‹ Discours sur les rapports entre la science et la religion révéléeChapitre 21 sur 21 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Objet de ce discours. — Caractère de l'évidence confirmative obtenue par la suite de nos études ; cette évidence résulte des diverses épreuves auxquelles la vérité de la religion a été soumise. Elle est confirmée par la nature des faits examinés et des autorités dont on a fait usage. — Augures qu'on en peut tirer pour l'avenir. — La religion fortement intéressée aux progrès de toutes le* sciences. Adverwrires de cette opinion : d'abord, les Chrétiens timides , réfutés par les anciens Père* de l'Eglise, ensuite les ennemis de la religion dans les temps anciens et modernes. — Devoir pour les ecclésiastiques de s'appliquer à l'étude , dans la vue de répondre à toutes les objections ; et même devoir pour tous les Chrétiens , en proportion de leur» talents. — Avantages , plauir et méthode des études de ce genre.

J'ai maintenant . encouragé par votre bienveillance, accompli la tâche que j'avais entreprise. Je m'étais promis de parcourir l'histoire de plusieurs sciences , et de prouver par ce moyen si simple combien leurs progrès ont toujours apporté un surcroît de force et de splendeur aux preuves du Christianisme. J'avais promis de traiter mon sujet de la manière la moins fastueuse , de supprimer les exemples et les dissertations déjà donnés dans les livres élémentaires composés à ce sujet , et de tirer mes matériaux , autant que possible , d'ouvrages qui n'avaient pas pour but la défense du Christianisme.

Ayant maintenant rempli de mon mieux ce devoir envers voua , il nous est permis de prendre un peu de repos , et de reporter nos yeux sur la marche que nous avons suivie , ou bien , semblables à ceux qui ont cheminé ensemble , nous pouvons nous asseoir quelques instants à la fin de notre voyage, et récapituler en commun les fruits que nous en avons recueillis. Notre route peut avoir quelquefois paru traverser des lieux stériles et peu intéressants. Je vous ai conduits par des routes étroites et pénibles; peut-être vous ai-je parfois inquiétés et effrayés ; mais si vous avez à vous plaindre de n'avoir trouvé en moi qu'un guide inhabile ,

ce guide à son tour pourra répondre qu'il n'a été que trop encouragé à prolonger ses courses errantes, et qu'on lui a montré trop d'indulgence pour lui permettre de s'apercevoir qu'il s'égarait. Néanmoins, dans les objets qui passaient sous nos yeux , il y a en assez de variété pour compenser les fatigues du voyage ; nous n'avons jamais perdu de vue un but important , qui tôt ou tard pouvait toujours nous ramener au droit chemin, et imprimer l'unité de caractère et l'uniformité de méthode à nos plus grandes déviations. En y ramenant de nouveau nos regards , nous pourrons en quelques instants revenir sur tout l'espace que nous avons parcouru dans notre course.

Et d'abord , on peut me demander quelle addition je crois avoir faite aux preuves du Christianisme. À cette question , je ne répondrai qu'avec la plus grande réserve. Je regarde ces preuves comme trop naturellement et trop profondément enracinées dans le cœur humain pour que la somme totale en soit aisément augmentée ou diminuée par l'influence des considérations extérieures. Quoique nous puissions désirer de mettre à profit les témoignages que les savants ont habilement recueillis en discutant avec les ennemis du Christianisme , nous avons , je crois, en nous, la conscience que ce n'est pas sur de pareilles démonstrations que nous fondons notre croyance aux doctrines sublimes ou aux consolantes promesses de la religion. C'est ainsi qu'un habile théoricien vous démontrera par de puissantes raisons , fondées sur les histoires sociale et naturelle , que vous devez aimer vos parents, tandis que vous et lui vous saurez fort bien que ce n'est pas pour ces raisons que vous les avez aimés, mais que vous avez suivi une impulsion bien j>lus simple et bien plus intime. De même , quand nous avons une fois embrassé la véritable religion, nous n'avons plus besoin d'en rechercher les preuves ou les causes daus les raisonnements des livres ; elles s'identifient à nos plus saintes affections ; elles naissent du sentiment qui nous fait trouver nécessaires à notre bonheur les vérités qu'elles contiennent; elles naissent de ce que ces vérités nous donnent la clé des secrets de la nature, la solution de tout problème mental , l'accord de toutes les contradictions de notre condition anormale, et la réponse à toutes les questions solennelles d'une conscience inquiète.

La religion est donc comme une plante qoi pousse ses racines

jusqu'au fond de l'âme; ces racines ont ci: eHes des fibres menues et déliées qui percent et pénètrent dans les plus solides fondements d'un esprit sage, et en même temps des branches fortes et noueuses qui s'entrelacent à nos sentiments les plus doux et les plus purs. Et si ainjehors elle jette des bourgeons et des rejetons innombrables , avec lesquels elle saisit et retient, comme avec autant de mains, les objets mondains et visibles, c'est plutôt pour leur avantage et pour les embellir que par aucun besoin de semblables appuis ; ce n'est pas d'eux qu'elle tire le principe naturel et nécessaire de sa vitalité. Eh bien! cette riche végétation extérieure est ce dont principalement nous nous sommes occupés; nous avons donné moins d'attention à sa base et à ses racines cachées. Tantôt nous avons entouré de ses rameaux quelques débris négligés et décrépits d'une ancienne grandeur; tantôt nous l'avons roulée comme une guirlande autour d'un rejeton jeune et vigoureux; tantôt enfin nous avons mêlé ses fruits sacrés à des productions moins saines, et nous avons vu quelle grâce et quel agrément étaient ainsi donnés à tous deux. Nous avons admiré l'éclat, l'intérêt et la beauté que cette union peut répandre sur ce qui autrement serait insignifiant et profane; et peut-être aussi, par cette culture, objet de nos principaux soins, avons-nous donné à la plante elle-même un surcroît de vigueur et le moyen de se fortifier plus encore.

En d'autres termes, ces discours ont été principalement consacrés à l'examen des rapports qui existent entre les preuves du Christianisme et d'autres études, et à l'observation de l'influence que les progrès nécessaires de ces études doivent avoir sur l'explication des preuves. Nous ne nous sommes pas occupés des témoignages intimes de la vérité du Christianisme; mais, en détruisant les objections faites contre la forme extérieure de sa manifestation, contre les documents qui renferment ses preuves et ses doctrines , enfin contre plusieurs des événements particuliers qui se trouvent rapportés dans ces documents, nous pouvons espérer que la solidité naturelle des bases sur lesquelles repose la sainteté de notre religion se trouvera assez accrue et assez préparée pour recevoir un développement plus efficace dans nos esprits. Cette considération admet plusieurs points de vue différents, et Conduit à plusieurs conclusions encore plus importantes, qui

feront le sujet de ce dernier discours. Et d'aj)Qfdf je dirai quelques mots sur l'application directe qu'on peut foire des questions traitées jusqu'ici aux preuves du Christianisme, et sur l'authenticité des documents sacrés qui établissent d'une manière authentique les principales de ces preuves.

