‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 19 sur 26 · DISCOURS SUR LES RÉVOLLTIOSS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES RÉVOLLTIOSS

clfinii-saiiva;jps (jiielqnes siècles auparavanl ; bien plus , iis nous parlent tous d’une catastrophe générale , d’une irruption des eaux , qui occasiona une régénération presque totale du genre humain, et ils n’en font pas remonter l’époque à un intervalle bien éloigné.

Les textes du Pentateuque qui alongent le plus cet intervalle ne le placent pas à plus de vingt siècles avant Moïse , ni par conséquent à plus de cinq mille quatre cents ans avant nous (1).

Les traditions poétiques des Grecs, sources de toute notre histoire profane pour ces époques reculées , n'ont rien qui contredise les annales des Juifs ; au contraire, elles s’accordent admirablement avec elles , par l’époque (ju’elles assignentaux colons égyptiens et phéniciens qui donnèrent à la Grèce les premiers germes de civilisation ; on y voit que vers le même siècle où la peuplade Israélite sortit d’Égypte pour porter en Palestine le dogme sublime de l’unité de Dieu, d’autres colons sortirent du même pays pour porter en

(1) Les Septante à cinq mille trois cent quarante-cinq; le texte samaritain à quatre mille liiiil cent soixante-neuf; le texte hébreu à quatre mille cent soixante-quatorze.

Grèce une relifîion plus grossière , au moins à rextérieur , quelles que fussent d’ailleurs les doctrines secrètes qu’elle réservait à ses initiés ; tandis que d’autres encore venaient de Phénicie, et enseignaient aux Grecs l’art d’écrire , et tout ce qui a rapport à la navigation et au commerce (^ ), Il s’en faut sans doute beaucoup que l’on ait eu depuis lors une histoire suivie , puisque l'on place encore long-temps après ces fondateui stle colonies une foule d’événemens mythologiques

* (1) On sait que les clironologisles varient de plusii ni's annôcs sur cliacun de ces évinenien»; mais ces migrations n’en fomierit pas moins tonies ensemble le caractère spécial et bien remarqualde dn quinzième et dn seizième siècle avant Jésus Christ.

Ainsi , en suivant seulement les calculs d’Usseriiis , Cècrops serait venu d’Égypte à Athènes vers 1556 avant Jésus-Christ \ Deucalion se serait établi sur le Parnasse vers 1548 ; Cndmus serait arrivé de Phénicie à Thèhes vers 1493 ; Danaiis serait venu à Argos vers 14S5 ; Dardamis se serait établi sur l’IIellespont vers 1449.

Tous ces chefs de nation auraient été à peu pi-ès contemporains de Moïse, dont l’émigration est de 1491. Voyez d'ailleurs sur le synchronisme de Moïse, de Danaiis et de CaUmus, Diodore, lib. xi ; dans Photius, pag, 115*2.

et d’aventures où des dieux et des héros interviennent , et qu’on ne lie ces chefs à l’histoire véritable que par des {jénéalogies évidemment factices (1) -, mais ce qui est bien plus certain encore , c’est que tout ce qui avait précédé leur arrivée ne pouvait s’être conservé que dans des souvenirs très-confus , et n’aurait pu être suppléé que par de pures inventions , pareilles à celles de nos moines du moyen-âge sur les origines des peuples de l’Europe.

Ainsi, non seulement on ne doit pas s’étonner qu’il y ait eu , dans l’antiquité même , beaucoup de doutes et de contradictions sur les époques^ de Cécrops, de Deucalion, de Cadmus et de

(i) Tout le monde connaît les généalogies d’ÀpoIIo> dore, et le parti que feu Clavier a cherché à en tirer pour rétablir une sorte d’histoire primitive de la Grèce; mais lorsqu’on a lu les généalogies des Arabes, celles des Tarlares, et toutes celles que nos vieux moines chroniqueurs avaient imaginées pour les düTérens souverains de l’Europe et même pour des particuliers , on comprend trèsbien que des écrivains grecs ont dû faire pour les premiers temps de leur nation ce qu’on a fait pour toutes les autres à des époques où la critique n’éclairait pas l’histoire.

Danaüs; non seulement Userait puéril d’attacher la moindre importance à une opinion quelconque sur les dates précises d’Inachus (1) ou d’Ogygès (2) ; mais si quelque chose peut surprendre , c’est que ces personnages n’aient pas été placés infiniment plus haut. Il est impossible qu'il n’y ait pas eu là quelque efl'el de l’ascendant des traditions reçues, auquel les inventeurs de fables n’ont pu se soustraire. Une des dates assignées au déluge d’Ogygès s’accorde même tellement avec l’une de celles qui ont été attribuées au déluge de Noé, qu’il est presque impossible ({u’elle n’ait pas été prise dans quelque source où c'était de ce dernier déluge qu’on entendait parler (3).

(1) Mille huit ccnt cinquante-six ou mille huit cent vingt-trois avant Jésus-Christ, ou d’autres dates encore ; mais toujours environ trois cent cinquante ans avant les principaux colons phéniciens ou égyptiens.

(2) La date vulgaire d’Ogygès, d’après Actisilaüs, suivi par Eusèbe, est de mille sept cent quatre-vingt seize ans avant Jésus-Christ, par conséquent plusieurs années après Inachus.

(3) Varron plaçait le déluge d’Ogygès , qu’il appelle le premier déluge, à quatre cents ans avanlliinchus (opriore cataclismo quem Ogijgium dicunt, ad Inaehi regnum), et

Quant à Deucalion , soit que l’on regarde ce prince comme un personnage réel ou fictif, pour peu que l'on suive la manière dont son déluge a été introduit dans les poèmes des Grecs , et les divers détails dont il s’est trouvé successivement enrichi , il devient sensible que ce n’était qu’une tradition du grand cataclisme , altérée et placée

par conséquent à mille six cents ans avant la première ol ympiade; ce qui le porterait à deux mille trois cent soixante-seize ans avant Jésus-Christ, et le déluge de Noë, selon le texte hébreu, est dedeux mille trois cent quaranteneuf : ce n’est que vingt-sept ans de différence. Ce témoignage de Varron est rapporté par Censorin, de Die natali , cap. XXI. A la vérité , Censorin n’écrivait qu’en deux cent trente-huit de Jésus-Christ, et il parait, d’après Jules Africain, ap. Euseb., Præp. cv, qu’Acusilaüs , le premier auteur qui plaçait un déluge sous le règne d’Ogygès , faisait ce prince contemporain de Fhoronée, ce qui ranrait beaucoup rapproché de la première olympiade. Jules Africain ne met que mille vingt ans d'intervalle entre les deux époque.s, il y a même dans Censorin un passage conforme A cet opinion; aussi quelques uns veulent-ils lire dans celui de Varron , que nous venons de citer d’après Censorin , eroijüium , au lieu A'Ogyyium. Mais qu’est ce qu’un cataclisme érogitien dont personne n’a jamais parlé ?

par les Hellènes à l’époque où ils plaçaient aussi Deucalion, parce que Deucalion était regardé comme l’auteur de la nation des Hellènes, et que l’on confondait son histoire avec celle de tous les chefs des nations renouvelées (1).

(1) Homère ni Hésiode n’ont rien su du déluge de Deucalion, non plus que de celui d’Ogygès.

Le plus ancien auteur subsistant où l’on trouve la mention du premier est Pindnre (Od. Olyp, ix). Il Tait aborder Deucalion sur le Parnasse , s'établir dans la ville de riologénie (première naissance), et y recréer son peuple avec des pierres ; en un mot , il rapporte déjà , mais en l’appliquant à une nation seulement , la fable généralisée depuis par Ovide à tout le genre humain.

Les premiers historiens postérieurs à Pindare (Hérodote, Thucydide et Xénophon) , ne font mention d’aucun déluge, ni du temps d’Ogjgès, ni du temps de Deucalion, bien qu’ils parlent de celui-ci comme de l’un des premiers rois des Hellènes.

Platon, dans le Timèe. ne dit que quelques mots du déloge, ainsi que de Deucalion et de Pyrrha, pour commencer le récit de la grande catastrophe qui, selon les prêtres de .‘taïs, détruisit l’Atlantide ; mais dans ce prude nmts il parle du déluge au singulier, comme si c’était le seul ; il dit même expressément plus loin que les Grers n’enroniiaissaienl qii'im. Il place le nom de Deueaücn imméilia'

d80 niscouRS suu ixs iuîvolutions

C’esi rpie chaque peuplade de Grèce qui avait conservé des traditions isolées, les commençait par son déluge particulier , parce que chacune

tcincnt après celui de Phoronée , le premier des hommes, sans faire mention d’Ogygès : ainsi , pour lui, c’est encore un événement général , un vrai déluge universel, et le seul qui soit arrivé. Il le regardait donc comme identique avec celui d’Ogygès.

Aristote ( Meteor., 1 , 14 ) , semble le premier n'avoir considéré ce déluge que comme une inondation locale qu'il place près deDodone et du fleuve Âchéloüs , mais près de rAcliéloüs et de la Dodone de Tliessalie.

Dans Âpollodore (Bibl. 1, § 7), le déluge de Denralion reprend toute sa grandeur et son caractère mythologique : il arrive à l’époque du passage de l’âge d’airain à l'âge de fer. Deucalion est le 61s du titan Prométhée , du fabrica' tcur de l’homme; il crée de nouveau le genrê humain avec des pierres ; et cependant Allas, son oncle , Phoronée , qui vivait avant lui , et plusieurs autres personnages antérieurs conservent de longues postérités.

A mesure que l’on avance vers des auteurs plus récens , il s’y ajoute des circonstances de détails qui ressemblent davantage à celles que rapporte Moïse.

Ainsi Apollodore donne à Deucalion un coffre pour moyen de salut ; Plutarque parle des colombes par lesquelles il cherchait à savoir si les eaux s’étaient retirées

d’elles avait conservé quelque souvenir du déluge universel qui était commun à tous les peuples ; et lorsque dans la suite on voulut assujéiir ces

et Lucien des animaux de toute espèce qu’il avait embarqués avec lui, etc.

