dendétuh démo»* tira que ces monuments n'étaient point astronomiques, mai* purement uêtrobgiqueê'y conclusion à laquelle on aurait dû awfrer depuis longtemps, en considérant qu' aucun noêiaque n'étant eu rapport avec les étoile», ne peut être astronomique. Les figwee du zodiaque nesoBtqwl'indrcatroades coMttU&tfonë auxquefc» les elfes appartiennent, et ne servent qu^à marquer ee que les astrologues appelaient les douze maison* du $oML Si Pou et! suivi cette vote, et cherché Porigine du zodiaque hn-méme,OH serait arrivé à la solution de la question d'antiquité. En effet, toutes ees figures sont prises dans les constellations de te sphère dPEudoxe, et il faut bien que te sphère soit plus ancienne que tes figures qu'on eu a extraites. Or, te sphère porte avec eëe te date et le lieu de son invention. SI on examine cette sphère sur un globe à potes mobiles, on découvrira autour du pôle sud ou antarctique un vide, un blanc circulaire où aucune étoile n'est indiquée. Ce vide est évidemment la portion du ciel qui ne se découvrait jamais à te vue de l'observateur. En cherchant Phorâon correspondant à cet espace , on voit que l'auteur vivait vers te quarantième degré de latitude nord. Ce peint donné , il sera facile de déterminer lescokares et les points solsticiaux; et en ajustant le globe, on trouvera, par te calcul de la précession des équinoxes (environ un degré en soixante-onze ans ) , que cette sphère a dû être tracée environ 1,500 ans avant notre ère. D'ailleurs, si ces zodiaques eussent été réellement anciens , ils auraient contenu les figures grotesques du planisphère égyptien ( en te supposant ancien lui-même ); mais ils n'ont été introduits dans le pays que depuis les dynasties grecques, et lorsque te religion et tes traditions

wnawanoN mâi.Yfi«t%. xm

antiques étaient déjà perdoesJI. Letronae * démontré d'ttoe ma* nière fort claire quel'asteologie était dans sa plu* grande splendeur, tant à Rome qu'en Egypte, à l'époque où forent construits les édifices qui contiennent ces zodiaques. Il est donc inutile de chercher aucune date; ce ne sont que des amulettes qu'il faut ranger avec les abraxas des gnostiques , sur lesquels on a voul* aussi retrouver des dates ; il est presumable que les uns et les autres ne sont que des talismans heroscopiques, de vrais thème» génétWiaques.

M. Wisemana consacré son neuvième discours à l'archéologie^ ou plus exactement à l'examen des monuments anciens qui ont quelque rapport avec les livres saint*; car ici il ae s'agit pas de la science en elle-même: il s'occupe d'abord des médailles; elles fan servent à éclaircir plusieurs passages des Ecritures devenus Hohjet de vives controverses. Ainsi, il existe une contradiction appavsnte entre les paroles de la Genèse ( en. xxxia , v. 19 ) et les Actes des Apôtres (vu, 16. ) relativement au prix d'un champ acheté par Jacob aux fils d'Hémor. Saint Etienne, dans les Actes, dit que lé prix en fat payé en argent, tandis que le texte de la Genèse dit qu'il fut payé en cent agnewx ou moutons. Ceux qui ne voulaient pas qu'il y eût contradiction alléguaient, à la vérité, -que l'on- avait pu dès ces temps-là faire ce que l'on a vu ensuite chez les Romains, puis chez d'autres peuples modernes, c'est-à-dire donner à la monnaie le nom du type qu'elle portait. De cette pratique sont venus le nom ôepeeuma chez les Romains, et celui d'ange ou de eroiœ chez les Franfeis et les Anglais. Cette conjecture très plausible vient de se convertir en certitude par la découverte récente d'une médaille phénicienne dans l'âede Chypre : elle fut trouvée près de CûtiM» par k A— am Ciarke, eBe est en argent, et porte une légende en caractères phéniciens, et sur le côté opposé, la figure d'un mouton. Le sa-r vaut Munter de Copenhague en a fait le sujet d'une disserta-

La science numismatique a été appliquée d'une, manière remarquable A la justification de la chronologie des livres saints. Dans le premier livre des Macchabées ( vi, S, ) on désigne Alexandre4e-Grand comme celui qui fut le premier roiparm Us Créa, La désignation est fausse, o-t-en dit, car Alexandre

xxvm INTRODUCTION ANALYTIQUE,

a eu plusieurs prédécesseurs en Macédoine : ils furent certainement rois , et ils régnèrent chez les Grecs; mais Frohlich, dans son grand ouvrage numismatique sur la Syrie, démontre que pas un des prédécesseurs d' Alexandre, quelle qu'ait pu être sa puissance, ne prit jamais sur sa monnaie le titre de Basileus, roi.