La grande différence entre Terreur spécieuse et la vérité , c'est que la première , vue de certains côtés, peut n'offrir à l'œil aucun défaut apparent ; elle ressemble à une pierre précieuse qui renferme une paille , mais qu'on peut examiner, de façon qu'avec un jeu de lumière, aidé d'une adroite mise en œuvre, le défaut se trouvera caché , tandis qu'il se laissera voir si on tourne ]a pierre même légèrement, et si on la considère à un autre point de vue. Au contraire , la vérité est un diamant qui n'a pas besoin d'être enchâssé avec soin ; sans défaut et sans ombre , elle peut être exposée dans tous les sens , à la lumière la {dus vive ; partout elle fera voir en elle la même pureté, la même excellence et k même beauté. L'une est le métal impur, qui peut résister à l'action de plusieurs agents, mais qui en rencontre enfin un auquel il cède; la vérité est comme l'or bien préparé qui défie toutes lai épreuves auxquelles on le soumet. Il suit de là que, plus nom* breux sont les points de contact que présente un système relajj» vement aux autres ordres de recherches intellectuelles ou sejenti* fiques , et plus il fournit d'occasions d'éprouver ce qu'il vaut; s'il ne souffre aucunement des progrès continus que ces recherches font de tous côtés vers la perfection , nous devons en conclure que ses racines plongent si profondément dans l'éternelle vérité, que rien de ce qui est créé ne peut prévaloir contre son excellence, Aucune tentative n'a été plus fréquente que la fabrication de Causses productions en littérature , mais aucune n'a été plus malheureuse. Lorsqu'un auteur, comme peut-être Synésius, s'est borné à supposer une théorie philosophique, qui peut avoir existé à une époque quelconque , il devient plus difficile de juger de l'imposture ; mais quand l'histoire , la jurisprudence, les mœurs, ou d'autres circonstances extérieures entrent dans le plan de l'ouvrage, il est presque impossible qu'il réussisse longtemps à tromper la sagacité des savants. Les fraudes littéraires les plus célèbres des temps modernes, telles que l'Histoire de Formose, ou plutôt encore le Code sicilien de Vella, ont pendant quelques teujps

*S$§rra$tf te monde entier, mais elle* mit été enfin Recouvertes.

Or, le but et la tendance de nos recherches out été d'examiner les différentes phases de la religion révélée à la lumière qui jaillit d'études pi diverses, de voir comment elle supporte, l'action de tanj de puissances variées, et de reconnaître ainsi jusqu'à quel point elle est capable de résister aux attaques les plus perfides ej de défier Vexameu le plus obstiné et le moins bienveillant, Assurément t nous pouvons dire qu'aucun système ne s'est jamais précepte plus jt découvert, et ne pouvait être aussi facilement con*vaincu d'erreur, s'il m contenait, que. le Christianisme. Aucun livre, n'offrit jamais Un* de moyens de vérifier si ce qu'il renferma est contraire A la vérité que &05 saints liyres. Nous y trouvons Thistoirç des premières et des dernières révolutions du globe, la dispijg$on de la rase humaine, la succession des monarques dans tpi* les pays environnants , depuis le temps de Sésostris jusqu'aux rois de Syrie, les coutumes, les mœurs et le langage de diverses nations; les grandes traditions religieuses de la race luunaine; enfin le récit de plusieurs événements extraordinaires et .pairaculenx, qui ne sont rapportés dans les annales d'aucun autre peuple. {Si les épreuves auxquelles tous ces différents matériaux devaient être soumis avaient été connues quand ils furent $jnsi réunis ensemble , on aurait pu se précautionner d'avance contre le danger; mais il n'est point de talent, point d'adresse, qui puisse protéger contre l'avenir. Si le nom d'un seul Pharaon égyptien eût été inventé dans un intérêt quelconque, ainsi que l'ont fait; njous l'avons vu , d'autres historiens orientaux, la découvert^ de l'alphabet hiéroglyphique, trois mille ans après, aurait été l'une de ces chances révélatrices contre lesquelles l'historien nç pouvait se mettre en garde. Si le récit de la création ou du déluge eftt été une fiction fabuleuse ou poétique , les pénibles voyages du géologiste à travers les Alpes, ou la découverte des cavernes de hyènes dans une Ile inconnue , n'auraient pas été non plus de* preuves sur lesquels l'inventeur eût compté pour la confirmation de sa théorie. On découvre un fragment de Bérose , et ce fragment prouve que ce qui semblait auparavant incroyable est parfaitement vrai. On trouve une médaille, et elle complète la conciliation que, l'A essayait d'établir entre des contradictions apparentes. Toue

science, toute étude , à mesure qu'elle poursuit ses progrés naturels , augmente la masse de nos documents conûrmatifc.

Ainsi, le premier résultat important que nous ayons obtenu est donc l'acquisition de cette preuve puissante qui résulte pour un système du grand nombre de vérifications auxquelles on le soumet. Quelques considérations d'une justesse évidente vont appuyer encore cette assertion. Et d'abord , je ferai remarquer que le saint livre n'est pas l'ouvrage d'un seul homme ni d'un seul siècle, qu'il faut y voir plutôt une compilation des écrits de plusieurs. Or, si un écrivain très-habile eût entrepris la tâche d'inventer les annales d'un peuple, d'écrire la biographie chimérique de quelque personnage distingué, de composer un système imaginaire delà nature, ou enfin de décrire suivant sa fantaisie les grands événements dont ce globe a été le théâtre, peut-être à la rigueur aurait-il pu garantir sa fraude contre toute découverte, et mesurer chaque phrase de manière à atteindre le but spécial qu'il se proposait. Mais imaginer que pendant 1600 ans, depuis Moïse jusqu'à saint Jean , un tel système ait pu être suivi par une succession d'écrivains n'ayant aucun rapport entre eux, doués des talents les plus inégaux , écrivant ( si nous admettons pour un moment cette supposition impie ) sous les influences les plus diverses; envisageant nécessairement le passé et l'avenir sous différents aspects : imaginer cela, dis-je, c'est imaginer pour l'ac- Complissement d'une mauvaise action une combinaison d'agents intellectuels plus étrange que le monde n'en vit jamais. Mais ce n'est pas là ce que nous devons considérer à présent. 11 est évident que la possibilité n'aurait pu seconder l'envie de tromper, si cette envie eût existé ; les points de contact avec d'autres faits auraient été infiniment trop multipliés pour que l'accord fût toujours exact. En supposant que Moïse ait connu à fond l'Egypte de son temps , il serait peu probable que tous les annalistes qui lui ont succédé eussent possédé une science égale, Si les opinions du temps de Moïse, sur la constitution physique du monde, étaient si justes qu'il n'y avait aucune chance que les découvertes modernes les fissent juger erronées , ce n'aurait pas été une garantie d'exactitude pour ce que dit Isaïe au sujet des affaires de Babylone. En un mot, plus est grande l'étendue de temps et de territoire, plus sent nombreux les événements et les coutumes qu'embrasse

— mu — le livre sacré, plus le risque d'être découvert eût été grand , si ce livre eût contenu la moindre inexactitude ou la moindre fausseté..

Secondement, nous pouvons remarquer que les passages vérifiés par nos recherches ont été rarement des événements principaux, ou le sujet direct que traitaient les orateurs inspirés; mais en grande partie des observations incidentes , ou des récits sur lesquels on aurait à peine cru que des recherches pussent être faites. L'origine commune de tout le genre humain et la dispersion miraculeuse de notre race ne sont pas des sujets longuement et fastueusement développés; la première de ces traditions. est donnée comme sous-entendue , et la dernière est racontée de la manière la plus simple. Cependant nous avons vu quelle longue suite d'études il a fallu pour détruire les fortes préventions nées des premières apparences , et nourries par les présomptueuses conclusions d'une science mal étudiée. Les divers incidents historiques sur lesquels on a obtenu quelque lumière par l'application de nos découvertes modernes sont , pour la plupart , des épisodes ajoutés à la narration générale de l'histoire domestique des Juife; ce sont des passages qui auront été écrits par une main moins circonspecte , et sans aucun soupçon qu'on dût un jour s'en servir contre l'ouvrage entier. Néanmoins, ces passages ont été savamment attaqués sans le moindre résultat favorable pour leurs adversaires.