Quant à la combinaison de traditions et d’hypotlièscs de laquelle ou a récemment cherché à conclure que la riip lure du Bosphore de Tbrace a été la cause du déluge de Deucalion , et même de l’ouverture des colonnes d'Hercule, en faisant décharger dans l’Arcliipel les eaux du Poiil- Êuxin, auparavant beaucoup plus élevées et plus étendues qu’elles ne l’ont été depuis cet événement , il n’est plus nécessaire de s’en occuper en détail , depuis qu’il a été constaté, par les observations de M. Olivier, que si la mer Noire eût été aussi haute qu’on le suppose , elle aurait trouvé plusieurs écoiilemens par des cols et des plaines moins élevées que les bords actuels du Bosphore ; et par celles de M. le comte Andréossy, que, fût-elle tombée un jour subitement en cascade par ce nouveau passage , la petite quantité d’eau qui aurait pu s’écouler à la fois par une ouverture si étroite , non seulement se serait répandue sur l’immense étendue de la Méditerranée sans y occasioncr une marée de quelques toises, mais que la simple inclinaison naturelle nécessaire à l’écoulement des ea x aurait réduit à rien leur excédant de hauteur sur les bords de l’Attiquo.

Vojfz au reste sur ce sujet la note que j’ai publiée eu

diverses traditions à une chronologie commune , on crut voir des événemens différens, parce que des dates toutes incertaines , peut-ôtre toutes fausses , mais regardées chacune dans son pays comme authentiques , ne se rapportaient pas entre elles. Ainsi de la même manière que les Hel lènes avaient un déluge de Deucalion , parce qu'ils regardaient Deucalion comme leur premier auteur , les Autochthones de l'Atlique en avaient un d’Ogygès, parce que c’était par Ogygès qu’ils commençaient leur histoire. Les Pélages d’Arcadie avaient celui qui , selon des auteurs postérieurs , couiraignil Dardanus à se rendre vers l’Hellespont (1). L’île de Samolhrace , l’une de celles où il s’était le plus anciénnement formé une succession de prêtres , un culte régulier et des traditions suivies , avait aussi un déluge qui passait pour le plus ancien de tous (2), et que l’on y attribuait à la rupture du Bosphore et de l’Hellespont. On gardait quelque idée d’un évé-

téle (lu troisième volume de l'OviJc de la collection de M. Lemaire.

tl) Denjs d’ILilicarnasse. Aiiliq. rom. lib. i , cap. Gt. Diodore de Sicile, lib. v, cap. 47.

nement semblable en Asie mineure (1) et en Syrie (2), et par la suite les Grecs y attachèrent le nom de Deucalion (3).

Mais aucune de ces traditions ne plaçait trèshaut ce cataclisme ; aucune d'elles ne refuse h s’expliquer , quant à sa date et à ses autres circonstances , par les variations que subissent toujours les récits qui ne sont point fixés par l’Ecriture.

Les hommes qui veulent attribuer aux conti- L’*nUnens et à l’établissement des nations une anti-^”'!;';*"! quité très-reculée sont donc obligés de s’adres-'"’’“^f *

* ^ cerlaia*

ser aux Indiens, aux Chaldéens et aux Egyptiens, peupUi

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trois peuples en effet qui paraissent les plus an- J’uutorîciennement civilisés de la race caucasique; mais*^“*’ trois peuples extraordinairement semblables entre eux, non seulement par le tempérament,

(1) Etienne de Bjzance , voce Iconium : Zénodote , ProT., cent, vi, n® tO ; et Suidas , voce Nannacus.

(2) Lucian., de Deâ Syrâ.

(3) Arnobe, Contra Geiit., lib. v,p. ni. tSvS, parle même d’un rocher de Phi ygie , d’où l’on prétendait que Ueuctl^ lion etPyrrIifl avaient ptis ietii's pietiési

par le climat et par la nature du sol qu’ils habitaient, mais encore par la constitution politique et religieuse qu'ils s’etaiont donnée , et dont cette constitution mémo doit rendre le témoignage également suspect (1).

Chez tous les trois une caste héréditaire était exclusivement chargée du dépôt de la religion , des lois et des sciences ; chez tous les trois cette caste avait son langage allégorique et sa doctrine secrète ; chez tous les trois elle se réservait le privilège de lire et d’expliquer les livres sacrés dans lesquels toutes les connaissances avaient été révélées par les dieux eux-mêmes.

On comprend ce que l'histoire pouvait devenir en de pareilles mains ; mais , sans se livrer à de grands efforts de raisonnement, on peut le savoir par le fait, en examinant ce qu’elle est devenue

(1) Cette ressemblance des institutions Ta au point, qn'il , est très-naturel de leur supposer une origine commune. On ne doit pas oublier que beaucoup d’anciens auteurs ont pensé que les institutions égyptiennes venaient de l’Ethiopie, et que le Syncelle, page dSl, nous dit positivement que les Ethiopiens étaient venus des bords de l’Indus au temps du roi Amenophtis.

parmi celle de ces trois nations qui subsiste encore • parmi les Indiens.

La vérité est qu’elle n’y existe point du tout. Au milieu de cette infinité de livres de théologie mystique ou de métaphysique abstruse que les brames possèdent , et que l’ingénieuse persévérance des Anglais est parvenue à connaître , il n’existe rien qui puisse nous instruire avec ordre sur l’origine de leur nation et sur les vicissitudes de leur société : ils prétendent même que leur religion leur défend de conserver la mémoire de ce qui se passe dans l’âge actuel , dans l’âge du malheur (1).

Après les Vedas , premiers ouvrages révélés et fondemens de toute la croyance des Indous , la littérature de ce peuple comme celle des Grecs commence par deux grandes épopées ; le Ramaian et le Mahâbarat, mille fois plus monstrueuses dans leur merveilleux que l’Iliade et l’Odyssée , bien que l’on y reconnaisse aussi des traces d’une doctrine métaphysique du genre de celles que l’on est convenu d'appeler sublimes.

(1) Voyez Potier, Mythologie des Iiidous, tom. i, pages 89 et 91,

180 piscouns SUR us' révolutions

Les autres poèmes , qui font avec les deux pre<mierè le grand corps des Pouranas , ne sont que des légendes ou des romans versifiés, écrits dans des temps et par des auteurs différens, et non moins cxtravagans dans leurs fictions que les grands poèmes. On a cru reconnaître dans quelques uns de ces écrits des faits ou des noms d'hommes un peu semblables à ceux dont les Grecs et les Latins ont parlé ; et c’est principalement d’après ces ressemblances de noms que M. Wilfort a essayé d’extraire de ces Pouranas une espèce de concordance avec notre ancienne chronologie d’Occident , concordance qui décèle à chaque ligne la nature hypothétique de ses bases, et qui, de plus, ne peut être admise qu’en comptant absolument pour rien les dates données par les Pouranas eux-mêmes (1). j

Les listes de rois que des pandits ou docteurs indiens ont prétendu avoir compilées d’après ces Pouranas, ne sont que de simples catalogues

(t) Voyez le grand travail de M. Wilfort, sur' la chro- ' nologie des rois de Magadha, empereurs de l’Inde, et sur les époques de Vicramaditjya (ou Bikermadjil), et de Sa* livahanna. Méui. de Calcutta, t. u, in-S°, pag. 82,

PE PA SP'PFACE PV aPOBEf |$7

sans détails, ou ornés de détails absurdes, comme en avaient les ChaldéensetlesE{jyptiens; comme Triihème et Saxon le grammairien en ont donné pour les peuples du Nord (1). Ces listes sont fort loin de s’accorder ; aucune d’elles ne suppose ni une histoire , ni des registres, ni des titres : le fond même a pu en être imaginé par les poètes dont les ouvrages en ont été la source. L’un des pandits c|ui en ont fourni à M. Wilfort, est convenu qu’il remplissait arbitrairement avec avec des noms imaginaires les espaces entre les rois célèbres (2) , et il avouait que ses prédécesseurs en avaient fait autant. Si cela est vrai des listes qu’obtiennent aujourd’hui les Anglais, comment ne le serait-il pas de celles qu’Abou-Faze^ a données comme extraites des Annales de Cachemire (3), et qui, d’ailleurs, toutes pleines de

(1) Voyez Johnes, sur la chronologie des Indous, Mém. f de Calcutta, édition in-S'’, tom. ii, pag. 111 j traduction ; française , p. 16 i. Voyez aussi Wilfort sur ce même sujet, | ibid., tom. V, pag. 2M, et les listes qu'il donne dans son \ travail cité plus haut, loni. ix, pag. 116.

(2) Wilfort, Mém. de Calcutta, in S’, tom. ix; p. 133.

(3) Dans TAyeen-Acbery, tom. ii, pag. 13S de la tra-

fables qu’elles sont, ne remontent qu’à quatre mille trois cents ans , sur lesquels plus de mille deux cents sont remplis de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés quant à leur durée.

L’ère même d’après laquelle les Indiens comptent aujourd’hui leurs années , qui commence cinquante-sept ans avant Jésus-Christ, et qui porte le nom d’un prince appelé Vicramaditjia ou Bickermadjit , ne le porte que par une sorte de convention ; car on trouve , d’après les synchronismes attribués à Vicramaditjia, qu’il y aurait eu au moins trois , et peut-cire jusqu’à huit ou neuf princes de ce nom, qui tous ont des légendes semblables, qui tous ont eu des guerres avec un prince nommé Siliwahanna ; et, qui plus est , on ne sait pas bien si cette année cinquante-sept avant Jésus-Christ est celle de la naissance , du règne ou de la mort du Vicramaditjia, dont elle porte le nom (1). j

diiction anglaUc. Voyez aussi Ileeren , Commerce des anciens , piemier volume , deuxième partie, pag. 329.

