‹ Discours sur les révolutions de la surface du globeChapitre 12 sur 17 · tome v, deuxième partie, page ôiy · texte numérisé non relu

tome v, deuxième partie, page ôiy

2 Ibid. , première partie , page 5g.

3 Ibid , page iyzf? et deuxième partie , page 5 19#

Le mégalonjx lui ressemblait beaucoup pour les caractères / mais était un peu moindre; ses ongles étaient plus longs et plus trancha ns. On en a trouvé quelques os et des doigts entiers dans certaines cavernes de la Virginie et dans une île de la côte delà Géorgie b

Ces deux énormes édentés n’ont encore donné de leurs restes qu’en Amérique; mais l’Europe en possédait un qui ne leur cédait point pour la force. On ne le connaît que par une seule phalange onguéale ; mais cette phalange suffit pour nous assurer qu’il était fort semblable à un pangolin , mais à un pangolin de près de vingt-quatre pieds de longueur. Il vivait dans les memes cantons que les éléphans , les rhinocéros et les tapirs gigantesques : car on en a trouvé les os avec les leurs dans une sablonnière du pays de Darmstadt, non loin du Rhin 1 2.

Les brèches osseuses contiennent aussi , mais

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome v, première partie , page 160.

2 Ibid. , page 1 q3. v

très-rarement , des os cle carnassiers 1 qui sont beaucoup plus nombreux dans les cavernes , c’est-à-dire dans des cavités plus larges et plus compliquées que les fentes ou filons à brèches osseuses. Le Jura en a surtout de célèbres dans sa partie qui s’étend en Allemagne, où depuis des siècles on en a enlevé et détruit des quantités incroyables , parce qu’on leur attribuait des vertus médicales particulières, et néanmoins il en reste encore de quoi étonner l’imagination ; ce sont principalement des os d’une espèce d’ours très-grande ( ursus spelœus ) , caractérisés parmi front plus bombé que celui d’aucun de nos ours vivans 2 ; avec ces os se mêlent ceux- de deux autres espèces d’ours ( U. circtoideus et U. prisais 3 ; ceux d’une hyène ( H. fossilis ) voisine de l’hyène tachetée du Gap , mais différente par quelques détails de ses dents et des formes de

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome iv, page 198.

2 Ibid. , page 35 1.

3 Ibid. , pages 356 et 867.

sa tête 1 ; ceux de deux tigres ou panthères 2 , ceux d’un loup 3 , ceux d’un renard 4 , ceux d’un glouton 5, ceux de belettes, de genettes et d’autres petits carnassiers 6.

O11 peut remarquer encore ici cet alliage singulier d’animaux dont les semblables vivent maintenant dans des climats aussi éloignés que le Gap, pays des hyènes tachetées , et la Laponie , pays des gloutons actuels : c’est ainsi que nous avons vu dans une caverne de France un rhinocéros et un renne à côté l’un de l’autre.

Les ours sont rares dans les couches meubles. On dit cependant en avoir trouvé en Autriche et en Hainaut , de la grande espèce des cavernes ; et il y en a en Toscane d’une espèce particulière , remarquable par ses canines comprimées

1 Yoyez mes Recherches sur ies ossemens fossiles , tome iv, pages 892 et 5o 7.

2 Ibid. , page

3 ïbid< . page 458.

4 Ibid. , page 481.

5 Ibid. , page 47Ô

6 Ibid. , page 487.

( urs. cultridens ) b Les hyènes s’y voient plus fréquemment : nous en avons , en France, trouvé avec des os d’éléphant et de rhinocéros. On a découvert depuis peu , en Angleterre , une caverne qui en recéîait des quantités prodigieuses , où il y en avait de tout âge , dont le sol offrait même de leurs excrémens bien reconnaissables. Il paraît qu’elles y ont vécu long-temps , et que ce sont elles qui y ont entraîné les os d’éléphans , de rhinocéros , d’hippopotames , de chevaux, de bœufs, de cerfs, et de divers rongeurs qui y sont avec les leurs , et portent des marques sensibles de la dent des hyènes. Mais que devait être le sol de l’Angleterre lorsque ces énormes animaux y servaient de proie à des bêtes féroces? Ces cavernes recèlent aussi des os de tigres, de loups, de renards; mais ceux d’ours y sont d’une rareté excessive 1 2.

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome iv, pages 378 et 507 ; et tome v, deuxième partie , page 5i6.