Troisièmement, nous aurions pu douter en quelque sorte de l'épreuve, si elle eût été exclusivement dirigée par des amis. Mais quoique ceux-ci aient beaucoup travaillé à cette œuvre d'examen et d'explication, la plus grande partie en a été faite par deux classes d'hommes également au-dessus du soupçon : la première comprend ceux qui ont tranquillement suivi leurs études sans avoir la moindre intention d'en appliquer les résultats aux livres sacrés , ou même sans s*imaginer qu'une pareille tâche serait entreprise. L'antiquaire , lorsqu'il dépose dans sa collection une nouvelle médaille et qu'il la déchiffre, ne sait pas, jusqu'à ce qu'il soit au bout de sa recherche , quels renseignements cette médaille lui procurera sur les anciens temps. L'orientaliste pâlit sur des parchemins effacés, sans pouvoir conjecturer quelles lumières il en obtiendra à l'égard des coutumes anciennes , jusqu'à ce qu'il en ait

— 4S8 — pénétré tes ob&arités. t'tifi et l'âutfê ne poursuivent point leuf s études dans la pensée <ftle ce qu'ils découvriront pourra servir au théologien; il n'est aucune prévoyance d'esprit qui eût pu faire espérer au savant Atlcher qu'on trouverait dans la traduction arménienne d'Eusèbe un fragment de Bérose qui n'existait plus dans l'original; encore moins qu'un fragment, s'il venait à être découvert, dissiperait les ténèbres qui obscurcissaient la narration d'trti fait important. Or, une partie, ou plutôt une condition essentielle de mon plan , 8 été de recourir principalement à des auteurs qui avaient poussé leurs recherches sans faire attention atix avantages qui en pouvaient résulter pour l'accroissement des preuves du Christianistae.

La seconde classe d'écrivains auxquels nous devons une grande partie de nos matériaux est encore plus à l'abri de tout soupçon de partialité pour notre cause. Vous comprenez facilement que Je veux parler ici de ceux qui nous sont décidément hostiles. On peut encore séparer ces derniers en deux classe* : la première Renfermerait les écrivains qui n'admettent pas les conclusions que nous tirons dé nos prémisses, quoiquHls nous aident à établir ces dernières , ou uiii n'attaquent pas notre croyance , bien qu'ils ne l'admettent pas. Ainsi, vous avez vUKlaproth nier là dispersion, etVirey l'unité delà race humaine; tous les deux cependant accumulent des preuves importantes à l'appui de ces deux faits. D'autres nous ont servi bien plus à contre-cœur, puisque leur sagacité et leurs talents se sont appliqués à combattre les propositions toéme que j'ai tâché d'établir. Oui , le génie de fcuffbh semblait avoir été excité par l'idée qu'il prenait un vol plus hardi qtte les autres hommes en s'efforçant de dépasser les limites de la croyance universelle. Les fragments qu'on possédait alors sur l'astronomie des Hindous n'auraient jamais occupé le génie de l'infortuné Bailly , tel son empressement n'eût été stimulé par la vaine espérance de construire, à l'aide de ces matériaux, un système de chronologie plus conforme aux opinions irréligieuses de son parti , que la vénérable croyance des anciens âges; et néanmoins, l'imagination de Buffon trouva la première cette théorie d'un refroidissement graduel du globe terrestre, que plusieurs considèrent maintenant comme une solution suffisante des difficultés relatives au déluge. Ouâht à Bailly , on peut dire qu'en essayant d'établir l'astronomie

des Hindous sur des basée scientifiques , U ouvrait la vous qui 4 conduit à reconnaître ce qu'était en réalité cette astronomie*

De telles considérations doivent ajouter un grand poids à Tai> gumentation suivie dans ces discours. Car elles doivent éloigner tout soupçon que le» autorités sur lesquelles cette argumenta-? tlon se fonde aient été préparées avec soia et par une m$in «amie.

le premier résultat d*un tel raisonnement, c'est que là religion chrétienne et les témoignages qui la confirment peuvent se vanter à juste titre d'offrir toute la sécurité que donne sur la vérité d'un système toute la variété infinie des épreuves qu'on lui a fait subir, sans parvenir à l'entamer. Mais la même conséquence a encore tirie force importante pour l'avenir, elle nous donne désormais des gages de confiance tels que ne pourrait en présenter aucune autre forme d'arguntçnt. Si tous les travaux laits jusqu'ici ont contribué à confirmer nos preuves, nous n'avons certainement rien à craindre de ce qui nous reste encore caché. En supposant que les premiers pas dans chaque science eussent été très-favorables à notre cause, et que les progrès nouveaux eussent diminué les avantages que nous avions d'abord obtenus , nous pourrions être alarmés des découvertes ultérieures ; mais nous voyons que c'est précisément le contraire : que les commencements des sciences nous sont moins avantageux, et que les progrès sont des plus satisfaisants. Nous devons donc rester convaincus que de plus amples découvertes, loin d'affaiblir les preuves que nous possédons déjà , les affermiront nécessairement.

Et c'est ainsi que nous arrivons à nous former une idée noble et sublime de la religion, à la considérer comme le centre invariable autour duquel se meut le monde moral , tandis qu'elle-même demeure exempte de tout changement ; ou plutôt à voir en elle l'emblème de celui qui nous Ta donnée, le médium qui embrasse tout, dans lequel tout se meut, augmente et décroît, doit naître et mourir sans lui imprimer aucun changement essentiel, et tout au plus en altérant pour quelques instants 9a manifestation extérieure.

Nous arrivons à considérer la religion comme le dernier refuge de la pensée , comme le lien qui unit le visible à l'invisible et qui joint ce qui est révélé à ce qu'on peut découvrir^ comme la soiu-

tionde toutes les anomalies et de tous les problèmes de la nature extérieure et dé l'âme invisible; comme le principe qui fixe et consolide toute science, comme le but et l'objet de toute méditation. Elle nous paraît semblable à l'olivier, cet emblème de la paix qui a été décrit par Sophocle : « Une plante qui n'a pas été semée par la main de l'homme , mais qui a crû spontanément et nécessairement dans le grand ordre établi par la sagesse créatrice; une plante redoutable à ses ennemis, et si profondément entrée dans le sol, que nul homme des temps anciens ou modernes n'a pu parvenir à la déraciner. » ( Œdipe Col. 694. )

Après ce que j'ai dit, il serait superflu d'établir formellement en principe que la religion chrétienne ne peut avoir aucun intérêt à comprimer l'étude de la science et de la littérature, ni aucune raison de craindre que cette étude se répande partout , tant qu'elle est accompagnée d'un respect convenable pour la sainte morale et pour la pureté de la foi ; car, si l'expérience du passé nous a donné la certitude que les progrès de la science tendent uniformément à augmenter le nombre de nos preuves en faveur du Christianisme , et à donner un nouveau lustre à celles que nous possédons déjà, il est assurément de l'intérêt et du devoir de la religion d'encourager des progrès semblables ; et pourtant , depuis les premiers temps de l'Eglise jusqu'à nous , il y a eu des hommes qui ont professé une opinion contraire, et nous pouvons les diviser en deux catégories d'après les motifs qui ont excité leur opposition contre la science humaine : la première comprend ces Chrétiens bien intentionnés qui , dans tous les siècles , ont cru que le savoir et la littérature sont incompatibles avec les études sacrées, ou qu'elles détournent l'esprit de la contemplation des choses célestes, enfin qu'il en résulte un alliage nuisible à cette sainteté continuelle de pensée , qu'un Chrétien devrait toujours s'efforcer déposséder; ou bien que de telles études sont clairement condamnées dans l'Ecriture puisque la sagesse du monde y est réprouvée. Cette classe de Chrétiens timides dirigea d'abord son opposition contre la philosophie que tant de Pères, particulièrement ceux de l'école d'Alexandrie, s'efforçaient de concilier avec la théologie chrétienne : ils furent cependant vigoureusement attaqués et réfutés par Clément d'Alexandrie, qui consacra plusieurs chapitres de ses savants Stromates à la défense de ses études favo-

rites. H fait observer avec beaucoup de justesse « qu'un savoir étendu et varié recommande celui qui expose les grands dogmes de la foi à l'esprit de ses auditeurs , inspire l'admiration à ses disciples et les attire vers la vérité '. » C'est aussi l'opinion de Cicéron, quand il dît : « La force de la science est grande pour convaincre *. » Clément appuie son argument de plusieurs citations tirées des saintes Ecritures et des auteurs profanes. Voici de lui un passage remarquable :