Le deuxième livre des Macchabées contient, dans le premier chapitre, une lettre adressée par les Juifs de la Palestine à leurs frères en Egypte ; elle est datée de Tan 188 de Père des Séleucides, et contient un récit détaillé de la mort du roi Antiochus en Perse. La difficulté est de savoir de quel Antiochus on a voulu parler; car plusieurs rois ont porté ce nom. Celui dont le règne coïncide avec cette époque est Antiochus VII Evergète Sidètes; mais, au rapport de Porphyre et d'Eusèbe, qui sont unanimes sur ce point, ce roi serait mort en 189, dans une guerre. Comment alors les Juifs ont-ils pu, en 188, parler de sa mort comme d'un événement récent. On n'hésitait pas à accuser d'erreur l'auteur du livre des Macchabées et à donner toute confiance à l'assertion des deux historiens profanes. Cependant ils étaient eux-mêmes dans l'erreur, car Frohlich a encore présenté deux médailles portant le nom cT Antiochus, l'une datée de 185 et l'autre de 184; plus tard, il en a publié une autre du même roi, sous la date de 185 , et Eckhel en a ajouté une quatrième , datée de 186. Or, ces médailles étant regardées comme authentiques parles plus savants numismates, les livres saints se trouvent encore complètement exacts sur cette question.

La grande catastrophe dont les traces sont si profondément empreintes dans nos vallées et sur nos montagnes , et dont tous les peuples de la terre ont conservé le souvenir , se trouve représentée symboliquement sur quelques médailles. 11 s'agit ici , non du déluge décrit par les poètes, et qui n'était qu'une fable mythologique , mais de la légende rapportée par les historiens, et semblable à ce que Lucien et Plutarque racontent de Deucalion. Or, sur des médailles impériales en bronze de la ville d'Apamée , en Phrygie, on voit d'un côté la tête de différents empereurs; mais , sur toutes , le revers est semblable : on y remarque un coffre voguant sur les eaux , et dans lequel sont un homme et une femme qu'on aperçoit jusqu'à la ceinture; en dehors, et tournant le dos

INTRODUCTION ANALYTIQUE. xxrx

au coffre, semblent marcher une femme habillée d'une longue robe et un homme court-vêtu: ils tiennent les mains élevées; sur le couvercle du coffre est un oiseau , et un autre se balance dans Pair, tenant dans ses pattes une branche d'olivier. Sur un des côtés de l'arche se trouvent quelques lettres; le sens qu'elles renferment a été le sujet de plusieurs savantes dissertations. Des savants, qui prétendaient avoir vu ces médailles, disaient y avoir h* NHTON, d'autres NEOK, et enfin NOE et NEO; les explications ne manquèrent pas sur chacune de ces versions. A la fin, Eckhel- a prouvé que les médailles ne portent que les deux lettres NO; sur toutes, une troisième lettre parait avoir étéeifacée parce qu'elle était la partie la plus saillante du relief. Eckhel pense que comme toute la scène représentée se rapporte évidemment au déluge de Noé, c'est son nom qu'on doit y lire. Mais quelle raison ont pu avoir les Apaméens de placer un pareil symbole sur leur monnaie? De même que les villes anciennes prenaient souvent pour symbole des événements qui s étaient passés dans leurs environs, la ville d'Apamée adopta Farche de Noé, parce que le mont Àrarat était dans son voisinage.

Quant à la forme donnée ici à l'arche, elle paraît être traditionnelle ; on la retrouve identiquement sur beaucoup de monuments chrétiens des premiers siècles de l'Eglise; et il est évident que les Chrétiens, dans ces peintures si semblables entre elles, quoiqu'exécutées sur des monuments divers , se conformaient à un type commun , tout-à-fait distinct de celui qui est donné par l'histoire sacrée.

Si des médailles nous passons aux inscriptions, nous y trouverons des renseignement plus détaillés; ces dernières ont souvent donné des éclaircissements philologiques sur quelques passages obscurs de l'Ecriture. Nous nous contenterons d'un petit nombre d'exemples. On trouve dans Jean ( chap. iv, v. 46) le mot Basilicos , que l'on traduit indifféremment par un certoin seigneur, ou par gouverneur ou courtisan. Une inscription citée par Monter, et trouvée sur la statue de Memnon, a démontré qu'on ne peut traduire cette épithète que par courtisan ou serviteur du roi. Mais une classe d'inscriptions des plus intéressantes sont celles relatives aux martyrs des premiers siècles du Christianisme. Bodwel et Gibbon prétendaient tjue le nombre de ces hommes cou-

xxx INTRODUCTION ANALYTIQUE,

rageux qui avaient donné leur sang en témoignage de leur in* n'était pas aussi considérable que les écrivains ecclésiastiques le disaient. Cette allégation, car ce n'était pas autre chose, a été complètement détruite par les recherches de ViscontL Ce savant et judicieux antiquaire a recueilli et publié toutes les inscriptions qui se trouvent dans les catacombes. On y voit que les Chrétiens, poursuivis sans relâche par leurs bourreaux, n'avaient «pas te temps d'indiquer combien de corps de martyrs avaient été déposés dans tel lieu, et ne pouvaient en transmettre les noms: c'est ainsi que Ton trouve MarceUa et Cinq cent cinquante martyrs du Christ. Puis cent cinquante martyrs au Christ, etc. Burnet avait affirmé que les Chrétiens n'avaient eu possession des catacombes que vers le quatrième siècle; cette assertros a été démentie par des inscriptions du temps de Vespasien et Trajan; toutes ces inscriptions concourent à prouver qu'il n'y avait rien d'exagéré dans les plaintes àmères des premiers Chrétiens.

