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s’il n’était une preuve de plus de l’opportunité de revenir sur les autorisations accordées autrefois. A celle-là, ce n’est pas l’ancienneté qui manque : il y a quatre-vingt-quinze ans qu’il a reçu l’autorisation. Il a eu pour lui la recommandation d’hommes de l’art , de la Société de médecine d’Avignon et de la commission de médecine à Paris. Il ne méritait pas moins, car ce remède précieux^ fruits des travaux, des recherches, des combinaisons et des mélanges les plus savamment combinés, purge et rafraîchit , guérit toutes sortes de maladies^ est bon à toutes sortes de malades , bon même à ceux qui sont en parfaite santé, (Prospectus, p. 5.) Et de pareilles sottises se publient avec approbation du gouvernement ; il se trouve des gens pour les défendre et des dupes pour les payer.
Les biscuits d’Ollivier ont été autorisés sur un rapport de l’Académie de médecine. Il n’est si docte assemblée qui ne faillisse quelquefois. Le jour où elle a donné son approbation à ce remède, l’Académie oubliait et le soin de sa propre consi- < dération et les intérêts de la santé publique.
Il n’y a pas de mystère sur la composition essentielle du médicament: c’est le sublimé corrosif, dulcifié par les matières protéiques. Le remède est efficace sans doute , mais il n’est pas nouveau et «il est dangereux. On dirait que c’est en vue de ce remède que Swediaur a écrit un jour : « Il est étonnant que sous » un gouvernement éclairé et humain , on permettre la vente et » l’administration d’une drogue comme le sublimé corrosif, soit » seul, soit déguisé. Les écoles de médecine bien organisées et » munies par le gouvernement de pouvoirs suffisants n’inter- » diraient-elles pas l’usage d’un remède si dangereux entre les »> mains d’un charlatan ? »
Quant à la nouveauté de la préparation , l’Académie eût pu se rappeler que l’association du sublimé corrosif à la mie de pain, à la farine, au gluten, au jaune d’œuf, se trouvait réalisée déjà dans un assez grand nombre de formules. Mais il y a plus: c’est que le gouvernement avait déjà récompensé et fait publier en 1789 la recette de gâteaux préparés dans le même but, et dont les biscuits d’Ollivier n’on.t été qu’une tardive imitation. IVÎ. Guibourt a bien voulu me fournir à ce sujet les renseignements que voici. La formule des gâteaux toniques mercuriels
de Bru est consignée dans un ouvrage intitulé : Nouvelle méthode de traiter les maladies vénériennes par les gâteaux toniques mercuriels sans clôture, et parmi les troupes sans séjour d' hôpital, par Bru, chirurgien major de la marine. Fait et publié par ordre du gouvernement. Paris, F^SQ. Dès Tannée 1788, ce traitement fut adopté dans les principaux ports de la marine rdyale, sous l’inspection de l’auteur, qui reçut d’autres récompenses. Bru, à cette époque éloignée, préparait le sublimé corrosif au moyen de Teau régale, y associait de Talun et du miel et en fabriquait des gâteaux avec de la farine et du sucre. Ainsi Ollivier n’avait pas même le mérite de l’invention, et comme il est mort aujourd’hui, le gouvernement devrait mettre un terme aux dangers qui résultent de la vente libre d’un remède aussi énergique.
Me voici enfin arrivé à celui des remèdes réputés autorisés contre lequel semblent s’accumuler tous les griefs, celui dont ■ l’autorisation paraît la plus problématique , celui qui , eût-il été jadis autorisé , se serait le plus écarté des bornes mises à tout privilège. Tout porte à croire qu’il n’a reçu qu’une permission temporaire et à titre d’essai, et cependant cette autorisation s’est perpétuée ; elle a été vendue publiquement et s’est divisée entre plusieurs exploitants qui ont débité chacun un remède différent. La composition de ce remède a varié sans cesse ; il est vanté par des annonces emphatiques comme propre à guérir une foule de maladies , tandis que l’autorisation n’avait été accordée qu’en vue de la seule propriété pour laquelle il devait être expérimenté. Il est livré à tout venant, sans souci de l’opportunité, de l’emploi, et de plus il est vendu à un prix exorbitant. Vous avez nommé avant moi le rob antisyphilitique de Laffecteur.