« Quelques personnes, ayant une haute opinion de leurs dispositions, ne veulent pas s'appliquer à la philosophie ou à la dialectique, ni même à la philosophie naturelle; elles désirent posséder la foi seule et sans ornement; et cela est aussi raisonnable que si elles s'attendaient à recueillir des raisins d'une vigne qu'elles auraient laissée sans culture. Notre Seigneur est appelé allégoriquement une vigne dont nous recueillons le fruit par une culture assidue, selon ce qu'a enseigné le Verbe éternel. U nous faut tailler, creuser et lier, et en un mot accomplir tout autre travail nécessaire. De même qu'en agriculture et en médecine, on considère comme le plus propre à Tune ou à l'autre de ces fonctions celui qui a étudié le plus grand nombre de sciences utiles au labourage ou à l'art de guérir, de même nous devons regarder comme le mieux préparé celui qui fait tourner chaque chose au profit de la vérité, celui qui recueille tout ce que la géométrie, la musique, la grammaire et la philosophie elle-même peuvent renfermer d'utile à la défense de la foi ; mais le champion qui ne s'est pas instruit avec soin sera certainement méprisé 3. »

Ces paroles, je dois l'avouer, ne sont pas pour moi un médiocre encouragement ; car, si au lieu de la géométrie et de la musique , nous prenons la géologie, l'ethnographie et l'histoire , nous pouvons considérer ce passage comme une confirmation formelle des idées que nous avons exposées dans ces discours, et comme l'approbation des principes qui nous ont dirigés.

Tant que cette opposition dura dans l'Eglise, elle fut jugée, par des pasteurs zélés et éloquents, comme préjudiciable

« Stromata, lîv. I, c. n, 1. 1, p. 237, cd. Pottcf , * Topica , oper. t. I, p. 173, éd. Lond. 1681, 3 lbid., c. u, p. 34*.

ci\m dé ta Vérité. Saint Basilè-le-Gràhd. txutiniiiêfemeht, eeitibtd avoir été dans son siècle un des plus ardents défenseurs des études profanes; il recommande lui-même vivement que Ton se livre à Pétude de la littérature élégante à l'âge où, selon lui, l'esprit est trop faible pour supporler la nourriture plus solide de la parole inspirée; il dit expressément que là lecture des écrivains tels qu'Homère forme, un jeune esprit aux sentiments vertueux ; mais il ajoute néanmoins qu on doit prendre soin de supprimer tout ce qui pourrait corrompre l'innocence du cœur ».

Saint Grégoire de Nysse parle de saint Basile avec beaucoup de lotiwges, parce qu'il faisait servir de tels principes à l'intérêt delà religion, et qu'it les enrichissait de son propre savoir. « 11 en est plusieurs, écrit-il, qui font hommage à l'Eglise de ieur science profane : tel était entre autres le grand Basile, qui , s'étant dans sa jeunesse emparé des dépouilles de l'Egypte et les ayant consacrées à Dieu , en orna le tabernacle de l'Eglise a. »

Mais l'illustre ami de saint Basile est entré plus au long dans les avantages de la science et de la littérature. Saint Grégoire de Nazianze avait été son condisciple à Athènes : tous deux, animes du même esprit religieux, s'étaient livrés avec un brillant succès à l'étude des lettres , considérant la vérité , suivant l'expression de saint Augustin, « partout où on la trouve, comme la propriété de l'Eglise dû Christ. » Leur condisciple Julien comprenait si bien la valeur qu'eux-mêmes et les saints hommes de leur temps attachaient à la science humaine, et l'usage puissant qu'ils en faisaient pour renverser l'idolâtrie et l'erreur, que , lors de son apostasie , il publia un décret par lequel il était défendu aux Chrétiens de suivre les écoles publiques et de se livrer à l'étude des sciences 3; et ce décret fut considéré par eux comme une cruelle persécution. Un passage tiré de l'oraison funèbre que prononça Grégoire à l'honneur de son ami suffira pour vous convaincre que telle était son opinion :

« Je pense que tout homme d'un esprit sain conviendra que la

1 Basilii opéra, t. I, hom/24.

» De Vita Mosis., S. Greg. Nysseni op. Paris i638, tome I, page

3 Socrates, Hist. eccles., lib. I, cap. xn,

science doit être regardée comme le premier de tous le* btsps terrestres. Je parle non-seulement de cette science qui est en nous, et qui, méprisant tout ornement extérieur, s'occupe exclusivement de l'œuvre du salut et de la beauté dès idées intellectuelles, mais aussi de cette autre science qui vient du dehors t et que quelques Chrétiens induits en erreur rejettent comme fausse, dangereuse, et comme détournant l'esprit de la contemplation de Dieu. » Après avoir remarqué que l'abus fait de la science par les païens n'est pas une raison pour qu'on la rejette , pas plus que la substitution impie qu'ils fout des principes de la matière à Dieu ne peut noua détourner de leur usage légitime , il poursuit ainsi : « 11 ne faut donc pas blâmer l'érudition, parce qu'il plaît à quelques hommes d'agir ainsi ; au contraire, on doit considérer ces hommes comme des sots et des ignorants qui voudraient que tous les autres leur ressemblassent, afin de pouvoir eux-mêmes se cacher dans la foule et dérober à tout le monde leur manque d'éducation ». » Les expressions employées par saint Grégoire sont sévères , mais elles servent à montrer, de la manière la plus évidente, quels étaient les sentiments de ce pieux et savant homme sur l'utilité de la science humaine et de la littérature. Si nous nous tournons vers les grandes lumières de l'Eglise d'Occident, nous n'y trouvons pas moins de sévérité envers ceux qui se prononcent contre la science profane. Saint Jérôme, par exemple, s'exprime même durement à l'égard de ceux qui, comme il dit, « prennent l'ignorance pour la sainteté et se vantent d'être les disciples de pauvres pêcheurs. » Dans une autre occasion, il explique l'Ecriture en s'appuyant de plusieurs auteurs de la philosophie païenne; puis il conclut en ces mots : Hœc autem de Scriptura pauca potuimus, ut congruere nostra curn philosophie docerewms, » Nous avons cité ces courts passages de l'Ecriture, afin de nionttw que nos doctrines s'accordent avec celles des philosophes >. » De telles paroles prouvent clairement qu'il considérait comme ch#se intéressante et nullement indigne d'un bon Chrétien de rechercher les rapports qui existent entre les vérités révélées et la science hu-

1 S. Grég. Naziaoz. Fune bris oratio in laudem Basilii mogtii , o . Paris 1609, p. 323.

* Àdv. Jovinianum , lib. II.

inaine, et de s'assurer s'il n'est pas possible de les réunir et de les mettre d'accord.