Passons aux monuments proprement dits : ils forment une classe spéciale de symboles commémora tifs plus complets ; ils sont en quelque sorte la tradition réfléchie et calculée qui lègue la gloire des générations passées aux générations qui les suivent Dans le dernier siècle, les livres de Moïse furent souvent attaqués à cause des raisins, et des vignes, et peut-être du tu», dont il est lût mention comme ayant appartenu au sol et aux usages de l'Egypte. Car Hérodote nous dit expressément qu'il n'y a point de vignes dans ces pays, et Plutarque nous assure que les naturels abhorraient le vin. On a, comme à l'ordinaire, beaucoup écrit sur cette question; mais les monuments égyptiens sont venus la décider. Dans la grande description de l'Egypte publiée par le gouvernement français, M. Costaz donne le tableau détaillé de la vendange et de la culture de la vigne en Egypte, depuis la taille de la plante jusqu'à l'extraction du vin , d'après les peintures qui se' trouvent dans l'Hypogée du souterrain d'Eilithyia, et il blâme sévèrement Hérodote pour avoir nié l'existence de la vigne dans ce pays. M. Jomard a rappelé également des restes d'amphores trouvées dans les ruines d'anciennes villes et encore imprégnées détartre. Mais la découverte de l'alphabet égyptien par ChampoUion a mis fin à la discussion: il parait maintenant certain

INlMDGCffON ANALYTIQUE. xxsu

non-seulement que le vin était connu en Egypte, mais enoort qu'on en faisait usage dans les sacrifices. ItaseUini a ajouté sur le même sujet de nouveaux détails à ceux que Ton connaissait déjà.

Un monument extrêmement curieux réclame maintenant toute notre attention, c'est un vase découvert aux environs de Rome en 169t, «t qui représente très en grand, et avec plus de dé* tatls*, le même sujet que nous avons vu sur les médailles d'Apamée •' il s'agit du déluge. Mais au lieu de médailles ce sont ici des figurines plaoéeadans un vase pour représenter une scène du déluge. U y a vingt couples d'animaux et plus de trente-cinq figures humaines, quelques-unes isolées, d'autres en groupes, mais toutes dans la posture de quelqu'un qui cherche à échapper à une inondation. Toutes les femmes sent portées sur les épaules des hommes. On présume que c'était un des vases dont on se servait dans b célébration de VhyèrùphoHa , ou commémoration du déluge. La beauté du travail de toutes ces figurines fait supposer qu'elles sont d'une haute antiquité ; mais aucun renseignement ne permet d'assigner une date à ce singulier monument.

Le professeur Rosellini a le premier fait remarquer un synchronisme curieux entre Roboam, roi des Juifs, etShishak (Sesae), roi d'Egypte. Ce roi d'Egypte est omis par Hérodote et Inodore , quoique Manéthon en parle sous le nom de Sejonchis : plusieurs monuments lui donnent le nom de Shishonk. Rosellini regarde cette concordance entre les annales des deux peuples comme la base naturelle de tout système de chronologie égyptienne et il existe un monument qui établit complètement cette concordance , et offre en même temps une des confirmations les plus frappantes de l'histoire sacrée.

Le troisième livre des Rois ( xiv, 28) et le second des Paralipomènes (xn, 3)rapportent queShishak, roi d'Egypte, marcha contre Juda dans la cinquième année du règne de Roboam; il pilla le temple et réduisit le peuple en esclavage. Dans la grande Cour de Karnak on reconnaît, parmi un grand nombre de captifs , le roi des Juifs les mains liées sur le dos ; il a le profil bien connu delà race juive, profil dans lequel M. de Paravey croit retrouver le type de figure attribué par la tradition à notre Sauveur. Mais, ce qui lève tous les doutes, c'est que, sur un bouclier qui

xxxn INTRODUCTION ANALYTIQUE,

porte ce personnage, on Ht en hiéroglyphes son titre : Roi des Juifs. On peut dire qu'aucun monument découvert jusqu'à ce jour n'a donné une preuve aussi convaincante de l'authenticité de l'Ecriture-Sainte '.