L’histoire de ce remède sera facile à tracer; j’en trouve les éléments dans une brochure de Tun des propriétaires actuels , dans les écrits de quelques médecins et surtout dans l’excellent rapport fait à l’Académie de médecine de Bruxelles par M. Pasquier.
Boy veau, médecin, entendit parler des cures faites par un remède purement végétal. M. de Marcilly, son beau-père. Tacheta pour l’exploiter avec lui. On voulait bien avoir le profit de l’entreprise , mais , en même temps , préserver son
nom de la honte qui s’y attachait (1) : le remède fut vendu sous la dénomination de Rob antisyphilitique, sous le nom social de Laffecteur, lequel nom fut acheté à celui qui le portait, employé au ministère de la guerre, et dont la position pouvait aider, sans doute , à la délivrance de l’autorisation. Plus tard, la société fut partagée en maison Laffecteur et maison Boyveau-Laffecteur. Aujourd’hui , le rob est exploité en commun par les deux maisons réunies.
La recette du rob fut communiquée à M. de Lassone, premier médecin du roi , puis à la Société de médecine, qui nomma successivement deux commissions ; une première , composée de de Lassone, Macquer, Lorry, Geoffroy et Bucquet, fit l’examen du remède; une seconde, composée de Genseru, Colombier, Dubourg et Carrère, fut chargée d’en suivre l’application. Dans la séance du 7 avril 1780, cette commission estima que le rob de Laffecteur était assez propre à guérir la vérole, en y joignant les traitements accessoires dont le médecin apprécierait l’oppor- tunité; que ne contenant pas de mercure, il pouvait devenir surtout utile dans les cas où l’on aurait à craindre l’usage des préparations mercurielles. {Archives de la Soc. de Médecine.)
La Société admit les conclusions de ce rapport dans la séance du 20 avril 1780. Il est à remarquer qu’il ne donne aucun avantage au rob Laffecteur sur les remèdes connus ; il renferme d’ailleurs une assertion un peu aventurée sur l’absence du mercure dans cette composition, car Buquet avait dit à la Société :
« Je n’ai pas retiré de mercure du rob antisyphilitique de » Laffecteur ; mais je ne dis pas pour cela qu’il n’en contienne pas,
M puisque je n’ai pu en découvrir dans ce même rob où j’avais » ajouté 2 grains du sublimé corrosif. Quoique je ne puisse » assurer que le rob antisyphilitique doive ses propriétés au >» mercure qu’il peut contenir, je dois néanmoins devoir faire » observer que cela est possible. La lessive de sel fixe de tartre » est un intermède très-propre à dégager le mercure masqué )> par une liqueur sirupeuse , mais cet intermède n’a d’action
(i) En 1778, l’opinion publique n’eùt pas permis d’attacher son nom de famille à un remède ayant une telle spécialité.
(Hofmann. Brochure, p. 5, i85o.)
» que quand le sel mercuriel se trouve dans la liqueur en quan- » tité un peu considérable. >'
Il ne paraît pas qu’à la suite de ce rapport le rob ait été autorisé, Il y a bien un arrêté du conseil d’Etat, du 12 septembre 1778; mais, comme il est antérieur au rapport de la So^ ciété de médecine (10 septembre 1779 et 7 avril 1780), il est hors de doute qu’il n’a été qu’une tolérance provisoire. La Gazette de santé du 15 octobre 1778 dit formellement que cet arrêté avait pour but, en permettant la vente, de faire constater journellement les effets sous les yeux de deux médecins de la Faculté de Paris et de la Société de médecine , chargés d’en diriger l’administration dans une maison particulière établie à cet effet , et d’en rendre compte à la Société. Pour se procurer ce remède , il fallait se présenter avec un billet signé d’un médecin chez le sieur Laffecteur {Gazette de santé, 1778, n'^ 42). L’autorisation définitive n’a pas été donnée , car, le 12 janvier 1850, le procureur . de la République déclarait en pleine audience qu’il n’y a pas d’autorisation expresse du gouvernement, qu’il y a seulement tolérance et abstention de poursuites.
