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SUPERPOSITION

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TABLEAU

>1ÎS FORMATIONS GÉOLOGIQUES DANS l’oRDRE DE LEUR S U P ER PO S I T I O R

Par M. Al. de HUMBOLDT.

^ Dépôts d’alluvion.

Formation lacustre avec meulières.

Grès et sables de Fontainebleau.

Gypse k ossemens. Calcaire siliceux.

Calcaire grossier.

( Argile de Londres. )

Grès tertiaire à lignites.

( Argile plastique , — Molasse , — Nagelfluhe. )

blanche

tufeau

chloritée.

Sable vert.

Weald clay.

Sable ferrugineux.

( Grès secondaire à lignites.

Ammonites. .

y Planulites.

„ . . Assises schisteuses avec poissons

Calcaire jurassique. ... v

■3 9 et crustacés.

Quadersandstein , ou grès

blanc , quelquefois supérieur au lias.

tioral rag.

Argile de Dive.

' Oolithes et calcaire de Caen.

Lias marneux ou cale, à Gryphœa arcuata. )

Muschelkalk.

Ammonites

nodosus.

Marne avec gypse fibreux ^ Assises arénacées.

Grès bigarré salifère.

Product. aculeat.

Calcaire magnésien. Zechstein. ( Calcaire alpin. )

Schiste cuivreux.

Porphyre

quarzifère.

Formations coordonnées de porphyre, de grès rouge et de houille.

Formations de transition.

Schistes avec lydienne, grauwacke, diorites, euphotides. Calcaires à orthocératites , trilobites et évomphalites .

Formations primitives.

Schistes argileux ( thonschiefer ).

Micaschistes.

Gneiss.

Granités.

Terrains primitifs. ' Tetrains intermédiaires .

DE LA SURFACE DU GLOBE. 2ÿ5

d’oolithes ou d’une pierre calcaire grenue, des calcaires marneux et pyriteux gris caractérisés par des ammonites, par des huîtres à valves recourbées, dites gryphées , et par des reptiles, mais de plus en plus singuliers dans leurs formes jet leurs caractères.

De grandes couches de sables de grès , offrant souvent des empreintes végétales , supportent tous ces bancs du Jura , et reposent elles-mêmes sur un calcaire à qui les innombrables coquilles et zoopbytes dont il est rempli ont fait donner par Werner le nom, beaucoup trop général, de calcaire coquillier , et que d’autres couches de grès, de la sorte qu’on nomme grès bigarré, séparent d’un calcaire encore plus ancien que l’on a appelé non moins improprement calcaire alpin , parce qu’il compose les Hautes Alpes du Tyrol ; mais qui, dans le fait, se montre au jour dans nos provinces de l’est et dans tout le midi de l’Allemagne.

C’est dans ce calcaire dit coquillier que sont déposés de grands amas de gypse et de riches couches de sel , et c’est au-dessous de lui que se voient les couches minces de schistes cuivreux si

2ÿ6 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

riches en poissons, parmi lesquels il y a aussi des reptiles d’eau douce. Le schiste cuivreux est porté sur un grès rouge à l’âge duquel appartiennent ces fameux amas de charbons de terre ou de houille, ressource de l’âge présent, et reste des premières richesses végétales qui aient orné la face du globe. Les troncs de fougères dont ils ont conservé les empreintes nous disent assez combien ces antiques forêts différaient des nôtres.

On tombe alors promptement dans ces terrains de transition où la première nature , la nature morte et purement minérale, semblait disputer encore l’empire à la nature organisante ; des calcaires noirs , des schistes qui n’offrent que des crustacés et des coquilles de genres aujourd’hui éteints, alternent avec des restes de terrains primitifs , et nous annoncent que nous arrivons à ces formations les plus anciennes qu’il nous ait été donné de connaître , à ces antiques fondemens de l’enveloppe actuelle du globe, aux marbres et aux schistes primitifs aux gneiss et enfin aux granits.