1 A l'époque où M. Wisemau a terminé son ouvrage, M. Cailtaud n'avait pas publié ses Recherches sur les arts , etc. , des anciens peuples de l'Egypte, etc. Dans les planches nombreuses qui composent cet ouvrage, il aurait trouvé l'explication de plusieurs passages de l'Ecriture dans lesquels on fait allusion aux coutumes des Egyptiens, particulièrement sur la paille et le chaume que les Israélites étaient obligés de se procurer pour les travaux auxquels on les forçait (Exod. v, 6 , 7 , ia. ), sur la manière de séparer la paille du grain qui venait d'être foulé ( Ps. 1,4; Isaïe, a 4 ; Math, m, la. ) La manière de conserver le poisson, si abondant dans les rivières, explique les murmures des Hébreux dans le désert ( Nomb. xi, 4 , 5, 6. ). L'usage d'arroser par des rigoles que Ton ouvre ou que l'on bouche avec le pied , éclaircit un passage du Deutéronome (xi, 10, 11) où l'on fait allusion à cette pratique. Les chevaux qu'on voit sur les monuments semblent appartenir à la belle race des Dongola, et Salomon a donc pu en faire venir pour monter sa cavalerie (II Paralipom. ix, aS). Tous les arts, indiqués jusque dans leurs moindres détails avec un soin si minutieux, sont une peinture vivante des mœurs de ces temps antiques : c'est ainsi que l'on voit filer le lin et fabriquer les étoffes , et jusqu'aux couleurs indiquées dans l'Exode ( xxxv, a5). Mais un des exemples les plus remarquables, c'est l'explication du titre du Ps. 44 (Eructavit ). Ce psaume est regardé par quelques auteurs comme un chant nuptial pour le mariage de Salomon aveo une fille de Pharaon , bien qu'on admette généralement qu'il se rapporte prophétiquement à la grâce et à la majesté du royaume du Messie. On. traduit ainsi le titre de ce psaume : Au chef musicien ( pour être chanté) sur le Shoshanim (Hexaclwrde) , pour les enfants de Koré, Maschil, chant d'amour, Shoshanim signifie des lis ( 'lotus ); or, les choristes des temples et des palais des rois avaient la tète ornée de lis ( comme on le voit dans l'ouvrage de M. Caillaud ) ; en leur qualité de suivantes de la princesse, c'était à elles qu'il appartenait de chanter l'ode d'uyménée. Les treizième et quatorzième versets contiennent la des« cription des étoffes dont la fabrication se voit sur les monuments.

( Note du traducteur. )

INTRODUCTION ANALYTIQUE. xxxm

Les études orientales sont l'objet des dixième et onzième discours, et comme ces études se partagent naturellement en deux branches, la littérature sacrée et la littérature profane, chacune devient l'objet d'un discours en particulier.

Ce serait en vain que dans l'espoir d'un plus grand succès on chercherait en faveur du Christianisme des preuves auxiliaires ou des documents confirmatife de ses livres sacrés ailleurs que dans le pays où il a pris naissance : l'Orient est le berceau des nations ; là , naquirent les espèces primitives, et là , elles se renouvelèrent après le déluge. Mais, dénué en apparence du pouvoir de donner à ses habitants le dernier développement de l'énergie intellectuelle , tandis qu'il leur prodigue la vie physique dans le plus haut degré de perfection, l'Orient les a engendrés et préparés de telle sorte que, soumis à des influences convenables , ils sont parvenus au dernier degré possible de civilisation, de lumières et de puissance.

Les nations de l'Asie ont un caractère de fixité inaltérable qu'on chercherait vainement chez aucun peuple de l'Europe; on ne pourrait se figurer la manière d'être des Européens, il y a deux siècles, par celle que l'on observe aujourd'hui. Mais en Orient nous trouvons les Chinois absolument tels que les représentent leurs plus anciennes traditions: les Mongols et les^Turcomans, avec leurs maisons roulantes et leurs troupeaux errants , mènent la vie des anciens Scythes ; le brahme fait les mêmes ablutions , et au même fleuve, comme ses ancêtres il y a deux mille ans; l'Arabe boit aux mêmes sources et suit les mêmes sentiers que le Juif à sa sortie d'Egypte. C'est donc dans ces contrées qu'il faut chercher tout ce qui rappelle l'histoire primitive de l'homme et l'explication des allusions contenues dans l'Ecriture-Sainte. Les matériaux sont tellement abondants pour cette partie de nos recherches, qu'il est nécessaire de les diviser en deux classes : la première comprendra les recherches critiques, et la seconde les recherches philologiques. Dans ce discours, on ne s'occupe que des études qui ont rapport au texte de l'Ecriture.

La science critique que les Allemands appellent l'Exégèse, est le fondement de ces recherches; elle remonte aux premiers siècles de l'Eglise : cette science s'enquiert des véritables mots de chaque texte pris séparément , puis examine les différences qui peuvent

INTRODUCTION ANÀLYTIÇOE.