Son savant ami , saint Augustin , était évidemment du même avis. En parlant des qualités nécessaires à un bon théologien , il range parmi ces qualités la science mondaine , et il lui attribue une grande importance. Ainsi, il est écrit : « Si ceux qu'on appelle philosophes ont dit quelques vérités qui soient conformes à notre foi , loin de les craindre nous devons nous les approprier comme un bien qu'ils possèdent injustement. » 11 fait ensuite observer que ces vérités, qui se trouvent éparses dans leurs écrits, sont comme le pur métal mêlé aux ingrédients grossiers que roiferme une mine, et que « les Chrétiens doivent s'en emparer dans la vue louable de propager l'Evangile. » « En est-il beaucoup entre les plus fidèles d'entre nous, continue- t-il , qui aient agi autrement? De quelle quantité d'or, d'argent et de précieux ornements n'avons-nous pas vu Cyprien chargé quand il sortit de l'Egypte , lui , ce sage docteur et ce bienheureux martyr ! Que de richesses Lactance, Victorin, Optai et Hilaire n'emportèrent-ils pas du même pays ? Combien de Grecs n'imitèrent-ils pas cet exemple « ! »

Il n'est pas difficile de concilier avec ces passages les divers endroits où les Pères semblent blâmer la science humaine ; par exemple celui où saint Augustin lui-même, dans une de ses lettres à propos de l'éducation qu'il donnait à Possidius , dit que les études ordinaires appelées libérales ne méritent pas ce nom, alors honorable; car il appartient en propre aux études fondées sur la véritable liberté que Jésus-Christ nous a acquise; de même encore ce passage de saint Ambroise, pour eu citer un entre plusieurs, où il dit à Dcmétrias que « ceux qui savent à quelles souffrances ils doivent leur salut, et quel a été le prix de leur rédemption , ne souhaitent pas faire partie des sages de ce monde a. » Il est clair que tous les deux parlent ici de la science vaine , sotte et présomptueuse de sophistes arrogants et d'artificieux rhéteurs, de cette

1 De Doctrina christianâ, lib. II, cap. il, op. t. III , première partie, p. 4a, éd. Maur.

». Episloîar. , lib. IV, epist. 33, op. tom. V, p. 264, éd. Par, iô3a.

science qui, dépourvue du sel de la grâce et de l'esprit de la religion, est insipide , fade et sans le moindre prix. Et comment un seul instant pourrions-nous avoir une autre pensée, quand nous parcourons les glorieux ouvrages des Pères, lorsque nous contemplons les trésors de l'antique science qui s'y trouvent accumulés, quand nous découvrons dans chaque paragraphe des traces de la parfaite connaissance qu'ils avaient de la philosophie païenne , et que chaque sentence nous prouve combien ils étaient familiers avec les plus purs modèles de style ! Qui peut mettre en doute ou qui osera regretter que Tertullien et Justin , Àrnobius et Origène aient possédé toutes les armes que pouvait fournir la science païenne pour la défense de la vérité? Qui pourrait souhaiter que saint Basile et saint Jérôme , saint Grégoire et saint Augustin eussent été moins versés qu'ils ne Pétaient dans tous les ouvrages littéraires des anciens? Ken plus, dans la lettre même que j'ai déjà citée, saint Augustin, si ma mémoire est fidèle , parle sans regret, et même avec satisfaction, des livres sur la musique, que son ami a paru souhaiter d'avoir.

Le temps n'a pas plus changé les sentiments de l'Eglise primitive en ce point qu'en aucun autre. Mabillon a prouvé d'une manière victorieuse que , même parmi les hommes qui menaient la vie monastique , l'étude a été encouragée et appréciée dès le commencement '. Bacon parle avec de grands éloges du zèle que l'Eglise catholique a toujours montré pour la science. « Dieu, écrit-il, a envoyé dans le monde sa divine vérité, accompagnée des sciences, pour que celles-ci lui servissent d'aides et de suivantes. Nous voyons que plusieurs des anciens évoques et des Pères de l'Eglise étaient très-versés dans les sciences des païens, même à ce point que l'édit de l'empereur Julien , qui défendait aux Chrétiens les écoles et les études, fut regardé comme un instrument plus redoutable contre la foi que les persécutions sanguinaires de ses prédécesseurs. Ce fut l'Eglise chrétienne qui , au milieu des invasions des Scythes venus du Nord-Ouest , et des Sarrasins , venus de l'Est , conserva dans son sein les restes de la science profane , qui , sans cela , eussent été entièrement perdus. Bans ces derniers temps, les jésuites ont beaucoup vivifié et fortifié la

1 Traité des éludes nionastiq. , j>. 112. Par. iftgt.

science, et Mit contribué à la consolidation dû tiége romain. » Ainsi donc , conclut Bacon , outre que la philosophie et la science humaine servent à l'ornement et à l'explication de la religion, elles lui rendent encore deux services importants : d'une part, elles contribuent à l'exaltation de la gloire de Dieu; de l'autre, elles offrent un préservatif excellent contre fincrédulité et Terreur ».

Entre les deux extrêmes indiqués par Bacon, c'est-à-dire les anciens Pères et la société de Jésus, il existe un long intervalle, durant lequel, en dépit d'un préjugé ordinaire, nous ne devons pas imaginer que la féconde pensée de l'Eglise ait cessé de s'occuper des études profanes. « Je ferai observer, écrit un auteur ingénieux et savant , que , pour un catholique , non-seulement Fhistoire philosophique , mais encore l'histoire littéraire du monde, s'est prodigieusement étendue. Les objets changent de position relative , et plusieurs de ceux qui étaient plongés dans l'obscurité sont maintenant environnés d'une lumière resplendissante. Tandis que les écrivains modernes ne cessent, siècle par siècle, de nous parler des Césars et des philosophes, ou d'exercer leur sagacité dans les parallèles qu'ils tracent entre leurs contemporains, le catholique découvre qu*il y a, entre la civilisation païenne et la civilisation présente, un monde entier, que toutes les sortes de gloires intellectuelles et morales ont illustré ; il ne prononce plus les noms de Cicéron et d'Horace, mais ceux de saint Augustin, de saint Bernard, d'Alcuin, de saint Thomas et de saint Anselme; les lieux qu'il associe dans son esprit avec les époques où la science florissait paisible et honorée ne sont plus le Lycée ou l'Académie, mais Citeaux, Cluny, Crowland ou l'Oxford du moyen âge *. » Je vous renvoie à cette page riche et brillante j elle vous prouvera que les études classiques et philosophiques étaient suivies avec zèle et talent dans la solitude du cloître par

1 De tugwettttB Scitntiartim (Œuvres de Bacon). Lond. 1818, U ▼I, p. 63.

» Mores catholici, ou Siècles de foi, liv. III, Lond. i833.

Thè tkmgîitfulmonks, intcnt their God toplease For Christ's dcar sake, by human sympathies Poured from the bosom of the Church '.

Maïs je ne puis passer sous silence l'opinion d'un homme qui fut un des ornements de ces siècles calomniés. Parmi les admirables semions de saint Bernard sur les cantiques, il en est un dont voici le sujet : « La connaissance de la science humaine est bonne. » Pans ce sermon , l'éloquent orateur s'exprime ainsi : « H vous semblera peut-être que je fais trop peu de cas de la science, que je blâme presque les savants, et que j'interdis l'étude des lettres : à Dieu ne plaise ! Je n'ignore pas combien les savants ont servi et servent maintenant l'Eglise , soit en réfutant ses ennemis, soit en instruisant les ignorants. Et j'ai lu : « Parce que tu as rejeté la science, je te rejetterai , afin que tu ne remplisses pas les fonctions de hion grand-prêtre ». *

Tels ont donc été les sentiments et la conduite de l'Eglise catholique à l'égard de l'application qu'on doit faire de la science profane à la défense et à l'explication de la vérité ; et peut-être la meilleure réponse que l'on puisse faire aux Chrétiens inconsidérés qui disent que la religion n'a pas besoin de ces secours étrangers et artificiels, est-elle celle du docteur South : « Si Dieu n'a pas besoin de notre science , il a encore moins besoin de notre ignorance. »

La seconde classe d'écrivains , qui assurent que la religion n'est pas intéressée aux progrès de la science ? est mue par des motifs bien différents; car elle renferme ces ennemis de la révélation contre lesquels ces discours ont été principalement dirigés, et qui prétendent que l'avancement de la science a eu pour effet de renverser ou d'affaiblir les preuves de la religion révélée. J'ai eu tant d'occasions de réfuter ces écrivains , que je ne m'arrêterai pas à démontrer davantage la folie de leurs assertions. Je dirai seu-

1 « Les moines penseurs , occupés de plaire à leur Dieu pour l'amour du Christ , et qui , mus par des sympathies humaines , sortirent du sein de l'Eglise. » Tarrow revisited, a* éd., p. a 54.