Je vous ai dit le cas que la Société royale de médecine faisait du rob de Laffecteur ; écoutez maintenant l’opinion de deux hommes qui en ont suivi l’application : d’abord la voix de Swediaur au beau temps de la vogue du remède ; puis , de nos jours , celle de M. Thiry , professeur de clinique des maladies vénériennes, à Bruxelles.
« Depuis plusieurs années, dit Swediaur, j’ai vu un grand » nombre de malades qui sont venus me consulter après avoir » pris le rob pendant longtemps et à plusieurs reprises sans » succès. » Et plus loin : « Il n’y a que l’ignorance et le char-
latanisme qui puissent le regarder et le préconiser comme )> l’unique remède de ces maladies; du moins je n’ai pas vu )) que , faute de ce rob, il mourût plus de soldats et de marins » dans les hôpitaux d’Angleterre et ailleurs qu’en France , où » tant de gens sans instruction le croient un moyen infaillible » et la dernière ressource de l’art ; mais , dans ces pays , les gou- '> nements , méprisant les remèdes des charlatans , confient les )* malades aux soins des médecins et des chirurgiens les plus » éclairés. »
En 1850, M. Thiry s’exprimait ainsi devant l’Académie de
médecine, à Bruxelles : « On a singulièrement exagéré les vertus » médicamenteuses du rob de LafFecteur. Son action est nulle » comme agent antis yphilitique ; il ne renferme aucune puis- » sauce spécifique. Il est inutile dans le traitement des affections » vénériennes bénignes , dangereux contre le chancre induré ; )) ,il laisse croître et augmenter les accidents. Il en est de même » quand on l’applique aux maladies graves de la peau. On peut » l’employer comme adjuvant dans les maladies de la peau et V syphilitiques. Le régime sévère imposé aux malades a plus de part que le rob liii-méme dans le succès. »
Qu’est-ce donc, en effet, que ce rob antisyphilitique? Un sirop de salsepareille composé tout à fait analogue à celui du Codex. Sa composition ne pouvait rester un mystère : neuf personnes avaient été mises dans la confidence. On va voir que c’est par elles que la recette du rob a été divulguée.
Pelletai! , dans sa clinique chirurgicale , rapporte la formule de ce rob qu’il tenait , dit-il , de l’homme le plus véridique et le plus instruit qu’il connût. Elle n’est autre que celle du sirop de Cuisinier avec substitution de la coriandre à l’anis.
Yan Mons, de son côté, a eu communication dej la recette de ce rob , et voici comment il nous apprend qu’elle lui est arrivée. Laffecteur fut chargé de fournir son rob pour le service de la marine. Van Mons en eut la recette et la publia dans sa pharmacopée usuelle en 1822. Cette formule est telle, dit-il, que nous l’avons exécutée pour l’un des commissaires de la marine française qui avait assisté à cette communication. Cette recette diffère à peine de celle du sirop de salsepareille composé (salsepareille, sucre, miel, de chaque 15; parties; séné, fleurs de bourrache , roses muscates , semences du cumin, de chaque 1 partie).
Et moi aussi, je possède la recette qui a été remise à la commission d’examen nommée par le gouvernement, et cela, par hasard, par succession de l’un des commissaires. Je pourrais la publier, car je ne suis pas obligé au secret. Je me contenterai de dire à ceux qui voudraient se soustraire à la rapine du monopole actuel qu’ils peuvent en toute sûreté se servir de l’une ou de l’autre recette que j’ai rapportée tout à l’heure ; les différences sont très-légères et peuvent être négligées.