se trouver entre chaque texte. L'influence de cette étude sur les preuves en foreur du Christianisme est nécessairement très-grande; en voici des exemples : le verset 17 du psaume xxi a été l'occasion d'un grand nombre de dissertations; il s'agissait de savoir si le mot eari doit se tiré de manière que la phrase signifie, selon les Septante, « ils ont pereé mes mains et mes pieds » (mots prophé* tiques appliqués à Jésus-Christ) , ou s'il tout lire avec les Juifs et les théologiens rationalistes : « Mes mains et mes pieds sont semblables à un lion. » Le nouveau Testament fournit encore plus d'exemples de l'importance de la critique. Indépendamment de l'éternelle querelle qui s'agite encore pour savoir si le célèbre verset des trois témoins (Jean I, v. 7) fait partie du texte original, ou si c'est une interpolation, le passage de Timoth. (m, 16) a soulevé une dispute bien plus grave. Il s'agit de savoir s'il faut lhfe : « Dieu apparut dans la chair, » ou « qui apparut dans ta chair. » Toute la difficulté repose sur la barre transversale de la lettre grecque © ; car le mot OS , qui , sera l'abréviation de theàs, si i'Oest barré. On a eu recours au microscope pour s'assurer dfe l'existence de la barre, et, à foree d'être examinée et de passer de mains en mains, la barre et la lettre, tout a disparu; c'était sur un célèbre manuscrit que l'on s'exerçait ainsi , le manuscrit Alexandrin du musée britannique. Un manuscrit de Paris ( le Coée» JSjphretn) présente la même incertitude dans ta forme de cette même lettre.

Lorsque l'invention de l'imprimerie eut rendu le texte de la Bible accessible à tous, une discussion s'éleva sur son exactitude > et, voyant que dans quelques endroits le texte différait des versions, on soupçonna les Jùife d'avoir altéré leurs manuscrits ; on prétendit même que les versions devaient être préférées au texte original. On s'occupa enfin sérieusement de l'examen des manu»orits, et il fut prouvé d'une manière évidente que les Juifs avaient conservé le volume sacré , pur de toute mutilation. Beaucoup de savants hommes se sont livrés à la recherche et à la eolldtion des manuscrits : Michaëlis et le père Houbigant parurent les premiers dans cette carrière; mais ils furent bientôt dépassés par le savant Benjamin Rennicott. En 1680 , il publia à Oxford sa grande Broie critique, fruit de dix ans de travaux, pendant lesquels il compulsa près de six cents manuscrits, qu'il alla chercher dans toutes

feajMitttfds FEurope ; ii troova à Roaac tout Tac«i«il el too» les renseignements qu'il pouvait désirer; oe qui dénient l'assertion de quelque* auteurs, que l'Eglise ne voit pas avec plaisir la publioation cfca textes originaux, à cause des différences qui peuvent •e trouver avec les versions reçues. Nous verrons tout à l'heure fifilie est la valeur de cette dernière supposition. L'homme le plu&étonnaat pour sa persévérance et son habileté à se procurer cbs manuscrits est certainement Jean-Bernard de Rossi, professeur aPara^;. pauvre et modeste, il ajuxmvé le moyen, non pas seujftusnt de lire, mais d'acquérir six. cent quatre-vingts manuscrits Wtaux; tandis que les plus célèbres bibliothèques de l'Europe «û{*sjèderMà peine trente à quarante chacune. Cette riche et unifiecsUeetion fait partie maintenant delà bibliothèque de Bannit ^fûBâisj l'a léguée par son testament

Après avoir recueilli tin aussi grand nombre de manuscrits, b pensée dut venir de le» examiner et dç les comparer, ate de wwûnaureea quoi ils différaient soit entre eux soit avec les vermm le» plus .accréditées ; beaucoup de temps et de science ont été prodigués dans ce long et pénible travail, et il est satisfaisant devoir qu'on n'a pu rien découvrir qui ait jeté le moindre doute sur aucun des passages considérés auparavant comme certains et dââifeea faveur «Je quelque point important de la doctrine sacrée. Indifférences de texte laissent intactes les parties essentielles de chaque phrase, et n'ont rapport qu'à des points d'ime importance ftttondaire, tels que l'insertion ou l'omission d'un article ou d'une conouetion, l'exactitude plus ou moins grande d'une construction grammaticale, et la forme plutôt que la substance des mots. Ces BÉuUata sont communs à l'un et à l'antre Testament. Eichhorn et KflHBoott sont d'accord sur ce point; et dans ces dernières années» tafeit inattendu ena donné une nouvelle et frappante confirmation; nous voulons parler du manuscrit que le docteur Buchanan apporta en Europe, et dont se servaient les Juifs de race noire éta- Ûbdans l'Inde de temps immémorial, et depuis des siècles séparés de leurs frères des autres parties du monde. C'est un fragment cftm immense rouleau; U contient une partie considérable du Peutatenque. M. Yeates l'a publié, et il résulte de son travail qu'il n'existe pas entre les deux textes plus de. quarante différences, dont aucune n'a la moindre valeur; elles ne concernent pour la

HNLYi INTRODUCTION ANALYTIQUE.

plupart qut des lettres, telle» que jod ou tau, que Ton ptutemtt*

tre ou ajouter très-indifféremment.

