‹ Discours sur les revolutions de la surface du globe et sur les changemens qu'elles ont produits dans le regne animalChapitre 3 sur 26 · DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIO^S · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIO^S

part. Toutes les parties du monde , tous les hémisplières , tous les continens , toutes les îles un peu considérables présentent le même phénomène. Le temps n’est plus où l’ignorance pouvait soutenir que ces restes de corps organisés étaient de simples jeux de la nature , des produits conçus dans le sein de la terre par ses forces créatrices; et les efiorls que renouvellent quelques métaphysiciens ne sudiront probablement pas pour rendre de la faveur à ces vieilles opinions. Une comparaison scrupuleuse des formes de ces dépouilles , de leur tissu , souvent meme de leur composition chimique, ne montre pas la moindre diiïérence entre les coqinlles fossiles, et celles que la mer nourrit : leur conservation n'est pas moins parlailc ; l’on n’y observe

le plus souvent ni détrition ni ruptures , rien qui annonce un transport violent ; les plus petites d'entre elles gardent leurs i)arties les plus d(dicaies, leurs crêtes les plus subtiles , leurs pointes les plus déliées ; ainsi non seulement elles ont vécu dans la mer, elles ont été déposées par la mer ; c'est la mer qui les a laissées dans des lieux où on les trouve : mais cette mer a séjourné dans ces lieux ; elle y a s<^journé assez long-temps et

assez paisiblement pour y former les dépôts si réguliers , si épais, si vastes, et en partie si solides que remplissent ces dépouilles d’animaux aquatiques. Le bassin des mers à donc éprouvéau moins un changement , soit en étendue , soit en situation. Voilà ce qui résulte déjà des premières fouilles et de l’observation la plus superficielle.

Les traces de révolutions deviennent plus imposantes quand on s’élévè un peu plus haut, quand on se rapproche davantage du pied des grandes chaînes.

Il ya bien encore des bancs coquilliers -, on en aperçoit même de plus épais, de plus solides les coquilles y sont tout aussi nombreuses , tout aussi bien conservées ; mais ce ne sont plus les mêmes espèces ; les couches qui les contiennent ne sont plus aussi généralement horizontales ; elles se redressent obliquement , quelquefois presque verticalement : au lieu que , dans les plaines et les collines plates, il fallait creuser profondément pour connaître la succession des bancs, on les voit ici par leur flanc , en suivant les vallées produites par leurs déchiremens : d’immenses amas de leurs débris forment au pied de leurs

escarpemens des bulles arrondies, dont chaque dé(îel et chaque orage augnienicnt la hauteur.

Et ces bancs redressés qui forment les crêtes des montagnes secondaires ne sont pas posés sur les bancs horizontaux des collines qui leur servent de premiers échelons; ils s’enfoncent au contraire sous eux. Ces collines sont appuyées sur leiu-s pentes. Quand on perce les couches horizontales dans le voisinage des montagnes à couches obliques, on retrouve ces couches obliques dans la profondeur quelquefois même , quand les couches obliques ne sont pas trop élevées , leur sommet est couronné par des couches horizontales. Les couches obliques sont donc plus anciennes que les couches horizontales ; et comme il est impossible , du moins pour le plus grand nombre, qu’elles n’aient pas été formées horizontalement , il est évident qu’elles ont été relevées, qu’ elles l’ont été avant que les autres s'appuyassent sur elles (1).

(1) L’idée soutenue par quelques géologistes , que certaines couches ont été formées dans la position oblique où elles se trouvent maintenant , en la supposant vraie

Un ingénieux géologiste vient même de prouver qu'il n'est pas impossible de fixer les époques relatives de chacun de ces relèvemens des couches obliques d’api ès la nature et l’ancienneté des couches horizontales qui s’appuient sur elles (1).

Ainsi la mer, avant de former les couches horizontales, en avait formé d’autres que des causes quelconques avaient brisées , redressées , bouleversées de mille manières ; et , comme plusieurs de ces bancs obliques qu’elle avait formés plus anciennement s’élèvent plus haut que ces couches horizontales qui leur ont succédé , et qui les entourent , les causes qui ont donné à ces bancs leur obliquité les avaient aussi fait saillir

pour quelques unes qui se seraient cristallisées , ainsi que le (lit M. Greenougli , conmie tes dépôts (jiii incrustent tout l’intérieur des vases où l’on fait bouillir des eaux gypseuses, ne peut du moins s'appliquer à celles qui contiennent (les coquilles ou des pierres roulées, qui n’auraient pu attendre, ainsi suspendues, la formation du cituent qui devait les agglutiner.