* Serai. 36, super Cantica, p. 608. Basil. i566.

lemeat que les adversaire» modernes du Christianisme ne 9ont pas les premiers qui aient fait ce reproche sans fondement, et que c'est en effet la plus vieille accusation qu'on ait portée contre lui. Crise, l'un de ses plus anciens antagonistes, et dont les objections sont parvenues jusqu'à nous, a particulièrement raillé les Chrétiens sur ce qu'ils rejetaient la science dans la crainte qu'elle ne nuisit à leur cause; mais il rencontra un adversaire formidable dans le savant Origène, qui repousse cette calomnie d'une manière triomphante, et en déduit une conclusion que je ne puis m'empécher de rapporter: « Puisqu'on voit la religion chrétienne inviter et encourager les hommes à l'étude, ceux-là méritent une sévère réprimande qui cherchent à excuser leur ignorance en parlant de manière à détourner les autres de leur application à s'instruire '. » Cette remarque , en montrant qu'Origène croyait impossible que le Christianisme pût souffrir de l'encouragement donné à la science, est en même temps une juste réprimande adressée à cette classe d'amis timides qui s'alarment de ses progrès.

J'ai eu souvent l'occasion de défendre l'Italie , et particulièrement Rome, contre de sottes calomnies à cet égard : j'ai prouvé que cette ville , sans donner le moindre témoignage de jalousie ou de crainte, avait été la première à encourager la science et la littérature , double moyen de pénétrer et de bien reconnaître jusqu'à la dernière base de la religion. 11 n y a peut-être pas de pays où les hautes branches de l'éducation soient mises aussi libéralement à la portée de toutes les classes, où Ton puisse étudier plus facilement les sciences physiques , et où là littérature orientale et la littérature critique aient été plus favorisées. Cette ville possède trois établissements sous la forme d'universités , où toutes les parties de la littérature et de la science sont cultivées simultanément sous la direction de professeurs habiles; il existe dans la grande université une chaire d'un genre tout-à-fait particulier ; elle est destinée à défendre l'Ecriture au moyen des découvertes modernes de la philosophie naturelle ». Quant à moi , je serais injuste si je négligeais cette occasion de déclarer que toujours , et principalement sur

1 Contra Celsum, liv. III, 1. 1, p. 4;6, cJ. De la ^ue, * La chaire de Fisica sagra.

ee qui fait te sujet de ces discours, j'ai reçu les encouragements les plus bienveillante de la part de personnes dont tout catholique doit considérer l'approbation comme sa meilleure récompense sur la terre ».

Nous pouvons assurément tirer quelques conclusions pratiques de tout ce que j'ai dit et espère avoir prouvé jusqu'à présent; et d'abord, je m'adresserai, avec toute la déférence convenable, à ceux qui partagent les devoirs et les dangers de mon saint ministre. Sans avoir la présomption de vouloir les instruire ou leur donner des avis, je les conjurerai, comme ami et comme frère, de ne négliger aucune occasion de démentir par leurs actes les reproches persévérants des ennemis de la religion. Ce n'est point par des raisonnements abstraits que nous persuaderons au genre humain que nous ne craignons pas les progrès de la science ; c'est en aUant au-devant d'elle, ou plutôt en l'accompagnant dans sa marche progressive; c'est en faisant voir que nous l'avons enrôlée sous nos drapeaux : c'est , je le déclare, en agissant de la sorte que nous pouvons espérer de persuader fermement aux hommes que la vérité est le partage de Dieu seul , et que les serviteurs de Dieu n'ont rien à redouter d'elle pour eux ou pour leur cause. Une des rai-

1 C'est avec plaisir que je raconte l'anecdote suivante. Il y a quelques années, je rois à la tète d'une thèse soutenue par un élève de mon établissement une dissertation latine de dix à douze pages, sur la nécessité de joindre des connaissances générales et scientifiques aux études théologiques. J'y passais ,en revue les diverses branches d'études dont parlent ces discours. Mon Essai fut bientôt traduit en Italien et imprimé dans un journal sicilien; je crois qu'il parut aussi à Milan. Mais ce qui fut encore plus satisfaisant pour moi, et ce q*ii peut servira confirmer ce que je dis dans le texte, c'est qu'étant allé, quelques jours aptes, visiter le défunt pape Pie VIII , qui était très savant dans les littéra'ures sacrée et profane, et lui offrant, suivant l'usage, une copie de la t lèse préparée pour lui, j'en vis une autre copie sur la table; et il m'apprit dans les termes les plus obligeants qu'ayant entendu parler de mon | etit Essai, il se Tétait procuré sur- le champ, et il ajouta, en se serva it de l'expression figurée des anciens Pères que j'ai citée : « Vous avez enlevé à l'Egypte ses dépouilles, et vous avez prouvé qu'elles appartiennent au peuple de Dieu. •

sol* qui dtt^èrcntl^ nombreux ravages dellficfédùltléen ftânce, pendant le dernier siècle, fut que ses émissaires la présentèrent au peuple trompeusement ornée du faux-brillant d'une science dérisoire ; qu'ils faisaient usage d'interprétations et de preuves spécieuses tirées de toutes les brandies de la littérature , et qu'ils répandaient sur tes bords de cette coupe empoisonnée tous les charmes d'un style élégant et d'une imagination brillante ; tandis qu'au contraire, à l'exception deGuénée, et peuMtre d*un petit nombre d'autres auteurs, ceux qui entreprenaient dé lés réfuter ne Élisaient malheureusement usagé que de raisonnements abstraits et de simples démonstrations didactiques r. Est-ce paraître trop exigeant que de recommander de prendre des soins aussi assidus pour orner la religion des charmes qui lui sont naturets, que Dieu même lui a donnés, et que son ennemie lui avait dérobés d'une main sacrilège?

Les formes diverses qu'affecte l'incrédulité, la faculté avec làquelle, semblable â un véritable Protée, elle sait varier son extérieur et ses mouvements, doivent nous tenir dans un état d'activité constante , si nous voulons lui faire face avec succès , ne nous laisser surprendre par aucune de ses métamorphoses, et l'étouffer en dépit de toutes les formes fantastiques qu'elle sait revêtir. « La souplesse de l'erreur, dit un éloquent écrivain de notre temps, nécessite une égale variété de moyens pour défendre la vérité; et qui la défendra plus naturellement contre les usurpations de l'erreur et de l'irréligion, si ce n'est ceux qui consacrent ouvertement leurs études et leur vie à la propagation de la vertu et de la religion? Puisque le ministère du prêtre chrétien a été établi pour enseigner éternellement aux hommes la vérité et la

1 Crmme preuve de ce défaut , dans un auteur qui s'est élève plus que y: ne l'ai voulu faire, et qui a tâché de porter k guerre sur le terrain ennemi , je pourrais citer un ouvrage , publié à Naples vers la fia du dernier siècle , et qui a pour titre : Irreligiosa liberta di pensare nemica del progrësso délie scienze. C'est un gros in-40 ; mais depuis la première page jusqu'à la dernière, il ne contient pas un seul fait qnî prouve que l'incrédulité a été contraire aux progrès dé la science. C'est un ouvrage d'un raisonnement sec , et dont le ton est généralement déclamatoire.

