‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 2 sur 26 · SU · texte numérisé non relu

SU

BE

ET SUR LES CHA>GEMÈNS Qü’ELLES ONT PRODUITS DANS LE RÈGNE ANIUAL.

Dans mon ouvraje sur les Ossemens fossiles je me suis proposé de reconnaître à quels animaux appartiennent les débris osseux dont les couches superficielles du globe sont remplies. C’était chercher à parcourir une route où Tou n’avait encore hasardé qiie quelques pas. Antiquaire d’une espèce nouvelle , il me fallut apprendre à la fois à restaurer ces monumens des révolutions passées , et à en déchifirer le sens ,• J’eus à recueillir et à rapprocher dans leur ordre primitif les fragmens dont ils se composent , à reconslt’üiré les êtres antiques auxquels ces

fragmens appartenaient , à les reproduire avec leurs proportions et leurs caractères -, à les comparer enfin à ceux qui vivent aujourd’hui à la surface du globe : art presque inconnu , et qui supposait une science à peine effleurée auparavant , celle des lois qui président aux coexistences des formes des diverses parties dans les êtres organisés. Je dus donc me préparer à ces recherches par des recherches bien plus longues sur les animaux existans ; une revue presque générale de la création actuelle pouvait seule donner un caractère de démonstration à mes résultats sur cette création ancienne ; mais elle devait en même temps me donner un grand ensemble de règles et de rapports non moins démontrés , et le règne entier des animaux ne pouvait manquer de se trouver en quelque sorte soumis à des lois nouvelles , à l’occasion de cet essai sur une petite partie de la théorie de la terre.

Ainsi , j'étais soutenu dans ce double travail par l'intérêt égal qu’il promettait d’avoir , et pour la science générale de l’anatomie , base essentielle de toutes celles qui traitent des corps organisés , et pour l’histoire physique du globe, ce fondement de la minéralogie , de la géogra-

phie , et même , on peut le dire, de l’histoire des hommes , et de tout ce qu’il leur importe le plus de savoir relativement à eux-mêmes.

Si l’on met de l’intérêt à suivre dans l’enfance de notre espèce les traces presque effacées de tant de nations éteintes , comment n’en mettraiton pas aussi à rechercher dans les ténèbres de l’enfance de la terre les traces de révolutions antérieures à l’existence de toutes les nations ? Nous admirons la force par laquelle l’esprit humain a mesuré les mouvemens de globes que 11 nature semblait avoir soustraits pour jamais à notre vue; le génie et la science ont franchi les limites de l’espace ; quelques observations développées par le raisonnement mit dévoilé le mécanisme du monde. N’y aurait-il pas aussi quelque gloire pour l'homme à savoir franchir les limites du temps , et à retrouver /au moyen de quelques observations , l'histoire de ce monde , et une succession d’événemens qui ont précédé la naissance du genre humain ? Sans doute , les astronomes ont marché plus vite que les naturalistes , et l’époque où se trouve aujourd’hui la théorie de la terre , ressemble un peu à celle où quelques philosophes croyaient le ciel de pierres

Expj-,

tion.

iO DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

de taille , et la lune grande comme le Péloportnèse ; mais , après les Anaxagoras , il est venu des Copernic et des Kepler qui ont f rayé la route à Newton; et pourquoi l’iiisioire naturelle n’auruit-elle pas aussi un jour son Newton ?

C’est le plan et le résultat de mes travaux sur les os fossiles que je me propose surtout de présenter dans ce discours. J’essaierai aussi d’y tracer un tableau rapide des efforts tentés jusqu’à ce jour pour retrouver l’iiistoire des révolutions du globe. Les faits qu’il m’a été donné de découvrir , ne forment sans doute qu’une bien petite partie de ceux dont cette antique histoire devra se composer; mais plusieurs d’entre eux conduisent à des conséquences décisives, et la manière rigoureuse dont j’ai procédé à leur détermination , me donne lieu de croire qu’on le^ regardera comme des points définitivement fixés, et qui constitueront une époque dans la science. J’espère enfin que leur nouveauté m’excusera si je réclame pour eux l’attention principale de mes lecteurs.