(t) Voyez Bentley, sur les systèmes astronomif]ue8 des Indous , et leur liaison avec l’histoire, Mém. de Calcutta, *.om. Tiir, pag. 243 de l'édition in-8<>,

Enfin , les livres les plus authentiques des Indiens démentent, par des caractères intrinsèques et très-reeonnaissables , l’antiquité que ces peuples leur attribuent. Leurs Vedas, ou livres sacrés , révélés selon eux par Brama lui-même dès l’origine du monde, et rédigés par Yiasa (nom qui ne signifie autre chose que collecteur) au commencement de l’âge actuel , si l'on en juge par le calendrier qui s’y trouve annexé et auquel ils se rapportent, ainsi que par la position des colures que ce calendrier indique , peuvent remonter à trois mille deux cents ans, ce qui serait à peu près à l’époque de Moïse (2). Peut-être même èeux qui ajouteront foi à l’assertion de Mégasthènes (2) , que de son temps les Indiens ne savaient pas écrire; ceux qui réfléchiront qu’aucun des anciens n'a fait mention de ces temples superbes, de ces immenses pagodes, 'monumens si remarquables de la religion des Brames ; ceux qui sauront que les époques de

(.1) Voyez le Mémoire de M. Colebrooke sur les Vedas, Méni, de Calcutta , tom. viu de l’édition in-S<>, pag. 493. ' (2) Megasllicnes apud Strabon . , lib. xv , pag. 709. Almel.

iOO DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

leurs tables astronomiques ont été calculées après coup , et mal calculées , et que leurs traités d’astronomie sont modernes et antidatés , seront-ils portés à diminuer encore beaucoup cette antiquité prétendue des Vedas ?

Cependant, au milieu de toutes les fables braminiques , il échappe des traits dont la concordance avec ce qui résulte des monumens historiques plus occidentaux, est faite pour étonner.

Ainsi leur mythologie consacre les destructions successives que la surface du globe a essuyées , et doit essuyer à l’avenir ; et ce n’est qu’à un peu moins de cinq mille ans qu’ils font remonter la dernière <1). L’une de ces révolutions , que l’on place à la vérité infiniment plus loin de nous , est décrite dans des termes presque correspondans à ceux de Moïse (2).

(1) Celle qui a donné naissance à l’âge présent ou cali yug ( l’flge de. terre ) : elle remonte à quatre mille neu cent vingt-sept ans ( trois mille cent deux ans avant Jé* 8U8-Christ. ) Voyez Legentil , Voyage aux Indes, tom. i , pag. 235; Bentley, Mém. de Calcnlla , tom. vin de l’édition in-8», p. 212. Ce n’est que, cinquante-neuf ans plus haut que le déluge de Noé , selon le texte samaritain.

■(2) Le petsonnsge de Satyatràta y joue le même tôle

Digitizod jy G o^lc

M. Wilfort assure même que , dans un autre événement de cette mythologie , figure un personnage qui ressemble à Deucalion, par l’origine , par le nom , par les aventures , et jusque par le nom et les aventures de son père (1).

que Noé : il s’y sauve avec sept couples de saints. Voyez Will. Johnes, Mém. de Calcutta, tom. i in-8°, p. 230, et la traduction française in 4°, pag. 170; et dans le Bagavadani (ou Bagvata), traduction de Fouché d’Obsonville , pag. 212.

(I) Cala-Javana, ou dans le langage familier C.-i1-Yun , à qui ses partisans peuvent avoir donné l'épithète de deva, deo (dieu) , ayant attaqué Chrishna (l’Apollon des Indiens) à la tête des peuples septentrionaux (des Scythes, tels qu’était Deucalion selon Lucien), fut repoussé parle feu et par l’eau. Son père Garga avait pour l’un de ses surnoms Pramathesa (riométhée ) ; et selon une autre légende , il est dévoré par l’aigle Caruda. Ces détails ont été extraits par M. Wilfort ( dans son Mémoire sur le mont Caucase , parmi ceux de Calcutta , tom. vi de l’édition in-S’ . pag. 507) du drame sanscrit intitulé Hari- Vansa. M. Charles Bilter, dans son Vestibule de l’Iiistoire européenne avant Hérodote, en conclut que toute la fable de Deucalion était d’origine étrangère, et avait été apportée en Grèce avec les autres légendes de celte partie du culte grec qui était venue parle Nord, et qui avait précédé les colons égyptiens et phéniciens. Mais s’il est

492 DISCOURS SUR LLS RÛVûLUTIONS

Une chose également assez digne de remarque, c'est que dans ces lisles de rois, toutes sèches, toutes peu historiques qu’elles sont, les Indiens placent le commencement de leurs souverains humains (ceux de la race du soleil et de la lune) à une époque qui est à peu près la même que celle où Ctésias, dans une liste entièrement de la même nature, fait commencer ses rois d’Assyrie (environ quatre mille ans avant le temps présent) (1).

Cet état déplorable des connaissances historiques devait être celui d’un peuple où les prêtres héréditaires d’un culte monstrueux dans ses formes extérieures et cruel dans beaucoup de ses préceptes, avaient seuls le privilège d’écrire, de conserver et d’expliquer les livres. Quelque

vrai que les constellations de la sphère indienne ont aussi dos noms de personnages grecs; qu’on y voit Andromède sous le nom à'yitttarmadia, Céphée sous celui de C'apila, etc., on sera peut-être tenté d’en tirer avec M. Wilfort , une conclusion entièrement inverse. Malheureusement on commence .à douter beaucoup, parmi les savans , de l’authenticité des docnmcns allégués p.ir cct écrivain.

(1) Bentley , Méni. de Calcutta , tom. viii,pag. 2'26 de l’édition in 8°, note.

légende faite pour mettre en vogue un lieu de pèlerinage, des inventions propres à graver plus profondément le respect pour leur caste , devaient les intéresser plus que toutes les vérités historiques. Parmi les sciences, ils pouvaient cultiver l'astronomie, qui leur donnait du crédit I comme astrologues ; la mécanique , qui les aidait à élever les monumens , signes de leur puissance et objets de la vénération superstitieuse des peuples ; la géométrie , base de l’astronomie , comme de la mécanique , et auxiliaire important de l'agriculture dans ces vastes plaines d’alluvion qui ne pouvaient être assainies et rendues fertiles qu'à l’aide de nombreux canaux ; ils pouvaient encourager les arts mécaniques ou chimiques qui alimentaient leur commerce, et contribuaient à leur luxe et a celui de leurs temples ; mais ils devaient redouter l'histoire qui éclaire les hommes sur leurs rapports mutuels.

Ce que nous voyons aux Indes , nous devons donc nous attendre à le retrouver partout où des races sacerdotales, constituées comme celle des Bramines, établies dans des pays semblables, s’arrogeaient le même empire sur la masse du peuple. Les mêmes causes amènent les mêmes

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résultats ; et en effet, pour peu que l’on réfléchisse sur les fragmens qui nous restent des traditions égyptiennes et chaldéennes , on s’aperçoit qu’elles n’étaient pas plus historiques que celles des Indiens.

Pour juger de la nature des chroniques que les prêtres égyptiens prétendaient posséder , il suilit de rappeler les extraits qu’ils en ont donnés eux-ménies en différens temps , et à des personnes différentes.

Ceux de Sais , par exemple, disaient à Solon, environ cent cinquante ans avant Jésus-Christ , que, l’Egypte n’étant point sujette aux déluges , ils avaient conservé , non seulement leurs propres annales , mais celles des autres peuples ; que la ville d’Athènes et celle de Sais avaient été construites par Minerve ; la première depuis neuf mille ans , la seconde seulement depuis huit mille -, et à ces dates ils ajoutaient les fables si connues sur les Atlantes , sur la résistance que les anciens Athéniens opposèrent à leurs conquêtes , ainsi que toute la description romanesque de l’Atlantide (1) ; description où se trouvent des

(1) Voyez le Tiitiée et le Critias de Platon.

DG LA SURFACE DU GLOBE. i95

faits et des généalogies semblables à celles de tous les romans mythologiques.

Un siècle plus tard, vers quatre cent cinquante» les prêtres de Memphis firent à Hérodote des récits tout différents (1). Menés, premier roi d’Egypte, avait construit selon eux Memphis, et renfermé le Nil dans des digues, comme si de pareilles opérations étaient possibles au premier roi d’un pays. Depuis lors ils avaient eu trois cent trente autres rois jusqu’à Moeris , qui régnait , selon eux , neuf cents ans . avant l’époque où ils parlaient ( mille trois cent cinquante ans avant Jésus-Christ ).

Après ces rois vint Sésostris , qui poussa ses conquêtes jusqu’à la Colchide (2); et au total il y

(1) Euterpe , chapitre xcix et suivans.

(2) Hérodote croyait avoir reconnu des rapports de figure et de couleur entre les Colchidiens et les Egyptiens ; mais il est infiniment plus probable que ces Colchidiens noirs dont il parle étaient une colonie indienne attirée par {le commerce anciennement établi entre l’Inde et l’Europe , par l’Oxus , la mer Caspienne et le Phase. Voyez Ritter, Vestibule de l’histoire ancienne ayant Héro* dbte i chapitre h

eut ^jusqu'à Sethos , trois cent quarante-un rois et trois cent quarante-un grands-prêtres, en trois cent quarante-une générations, pendant onze mille trois cent quarante ans , et dans cet intervalle , comme pour servir de garant à leur chronologie , ces prêtres assuraient que le soleil s’était levé deux fois où il se couche , sans que rien eût changé dans le climat ou dans les productions du pays , et sans qu'alors ni auparavant aucun dieu se fût montré et eût régné en Egypte.

 ce trait, qui , malgré toutes les explications que l’on a prétendu en donner , prouvait une si grossière ignorance en astronomie, Hs ajoutaient sur Sésostris, sur Pheron, sur Hélène, sur Rhampsinite , sur les rois qui ont fait construire les pyramides, sur un conquérant éthiopien nommé Sabacos , des contes tout-à-fait dignes du cadre où ils étaient enchâssés.

I Les prêtres de Thèbes firent mieux ; ils montrèrent à Hérodote, et auparavant ils avaient montré à Hécatée , trois cent quarante-cinq colosses de bois , représentant trois cent quarantecinq grands-prêtres qui s’étaient succédé de père en fils, tous hommes, tous nés l'un de l'autre,

mais qui avaient été précédés par des dieux (1).'