&iittefô, il dcftt ^é plier aux scènes toiijoiifi tooMteé du inonde moral et se tenir prêt à repousser tes attaques de l'erreur et de f impiété , quelles que soient les formes qu'elles puissent prendre f. i>

Ces sentiments, qui doivent appartenir aux chefc de toute religion , ont été, il y a plus de mille ans, exprimés sur notre ministère parle glorieux Chrysoetôme, dans le livre d'or qu'il a écrit pour les hommes qui marchent dans cette carrière 5 voici ses paroles : « C'est pourquoi il nous faut prendre toutes les peines possibles afin que la doctrine du Christ abonde en nous ; car les préparatifs de bataille que font les ennemis ne se présentent pas sous une seule forme; la guerre est variée dans ses attaques, et elle est dirigée par des ennemis divers. Tous ne font pas usage des mêmes armes et ne livrent pas les assauts d'après un même plan, Celui donc qui entreprend de les combattre doit connaître les ruses de chacun; il doit manier à la fois Tare et la fronde, être en même temps chef et soldat, cavalier ou fantassin, et savoir également se battre sur un vaisseau et sur la brèche. Dans une guerre ordinaire, chacun attaque son ennemi d'après les leçons qu'il a reçues : mais dans ce combat, il en est bien autrement \ car, si celui qui doit remporter la victoire n'est pas complètement initié à tous les secrets dont il a besoin , le démon sait profiter de quel» que point mal gardé pour introduire dans la place des satellites qui s'emparent du troupeau et le mettent en pièces; Mais il n'en est pas ainsi quand le méchant esprit sait que le pasteur est pourvu des armes nécessaires, et qu'il est d'avance averti de ses ruses. C'est donc à nous surtout qu'il convient d'être préparés sur tous les points.

A cet encourageant témoignage en faveur des idées que j'ai exposées, je puis ajouter celui d'un illustre Père de l'Eglise latine. Saint Jérôme , commentant le verset 8 de l'Ecclésiaste , chapitre II : « J'ai amassé pour moi l'or et l'argent et les richesses des rois, «s'exprime ainsi : « Par les richesses des rois , nous pouvons eom*prendre les doctrines des philosophes et les sciences profanes,

1 De l'incrédulité moderne considérée sous les rapports de son influence sur la société* Londres i8aa , p. 4 et n , dans un sernon de R. Hall. M. A.

et l'ecelésiastiqte qui les comprend avec soin peut saisir les sages dans leurs propres pièges ". »

Cest, diîei-vous, une tâche difficile que d'acquérir les connaissances nécessaires pour ces attaques diverses; maïs quelle autre noble profession dans la société n'impose pas des obligations aussi pénibles?

..... Pater ipse colendi

Haud facilem esse *iam volutt .......

( Virg. , Georg. I, i»i.)

Eh quoi ! l'orateur romain déclarera que nul ne peut espérer d'atteindre à la hauteur de sa profession, « à moins qu'il n'ait acquis la connaissance de toutes les sciences 3 , » et cela pour plaire à la multitude , peut-être même pour détourner le cours de la justice * ; et nous , la crainte du travail et des difficultés nous détourneraient d'études semblables, études douces en eUes-mémes, études pleines de fruits excédents; et cela, quand notre but est le plus noble, le plus saint que Ton puisse se proposer ici-bas; quand les sciences, filles de la sagesse incréée, recevront la consécration et deviendront les prétresses du Très-Haut, grâce au service même auquel nous les employons. Sans doute, il faut du temps pour se bien disposer à cette manière de réfuter l'erreur et d'expliquer la vérité; mais, je le demande en toute confiance, à quoi le temps pourrait-il être mieux employé? Assurément ce n'est pas en s'occupait des sujets éphémères, qui s'emparent pour un

1 Postant regum mbstantiss et pbilosophorum dkâ dogmata et seientie seculares, qn» eeclesiasticus vhr dîUgenter inteUigens, apprehendk sapientes in astutia eorum. » Cornaient, in Eccl. , t. II, p. 7*6.

» « Le Père hii-méme a voulu que la science de son culte ne fût pas une étude Sicile. »

3 « Ac mea quidem sententia, nemo poterit esse omni lande cumnlàtu* orator, nisi erit omnium rerum magnarum atque artium sdentiam consequutns. » De Orat., lib. I, p. 89.

4 L'art de bien dire s'enseigne pour rendre bonnes de mauvaises causes; par lai , on défend les coupables , et on accable les innocents, m Trist. II, 273.

— 4*5 — jour de l'esprit public; ce n'est pas en se livrant aux pâles ou-, vrages de littérature qui découlent chaque jour de là source intarissable de nos presses; ou bien encore, en s'abandoginant aux plaisirs insipides qu'offre en général la société. Je m'écrie avec le poète:

Quod si Frigida ctirarum fomenta relinquere posses, Quo te cœlestU sapientia duceret , ires. Hoc opus , hoc studium parvi properemus et ampîi , Si pttri» volumus, si nobis \ivere cari '.

(Horace, Ep. 1# I, pp. 3, p. a5, )

Oui , parvi properemuê et ampli, grands et petits, hâtons tous l'accomplissement de cette noble tâche.. Il est au pouvoir de chacun de faire servir ses études littéraires au progrès de ses études religieuses et à raffermissement de ses saintes croyances, alors même qu'on ne serait pas doué des talents nécessaires pour augmenter la somme d'évidence générale qui doit servir au bien public. Oui, si nous sommes destinés par la divine providence à être comme les lampes qui brûlent dans l'Eglise ,- et qu'on ne doit pas cacher sous le boisseau, chacun de nous dès-lors possède une lampe virginale qu'il doit entretenir avec soin; une faible , mais précieuse lumière, qu'il lui fout conserver au-dedans de son âme , en ayant soin d'y verser sans cesse de l'huile nouvelle, afin qu'elle puisse le guider dans sa route épineuse , et que cette route ne 9e trouve pas obscure et embarrassée au moment où l'époux viendra.

Et cependant je ne vois pas pourquoi toute personne, douée seulement de talents ordinaires, ne pourrait espérer, à l'aide d'un travail persévérant, d'augmenter quelque peu les témoignages généraux qui militent en faveur de la vérité. Dans cette science, comme dans toute autre, il y a des degrés modestes : ce sont des chemins tranquilles et retirés qui ne conduisent pas au-delà des bornes de l'intérieur domestique, chemin où peut errer l'esprit

i « Brisons les liens de ces froids soucis, et suivons la route que nous trace la sagesse divine , afin d'être, petits et grandi, l'honneur de notre patrie et de posséder le bonheur an-dedans de nous-mêmes, »

timide i l'a&ri de l'attention publique , ç t où il peut cueillir d'agréables et humbles plantes dont les parfums seront aussi doux sur l'autel <]e Dieu que le riche encens composé avec tant d'art par Bazaléel et Oholiab lt Le coquillage bigarré que l'enfant ramasse sur le penchant de la colline peut quelquefois être un aussi bon témoignage d'une grande catastrophe que les os gigantesques des monstres marins que découvre le naturaliste en fouillant le roc visqueux; une petite médaille peut attester d'une manière aussi certaine la destruction d'un empire que l'obélisque ça l'arc triomphal. » Tandis que d'autres, dit saint Jérôme, offrent leur or et leur argent pour le service du tabernacle, pourquoi ne présenterai-je pas comme une humble offrande quelques peaux et quelques tissus 4e crin»? » A «ette Jxlle $gm$ flue chacun peut s'appliquer, j'ajouterai seulement qpç si Tpr et l'argent serrent à orner la maison du Seigneur, 1* peaux # les tissus de crin, ces doaspUjs humbles, y peuvent si^ de couverture etdeprp* action.

Ja mt doute sas nue vous n'avez «**»«<■»* admiré les ntintures exquises qu'nn vc^aaixpUfoudsd^app^lcweiUsifcBorgia, da^s le Vatican, et où sont représentas les sejenjg» tmmt Leurs cour» séparées. Chienne d'elle siège sur un fc&tfi «B* t'offre sons les traits et avec le maintien de la plus noble et delà plus majestueuse beauté; client entourée des emblèmes et des in^es qui figurent le mien* son pouvoir sur la terre; elle semble réclamer rhom* mage de tous lenx dontelle attire les regarda Jugez alors quelk aurait été la conception du peintre, et à quelle sublimité d'expression il se fût élevé, s'il avait eu pour tâche de représenter cette science, la plus noble de toutes* notre divine religion, siégeant sur 6ontr4ne, ainsi qu'il lui convient, et recevant les hommages et les décorations des autres sciences, ses suivantes! Car si, comme il a été prouvé, eues ne sont que des ministres, soumis A l'auto* rite suprême de la religion; si elles sont destinées à fournir des preuves de sa puissance, combien la beauté, la grâce, la m*» jesté et la sainteté de cette religion doivent-déliés surpasser touj leurs avantages! Et quel honneur, quelle dignité doit rejaillir sur

1 Exod. xxx, 35, xxxi, a.

» Prologtu galealus, en tête de la Vulgaje*

celui qui se sent destiné à porter le tribut de l'une de ces belles vassales, et quelle doit être son admiration quand il se voit aussi près de leur noble reine!