Voulez- vous une preuve encore? Je vais la puiser dans le
Codex de 1818, qui comptait au nombre de ses rédacteurs des membres de la commission d’examen. Après avoir donné la préparation du sirop de salsepareille composé , le Codex ajoute :
Parum admodùm initio, aut nihil prorsùs, sive medicamentorum naturâ et mutuâ ratione , sive methodo parandi ab hoc discrepabat adeô decantatum Rob dicturn antisyphiliticum. » Ainsi le rob antisyphilitique est le sirop de salsepareille composé du Codex, avec un désavantage qui lui est propre; c’est qu’il a varié à diverses époques et qu’il peut varier encore au gré des vendeurs. Ceci ressort déjà des légères variations que présentent entre elles les recettes de sources officielles venues en des temps différents , et bien plus encore des faits graves que je vais rapporter. Le rob primitif était une bouillie claire , d’une couleur brune , d’une odeur de sirop de longue vie, qui laissait déposer au fond des bouteilles une fécule grise et qui donnait , lorsqu’on l’avait coupé avec de l’eau, un dépôt visqueux et collant. Sa densité était de 1,117. Aujourd’hui le rob est un sirop brun, d’une densité de 1,21, qui donne avec l’eau une liqueur presque transparente. Le rapport remarquable fait par M. Pasquier, à l’Académie de médecine de Bruxelles, constate qu’en 1850 on vendait, en Belgique, plusieurs espèces de robs. Ils étaient fort différents les uns des autres. Leur densité variait entre 33 et 36 ; les uns avaient déposé dans les bouteilles , les autres non; ceux-ci restaient transparents quand on les étendait avec de l’eau; ceux-là se troublaient; d’autres formaient un dépôt épais. Leurs couleurs étaient très-diverses ; les quantités de chlore nécessaires pour les décolorer variaient de 4 à 10. L’eau de chaux développait une odeur de salsepareille chez les uns; chez les autres, elle ne produisait qu’une odeur de réglisse. L’alcool précipitait de la matière extractive avec cette extrême différence de proportion de 11 à 29. Les robs d’un des fabricants différaient entre eux; les robs de l’autre ne se ressemblaient pas davaritage. Il n’y avait pas plus d’identité dans les robs provenant de la nouvelle fabrication , qui , à leur tour, différaient des robs provenant de la fabrication d’une autre époque. Après cela, que deviennent les prétentions des fabricateurs du rob qui , en désespoir de cause , cherchent à se retrancher derrière une prétendue constance absolue de composition de tout rob sorti de leur laboratoire ?
Pour compléter le tableau de toutes ces misères j voici qu'un jour un procès s’élève entre les deux propriétaires devenus antagonistes. L’un introduit dans la cause contre Tautre une action en tromperie sur la nature de la marchandise. Du rob avait été saisi , et les experts , MM. Tardieu , Lesueur et Lassaigne^ déclarent qu’il est tout différent du rob Boyveau-Laffecteur.
Enfin , ce qui est plus grave encore , ce rob prétendu végétal a contenu du mercure à une certaine époque. Dès 1779, Bucquet appelait sur ce point les défiances de la Société royale de médecine. Son opinion s’est trouvée confirmée par cette déclaration de Swédiaur ; « J’ai vu des malades qui , sous l’usage » de ce remède, furent affectés d’une salivation forte et caracté- » ristique ; d’autres se trouvaient plus mal qu’avant. »
Et maintenant , je demanderai aux rares médecins, enthousiastes de ce rob, à laquelle de toutes ces préparations si variées ils ont recours, et quelle est celle qu’ils préfèrent pour le salut de leurs malades j mais , avant de répondre , ils feront bien de se remettre en mémoire les sévères qualifications que Pelletan et Swédiaur ont appliquées aux médecins qui se font les prôneurs des remèdes secrets.
Tel est le rob antisyphilitique de Laffecteur que la Société de médecine indiquait comme pouvant faire disparaître les symptômes de la maladie vénérienne , sans aucune préférence sur les autres remèdes connus, et qui est vendu aujourd’hui, à grand renfort d’annonces et de prospectus , comme propre à guérir une foule de maux. Et , chaque jour, de pauvres malheureux atteints de maladies graves se fient à ces promesses trompeuses, laissent le mal gagner du terrain, et arrivent trop tard aux mains du médecin dans un état incurable.