D’autres Egyptiens lui dirent avoir des registres exacts , non seulement du règne des hommes, mais de celui des dieux. Ils comptaient dixsept mille ans depuis Hercule jusqu’à Âmasis, et quinze mille depuis Bacchus. Pan avait encore précédé Hercule (2).

Evidemment ces gens-là prenaient pour historique quelque allégorie relative à la métaphysique panthéistique , qui faisait , à leur insu , la base de leur mythologie.

Ce n’est qu’à Sethos que commence , dans Hérodote , une histoire un peu raisonnable ; et , ce qu’il est important de remarquer , cette histoire commence par un fait concordant avec les annales hébraïques : par la destruction de l’armée du roi d’Assyrie , Sennachérib (3) ; et cet accord continue sous Necho (4) et sous Hophra ou Âpriès.

Deux siècles après Hérodote (vers deux cent

(1) Eiitcrpe , chapitre cxiiii.

(2) lia. CXLIT.

(3) Ibid.^ CXLI.

(4) Iba., eux, et dans le quatrième livre des Rois,' chapitre 19, ou dans le deuxième des Tarai., chap. 32.

soixante ans avant JésuS'-Christ) , Plolomée Phiiadelphe , prince d’une race étrangère , voulut connuUrc l’hisioire du pays que les événemens l’avaient appelé à gouverner. Un prêtre encore, Manélhon,se chargea de l’écrire pour lui. (Je ne fut plus dans des registres , dans des archives, qu’il prétendit l’avoir puisée, mais dans les livres sacrés d’Agathodæmon , fils du second Hermès et père de Tàt, lequel l’avait copié sur des colonnes érigées avant le déluge, par Tôt ou le premier Hermès, dans la terre sériadique (1), et ce second Hermès , cet Agathodæmon, ce Tât, sont des personnages dont qui que ce soit n’avait parlé auparavant , non plus que de celte terre sériadique ni de ses colonnes. Ce déluge est lui-même un fait entièrement inconnu aux Egyptiens des temps antérieurs^ et dont Manélhon ne marque rien dans ce qui nous reste de ses dynasties.

Le produit ressemble à la source : non seulement tout est plein d’absurdités , mais ce sont des absurdités propres, et impossibles à concilier

(1) Synceil., png. 40.

avec celles que des prêtres plus anciens avaient racontées à Solon et à Hérodote.

C’est Vùlcain qui commence la série des rois divins ; il règne neuf mille ans ; les dieux et les demi-dieux' régnent mille neuf cent quatrevingt-cinq ans. Ni les noms , ni les successions , ni les dates de Manéthon ne ressemblent à ce qu’on a publié avant et depuis lui ; et il faut qu'il ait été aussi obscur et embrouillé qu’il était peu ^ d’accord avec les autres ; car il est impossible d’accorder entre eux les extraits qu’en ont donnés Josèphe , Jules Africain et Eusèb.e. On ne convient pas même des sommes d’années de ses rois humains. Selon Jules Africain, elles vont à cinq mille cent un ans ; selon Eusèbe , à quatre mille sept cent vingt-trois ; selon le Syncelle, à trois mille cinq cent cinquante-cinq. On pourrait croire que les différences de noms et dé f

chiffres viennent des copistes ; mais Josèphe cite j

. au long un passage dont les détails sont en con- j

tradiction manifeste avec les extraits de ses suc- ^

cesseurs.

Une chronique qualifiée d’ancienne (1), et que

(1) Sjrncell., pag. 51.

les uns jugent antérieure , les autres postérieure à Manélhon , donne encore d’autres calculs : la durée totale de ses rois est de trente-six mille cinq cent vingt-cinq ans , sur lesquels le Soleil en a régné trente-mille, les autres dieux trois mille neuf cent quatre-vingt-quatre, les demidieux deux cent dix-sept ; il ne reste pour les hommes que deux mille trois cent trente-neuf ans : aussi n’en compte-t-on que cent treize générations , au lieu des trois cent quarante d’Hérodote.

Un savant d’un autre ordre que Manéthon , l'astronome Eratosthènes , découvrit et publia , sous Ptolomée Evergèle , vers deux cent quarante ans avant Jésus-Christ , une liste particulière de trente-huit rois de Thèbes, commençant à Menés , et se continuant pendant mille vingtquatre ans : nous en avons un extrait que le Syncelle a copié dans Apollodore (1). Presque aucun des noms qui s’y trouvent ne correspond aux autres listes.

Diodore alla en Egypte sous Ptolomée Aulètes, vers soixante ans avant Jésus-Christ, par consé-

(t) Syncell., pages 91 et suivantes.

Digilized by

quent deux siècles après Manéthon et quatre après Hérodote.

H recueillit aussi de la bouche des prêtres l'hisioire du pays , et il la recueillit de nouveau toute différente (1).

Ce n’est plus Menés qui a construit Memphis , mais Uchoréus. Long-tèmps avant lui Busiris 11 avait construit Thèbes.

Le huitième aïeul d’Uchoréus , Osymandyas , . a été maître de la Bactriane , et y a réprimé des révoltes. Longr-temps après lui , Sésoosis a fait des conquêtes encore plus éloignées -, il est allé jusqu’au-delà du Gange , et est revenu par la Scylhie et le Tanaïs. Malheureusement ces noms de rois sont inconnus à tous les historiens précé • dens, et aucun des peuples qu’ils avaient conquis n'en a conservé le moindre souvenir. Quant aux dieux et aux héros, selon Diodore , ils ont régné dix-huit mille ans , et les souverains humains quinze mille : quatre cent soixante-dix rois avaient été Egyptiens , quatre Ethiopiens , sans compter les Perses et les Macédoniens. Les con-

tl) Diod. Sic., lib. 1 , srct. il.

tes dont le tout est entremêlé ne le cèdent point d’ailleurs en puérilité à ceux d’Hérodote.

L’an 18 de Jésus-Christ, Germanicus, neveu de Tibère , attiré par le désir de connaître les antiquités de cette terre célèbre , se rendit en Égypte , au risque de déplaire à un prince aussi soupçonneux que son oncle : il remonta le Nil jusqu’à Thèbes. Ce ne fut plus Sésostris ni Osy- * mandias dont les prêtres lui parlèrent comme d’un conquérant, mais Rhamsès. A la tête de sept cent mille hommes il avait envahi la Libye, l’Éthiopie , la Médie , la Perse , la Bactriane , la Scythie , l’Asie mineure et la Syrie (1).

Enfin , dans le fameux article de Pline sur les obélisques (2) , on trouve encore des noms de

(1) Tacit., Annal., lib. 11, cap. 60.

iV. B. D'après l’interprétalion qn’Ammien nous a con» serrée , lib. xrii, cap. 4 , des hiéroglyphes de l’obélisque de Thébes, qui est aujourd’hui à Rome sur la place de Saint Jean-de Latran , il parait qu’un Rhamestès y était qnaliOé, à la manière orientale, de seigneur de la terre habitable, et que l'hisloire faite à Germanicus n'était qu’un commentaire de cette inscription.

|2) Pline, lib. xxxvi, cap, 8, 9, 10, Hi ^

i'igiti.- ' d by C,oogIe

rois que l’on ne voit point ailleurs : Sothies , Mnevis , Zmarreus , Eraphius , Mestirès , un Semenpserieus , contemporain de Pylhagore , etc. Un Ramisès , que l’on pourrait croire le même que Rhamsès , y est fait contemporain du siège de Troie.

Je n’ignore pas que l’on a essayé de concilier ces listes , en supposant que les rois ont porté plusieurs noms. Pour moi, qui ne considère pas seulement la contradiction de ces divers récits , mais qui suis frappé par-dessus tout de ce mélange de faits réels attestés par de grands monumens, avec des extravagances puériles, il me semble infiniment plus naturel d'en conclure que les prêtres égyptiens n’avaient point d’histoire ; qu’inférieurs encore à ceux des Indes, ils n’avaient pas même de fables convenues et suivies ; qu’ils gardaient seulement des listes plus ou moins fautives de leurs rois et quelques spuveuirs des principaux d’entre eux , de ceux surtout qui avaient eu le soin de faire inscrire leui-s noms sur les temples et les autres grands ouvrages qui décoraient le pays; mais que ces souvenii s étaient confus , qu'ils ne reposaient guère que sur l'explication tradilioimeile que

204 DlSCOUtlS SUR LES RÉVOLUTIONS

l'on donnait aux représentations peintes ou sculptées sur les monuuiens , explications fondées seulement sur des inscriptions hyéro{][Iyphiques conçues comme celle dont nous avons une traduction (1) en termes très-généraux , et ; qui , passant de bouche en bouche , s’altéraient , quant aux détails , au gré de ceux qui les communiquaient aux étrangers ; et qu il est par conséquent impossible d'asseoir aucune proposition relative à l’antiquité des conlinens actuels sur les lambeaux de ces traditions , déjà si incomplètes dans leur temps, et devenues tout-à-fait méconnaissables sous la plume de ceux qui nous les ont transmises.

Si cette assertion avait besoin d’autres preuves , elles se trouveraient dans la liste des ouvrages sacrés d’Hermès , que les prêtres égyptiens portaient dans leurs processions solennelles. Clément d’Alexandrie (2) nous les nomme tous au nombre de quarante-deux , et il ne s’y trouve pas même , comme chez les Bramines , une épopée ou un livre qui ait la prétention d’élre un

(1) Celle de Bnniesiès ilans Aninuen, loc. cil.

(2) Slrouat., Iil>. vi, pag. 633.

récit , de fixer d’une manière quelconque aucune grande action , aucun événement.