(1 ) Voyez l’excellent Mémoire de M. Élie de Beavmnnt ( dans les Annales des sciences naturelles de septembre iS29. cUivraisuns suivantes. ,

18 DlSCOins SLR Lts r.LVOI.L'TlONS

an dessus du niveau de la mer, et en avaient l’ait des îles , ou au moins des écueils et des inégalités, soit qu’ils eussent été relevés par une extrémité , ou que l'affaissement de l’extrémité ' opposée eût fait baisser les eaux ; second résultat non moins clair, non moins démontré que le premier, pour quiconque se donnera la peine d’étudier les monumens qui l'appuient.

re! ce n'est point à ce bouleversement des

ont^^'éié foucl’cs anciennes, à ce retrait de la mer aprè» la formation des couches nouvelles , que se bornent les révolutions et les cliangemehs auxquels est dû l’état actuel de la terre.

Quand on compare entre elles, avec plus de détail, les diverses couches, et les produits de la vie qu’elles recèlent , on reconnaît bientôt que cette ancienne mer n’a pas déposé constamment des pierres semblables entre elles, ni des restes!^ d’animaux de mêmes espèces , et que chacun de scs dépôts ne s’est pas étendu sur toute la sur-' face qu’elle recouvrait. 11 s’y est établi des variations successives dont les premières seules ont été à peu près générales , et dont les autres paraissent l’at oir été beaucoup moins. Plus les cou-j

DE L\ SLUEÀCE DU (ÎLOCt:. 10

clics sont aiicionucs, plus cliacune d’éltes est uniforme dans une fjrande éientlue; plus elles sont nouvelles , plus elles sont limitées ; plus elles sont sujettes à varier a de petites distances. Ainsi les ^ déplacemens des couches étaient accompagnés et suivis de cliangemens dans la nature du liquide et des matières qu’il tenait en dissolution ; et lorsque certaines couches , en se montrant au dessus des eaux, eurent divisé la surface des mers par des îles, par des chaînes saillantes, il put y avoir des cliangemens difTérens dans plusieurs des bassins particuliers.

On comprend qu'au milieu de telles variations dans la nature du liquide, les animaux qiril nourrissait ne pouvaient demeurer les memes. Leurs espèces , leurs genres même , changeaient avec les couches; et, quoiqu’il y ait quel([iies retours ' d’espèces à de petites 'dislances, il est vrai de dire, en général, que lès coquilles des couches anciennes ont des foi meâ qiii leui’ sont propres ; qu'elles disparaissent graduellement pour ne plus se montrer dans les couches récentes, encore moins dans les mers actuelles , où l’on ne découvre jamais leurs an.alogues d o.spèce, où plusieurs de leurs genres eux-mémeô ne se retrouvent pas j

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que les coquilles des couches récentes au contraire , ressemblent, pour le genre , à celles qui vivent dans nos mers, et que dans les dernières et les plus meubles de ces couches, et dans certains dépôts récens et limités, il y a quelques espèces que l’œil le plus exercé ne pourrait distinguer de celles que nourrissent les côtes voisines.

II y a donc eu dans la nature animale une succession de variations (jui ont été occasionées par celles du liquide dans lequel les animaux vivaient ou qui du moins leur ont correspondu ; et ces variations ont conduit par degrés les classes des animaux aquatiques à leur état actuel; enfin, lorsque la mer a quitté nos coniinens pour la dernière fois, ses habitans ne différaient pas beaucoup de ceux qu’elle alimente encore aujourd’hui. (

Nous disons pour la dernière fois , parce que si l’on examine avec encore plus de soin ces debris des êtres organiques , on parvient à découvrir au milieu des couches marines , même les plus anciennes, des couches remplies de productions animales ou végétales de la terre et de l’eau douce ; et , parmi les couches les plus récentes , c esi-ù-dire les plus superficielles, il en est où