Mais quiconque tentera de cultiver un champ plus vaste, et qui suivra pas à pas , comme nous avons humblement essayé de le faire ici , les progrès continus de chaque science, en ayant soin de remarquer l'influence qu'elle exerce sur les connaissances plus saintes qu'il a acquises; celui-là, dis- je, m ressentira une joie si pure, en éprouvera un tel surcroit de consolations, qu'il n'est rien dans la seule science humaine qui pujssç jamais lui en tenir lieu. Je ne sais à qui comparer un tel homme f si ce n'est à celui qui joint un amour enthousiaste des charmes de la nature à une ample connaissance de ses lois, et qui {tasse ses journées dans un jardin rempli des plantes les plus précieuses* teif il voit une magnifique fleur qui étale toutes ses beautés aux rayons glorieux du soleil; là, une autre plus modeste va bientôt épuwuir son calice qui n'est encore qu'entrouvert; près de celle-là, ri est une troisième fleur sortant à peine 4e sa tjge.et ne donnint qu'un ]%er espoir de tout ce qu'elle pourra devenir; néanmoins, il attend avec patience, sachant bien qu'une loi a fixé le temps où cette dernière aussi viendra payer son tribut à la lumière et à la chaleur, qui l'ont nourrie. De même, l'homme dont j'ai parlé plus haut voit chaque science, l'une après l'autre, quand L'heure fixa» est venue et a fait sentir son influence mûrissante , découvrir quelque {orme qui, en ajoutant à l'harmonie variée de l'éternell* vérité , récompense amplement la puissance génératrice nui lui a donné le jour ; quelque stérile qu'elle ait pu paraître d'abord , «il* donne à la fin des fruits dignes d'orner le temple et Vante! du vrai Dieu.

Et si cet homme enregistre soigneusement ses propres isonyfc^ tions; s'il les ajoute au recueil déjà Jbrmé des autres preuves cu> verses qui aboutissent à un même centre, il aura certes attend au but le plus noble pour lequel l'homme puisse désirer délivre et de s'instruire , son propre avantage et celui du genre humain* car, comme l'a écrit un sage poète r, d'après un saint plus sage encore:

1 Lord Brooke, Traité fie la science humaine, t

Tfee chief use then in roan of thaï hc knoves ,

Il his paines-taking for the good of ail #

Not fieshly weeping for our own raadc woes,

Not laughing from a mebncholy gall, j

Not hating from a soûl that overfiowe* j

Wtth bkteroeu breathed ont from inward thraH; j

Bot sweetly ratfaer to case, loose, or binde,

Aa need requires, thia fraile fallen human kinde. Ye* toayt v*k« knowledge v meerely to be knowne, And idle cuhoatty that ia;

Some but to sell, not freely to bestow, I

Thèse gaine and spend both time and weallh amisse, Bmbasing arts, by bately deeming so :

Some to build others, which is charitie;

But tbose to build themselves who wite men be ».

Quand la science aura une fois été consacrée par des motifs aussi nobles, elle sera bientôt sanctifiée par des sentiments plus

1 « Le principal usage que l'homme doive faire de ce qu'il sait, c'est de remployer au bien de tout, non pas en pleurant avec faiblesse sur dea maui que noua nous sommes attirés , non pas en riant avec fiel et tristesse, noq pas en maudissant avec la haine d'une âme qui répand sa dehors l'amertume qu'elle renferme au-dedans; mais en cherchant doucement à réjouir, à dilater ou à resserrer, selon qu'il en est besoin , cette frêle humanité déchue.

« Mais quelques-uns cherchent à connaître seulement pour être connus, et ce n'est là qu'une vaine curiosité; ceux-ci, pour vendre leur avoir, et non pour le répandre avec libéralité ; ceux-là , pour dépenser mal à propos leur temps et leur gain, avilissant les arts et les sciences par le vil usage qu'ils en font; les uns encore pour édifier leur prochain, et voilà la charité; enfin quelques-uns, pour être édifies eux-mênes, et ceux -Ni sont les sages. »

Ces vers ne sont qu'une paraphrase du magnifique passage suivant e> saint Bernard : « Sunt namque qui scire volant eo tantum fine ut sciant, etturpis curiositas est. Et sunt qui scire volunt, ut scienfur ipsi»et turpis vanitas est. Et sunt item qui «cire volunt, ut scieatiaui titan

— 4&7 — purs, elle revêtira tin caractère plus calme et plus vertueux qu'il n'est possible aux connaissances humaines de le posséder jamais. Un amour enthousiaste de la vérité naîtra dans Pâme et y étouffera bientôt tout sentiment moins noble et plus terrestre. 1 Nous ne considérerons jamais d'un œil partial la cause que nous défendons , et nous ne la jugerons pas d'après des ntotife person- J nels; mais, suivant l'avis du digne Schiegel, nous fuirons toute i espèce de querelle, toute haine contraire à la charité, et nous I tâcherons d'entretenir en nous un esprit d'amour et d'unité1. » ! Nous regarderons notre cause comme trop sacrée pour nous lais- } ser conduire par l'influence des passions humaines , ou pour les 1 appeler à notre aide. Les paroles du poète semblent s'adresser à ! nous, quand il nous excite à rechercher la victoire, mais seule- ; ment par la puissance de Dieu : « Désire de vaincre, mais efforcetoi toujours de vaincre avec le secours de Dieu. » ( Sophocle , Ajaxy J76).

Mais ces sentiments auront une puissance encore plus grande, <{ ils nous assureront le succès ; car , si uir amour pur et une admi- , ration sans mélange pour la religion animent une fois nos efforts, nous nous sentirons enflammés pour son service d'un dévoue- \ ment chevaleresque , qui nous rendra infatigables et invincibles «quand nous nous armerons pour sa défense. Nos recherches peuvent être longues et périlleuses, nous pouvons rencontrer en chefnin des enchanteurs et des sorciers , des géants et des monstres , (des séductions et de la résistance; mais, confiants dans la force de notre cause, nous avancerons toujours ; nous ferons fuir toutes les apparitions , nous combattrons vaillamment tout ennemi réel, et la palme nous appartiendra infailliblement. En d'autres termes , nous nous soumettrons avec patience à l'ennui que peut causer un examen aussi détaillé; si quelque objection nous est faite, au lieu 1 Je nous contenter de réponses vagues , nous interrogerons la branï £he même de cette science ou sacrée ou profane d'où elle aura été

< *endant , verbi causa pro pecunia , pro honoribus , et turpis qiueslus est,

i Jed sunt quoque qui seire volunt ut œdificenl, et charitas est. Et item

j jui scire volunt ut sdificentur , et prudentia est. » Sermo xxxvi, super

1 ?ant. , p. 608.

1 Pbilosopb'fche Vorlesungeû, p. a65.

tpâp; mm m* iwetm *v<* <*bw <*#> fopfc ïw»^ £#

travail pâpible; n#u* Ucherons d'en pénétrer toutes 1<$ difficulté^ 4 d'en délier avec soin tous les nœuds, et je tous promets que f quelque dépourvue d'espoir que votre tâche ait pu vous paraître d'abord, le résultat de vos efforts sera assurément contenu dans cette légende Gopijrte, mais expressive, gn'on trouve encore 3Uf uw pierre antique f et 4jue j'espère pouvoir considérer comme Içsopinaire # l'épilogue ds ces discours *

BELIG10, yjciôTi.

fidÛDûD. tu as vaiucui

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