Les belles recherches de M. Champollion le jeune Y et ses étonnantes découvertes sur la langue des hiéroglyphes (1), confirment ces conjectures, loin de les détruire. Cet ingénieux antiquaire a lu , dans une série de tableaux hiéroglyphiques du temple d’Abydos (2) , les prénoms d'un certain nombre de rois placés à la suite les uns des autres ; et une partie de ces ‘prénoms ( les dix derniers ) s’étant retrouvés sur divers autres monumens , accompagnés de noms propres , il en a conclu qu’ils sont ceux des rois qui portaient ces noms propres , ce qui lui’ a donné à peu près les mêmes rois, et dans le même ordre que ceux dont Manéthon compose sa dix-huitième dynastie , celle qui chassa les pasteurs. Toutefois la concordance n’est pas

(1) Voyez, le Précis du Système hyéroglyphique des anciens Egyptiens , par M. Champollion le jeune , p. 245 , et sa Lettre à M. le duc de Blacas , pages iS et suivantes.

(2) Ce bas-relief important est gravé dans le voyage à Méroë , de M. Caillaud , toni. ii, planche xxxii.

complète : il manque dans le tableau d'Ahydos six des noms portés sur la liste de Manéthon ; il y en a qui ne ressemblent pas ; enfin il se trouve malheureusement une lacune avant le plus remarquable de tous , [le Rhamsès qui parait le même que le roi représenté sur un si grand nombre des plus beaux monumens de l’Égypte avec les attributs d’un grand conquérant. Ce serait, selon M. Champollion, dans la liste de Manéthon , le Sethos , chef de la dix-neuvième dynastie , qui , en effet , est indiqué comme puissant eq vaisseaux et en cavalerie , et comme ayant porté ses armes en Chypre , en Médie et en Perse. M. Champollion pense , avec Marsham et beaucoup d’autres, que c’est ce Rhamsès ou ce Sethos qui est le Sésostris ou le Sesoosis des Grecs ; et cette opinion a de la probabilité , dans ce sens que les représentations des victoires de Rhamsès , remportées probablement sur les nomades voisins de l'Égypte , ou tout au plus en Syrie , ont donné lieu à ces idées fabuleuses de conquêtes immenses attribuées , par quelque autre confusion , à un Sésostris ; mais dans Manéthon, c’est dans lu douzième dynastie, et non dans la dix-huitième , qu’est inscrit un

DE LA Sl^IlFACE DU GLOBE. 207

prince du nom de Scsostris, marqué comme conquérant de l’Asie et de la Thrace (1). Aussi Marsham prétend-il que cette douzième dynastie et la dix-huitième n’en font qu’une ( 2 ).

Manéllion n’aurait donc pas compris lui-méme les listes qu’il copiait. Enfin, si l'on admettait dans leur entier , et la vérité historique de ce bas-relief d’Abydos et son accord, soit avec la partie des listes de Manéthon qui parait lui correspondre , soit avec les autres inscriptions hié- 4

roglypliiques , il en résulterait déjà cette conséquence que la prétendue dix-huitième dynastie, la première sur laquelle les anciens chronologistes commencent à s’accorder un peu , est aussi la première qui ait laissé sur les monumens des traces de son existence. Manéthon a pu consulter ce document et d’autres semblables ; mais il n’en est pas moins sensible qu’une liste, une série de noms ou de portraits, comme il y en a partout , est loin d'étre une histoire.

Ce qui est prouvé et connu pour les Indiens , ce que je viens de rendre si vraisemblable pour

(1) Syncell., pag. 59.

(î) C.inQn., pag. 353.

1 les habitans de la vallée du ISil, ne doit-on pas le présumer aussi pour ceux des vallées de l’Euphrate et du Tigre? Établis, comme les Indiens (1), comme les Égyptiens, sur une grande route du commerce, dans de vastes plaines qu'ils avaient été obligés de couper de nombreux canaux, instruits comme eux par des prêtres héréditaires, dépositaires prétendus de livres secrets , possesseurs privilégiés des sciences , astrologues , constructeurs de pyramides et d'autres grands monumens (2) , ne devaient-ils pas leur ressembler aussi sur d’autres points essentiels ? leur histoire ne devait-elle pas également se réduire à des légendes ? J’ose presque dire, non seulement que cela est probable, mais que cela est démontré par le fait.

Ni Moïse ni Homère ne nous parlent encore

(1) Toute l’ancienne mjthologie des Bramincs se rapporte aux plaines où coule le Gange , et c’est évideniment là qu’ils ont fait leurs premiers établissemcns.

(2) Les descriptions des anciens monumens chaldéens ressemblent beaucoup à ce que nous voyons de ceux des Indiens et des Égyptiens ; mais ces monumens ne sont pas conservés de même , parce qu’ils n’étaient construits qu’en briques séchées au soleil.

d’uD grand empire dans la Haute-Asie. Hérodote (1) n'attribue à la suprématie des Assyriens que cinq cent vingt ans de durée , et n'en fait remonter l’origine qu’environ huit siècles avant lui. Après avoir été à Babylone et en avoir consulté les prêtres , il n’en a pas même appris le nom de Ninus , comme roi des Assyriens , et n'en parle que comme du père d’Agron (2) , premier roi Héraclide de Lydie. Cependant il le fait Bis de Bélus , tant il y avait dès-lors de confusion dans les souvenirs. S’il parle de Sémiramis comme de l’une des reines qui ont laissé de grands mo* numens à Babylone , il ne la place que sept générations avant Cynis.

Hellanicus , contemporain d’Hérodote , loin de laisser rien construire à Babylone par Sémiramis, attribue la fondation de cette ville à Clialdæus , quatorzième successeur de Ninus (3).

Bérose , babylonien et prêtre , qui écrivait à peine cent vingt ans après Hérodote , donne à Babylone une antiquité effrayante ; mais c'est à

(1) Clio, cap. zcT.

(2) Clio , cap. VII.

(3) Etienne de Bvzance au mot Chaldœi.

210 Discouns SUR les révolutio>s

Nabuchodonosor , prince relaiivement irès-modenio, qu'il en attribue les monuraens principaux (1).

Touchant Cyrus lui-même , ce prince si remarquable , et dont l'histdire aurait dû être si connue , si populaire , Hérodote , qui ne vivait que cent ans après lui , avoue qu’il existait déjà trois sentimens différens -, et en effet , soixante ans plus tard Xénophon nous donne de ce prince une biographie tout opposée à celle d’Hérodote.

Ctésias, à peu près contemporain de Xénophon , prétend avoir tiré des archives royales des Mèdes une chronologie qui recule de plus de huit cents ans l’origine de la monarchie assyrienne , tout en laissant à la tête de ses rois ce même Niuus , fils de Bélus , dont Hérodote avait fait un Héraclide ; et en même temps il attribue à Ninus et à Sémiramis des conquêtes vers l’occident d’une étendue absolument incompatible avec l’histoire juive et égyptienne de ce tempslà (2).

( I Jo'èphc ( contre Appion ), lib, 4 , cap. 49 , ( 2 ) Diudi Sic., lib. u.

DE hK SUBFACE DU GLOBEr 21i

Selon Mégasthènes c’est Nabuchodonosor qui a fait ces conquêtes incroyables. Illes a poussées par la Libye jusqu’en Espagne (1).

On voit que du temps d’Alexandre , Nabuchodonosor avait tout-à-fait usurpé la réputation que Sémiramis avait eue du temps d’Artaxerxès ; mais on pensera sans doute que Sémiramis , que Nabuchodonosor avaient conquis l'Éthiopie et la Libye , à peu près comme les Égyptiens faisaient conquérir , par Sésostris ou par Osymandias , l'Inde et la Bactriane.

Que serait-ce si nous examinions maintenant les différens rapports sur Sardanapale, dans lesquels un savant célèbre a cru trouver des preuves de l’existence de trois princes de ce nom , tous trois victiTues de malheurs semblables (1) ; à peu près comme un autre savant trouve aux Indes au moins trois Yicramaditjia , également tous les trois héros d’aventures pareilles ? .

(t) Josèphe ( contre Appion ), lib. 1., cap. 6 , et Strabon , lib. XV, pag. 687.

(2) Voyez dans les Mémoires de l’Académie des Beiles* Lettres, tom. y, le Mémoire de Fréret aor rfaistoire dei Assyrienii

C’est apparemment d’après le peu de concordance de toutes ces' relations que Slrabon a crû pouvoir dire que l’autorité d’Hérodote et de Ctésias n’égale pas celle d’Hésiode ou d’Homère(4). Aussi Ctésias n’a-t-il guère été plus heureux eu copistes que Manélhon ; et il est bien difficile aujourd’hui d^accorder les extraits que nous en ont donnés Diodore , Eusèbe et le Spcelle.

Lorsqu’on se trouvait en de pareilles incertitudes dans le cinquième siècle avant Jésus-Christ, comment veut-on que Bérose ait pu les éclaircir dans le troisième , et peut-on ajouter plus de foi aux quatre cent trente mille ans qu’il met avant le déluge , îtux trente-cinq mille ans qu’il place entre le déluge et Sémiramis , qu’aux registres de cent cinquante mille ans qu’lise vante d’avoir consultés (2)?.

On parle d’ouvrages élevés en des provinces éloignées , et qui portaient le nom de Sémiramis; on prétend aussi avoir vu en Asie mineure , en Thrace, des colonnes érigées par Sésostris (3) ;

(1) ^Irabon , lib. zi , pag. 507.

(2) Syncelle , pages 38 et 39.

(3) N. B. Il est très-remarquable qu’Hérodote ne dit

mais c’est ainsi qu’en Perse aujourd'hui les anciens monumens , peut-être même quelquesiiiis de ceux-là , portent le nom de Roustan ; (pi’cn Égypte ou en Arabie ils portent ceux de Joseplî, de Salomon : c’est une ancienne coutume des Orientaux , et probablement de tous les peuples ignorans. Nos paysans appellent Camps de César tous les anciens retranchemens romains.

En un mot , plus j’y pense , plus je me persuade qu’il n’y avait point d’histoire ancienne à Babylone , à Ecbatane , plus qu’en Égypte et aux Indes ; et au lieu de porter comme Evhémère ou comme fiannier la mythologie dans l'histoü'e , je suis d’avis qu’il faudrait reporter une grande partie de l’histoire dans la mythologie.