Le réformateur , et à vrai dire le fondateur de la critique sacrée, est J.-J. Griesbach; G'est lui qui en a établi, les principes régulateurs/An moyen d'une recherche longue etlaborieuse , il s'assura que tous les manuscrits connus peuvent se diviser en trois classes auxquelles il a donné le nom de Recensions, parce qu'il suppose qu'elles sont le produit d'éditions corrigées sur le texte dans différents pays; c'est pourquoi il leur donne les titres de Recensions d'Alexandrie , de l'Occident , et de Byzance. Tout manuscrit connu -appartient à l'une de ces classes, et quoiqu'il puisse accidentellement s'écarter du type commun , il s'y rapporte quant à son ensemble. Scholz a enchéri sur Griesbach : après avoir voyagé dans toute l'Europe et dans tout l'Orient pour vérifier des manuscrits, il a publié en 1850 une édition critique dans laquelle il réduit les familles à deux, et rend ainsi encore plus facile l'application du principe du savant critique qui l'a précédé. Ainsi, l'on peut dire que la science critique a non-seulement renversé toute objection tirée des documents que nous possédions déjà , mais qu'elle nous a donné une entière sécurité contre tout ce qui pourrait encore être découvert.

En même temps qu'on s'occupait de la collation des manuscrits pour avoir un texte exact, on travaillait à la simplification de la grammaire qui devait en faciliter l'étude. La grammaire hébraïque a subi beaucoup de transformations en Europe; elle fut longtemps abandonnée exclusivement aux Juifs, et le savant Reuchlin ne put l'étudier qu'en payant à Rome les leçons d'un Juif, au prix d'une couronne d'or par heure. Aussi, jusqu'au milieu du dix-septième siècle , cette grammaire conserva tous les caractères distinctifs de l'école juive, toutes les minuties des points massorétiques ; puis elle se perfectionna à mesure qu'on la compara aux langues sémitiques que Ton étudiait en même temps. Enfin Gesenius, en 1817 , a publié une grammaire hébraïque complète , dans laquelle il a mis à profit toutes les découvertes de la philologie moderne; et c'est une chose importante, car l'influence de la grammaire sur l'interprétation d'un passage est de la plus grande portée. On va en juger. La prophétie la plus magnifique et la plus circonstanciée de l'ancien Testament avait été niée (Isaïe, ch.

INTRODUCTION ANALYTIQUE. xxxvii

lu et tin ) ; on se fondait sut* l'examen grammatical de la valeur du pronom lamo (lui, il), qu'on supposait être la dé du passage entier , et on alléguait une règle posée pat le savant grammairien qui privait ce mot de la seule signification compatible avec l'interprétation prophétique. Eh bien! cette règle, les recherches des derniers grammairiens l'ont renversée ^ et la phrase a repris le sens prophétique que lai donne l'Eglise. C'est Ewald qui * par sa grammaire critique publiée en 1887 , a rendu ee service à la science.

Dés les premiers siècles de l'Eglise i on a cherché à interpréter le sens de l'Ecriture; on y a procédé au moyen de principes et de règles, et ainsi s'est formée la science herméneutique, ou l'interprétation allégorique des livres saints. Saint Ephrem , un des premiers Pères , fait souvent usage de cette interprétation, et tous les Pères s'en sont plus ou moins servis. Cette science est aussi progressive, et son avancement a fait disparaître des préventions contre les premiers écrivains du Christianisme : c'est au point que les Pères de l'Eglise, que dans le dernier siècle on traitait avec tant de dédain, sont aujourd'hui considérés comme des auteurs dont les écrits demandent toute l'attention de Térudit et du philologue.

M. Wiseman feit ensuite connaître l'existence d'une école qui s'est formée en Allemagne vers le milieu du dernier siècle * et que l'on a nommée Vécole rationaliste : son but était l'interprétation libérale de l'Ecriture ; elle repoussait l'inspiration divine ; tout miracle était présenté comme une allégorie, une allusion ou un événement naturel revêtu de l'exagération orientale. Semler, qui le premier répandit ces opinions, conclut qu'on ne peut exiger d'aucun théologien protestant qu'il ait foi dans l'inspiration divine. Un autre auteur, Dewette, ne trouve de différence entre les prophètes et les voyants des nations païennes que « parce que ceux-ci manquaient de l'esprit de morale et de vérité qui caractérise le monothéisme, esprit qui purifiait et sanctionnait la prophétie hébraïque. »

ta Prdvidence a voulu que ces impiétés fussent combattues et réfutées dans le pays même où elles avaient pris naissance. Hengstenberg , dans un ouvrage plein de savoir et de pénétration, a démontré l'accomplissement des prophéties relatives au Christ. On

xxxvut INTRODUCTION ANALYTHJUE.

peut dire avec vérité qu'entre ses mains la même science qui, à

son commencement, avait paru devoir ruiner la cause de la

révélation, devient un des instruments les plus efficaces a> son

triomphe.

L'argument principal sur lequel s'appuyait cette école pour rejeter les deux premiers chapitres de saint Matthieu portait sur les citations de l'ancien Testament que Ton trouve dans ces deux chapitres, et qui sont précédées de ces formules : « Tout cela fut fait pour accomplir ; car il a été écrit, etc. » Eh bien! tes études orientales nous ont servi à prouver que ces formules sont usitées dans les langues de l'Asie, que les rabbins les ont souvent employées, et que même les auteurs arabes, encore aujourd'hui, font usage des citations du Koran avec la même formule. La mar nière victorieuse avec laquelle ont été réfutées les allégations des adversaires de l'inspiration des livres saints doit démontrer que tout texte produit par les catholiques pour défendre celles de leurs doctrines qu'ont attaquées les protestants supporte sans peine les sévères épreuves auxquelles la science moderne veut absolument soumettre tout passage qui donne lieu à contestation.