2 Voyez l’excellent ouvrage de M. Buckland , intitulé Reliquiæ diluvianœ.

35o DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

Quoi qu’il en soit , on voit qu’à lepoque dont nous passons en revue la population animale , la classe des carnassiers était nombreuse et puissante ; elle comptait trois ours à canines rondes , un ours à canines comprimées , un grand tigre ou lion , un autre felis de la taille de la panthère, une hyène, un loup, un renard, un glouton, une marte ou mouffette , une belette.

La classe des rongeurs , composée en général d’espèces faibles et petites , a été peu remarquée par les collecteurs de fossiles ; et toutefois ses débris , dans les couches et dépôts dont nous parlons, ont aussi offert des espèces inconnues. Telle est surtout une espèce de lagomys des brèches osseuses de Corse et de Sardaigne , un peu semblable au lagomys alpinus des hautes montagnes de la Sibérie; tant il est vrai que ce n’est pas, à beaucoup près, toujours dans la zone torride, qu’il faut chercher les animaux semblables à ceux de cette avant-dernière époque.

Ce sont là les principaux animaux dont on ait recueilli les restes dans cet amas de terres, de sables et de limons , dans ce diluvium qui recouvre partout nos grandes plaines, qui remplit

nos cavernes , et qui obstrue les fentes de plusieurs de nos rochers : ils formaient incontestablement la population des continens à l’époque de la grande catastrophe qui a détruit leurs races, et qui a préparé le sol sur lequel subsistent les animaux d’aujourd’hui.

Quelque ressemblance qu’offrent certaines de ces espèces avec celles de nos jours , on ne peut disconvenir que l’ensemble de cette population n’eût un caractère très-différent, et que la plupart des races qui la composaient ne soient anéanties.

Ce qui étonne , c’est que parmi tous ces mammifères , dont la plupart ont aujourd’hui leurs congénères dans les pays chauds , il n’y ait pas eu un seul quadrumane , que l’on n’ait pas recueilli un seul os, une seule dent de singe, ne fût-ce que des os ou des dents de singes d’espèces perdues.

11 n’y a non plus aucun homme ; tous les os de notre espèce que Ton a recueillis avec ceux dont nous venons de parler s’y trouvaient accidentellement 1 , et leur nombre est d’ailleurs

1 Voyez dans le Reliquiœ dilimanœ de M. Buclkand ce

infiniment petit , ce qu’il ne serait sûrement pas si les hommes eussent fait alors des établissemens sur les pays qu’habitaient ces animaux.

Où était donc alors le genre humain? Ce dernier et ce plus parfait ouvrage du Créateur existait-il quelque part? Les animaux qui l’accompagnent maintenant sur le globe , et dont il n y a point de traces parmi ces fossiles , l’ entouraient-ils? Les pays où il vivait avec eux ont-ils été engloutis lorsque ceux qu’il habite maintenant , et où une grande inondation avait pu détruire cette population antérieure ? ont été remis à sec? C’est ce que l’étude des fossiles ne nous dit pas , et dans ce discours nous ne devons pas remonter à d’autres sources.

qui concerne le squelette d’une femme , trouvé avec des épingles d’os dans la caverne de Pavyland; et dans mes Recherches, tome iv, page 198, ce qui regarde un fragment de mâchoire trouvé avec les brèches osseuses de Nice.

M. de Schlotheim a recueilli des os humains dans des fentes de Kœstritz , où il y a aussi des os de rhinocéros ; mais lui-même annonce ses doutes sur l’époque où ils y ont été déposés.

Ce qui est certain , c’est que nous sommes maintenant au moins au milieu d’une quatrième succession d’animaux terrestres , et qu’aprês l’âge des reptiles , après celui des palæotheriums , après celui des mammouths y des mastodontes et des megatheriums , est venu l’âge où l’espèce humaine , aidée de quelques animaux domestiques, domine et féconde paisiblement la terre, et que ce n’est que dans les terrains formés depuis cette époque, dans les alluvions, dans les tourbières, dans les concrétions récentes que l’on trouve à l’état fossile des os qui appartiennent tous à des animaux connus et aujourd’hui vivans.

Tels sont les squelettes humains de la Guadeloupe , incrustés dans un travertin avec des coquilles terrestres de schiste et des fragmens de coquilles et de madrépores de la mer environnante ; les os de bœuf , de cerf , de chevreuil , de castor , communs dans les tourbières , et tous les os d’hommes et d’animaux domestiques enfouis dans les dépôts des rivières , dans les cimetières et sur les anciens champs de bataille.

Aucuns de ces restes n’appartiennent ni au grand dépôt de la dernière catastrophe , ni à ceux des âges précédens.

Page 1