Ce n’est qu’à l’époque de ce qu’on appelle communément le second royaume d’Assyrie que l’histoire des Assyriens et des Chaldéens commence à devenir claire ; à l’époque où celle des

avoir va des monumens de Sésostris qu’en Palestine , et ne parle de ceux d’Ionie que sur le rapport d’autrui , et en ajoutant que Sésostris n’est pas nommé dans les inscriptions, et que ceux qui ont vu ces monumens les attribuent à Memnon. Voyez Euterpe, chapitre cri.

Egyptiens devient claire aussi , lorsque les rois de Ninive , de Babylone et d'Égypte commencent à se rencontrer et à se combattre sur le théâtre de la Syrie et de la Palestine.

Il parait néanmoins que les auteurs de ces contrées , ou ceux qui en avaient consulté les traditions , et Bérose , et Hiéronyme , et Nicolas de Damas , s'accordaient à parler d’un déluge ; Bérose le décrivait même avec des circonstances tellement semblables à celles de la Genèse, qu'il est presque impossible que ce qu’il en dit ne soit pas tiré des mêmes sources, bien qu'il en recule l’époque d’un grand nombre de siècles , autant du moins que l’on peut en juger par les extraits embrouillés que Josèphe , Eusèbe et le Syncelle nous ont conservés de ses écrits. Mais nous devons remarquer , et c’est par cette observation que nous terminerons ce qui regarde les Babyloniens , que ces siècles nombreux et cette grande suite de rois placés entre le déluge et Sémiramis sont une chose nouvelle , entièrement propre à Bérose , et dont Ctésias et ceux qui l’ont suivi n’avaient pas eu l'idée, qui n’a même été adoptée par aucun des auteurs profanes postérieurs à Bérose. Justin et Velléius considèrent Ninus

comme le premier des conquérans, et ceux qui, contre toute vraisemblance , le placent le plus haut , ne le font que de quarante siècles antérieur autemps présent (1).

Les auteurs arméniens du moyen âge s’accordent à peu près avec quelqu’un des textes de la Genèse , lorsqu’ils font remonter le déluge à quatre mille neuf cent seize ans ; et l'on pourrait croire qu’ayant recueilli les vieilles traditions , et peut-être extrait les vieilles chroniques de leur pays , ils forment une autorité de plus en faveur de la nouveauté des peuples ; mais quand on réfléchit que leur littérature historique ne date que du cinquième siècle , et qu’ils ont connu Eusèbe, on comprend qu'ils ont dû s’accommoder à sa chronologie et à celle de la Bible. Moïse de Chorène fait profession expresse d’avoir suivi les Grecs , et l’on voit que son histoire ancienne est calquée sur Ctésias (2).

Cependant il est certain que la tradition du

(t) Justin , lib. i, cap. 1 , Vclleius Falerculus, lib. 1 , cap. 7.

(2) Voyez Mosis Cliorenensis, Histor. armeniac.,lib. 1 ; cap. 1

!jy GoOgU-

déluge existait en Arménie bien avant la conversion des habitans au christianisme ; et la ville qui , selon Josèphe , était appelée le- Heu de la Descente , existe encore au pied du mont Ararat, et porte le nom de Nachidchevan , qui a en effet ce sens-là (1).

Nous en dirons des Arabes , des Persans , des Turcs , des Mongoles , des Abyssins d’aujourd’hui , autant que des Arméniens. Leurs anciens livres , s’ils en ont eu , n'existent plus ; ils n'ont d'ancienne histoire que celle qu'ils se sont faite récemment , et qu'ils ont modelée sur la Bible : ainsi ce qu’ils disent du déluge est emprunté de ^a Genèse , et n’ajoute rien à l’autorité de ce livre.

11 était curieux de rechercher quelle était sur ce sujet l'opinion des anciens Perses, avant qu’elle eût été modifiée par les croyances chrétienne et mahométane. On la trouve consignée dans leur Boundehesh , ou Cosmogonie , ouvrage du temps des Sassanides , mais évidemment extrait ou traduit d’ouvrages plus anciens, et qu’Anquetil du Perron a retrouvé chez les Parsis

(1) Vojcz la préfuce des frères Whiston sur Moïse de Cborènc , pag. 4.

DE LA SURFACE DU CLObE. 21*7

de l’Inde. La durée lolale du monde ne doit être que de douze mille ans : ainsi il ne peut être encore bien ancien. L’apparition de Caijoumoriz ( l’homme taureau , le premier homme ) est précédée de la création d’une grande eau (!}.

Du reste, il serait aussi inutile de demander aux Parsis une histoire sérieuse pour les temps anciens qu’aux autres orientaux ; les Mages n’en ont pas plus laissé que les Brames ou les Chaldéens. Je n’en voudrais pour preuve que les incertitudes sur l’époque de Zoroastre. On prétend, même que le peu d’histoire qu'ils pouvaient avoir, ce qui regardait les Achéménides , les succès seurs de Gyrus jusqu'à Alexandre , a été altéré exprès , et d’après un ordre officiel d'un monarque Sassanide (2).

Pour retrouver des dates authentiques du commencement des empires , et des traces du grand cataclisme, il faut donc aller just|u’au-delà des grands déserts de la Tartarie. Vers l’orient et vers le nord habite une autre race , dont toutes

(1) Zrndnvesta d’Anquctil , loin, ii, p.^g. 354.

<2) Mazoudi , ap. Sacy, manuscrits de la ISibUoliièipie du roi , toni, Yiir, pag. ICI.

218 Discouns sur les révolutions

les institutions , tous les procédés diffèrent autant - des nôtres que sa figure et son tempérament. Elle parle en monosyllabes', elle écrit en hiéroglyphes arbitraires ; elle n’a qu'une morale politique sans religion , car les superstitions de Fo lui sont venues des Indiens. Son teint jaune , ses joues saillantes , ses yeux étroits et obliques , sa barbe peu fournie , la rendent si différente de nous , qu’on est tenté de croire que ses ancêtres et les nôtres ont échappé à la grande catastrophe par deux côtés différens; mais, quoi qu'il en soit , ils datent leur déluge à peu près de la même époque que nous.

Le Chouking est le plus ancien des livres des Chinois (1); on assure qu'il fut rédigé par Confucius avec des lambeaux d’ouvrages antérieurs, il y a environ deux mille deux cent cinquantecinq ans. Deux cents ans plus tard arriva , diton , la persécution des lettrés et la destruction des livres sous l’empereur Chi-Hoangti, qui voulait détruire les traces du gouvernement féodal établi sous la dynastie antérieure à la sienne.

(1) Vo\r/ la prcfftccdc IViülion ilii Cliuuking, donnée Viir ^t, du Guignes.

Quarante ans plus tard , sous la dynastie qui avait renversé celle à laquelle appartenait Chi- Hoangti , une partie du Chouking fut restituée de mémoire par un vieux lettré , et une autre fut retrouvée dans un tombeau , mais près de la moitié fut perdue pour toujours. Or ce livre , le plus authentique de la Chine , commence Hiistoire de ce pays par un empereur Yao , qu’il nous représente occupé à faire écouler les eaux qui , s’étant élevées jusqu’au ciel , baignaient encore le pied des plus hautes montagnes , couvraient les collines moins élevées, et rendaient les plaines impraticables (1). Ce Yao date , selon les uns, de quatre mille cent soixante-trois, selon les autres , de trois mille neuf cent quarante-trois ans avant le temps actuel. La variété des opinions sur cette époque va même jusqu'à deux cent quatre-vingt-quatre ans.

Quelques pages plus loin, on nous montre Yu, ministre et ingénieur , rétablissant le cours des eaux, élevant des digues , creusant des canaux, et réglant les impôts de chaque province dails toute la Chine, c’est-à-dire dans un empire de six

™ 1 ■ . > - , ■ I rf f â, I . ■ I

{tj Choiiklng j trnciticliüH frunthlst

220 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS cents lieues en tout sens ; mais l'impossibilité de semblables opérations, après de semblables événemens , montre bien qu'il ne s’agit ici que d’un roman moral et politique (1),

Des historiens plus modernes ont ajouté une suite d’empereurs avant Yao , mais avec une foule de circonstances fabuleuses , sans oser leur assigner d’époques Fixes , en variant sans cesse entre eux , même sur leur nombre et sur leurs noms, et sans être approuvés de tous leurs compatiioles. Fouhi , avec son corps de serpent, sa tête de bœuf et ses dents de tortue , ses successeurs non moins monstrueux, sont aussi absurdes , et n’ont pas plus existé qu’Encelade et Briarée.

Est-il possible que ce soit un simple hasard qui donne un résultat aussi frappant , et qui fasse remonter à peu près à quarante siècles l'origine traditionnelle des monarchies assyrienne, indienne et chinoise ? Les idées de peuples qui ont eu si peu de rapports ensemble, dont la langue, la religion , les lois n’ont rien de commun , s’ac-

<4) C’est le Yu-Kong ou le premier chnp. de la deuxième partie du Clioukiug , pag. 43 à Ct).

corderaient-elles sur ce point si elles n'avaient la vérité pour base?

Nous ne demanderons pas de dates précises aux Américains , qui n’avaient point de véritable écriture , et dont les plus anciennes traditions ne remontaient qu’à quelques siècles avant ■ l’arrivée des Espagnols ; et cependant l’on croit encore apercevoir des traces d’un déluge dans leurs grossiers hiéroglyphes. Ils ont leur Noé , ou leur Deucalion , comme les Indiens , comme les Babyloniens , comme les Grecs (1).

La plus dégradée des races humaines , celle des nègres, dont les formes s'approchent le plus de la brute , et dont l’intelligence ne s’est élevée nulle part au point d’arriver à un gouvernement ré{fulier, ni à la moindre apparence de connaissances suivies, n’a conservé nulle part d’annales ni de traditions anciennes. Elle ne peut donc nous instruire sur ce que nous cherchons , quoi- (jiie tous ses caractères nous montrent clairement qu’elle a échappé à la grande catastrophe sur un autre point que les raccs'caucasique et altaïque,

(i) Voyez l’excellfiit et magnifique ouvrage de M. de llumboldt sur les moiiuinens mexicaius.