L'Ecriture-Sainte abonde en expressions et en allusions à des coutumes fort souvent mal comprises en Europe, et qui néanmoins sont encore usitées en Orient. Ainsi , dans la Genèse ( xliv , 5,15 ), il est parlé d'une coupe dont Joseph se servait pour ses prédictions : ce passage donna lieu autrefois à une objection si sérieuse, que des critiques proposèrent un changement dans le texte ou dans la traduction ; ils se fondaient sur ce qu'on n'avait jamais entendu parler d'augures obtenus par le moyen d'une coupe. L'étude des mœurs et des auteurs de l'Orient a fait découvrir que cette pratique existe encore aujourd'hui en Egypte, et même dans tout l'Orient et au Thibet. Au nombre des moyens divinatoires usités dans ce dernier pays, on cite le suivant: « Quelquefois ils regardent dans une jatte d'eau et y voient ce qui doit arriver. » Une autre méthode citée par saint Ephrem est celle de frapper tes coupes et de prêter une oreille attentive aux sons qu'elles rendaient. Nous avons ainsi un nombre considérable d'explications d'un passage qui, il y a quelques années, paraissait inintelligible. En un mot, la recherche des coutumes et de l'état physique et moral fie POrient ne cessera, tant qu'on s'y appliquera, de résoudre

INTRODUCTION ANALYTIQUE. xxxix

les difficultés et de jeter de nouvelles clartés sur les récits de l'Ecriture.

La philosophie de l'Orient a aussi contribué à l'élucidation de certains passages des Ecritures. Cette philosophie, comme on sait , reposait sur la eroyance à deux pouvoirs opposés qui se combattent , le bien et le mal , et aussi aux émanations, principes intermédiaires entre la nature divine et la nature terrestre; elle employait des termes mystiques et secrets dont l'usage pénétra dans tout l'Orient , et qu'on retrouve chez les premières sectes du Christianisme. Son influence était répandue chez les Juifs au temps de notre Sauveur, et la secte des pharisiens surtout en suivait les doctrines mystérieuses. Ceci explique la forme un peu dure du reproche que Jésus adresse à Nicodème, lorsqu'il lui dit : « Vous êtes docteur en Israël, et vous ignorez ces choses! » En effet , l'expression naître de nouveau était celle dont se servaient les pharisiens pour désigner Faction de devenir prosélyte.

Le premier chapitre de l'évangile de saint Jean, si obscur, si difficile à comprendre, vient d'être considérablement éclairci par la découverte des livres d'une secte descendant des anciens gnostiques, établie dans le voisinage de Bassora : les membres de cette secte s'intitulent mendéens ou disciples de saint Jean ( Baptiste ) , et on les connaît sous le nom de nazaréens , de sabéens , etc. Le professeur Norberg a publié, il y a peu d'années, leur livre sacré, le Codex Adam ou Codex nazarœus. Dans leur système, ils admettent des £m$ , ou êtres émanés de Dieu , dont l'un est le Verbe, un autre le seul engendré, un autre la lumière, etc. , etc. Saint Jean, pour renverser toutes ces opinions, établit que le Père n'a eu qu'un fils, et que ce fils est à la fois la lumière, le Verbe , et le seul engendré , et que toutes choses ont été faites par lui ; et comme les gnostiques admettaient qne le baptême de Jean était supérieur à celui du Christ, parce que Jean lui était lui-même supérieur, saint Jean, dans son évangile, insiste sur l'infériorité de saint Jean-Baptiste ; il nous dit qu'il n'était pas la lumière, mais un homme ordinaire, venu pour rendre témoignage à la lumière. Les livres sabéens expliquent pourquoi saint Jean employait ces expressions.

Une autre objection que les recherches modernes ont aidé à résoudre, est celle relative à la Samaritaine, qui déclare à Jésus