Un dernier mot sur le tort pécuniaire que le public subit par l’effet de la tolérance du gouvernement. Le même remède qui , préparé dans une bonne pharmacie et vendu sous son nom véritable, coûterait 6 francs au malade, il le paye 16 francs aux exploitants , parce que le gouvernement s’est avisé de laisser en leur main le privilège de vendre une chose connue sous un nom qui jette le mystère sur sa composition. Ce n’est pas que le bénéfice des vendeurs sur chaque bouteille soit aussi considérable : ils se sauvent, comme on dit, sur la quantité. Le rob leur revient à
3 ou 4 francs; mais il leur faut faire au débiteur une large remise qui peut s’élever à 7 francs 50 centimes. Il en résulte que le vendeur de seconde main est suffisamment intéressé au succès du rob, et que fabricants et revendeurs se tirent assez bien d’affaire. Le patient, c’est, d’une part , le médecin qu’on ne consulte plus; c’est surtout le pauvre public qui, grâce au privilège , paye le remède trois fois plus cher, et qui guérit ensuite s’il le peut. C’est là l’histoire du rob de Laffecteur, comme c’est celle de toutes les spécialités tant en vogue de nos jours.
Les faits sont établis ; maintenant je puis conclure.
La législation des remèdes secrets doit retourner en arrière et revenir au décret du 18 août 1810, appliqué dans toute sa rigueur.
Il faut :
Obliger ceux qui ont des autorisations à les soumettre à un nouvel examen et confier cet examen à des hommes qui , par leurs fonctions , offrent toute garantie de savoir, de maturité , d’indépendance et de désintéressement (voyez la composition de la commission , page 7 ) ;
Laisser à cette commission le soin de décider s’il y a réellement découverte utile , d’en fixer le prix et de déclarer si elle doit être publiée pour cause d’utilité publique ;
Ne pas accorder d’autorisations de vendre.
Et , si cependant le gouvernement maintenait le système de remèdes autorisés, mettre à l’autorisation les conditions suivantes :
La recette sera rendue publique ;
L’autorisation sera personnelle et limitée à un certain nombre d’années;
Le remède ne pourra être vendu que par des pharmaciens et sur ordonnance de médecins ;
Un maximum de prix sera fixé pour la vente du médicament ;
L’annonce avec indication des propriétés médicinales sera absolument interdite. f
L’infraction à l’une de ces conditions ou un changement dans
la composition du remède sera punie par la déchéance et par les peines portées contre les vendeurs de remèdes secrets.
Je Fai déjà dit , l’école de pharmacie a adressé une demande dans le même sens au ministre. La commission d’hygiène publique est saisie de la question. Si j’y reviens encore, c’est que le succès de ces demandes est loin d’être assuré. Les avenues du , pouvoir sont occupées par des gens qui ont intérêt à perpétuer les abus. Le charlatanisme a fait leur fortune que le charlatanisme soutient et accroît chaque jour. Dans cette fortune^ ils ont trouvé des moyens d’influence qui ont été assez forts pour contre-balancer les intérêts de la moralité et de la santé publiques : ce ne sera pas trop des efforts de tous pour les réduire à l’impuissance. Ils repousseront toute réforme en désespérés, car la réforme dessécherait la source impure où ils vont puiser leurs richesses.
En traçant à nouveau l’histoire des remèdes secrets, j’ai voulu une fois de plus mettre en lumière les vices d’une législation qui s’est faite la complice du charlatanisme , montrer au pouvoir sur quelle pente malheureuse il a été entraîné et lui indiquer les moyens de réparer le mal. Pour engager et soutenir cette discussion , je me présentais avec un avantage incontestable. Nul intérêt ne me pousse que celui de la vérité et du bien public. Je n’ai rien à gagner, je n’ai rien à perdre en ces débats , tandis que chacun de mes adversaires est affaibli de l’intérêt personnel qui l’attache à la cause qu’il défend. Mon indépendance donnera à mes paroles un retentissement, une force morale et un crédit qui auraient pu leur manquer.
Si je réussis , ma récompense est prête: ce sera la satisfaction d’avoir contribué à faire le bien. Si mes efforts sont infructueux , je me dirai qu’un appel à la défense de la moralité et des intérêts de la santé publique ne peut être entièrement perdu; j’attendrai des temps meilleurs.
Paris. — Imprimé par E. THÜNOT et G®, lue Kacine, 26.