Î38 DISCOURS SUR LKS RÉVOLUTIONS
C’estàYao que l’on attribue l'introduction de l’astronomie à la Chine : il envoya , dit le Choukin{j, des astronomes versles quatre points cardinaux de son empire , pour examiner quellesétoiles présidaient aux quatre saisons , et pour régler ce qu’il y avait à faire dans chaque temps de l’année (1) , comme s’il eût fallu se disperser
Mémoire sur les ténioigiiap:es des anciens livres indoiis touchant l’Égypte et le Nil, Mémoires de Calcutta, tom. III, pag. 433 de l’édition in-8 :
« Ayant demandé k mon pandit , qui est un savant as- » tronome , de me désigner dans le ciel la constellation » d'Antarmada , il me dirigea aussitôt sur Andromède , » que j’avais eu soin de ne pas lui montrer comme un « astérisme qui me serait connu. 11 m’apporta ensuite s un livre très-rare et très-curieux, en sanscrit, où se O trouvait un chapitre particulier sur les TIpanaeshatras
• ou constellations extra-zodiacales , avec des dessins « de Cnpiya , de Câsyapé assise , tenant une Oeur de lo- » tus à la main , d’Antarmada enchaînée avec le poisson » près d’elle , et de Pârasica tenant la tête d’un monstre
• qu’il avait tué , dégouttant de sang et avec desserpens
• pour cheveux.»
Qui ne reconnaîtrait là Fersée, Céphée et Cassiopée? Mais n’oublions pas que ce pandit de M. Wilfurd est détenu bien suspect.
(1) Chouking , pag. 6 et 7.
pour une semblable opération. Environ deus cents ans plus tard, le Chouking parle d’une éclips* de soleil , mais avec des circonstanees ridicules , comme dans toutes les fables de cette espèce ; car on fait marcher un général et toute l’armée chinoise contre deux astronomes , parce qu’ils ne l’avaient pas bien prédite (1) ; et l’on sait que , plus de deux mille ans après, les astronomes chinois n’avaient aucun moyen de prédire exactement les éclipses de soleil. En 1629 de notre ère , lors de leur dispute avec les jésuites , ils ne savaient pas même calculer les ombres.
I Les véritables éclipses , rappoi’tées par Confucius dans sa Chronique du royaume deLou, ne commencent que mille quatre cents ans après celle-là, en 770 avant Jésus-Christ , et à peine un demi-siècle plus haut que celles des Chaldéens rapportées par Plolomée ; tant il est vrai que les naiions échappées en môme temps à la de.«truclion sont aussi arrivées vers le môme temps , quand les circonstances ont été semblables, à un môme degré de civilisation. Or, on croirait, d’après l’ideniiié de nom des astronomes chinois
(1) Chouking , png, 66 et siiivanlcs.
SOUS différons règnes ( ils paraissent , d'après le Chouking , s’être tous appelés Ht tt Ho) , qu’à cette époque reculée , leur profession était héréditaire en Chine comme dans l'Inde, en Egypte et à Babylone.
La seule observation chinoise plus ancienne , qui ne porte pas en elle-même la preuve de sa fausseté, serait celle de l’ombre faite par Tcheou- Kong vers 1100 avant Jésus-Christ ; encore estelle au moins assez grossière (1).
Ainsi nos lecteurs peuventjuger que les induc- . lions tirées d’une haute perfection de l’astronomie des anciens peuples ne sont pas plus concluantes en faveur de l'excessive antiquité de ces peuples que les témoignages qu'ils se sont rendus à eux-mêmes.
Mais , quand cette astronomie aurait été plus parfaite , que prouverait-elle ? A-t-on calculé les progrès que devait faire une science dans le sein de nations qui n'en avaient en quelque sorte point d'autres ; chez qui la sérénité du ciel, les besoins
^ (-1) Voyez «lar.s la Coiinnissaiicc îles Temps de LSD9,
' ag. 382 , et dans l’Histoire de l’Aslrononiie Hncieiinc de M. Delambre , toni. i, pag. 39t , l’extrait d'un Mémoire d I P. Gaubil sur les obrervnlious des Cliinois.
de la vie pastorale ou af^ricole , et la superstition faisaient des astres l'objet de la contemplation générale ; où des collèges d'hommes les plus respectés étaient chargés de tenir registre des phénomènes intéressans , et d'en transmettre la mémoire ; où l’hérédité de la profession faisait que les enfans étaient dès le berceau nourris dans les connaissances acquises par leurs pères? Que parmi les nombreux individus dont l’astronomie était la seule occupation , il se soit trouvé un ou deux esprits géométriques , et tout ce que ces peuples ont su a pu se découvrir en quelques siècles.
Songeons que , depuis les Chaldéens , la véritable astronomie n’a eu que deux âges , celui de l’école d’Alexandrie qui a duré quatre cents anSj et le nôtre qui n’a pas été aussi long. A peine l'âge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose. Les autres siècles ont été nuis pour elle. Il ne s’est pas écoulé trois cents ans entre Copernic et l’auteur de la Mécanique céleste , et l’on veut que les Indiens aient eu besoin de milliers d’années pour arriver à leurs informes théories ( I) ?
(I) Le liaduclcur anglais <'o ce discours cite , à ce