xl INTRODUCTION ANALYTIQUE,

qu'elle croit à r arrivée prochaine d'un Messie, croyance que partageaient les habitants de la ville (saint Jean IV, xxv, 5M2). Or, les Samaritains ne reconnaissaient d'autres livres sacrés que les livres de Moïse, et leur haine religieuse contre les Juifs ne permet pas de supposer qu'ils eussent adopté leurs opinions; et le Pentateuque seul ne pouvait fournir de motifs pour une croyance si générale, car le passage du Deutéronome (xvw, 18) n'est pas interprété par les Samaritains comme se rapportant au Messi£. Cependant les restes des Samaritains qui habitent maintenant Naplous ( l'ancienne Sie^rn ) ont conservé cette croyance au Messie, et la publication récente de leurs poèmes religieux démontre que cette tradition est che? eux de la plus haute antiquité. On a longtemps cherché dans la philosophie orientale des armes contre l'Ecriture , et l'on s'appuyait sur la haute antiquité des védamsde l'Inde, auprès desquels les livres de Moïse n'étaient que des ouvrages modernes. On a déjà vu comment l'ancienneté des connaissances astrologiques et de chronologie de ce peuple avait été réduite ; par un procédé analogue , on est parvenu à déterminer l'époque approximative de ces livres, et Coiebrooke la fixe à environ 1400 ans avant notre ère. La coutume qui oblige les femmes de la péninsule du Gange à s'immoler après la mort de leurs paris était en vigueur lors de la conquête du pays par Alexandre, suivant le témoignage des écrivains grecs. Mais les InttitvUt de Menu , ouvrage qui détermine les rites de toutes les cérémonies indiennes, ne parlent point de cette pratique devenue si importante depuis : ce livre est donc plus ancien que la conquête d'Alexandre. Or, les Imtitutes de Menu s'appuient sur les vèflatys , et les citent à chaque instant en déclarant qu'ils ont été composés parBrahma. leur date, comme on voit, peut se rapporter à l'époque fixée par Qolebrooke. Mais l'auteur moderne qui a le mieux étudié le système brahminique est Windischmann , et les résultats qu'il obtint sont tels que, tout en attribuant une grande antiquité aux livres indiens , ces livres lui fournissent une confirmation évidente des faits rapportés dans la Bible. En effet, l'époque la plus ancienne de la philosophie des brahmes offre , selon lui, l'image exacte des temps des patriarches, et se trouve d'accord avec le Pentateuque. Parmi les livres attribués aux Indiens, il en est un, YEzourvedam, qui contient les doctrines es-

INTRODUCTION ANALYTIQUE *u

sentiejles au Christianisme : lorsque U traduction eu parut en lu» rope, Voltaire et ses amis ne manquèrent pas de présenter cet ouvrage comme une preuve que les Chrétiens avaient emprunté leurs dogmes des païens. Eh bien ! on a découvert dans ces der* nières années que YEzwr-FGdam avait été composé en i5W pv uq pieux missionnaire , dans le dessein de favoriser la propage tiQfl du Christianisme che* les Indiens.

On ne se contentait pas de chercher ohe# les Indjeps l'origine des dogntes et des doctrines de la religion chrétienne, on voulait encore que son culte et ses cérémonies fussent une. imitation du lamaïsme; et dans le fait, il est impossible de trouver une ressemblance plus frappante , même jusque dans les institutions monastiques ; cependant , m lieu de supposer que le culte de Lama pouvait avoir été emprunté au culte catholique, on préféra imaginer le contraire. Il est aujour^hui bien évident que le lamaïsme n'est qu'un Christianisme dégénéré , un reste des sectes syriennes qui ont autrefois pénétré dans ces parties reculées de l'Asie. Ce fait est mis hors de doute par deux documents, dont l'un est un fragment de l'Encyclopédie japonaise, lequel contient la véritable histoire de la hiérarchie lamaïque; et l'autre est une description du Thibet traduite du chinois en russe, puis traduite en français et revue sur l'original par Klaproth. Il résulte de ces documents que le royaume spirituel du Thibet ne fut fondé qu'en 1260, par KouMaï, fils de Gengis-Khan. Et à la même époque des missionnaires catholiques fréquentaient la cour de l'empereur, et un archevêque italien envoyé par Clément V établit son siège dans la capitale du Thibet, et y fit ériger une église. Il n'est donc pas étonnant que ce culte réformé du bouddhisme , qui se constituait alors, ait emprunté les cérémonies du culte chrétien, cérémonies déjà connues à la cour, puisque l'empereur avait, plusieurs fois fait célébrer les saints mystères en sa présence.

On a pu remarquer, dans le coup-d'œil rapide que nous avons jeté sur les sciences , que c'est toujours lorsqu'elles étaient dans un état imparfait qu'on a cru pouvoir en tirer parti contre la religion , et qu'à mesure que les faits étaient mieux étudiés ou les sources mieux connues, les conclusions étaient diamétralement opposées à ce qu'elles avaient paru d'abord. La religion n'a donc véritablement qu'un ennemi , l'ignorance , et c'est cet ennemi que

cÀ

XLii INTRODUCTION ANALYTIQUE,

tout homme vraiment religieux doit s'attacher à combattre. Il est du devoir de tout chrétien , des ecclésiastiques surtout , de donner à l'étude tous les moments qu'ils pourront y consacrer. Les Pères de l'Eglise sont unanimes sur la nécessité d'étudier les lettres , même profanes, dans la vue de répondre à toutes les objections; mais aujourd'hui l'étude des lettres ne suffit plus, il faut y joindre celle des sciences, aucune n'est à négliger, car nous avons vu dans la suite de ces discours combien de sciences diverses ont été appelées en témoignage dans la grande cause de la vérité. Travaillons donc tous avec une ardeur nouvelle , et coopérons autant qu'il sera en nous à l'érection du palais des sciences , au fronton duquel nous placerons la pierre antique dont parle M. Wiseman , avec cette inscription sublime :

HEL1GIO, VICIST1 !

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