(les animaux terrestres sont ensevelis sous des amas de productions de la mer. Ainsi les diverses catastrophes cjui ont remué les couches n’oul pas* seulement fait sortir par degrés du sein de l'oude les diverses parties de nos continens et diminué le bassin des mers; mais ce bassin s’est déplacé en plusieurs sens. 11 est arrivé plusieurs fois que des terrains mis à sec ont été recouverts par les eaux, soit qu’ils aient été abîmés ou que les eaux aient été seulement portées au dessus d’eux ; et pour ce qui regarde particulièrement le sol que la mer a laissé libre dans sa dernière retraite, celui que l’homme et les animaux terrestres babi- '.ent maintenant, il avait déjà été desséché au moins une fois, peut-être plusieurs, et avait aourri alors des quadrupèdes , des oiseaux , des plantes et des productions terrestres de tous les genres ; la mer qui l’a quitté l’avait donc auparavant envahi. Les changemens dans la hauteur des eaux n’ont donc pas consisté seulement dans une retraite plus ou moins graduelle, plus ou moins générale ; il s’est fait diverses irruptions et retraites successives, dont le résultat définitif a été cependant une diminution universelle de niveau.

22 msr.oiT.s slr lf.s révolutions

Preuve» ggj jjyggj jjigjj important de rc-

que CCS !ۥ ' * *

voluliou» marquer, ces irruptions , ces retraites répétées

Lite». n’ont point toutes été lentes, ne se sont point toutes faites par degrés ; au contraire , la plupart des catastrophes qui les ont amenées ont été subites ; et cela est surtout facile à prouver pour la dernière de ces catastrophes ; pour celle qui par uu double mouvement a inondé et ensuite remis à sec nos conlinens actuels , ou du moins une grande partie du sol qui les forme aujourd'hui.

Elle a laissé encore , dansjes pays du Nord , des cadavres de grands quadrupèdes que la glace a saisis, et qui se sont conservés jusqu’à nos jours avec leur peau, leur poil et leur chair. S’ils n’eussent été gelés aussitôt que tués , la putréfaction \

les aurait décomposés. Et d’un autre côté, celte gelée éternelle n’occupait pas auparavant les lieux où ils ont été saisis ; car ils n’auraient pas pu vivre sous une pareille température. C’est donc le même instant qui a fait périr les animaux , et qui a rendu glacial le pays qu'ils habitaient. Cet événement a été subit , instantané , saris aucune gradation , et ce qui est si clairement déiriontré pour cette dernière catastrophe ne l’est guère moins pour celles qui l'ont précé-

dée. Les déchiremens , les redressemens , les rcnversemens des couches plus anciennes ne laissent pas douter que des causes subites et violentes ne les aient mises en l’état où nous les voyons ; et même la force des mouvemens qu’éprouva la masse des eaux est encore attestée par les amas de débris et de cailloux roulés qui s’interposent en beaucoup d’endroits entre les couches solides. La vie a donc souvent été troublée sur cette terre par des événemens effroyables. Des êtres vivans sans nombre ont été victimes de ces catastrophes ; les uns habiians de la terre sèche SC sont vus enjjloulis par des déluges ; les autres, qui peuplaient le sein des eaux , ont été mis à sec avec le fond des mers »ubilement relevé ; leurs races mêmes ont fini pour jamais et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnaissables pour le naturaliste.

Telles sont les conséquences où conduisent nécessairement les objets que nous reneoiui ons à chaque pas , que nous pouvons vcrillcr à chaque instant, presque dans tous les pays. Ces grands et terribles événemens sont clairement empreints partout pour l'œil qui suit en lire i'hisloire dans leurs monuuicus.