222 DISCOUIIS SUR LES RÉVOLUTIOiNS

dont elle était peut-être séparée depuis longtemps quand celle calaslrophe arriva.

Mais , dit-on, si les anciens peuples ne nous Pnt pas laissé d'histoire , leur longue existence en corps de nation n’en est pas moins attestée par les progrès qu'ils avaient faits dans l’astronomie; par des observations dont la date est facile à assigner, et même par des monumens encore subsistans et qui portent eux-mêmes leurs dates.

Ainsi , la longueur de l’année , telle que les Egyptiens sont supposés l’avoir déterminée d’après le lever héliaque de Sirius , se trouve juste pour une période comprise entre l’année trois mille et l’année mille avant Jésus-Christ, période dans laquelle tombent aussi les traditions de leurs conquêtes et de la grande prospérité de leur empire. Cette justesse prouve à quel point ils avaient poi té l’exactitude de leurs observations , et fait sentir qu’ils se livraient depuis long-temps à des travaux semblables.

Pour apprécier ce raisonnement , il est nécessaire que nous entrions ici dans quelques explications.

Le solstice est le moment de l’année où commence la crue du Nil , et celui c^ue les Egyptiens

PE PA SURFACE PU GLOBE, 223 ont dû observer avec le plus d’attention. S'éiant faildans l’origine, snrde mauvaises observations, une année civile ou sacrée de trois cent soixantecinq jours juste , ils voulurent la conserver par des motifs superstitieux , même après qu’ils se furent aperçus qu'elle ne s’accordait pas avec l’année naturelle ou tropique , et ne ramenait pas les saisons aux mêmes jours (1). Cependant c’ëtait cette année tropique qu’il leur importait de marquer pour se diriger dans leurs opératiwis agricoles, lis durent donc chercher dansite ciel un signe apparent de son retour, et ils imaginèrent qu'ils trouveraient ce signe quand le soleil reviendrait à la même position, relalivementà quelque étoile remarquable. Ainsi ils s’appliquèrent, comme presque tous les peuples qui commencent cette recherche , à observer les levers et les couchers héliaques des astres. Nous savons qu’ils choisirent particulièrement le lever hcliaque de Sirius ; d’abord , sans doute , à cause de la beauté de l’étoile , et surtout parce que dans ces anciens

(1) Geminus, conlemporain de Cicéron , explique au long leurs motifs. Voyez l’éililion qu’en donne M. Halnia à la suite du l'tolomée, page 43,

224 DISCOURS SUR u;s RÊ^ÜLUTI()^S

temps ce lever de Sirius coincidanl à peu près avec le solstice , et annonçant l’inondation , était pour eux le phénomène de ce genre le plus important. 11 arriva même de là que Sirius, sous le nom de Sothis , joua le plus grand rôle dans toute leur mythologie et dans leurs rites religieux . Sup-, posant donc que le retour du lever héliaque de Sirius et l’année tropique étaient de môme durée, et croyant enfin reconnaître que cette durée était de trois cent soixante-cinq jours et un quart , ils imaginèrent une période après laquelle l’année tropique et l’ancienne année , l’année sacrée de trois cent soixante-cinq jours seulement, devaient revenir au même jour -, période qui, d’après ces données peu exactes , était nécessairement de mille quatre cent soixante-une années sacrées et de mille quatre cent soixante de ces années perfectionnées auxquelles ils donnèrent le nom d’annees de Sirius.

Us prirent pour point de départ de celte période, qu’ils appelèrent année soihiaqueou grande année , une année civile , dont le premier jour était ou avait été aussi celui d’un lever héliaque de Sirius ; et l’on sait, par le témoignage positif de Censorin , qu’une de ces grandes années avait

pris fin en cent trente-huit de Jésus-Christ (1) ; par conséquent elle avait commencé en mille trois cent vingt-deux avant Jésus-Christ , et celle qui l’avait précédée en deux mille sept cent quatrevingt-deux. En effet , par des calculs de M. Ide- 1er, on reconnaît que Sirius s’est levé héliaquement le 20 juillet de l’année julienne cent trenteneuf , jour qui répondait cette année-là au premier de Thot ou au premier jour de l’année sacrée égyptienne (2).

Mais non seulement la position du soleil , par rapport aux étoiles de l’écliptique , ou l’année sidérale , n’est pas la même que l’année tropique, à cause de la précession des équinoxes ; l’année héliaque d’une étoile , ou la période de son lever héliaque , surtout lorsqu’elle est éloignée de l’écliptique , diffère encore de l’année sidérale , et en diffère diversement selon les latitudes des lieux où on l’observe. Ce qui est assez singulier

(1) Tout ce système est développé par Censorin ; de Die nalali, cap. xviii elxxr.

(2) Ideler. Recherches historiques sur les observations astronomiques des anciens, traduction de M. Halma, à la suite de son Canon de Ftoloniée , pag. 32 et suivantes.

226 DISCOURS ''sur les révolutions cependant , et ce que déjà Bainbridgfe (1) et te père Petaü(2) ont fait observer(3), il est arrivé, par un concours remarquable dans les positions, que sous la latitude de la Haute-Egypte , à ühe * certaine époque et pendant un certain nombre de siècles , l’année de Sirius était réellement , à très-peu de chose près, de trois cent soixahiecinq jours un quart ; en sorte que le lever héliaque de cette étoile revint en effet au même jour de l’année julienne , au 20 juillet , en 1322 avant et en 138 après Jésus-Christ (4).

(t) Bainbridge. Canicul.

(2) Pelau, Var. Diss.,Iib. v, cap. 6, pag. t08.

(3) Voyez aussi La Nauze , sur l’aimèe égyptienne , Académie des belles-lettres, tom. xiv, pag. 346; et le Mémoire de M. Fourier , dans le grand ouvrage sur l’Égypte, Mém., tom. 1 , pag. 803.

(4) Petau , loc. cit. M. Ideler affirme que cette rencontre du levier héliaque de Sirius eut aussi lieu en 2782 avant Jésus-Christ. ( Recherches historiques dans lePtolomée deM. Halma , tom. iv, pag. 37.) Mais pour l’année julienne 1598 de Jésus-Christ, qui est aussi la dernière d’une grande année, le père Petau et M. Ideler diffèrent beaucoup entre eux. Celui-ci met le lever héliaque de Sirius au 22 juillet; le premier le place au 19 bu au io d^aoilti

DE LA SURFACE DU GLOBE. SiSl?

De celte coïncidence effective, à celte époque reculée, M. le baron Fourier, qui a constaté tous ces rapports par un grand travail et par de nouveaux, calculs , conclut que puisque la longueur de l'année de Sirius était si parfaitement connue des Egyptiens , il fallait qu’ils l’eussent déterminée sur des observations faites pendant long-temps et avec beaucoup d’exactitude , observations qui remontaient au moins à deux mille cinq cents ans avant notre ère , et qui n’auraient pu se faire ni beaucoup avant ni beaucoup après cet intervalle de temps (1).

Certainement ce résultat serait très frappant si c'était directement et par des observations faites' sur Sirius lui même qu’ils eussent fixé la longueur de l’année de Sirius ; mais des astronomes expérimentés affirment qu’il est impossible que le lever héliaque d’une étoile ait pu servir de base à des observations exactes sur un pareil sujet , surtout dans un climat où lo tour de

(1) Voypz , (Inns le grand onvr.ige snr l’Égypte, Antiquités , Mémoires, t. d, png. 8ü3, l’ingénieux Mémoire (le M. Fourier, intitulé Recherches sur les sciences et le gouvernement de l’Egypte.

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228 DISCOURS SLR LES RÉVOLUTIONS rizon est toujours tellement chargé de vapeurs , que dans les belles nuits on ne voit jamais d'étoi^ les à quelques degrés au dessus de l'horizon ,

' dans les seconde et troisième grandeurs ^ et que le soleil même , à son lever et à son coucher^ se trouve entièrement déformé (1). Ils soutiennent que si la longueur de l’année n'eût pas été reconnue autrement , on aurait pu s’y tromper d'un et de deux jours (2). Us ne doutent donc pas que cette durée de trois cent soixante-cinq jours un quart ne soit celle de l’année tropique , mal déterminée par l’observation de l’ombre ou par celle du point où le soleil se levait chaque jour, et identifiée par ignorance avec l’année héliaque de Sirius ; en sorte que ce serait un pur hasard qui aurait fixé avec tant de justesse la durée de celle-ci pour l’époque dont il est question (3). j

(t) Ce sont les expressions de feu Nouet, nsti-onome de l’expédition d’Ëgypte. Voyez Volney , Recherches non-* telles snr l’histoire ancienne, tome ni.”

(2) Delainhre, Abrégé d’Astronomie, pag. 217, et dans sa note sur les paranalelluns, Histoire de l’Astronomie du moyen Age , page lij.

(3) Delainbrc. Rapport sur le Mémoire de M. ilc Paravey sur la sphère, dans le tome tiu des nom elles Annales des Voyages.

Peut-être jugera-t-on aussi que des hommes capables d'observations si exactes, et qui les auraient continuées pendant si long-temps , n’au- f raient pas donné à Sirius assez d’importance pour lui vouer un culte ; car ils auraient vu que les rapports de son lever avec l’année tropique et avec la crue du Nil n’étaient que temporaires, et n’avaient lieu qu’à une latitude déterminée. En effet, selon les calculs de M. Ideler, en 2782 avant Jésus-Christ , Sirius se montra dans la Haute-Egypte , le deuxième jour après le solstice ; en 4322 , le treizième ; et en 139 de Jésus-Christ , le vingt-sixième (4). Aujourd’hui il ne se lève héliaquement que plus d'un mois après le solstice. Les Egyptiens se seraient donc attachés de préférence à trouver l’époque qui ramènerait la coïncidence du commencement de leur année sacrée avec celui de la véritable année tropique ; et alors ils auraient reconnu que leur grande période devait être de- mille cinq cent huit années sacrées , et non pas de raille quatre cent soixante-une (2). Or, on ne trouve certai-

(1) Idelir , loc. «il., pag. 38.