Mon objet sera d’abord de montrer par quels rapports l’iiistoire des os fossiles d’animaux ter-

DE LA SURFACE DU GLOBE. i\

restres se lie à la théorie de la terre , et quels motifs lui donnent à cet é{rard une importance particulière. Je développerai ensuite les principes sur lesquels repose l’art de déterminer ces os , ou , en d’aulrés termes , de reconnaître un genre, et de distinguer une espèce par un seul fragment d’os, art de la certitude duquel dépend celle de tout mon travail. Je donnerai une indication rapide des espèces nouvelles , des genres auparavant inconnus que l’application de ces principes m’a fait découvrir , ainsi que des diverses sortes de terrains qui les recèlent; et, comme la différence entre ces espèces et celles d’aujourd’hui ne va pas au-delà de certaines limites , je montrerai que ces limites dépassent de beaucoup celles qui distinguent aujourd’hui les variétés d’une même espèce : je ferai donc connaître jusqu’où ces variétés peuvent aller , soit par l'iiifluence du temps, soit par celle du climat, spit enlin par celle de la domesticité. Je me mettrai par là en état de conclure, et d’engager mes lecteurs à conclure avec moi , qu'il a fallu de grands événemens pour amener les différences hipn plus considérables que j’ai reconnues : je développerai donc les modifications particulières >

i2 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

que raes recherches doivent introduire dans les opinions reçues jusqu’à ce jour sur les révolutions du globe ; enfin j’examinerai jusqu’à quel point l’histoire civile et religieuse des peuples s’accorde avec les résultats de l’observation sur l’histoire physique de la terre , et avec les probabilités que ces observations donnent touchant l’époque où les sociétés humaines ont pu trouver des demeures fixes, et des champs susceptibles de culture , et où par conséquent elles ont pu prendre une forme durable.

Premür» Lorsque le voyageur parcourt ces plaines fé-

dèî!ierr*, congés où des eaux tranquilles entretiennent par leur cours régulier une végétation abondante , et dont le sol , foulé par un peuple nombreux , orné de villages florissans , de riches cités , de monumens superbes , n’est jamais troublé que par les ravages de la guerre ou par l’oppression des hommes en pouvoir , il n’est pas tenté de croire que la nature ait eu aussi ses guerres intestines, et que la surface du globe ait été bouleversée par des révolutions et des catastrophes ; mais ses idées changent dès qu’il cherche à creuser ce sol aujourd’hui si paisible , ou qu’il s’é-

l(^ve aux collines qui bordent la plaine ; elles se développent pour ainsi dire avec sa vue, elles commencent à embrasser l’étendue et la grandeur de ces événemens antiques dès qu’il gravit les chaînes plus élevées , dont ces collines couvrent le pied , ou qu’en suivant les lits des lor- . rens qui descendent de ces chaînes , il pénètre dans leur intérieur.

Les terrains les plus bas, les plus unis, ne RremUnous montrent , même lorsque nous y creusons à ▼es «le réde très-grandes profondeurs , que des couches horizontales de matières plus ou moins variées , qui enveloppent presque toutes d’innombrables produits de la mer. Des couches pareilles , des produits semblables , composent les collines jusqu’à d’assez grandes hauteurs. Quelquefois les coquilles sont si nombreuses qu’elles forment à elles seules toute la masse du sol : elles s’élèvent à des hauteurs supérieures au niveau de toutes les mers, et où nulle mer ne pourrait être portée aujourd’hui par des causes existantes ; elles ne sont pas seulement enveloppées dans des sables mobiles, mais les pierres les plus dures les incrustent souvent, et en sont pénétrées de toute

Page 1