Digilized by Goc^le

‘24 DISCOLT.S SUR l.FS RKVOLUTlONS

Mais ce qui étonne tlavanlafïe encore , cl co qui n’est pas moins certain, c'est que la vie n’a pas toujours existé sur le globe, et qu’il est facile à l’observateur de reconnaître le poiql où elle a cüinincncé à déposer ses produits. .

r roiTcs Élevons-nous encore ; avançons vers les gran-

(TUilyaen • u

de» ic»o- des crêtes , vers les sommets escarpés des granlerieuièi à des chaînes ; bientôt ces débris d'animaux mades cires fins, ces innombrables cotjuilles deviendront plus viwu», gj disparaîtront loul-à-faii ; nous arriverons

ù des couches d’une autre nature , qui ne contiendront point de vestiges d’éires vivans. Cependant elles montreront par leur cristallisation , et par leur stratification même, qu’elles étaient aussi dans un état liquide quand elles se sont formées; parleur situation oblique, par leurs escarpemeiis, qu’elles ont aussi été bouleversées; par la manière dont elles s’enfoncent obliquement sous les couches coqnillièrcs, qu’elles ont été formées avant elles; enfin, parla hauteur dont leurs pics hérissés et nus s’clcvcnl au dessus de tontes 1 ces couches coquillières, que ces sommets étaient d(!j'à sortis des eaux quand les couches tO(p!ll- . Hères se sont forniécs.

Telles sont ces fameuses montagnes primiiivos ou primordiales qui traversent nos continens en différentes directions, s’élèvent au dessus des nuages, séparent les bassins des fleuves, tiennent dans leurs neiges perpétuelles les réservoirs qui en alimentent les sources, et forment en quelque sorte le squelette et comme la grosse charpente de la terre.

D’une grande distance l’œil aperçoit dans les dentelures dont leur crête est déchirée , dans les pics aigus (fui la hérissent , des signes de la manière violente dont elles ont été élevés : bien différentes de ces montagnes arrondies, de ces collines à longues surfaces plates, dont la masse récente est toujours demeurée dans la situation où elle avait été tranquillement déposée par les dernières mers.

Ces signes deviennent plus manifestes à mesure que l'on approche.

Les vallées n’ont plus ces flancs en pente douce, ces angles saillans, et renirans vis-à-vis l’un de l’autre , qui semblent indiquer les lits de quelques anciens courans : elles s'élargissent et se rétrécissent sans aucune règle ; leurs eaux tantôt s'élcn<,leiit.en lacs, tantôt se précipitent

en torrens; quelquefois leurs rochers, se rapprochant subitement, forment des digues transversales , d’où ces mêmes eaux tombent en cataractes. Les couches déchirées , en montrant d’un côté leur tranchant à pic , présentent de l’autre obliquement de grandes portions de leur surface : elles ne porrespondeut point pour leur hauteur ; mais celles- qui , d'un côté , forment le sommet de l’escarpement, s’enfoncent de l’autre, et ne reparaissent plus.

Cependant , au milieu de tout ce désordre , de grands naturalistes sont parvenus à démontrer qu’il règne encore un certain ordre , et que ces lianes immenses , tout brisés et renversés qu'ils sont, observent entre eux une succession qui est à peu près la même dans toutes les grandes chaînes. Le granit, disent-ils , dont les crêtes centrales de la plupart de ces chaînes sont composées, le granit qui dépasse tout, est aussi la pierre qui s cnl'oiice sous toutes les autres , c’est la plus aucienne de celles qu’il nous ait été donné de voir dans la place que lui assigna la nature, soit ipi’elic doive son origine à un liquido général, (jui auparavant aurait tout tenu eu dissolution ; soit qu'eile aitélé la prcmièie fixée par le reli oi-

DE LA SEUFACE DU CLOHE. 27

dissement d’une grande niasse en fusion ou même en évaporation (1). Des roches feuilletées s'ap- . puient sur ses flancs , et forment les crêtes latérales de ces grandes chaînes ; des schistes, des porphyres, des grès, des roches taUiueuscs sé mêlent à leurs couches ; enfin des marbres à grains salins , et d’autres calcaires sans coquilles , s’appuyant sur les schistes , forment les crêtes extérieures , les échelons inférieurs , les contreforts de ces chaînes, et sont le dernier ouvrage par lequel ce liquide inconnu , celte mer sans habitons semblait préparer des matériaux aux mollusques et aux zoophytes , qui bientôt devaient déposer sur ce fonds d'immenses amas de leurs coquilles ou de leurs coraux. On voit même les

(4) La conjecture ile M. le nianinis de La|i!nce , que lés inntëriaiix dont se compose le globe ont pu êlie d'abord sons forme élastique , et avoir pris siiccossivernrnt en SC refroidissant la consistance liquide, et enfin s’êtio solidifiés, est bien renforcée par les expériences réc<nles de M. Mitcherlich , qui a composé de toutes pièces et fait cristalliser par le feu des hauts fourneaux plusieurs des espèces minérales qui enlrciit dans la composition des liioiil.^gi CS piiiuilires.