(2) Voyez Laplace , Système du Monde, troisième édition, page n , et Annuaire de 1818.

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230 DlffCÔÜRS 'SUR LÈS RÉVOLUTIONS

nement aucune trace de cette période de mille cinq cent huit ans dans l’antiquité.

En général , peut-on se défendre de l’idée que si les Egyptiens avaient eu de si longues suites d’observations et d’observations exactes, leur disciple Eudoxe, qui étudia treize ans parmi eux, aurait porté en Grèce une astronomie plus parfaite , des cartes du ciel moins grossières , plus cohérentes dans leurs diverses parties (1)?

Comment la précession n’aurait-elle été connue aux Grecs que par les ouvrages d’Hipparque , si elle eût été consignée dans les registres des Egyptiens , et écrite en caractères si manifestes aux plafonds de leurs temples ?

Comment enfin Ptolomée, qui écrivait en Egypte , n'aurait il daigné se servir d’aucune des observations des Egyptiens (2) ?

Il y a plus , c’est qu’Hérodote , qui a tant vécu

(1) Voyez, sur lar grossièreté des déterminations de la

sphère d'Eudoxe , M. Delambrc , dans le premier ternie de son Histoire de rAit^nomie ancienne , psg. 120 et suivantes. ^

(2) Voyez le discours préliminaire de l’Histoire de l’Astronomie du moyen âge , par M. Delambre , pag. viij et suivantes.

avec eux , ne parle nullement de ces six heures qu’ils ajoutaient à l’année sacrée , ni de cettfe grande période sothiaque qui en résultait ; il dit au contraire positivement que, les Egyptiens faisant leur année de trois cent soixante-cinq jours , les saisons reviennent au même point , en sorte que de son temps on ne paraît pas encore s’être douté de la nécessité de ce quart de jour (1). Thalès , qui avait visité les prêtres d’Egypte moins d’un siècle avant Hérodote , ne fit aussi connaître à ses compatriotes qu’une année de trois cent soixante-cinq jours seulement (2) ; et si l'on réfléchit que les colonies sorties de l’Egypte quatorze ou quinze cents ans avant Jésus- Christ, les Juifs, les Athéniens, en ont toutes apporté l’année lunaire, on jugera peut-être que l’année de trois cent soixante-cinq jours ellemême n’existait pas encore en Egypte dans ces siècles reculés.

Je n’ignore pas que Macrobe (3) attribue aux Egyptiens une année solaire de trois centsoixante-

(1) Euterpe , chapitre iv

(2) Diog. Laert., lib. 1, in Thalet (8) SaturtiRl.j lib, 1 , cap.

232 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS cinq jours un quart ; mais cet auteur récent comparativement , et venu long-temps après l’établissement de l’année fixe d’Alexandrie , a pu confondre les époques. Diodore (1) et Slrabon ('2) ne donnent une telle année qu’aux Thébains : ils ne disent pas qu’elle fût d’un usage général , et euxmémes ne sont venus que long-temps après Hérodote.

Ainsi l’année sothiaque , la grande année , a dû être une invention assez récente , puisqu’elle résulte de la comparaison de l'année civile avec, cette prétendue année héliaque de Sirius ; et c'est pourquoi il n’en est parlé que dans des ouvrages du second et du troisième siècle après Jésus- Christ (3) , et que le Syncelle seul , dans le neuvième , semble citer Manélhon comme en ayant fait mention.

On prend , malgré qu’on en ait , les mêmes

(1) Bibl., lib. 1, pag. mea 46.

(2) Geogr., pag. 102.

(3) Voyez, sur la nouveauté probable de celle période, l’excellente dissertation de M. Biot, dans ses Reclicrches sur plusieurs points de l’astronomie égyptienne, pag. 14S et suivantes.

idées de la science astronomique des Chaldéens. Qu’un peuple qui habitait de vastes plaines , sous un ciel toujours pur, ait été porté à observer le cours des astres , même dès l’époque où il était encore nomade , et où les astres seuls pouvaient diriger ses courses pendant la nuit , c’est ce qu’il était naturel de penser ; mais depuis quand étaient-ils astronomes , et jusqu’où ont-ils poussé l’astronomie? Voilà la question. On veut queCallisthènes ait envoyé à Aristote des observations faites par eux , et qui remonteraient à deux mille ’ deux cents ans avant Jésus-Christ. Mais ce fait n’est rapporté que par Simplicius (1) , à ce qu’il dit d’après Porphyre, et six cents ans après Aristote. Aristote lui-même n’en a rien dit ; aucun véritable astronome n’en a parlé. Ptolomée rapporte et emploie dix observations d’éclipses véri- I tablement faites par les Chaldéens ; mais elles ne remontent qu’à Nabonassar (sept cent vingt-un

(^) Voyez M. Delanibre , Histoire do l’Astronomie , toni. d, pag. 2d2. Voyez aussi son analyse de Geniinus , t&td., pag. 211. Coinparez-la arec les Mémoires de M. Ideler, sur l’Astronomie des Chaldéens. dans le quatrième tome du Ptolomée de M, Halma, pag. 166.

234 DISCOURS SUR Lts RÉVOLUTIONS ans avant Jésus-Christ) -, elles sont grossières • le temps n’y est exprimé qu’en heures et en demiheures , et l'ombre qu'en demi ou en quarts de diamètre. Cependant, comme elles avaient des dates certaines, les Chaldéens devaient avoir quelque connaissance de la vraie longueur de l’année et quelque moyen de mesurer le temps. Ils paraissent avoir connu la période de dix-huit ans qui ramène les éclipses de lune dans le même ordre , et que la simple inspection de leurs registres devait promptement leur donner ;-mais il est constant qu’ils ne savaient ni expliquer ni prédire les éclipses de soleil.

C’est pour n’avoir pas entendu un passage de Josèphe, que Cassini , et d’après lui Bailly', ont prétendu y trouver une péiiode luni-solaire de six cents ans qui aurait été connue des premiers patriarches (1).

Ainsi tout porte à croire que cette grande réputation des Chaldéens leur a été faite , à des époques récentes , par les indignes successeurs

(1) Voyez Railly , Histoire de l’Astronomie ancienne; et M. Delanibre, dans son ouvrage sur le même sujet, tom. i, pag. 3.

DE LA SURFACE DU GLOBE. 233 qui , SOUS le même nom , vendaient dans lom l’empire romain des horoscopes et des prédictions, et qui , pour se procurer plus de crédit , attribuaient à leurs grossiers ancêtres l’honneur des découvertes des Grecs.

Quant aux Indiens , chacun sait que Bailly , croyant que l’époque qui sert de point de départ à quelques-unes de leurs tables astronomiques avait été effectivement observée , a voulu en tirer une preuve de la haute antiquité de la science parmi ce peuple, ou du moins chez la nation qui lui aurait légué ses connaissances ; mais tout ce système si péniblement conçu tombe de lui-même, aujourd'hui qu'il est prouvé que cette époque a été adoptée après coup sur des calculs faits en rétrogradant, et dont le résultat était faux (l). .

M. Bentley a reconnu que les tables de Tirvalour, sur lesquelles portait surtout l’assertion de Bailly, ont dû être calculées ves 1Î81 de Jésus* Christ (il y a cinq cent quarante ans ) et que le

(O Voyez Laplace, Exposé du Système du Monde, pag. 330; et le Mémoire de M. Davis , snr les calculs astronomiques des Indiens , Mém, de Calcutta , tom, ii , pag. 225 de l’édition in-8<>.

236 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIOfiS

Surya-Siddhanta , que les brames regardent comme leur plus ancien traité scientifique d'astronomie , et qu’ils prétendent révélé depuis plus de vingt millions d’années, ne peut avoir été composé qu’il y a environ sept cent soixante ans (d).

Des solstices , des équinoxes indiqués dans les Pouranas , et calculés d’après les positions que semblaient leur attribuer les signes du zodiaque indien , tels qu’on croyait les connaître , avaient paru d’une antiquité énorme. Une élude plus exacte de ces signes ou nacchalrons a montré récemment à M. de Paravey qu'il ne s’agit que de solstices de douze cents ans avant Jésus-Christ. Cet auteur avoue en même temps que le lieu de ces solstices est si grossièrement fixé , qu’on ne peut répondre de cette détermination à deux ou trois siècles près. Ce sont les mêmes que ceux d’Eudoxe, que ceux de Tchéoukong (2).

Il est bien avéré que les Indiens n’observent

(d) Voyez les Mémoires de M. Bentley sur l’antiquité du Surya-Siddhanta , Mém. de Calcutta , tom. vi, p. 640; et sur les systèmes astronomiques des Indiens , ibid., tom. viir, page d95 de l’édition in- 8".

(2) Mémoires encore manuscrits de M. de Paravey • sur la siihcre de la Haute-Asie.

pas , et qu’ils ne possèdeul aucun des instrumens nécessaires pour cela. M. Delambrc reconnaît à la vérité , avec Bailly et Legeniil , qu’ils ont des procédés de calculs qui , sans prouver l’ancienneté de leur astronomie , en montrent au moins rori{pnalilé(l) ; et toutefois on ne peut étendre cette conclusion à leur sphère ; car, indépendamment de leurs vingt-sept naccliatrons ou maisons lunaires, qui ressemblent beaucoup à celles des Arabes , ils ont au zodiaque les mêmes douze constellations que les Egyptiens , les Chaldéens et les Grecs (2) ; et si l’on s’en rapportait aux assertions de M. Wilford , leurs constellations extra-zodiacales seraient aussi les mêmes que celles des Grecs , et porteraient des noms qui ne sont que de légères altérations de leurs noms grecs (3).

(t) Voyez le traité approfondi sur l’astronomie des Indiens dans l’Histoire de l’Astronomie ancienne de M. Oelainbre , toni. r, pag. 400 à 556.

(2) Voyez le Mémoire de sir Will. Johnes sur l’antiquité du zodiaque indien , Mém. de Calcutta , tom. ii , pag. 289 de l’édition iii-8o,et dans la traduction française , tom. Il, pag. 332

(3) Voici les propres paroles de M. Wilford , dans son

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