28 DISCOURS sim les révolutions

premiers produits de ces mollusques , de ces zoopliytcs , se monirunt en petit nombre et de distance en distance , parmi les dernières couches de ces terrains primitifs ou dans cette portion de l’écorce du ylobe que les zoologistes ont nommée les terrains de transition. On y rencontre par- ci par- là des couches coquillières interposées entre quelques granits plus récens que les autres , parmi diverses schistes , et entre quehjues derniers lits de marbres salins ; la vie qui voulait s’emparer de ce globe , semble dans ces premiers temps' avoir lutté avec la nature inerte qui dominait auparavant ; ce n’est qu'après un temps assez long qu’elle a pris entièrement le dessus , qu’à elle seule a appartenu le droit de continuer et d’élever l’enveloppe solide de la terre.

Ainsi, on ne peut le nier : les masses qui forment aujourd’hui nos plus hautes montagnes ont été primitivementdans unétai liquide ; long temps après leur consolidation elles ont été recouvertes par des eaux qui n’alimentaient point de corps vivans ; ce n’est pas seulement après l’apparition de la vie qu’il s’est fait des changemens dans la nature des matières qui se déposaient : les masses formées auparavant ont varié , aussi bien que celles qui se

DE LA SUtlFACE DU GLODE. .29

sont formées depuis ; elles ont éprouvé de même des changemens violens dans leur position , et une partie de ces changemens avait eu lieu dès le temps où ces masses existaient seules, et n’étaient point recouvertes parles masses coquillicres : on en a la preuve par les renversemens , par les déchiremens , par les fissures qui s’observent dans leurs couches, aussi bien que dans celles des terrains postérieurs , qui même y sont en plus grand nombre , et plus marqués.

Mais ces masses primitives ont encore éprouvé d’autres révolutions depuis la formation des terrains secondaires , et ont peut-être occasioné ou du moins partagé quelques unes de celles que ces terrains eux-mêmes ont éprouvées. Il y a en effet des portions considérables de terrains primitifs à nu , quoique dans une situation plus basse que beaucoupde terrains secondaires; commenteeuxci ne les auraient-ils pas recouvertes , si elles ne se fussent montrées depuis qu’ils se sont formés? On trouve des blocs nombreux et volumineux de !

substances primitives, répandus en certains pays i la surface de terrains secondaires, séparés par des vallées profondes ou même par des bras de mer , des pics ou des Cfêles d'üù ces blocs peu-

30 DISCOURS SUR LES RÉVOLU 1 lü.NS

vent être venus : il faut ou que des crupiionsles y aient lancés , ou que les profondeurs qui eussent arrête leur cours n’existassent pas à l’époque | de leur transport, ou bien enfin que les niouve- ^ mens des eaux qui les ont transportés passassent en vioîence tout ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui (t).

(1) Les voyages de Saussure et <le Deliic présentent une foule de ces sortes de faits ; et ce sont ces géologistes qui ont jugé qu’ils ne pouvaient guère avoir été produits que par d’énormes éruptions. MM. de Buch et Esclier s’en sont occupés plus récemment. Le Mémoire de ce dernier, inséré dans la Nouvelle Alpina de Stein-Müllcr, tome 1", en prcscnie surtout l’ensembîe d’une manière remarqua* Lie , dont voici à peu près le résumé : Ceux de ces blocs qui sont épars dans les parties basses de la Suisse ou de la Lombardie viennent des Alpes , et sont descendus le long de leurs vallées. Il y en a partout , et de toute grtvndenr, jusqu’à celle de cinquante mille pieds cubes , dans la grande élcmliie qui sépare les Alpes du Jura, et il s’en élève sur les pentes du Jura qui regardent les Alpes jusqu’à des liauteurs de (piatre mille pieds au dessus du niveau de la mer ; ils sont à la surface ou dans les couches snpciTiciflles de débris, mais non dans celles des grès, de mollasses ou t'e pmidingues qui remplissent presque partout l’mtervaUe en question : on les irouvc tantôt iso-

DE LA SCRl'ACE DL GLODE. 31

Voiiù donc un ensemble de faiis , une suite d’époques antérieures au temps présent, dont la succession peut se vérifier sans incertitude, quoique la durée de leurs intervalles ne puisse se définir

lés , taiüôl en nnias; la liiinloni- «le leur siliialion est indépendante de leur grosseur : les petits seulement paraissent quelquefois un peu usés: les grands ne le sont point du tout. Ceux qui appai tiennent au bassin de clinqnc rivicic se sont trouvés , à l’examen , de la même nature que les montagnes des sommets ou des flancs des hautes vallées d’où naissent les nlfluens de cette rivière : on en voit déjà dans CCS vallées , êl ils y sont surtout àccumulés aux endroits qui précédent quelques rélrécisscmens : il en a passé p:u’ dessus les cols lorsqu’ils n’avaient pis pins de quatre mille pieds; et alors on en voit sur les reiers des Crêtes dans les cantons d’eiitre tes Alpes et le Jura , et sur le Jura même : c’est vis-à-vis des débouchés des vallées des Alpes que l’on en voit le plus et de plus élevés : ceux des intervalles se sont portés moins liiut : dans lesehnînes du Jura , plus éloignées des Alpes , il ne s'en Iummo qu’aux endroits placés vis-à-vis des ouvertures des citaîiics plus rapprochées.

De ces faits, l’auteur tire cette conclusion, que le transport de ces blocs a enlicu de puisque les grés et les poudingues ont été déposés; qu’il a été occasioné peut-être par la dernière des révolutions du globe. Il compare ce transport à ce qui a encore lieu de la part des lorrens )

avec précision; ce sont autant de points qui S( vent de règle et de direction à celle anli(.

chronologie.

je^ cï™ ei Examinons maintenant ce qui se passe aujot •è'nt enfo i onulysous les causes qui ag

re aujour- sent cncore à sa surface , et déterminons 1 et<

d'hui à la

•urfacedudue possiblc de leurs effels. C’est une parue *'**''*’ l’histoire |de la terre d’autant plus importun que l’on a cru long-temps pouvoir expliquer, j ces causes actuelles , les révolutions aniérieun comme on explique aisément dans l’histoire pc tique les événemens passés, quand on connaît bi les passions et les intrigues de nos jours. Mais ne allons voir que malheureusement il n’en est [ ainsi dans l’histoire physique ; le fil desopératic est rompu ; la marche de la nature est chanjjé et aucun des agens qu’elle emploie aujourd’l ne lui aurait suffi pour produire ses anciens o vrages.

mais l’objection de la grandeur des blocs et celle des t tées profondes par dessus lesquelles ils ont dû passer, ne paraissent'conserver une grande force contre celle par de son livputhèse.

DE LA SURFACE DU GLOBE. o3

Il existe maintenant quatre causes aciivcs i[u contribuent à altérer la surface de nos continens : les pluies et les dégels qui dégradent les montagnes escarpées , et en jettent les débris à leurs pieds ; les eaux courantes qui entraînent ces débris J et vont les déposer dans les lieux où leur Cours se ralentit ; la mer qui sape le pied des côtes élevées , pour y former des falaises , et qui rejette sur les côtes basses des monticules de sables ; enfin les volcans qui percent les couches solides, et élèvent où répandent à la surface les amas de leurs déjections (1).

Partout où les couches brisées offrent leurs tranchans sur des faces abruptes , il tombe à leur pied à chaque printemps , et même à chaque orage , des fragmens de leurs matériaux , qui s’arrondissent en roulant les uns sur les autres , et dont l'amas prend une inclinaison déterminée par les lois

(1) Voyez, sur les changemens de la surface de la terre, connus par l’histoire ou par la tradition , et dus par conséquent aux causes actuellement agissantes , l'ouvrage allemand de M. de Hof, en deux vol. in-8<>. Gotli. <1822 et 1S2L Les faits y sont recueillis avec autant de soin que d'érudition.

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