Telle est l’énumération précise des masses successives dont la nature a enveloppé ce globe; la

géologie Fa obtenue en combinant les lumières de la minéralogie avec celles que lui fournissaient les sciences de l’organisation ; cet ordre , si nouveau et si intéressant de faits, ne lui est acquis que depuis qu elle a préféré des richesses positives données par Fobservation , à des systèmes fantastiques, à des conjectures contradictoires sur la première origine des. globes et sur tous ces phénomènes , qui , ne ressemblant en rien à ceux de notre physique actuelle, ne pouvaient y trouver, par leur explication, ni matériaux , ni pierre de touche. Il y a quelques années , la plupart des géologistes pouvaient être comparés à des historiens qui ne se seraient intéressés dans Fhistoire de France qu’à ce qui s’est passé dans- les Gaules avant Jules-César-; mais encore ces historiens s’aident-ils en composant leurs romans de la connaissance des faits postérieurs, et les géologistes dont je parle négligeaient précisément les faits postérieurs , qui seuls pouvaient réfléchir quelque lueur sur la nuit des temps précédons.

Il ne me reste, pour terminer ce discours, qu’à présenter le résultat de mes propres re^

Énumération des animaux fossiles reconnus par l'auteur.

cherches , ou, en d’autres termes, le résumé de mon grand ouvrage; je vais énumérer les animaux que j’ai découverts dans l’ordre inverse de celui que je viens de suivre pour l’énumération des terrains. En m’enfonçant dans la suite des couches, je. remontais dans la suite des temps; je vais maintenant prendre les terrains les plus anciens, faire connaître les animaux qu’ils recèlent; et, passant d’époque en époque, indiquer ceux qui s’y montrent successivement à mesure qu’on se rapproche du temps présent.

Nous avons vu que des zoophytes, des molfusques et certains crustacés commencent à paraître dès les terrains de transition; peut-être y a-t-il même dès lors des os et des squelettes de poissons ; mais il s’en faut encore de beaucoup que l’on ne découvre sitôt des restes d’animaux qui vivent sur la terre sèche et respirent l’air en nature.

Les grandes couches de houilles et les troncs de palmiers et de fougères dont elles conservent les empreintes , bien que supposant déjà des terres sèches et une végétation aérienne, ne

montrent point encore des os de quadrupèdes, pas même de quadrupèdes ovipares.

Ce n’est qu’un peu au-dessus , dans le schistecuivreux bitumineux , qu’on en voit la première trace; et, ce qui est bien remarquable, les premiers quadrupèdes sont des reptiles de la famille des lézards , très-semblables aux grands monitors qui vivent aujourd’hui dans la zone torride. Il s’en est trouvé plusieurs individus dans les mines de Thuringe 1 parmi d innombrables poissons d’un genre aujourd’hui inconnu , mais qui , d’après ses rapports avec les genres de nos jours > paraît avoir vécu dans l’eau douce. Chacun sait que les monitors sont aussi des animaux d’eau » douce.

Un peu plus haut est le calcaire dit des Alpes, et sur lui ce calcaire coquillier riche en entroques et en encrinites, qui fait la base d’une grande partie de l’Allemagne et de la Lorraine.

Il a offert des ossemens d’une très-grande

1 Yoyez mes Recherches sur les ossemens fossiles ' tome v, deuxième partie, page 3oo.

tortue de mer dont les carapaces pouvaient avoir de six à huit pieds de longueur , et ceux d’un autre quadrupède ovipare de la famille des lézards de grande taille et à museau très-pointu 1 2.

Remontant encore au travers de grès qui n’offrent que des empreintes végétales de grandes arondinacées , de bambous , de palmiers , et d’autres monocotylédones, on arrive aux différentes couches de ce calcaire qui a été nommé calcaire du Jura , parce qu’il forme le principal noyau de cette chaîne.

C’est là que la classe des reptiles prend tout son développement et déploie des formes variées et des tailles gigantesques.

La partie moyenne , composée d’oolithes et de lias, ou de calcaire gris à gryphées , a reçu en dépôt les restes de deux genres les plus extraordinaires de tous , qui unissaient les caractères de la classe des quadrupèdes ovipares avec des organes de mouvemens semblables à ceux des cétacés.

toiie v, deuxième partie, pages 355 et 525.

DE LA SURFACE DU GLOBE. 3oi

L 'ichtjosaurus 1 , découvert par sir Everard Home, a la tête d’un lézard, mais prolongée en un museau effilé , armé de dents coniques et pointues; d’énormes yeux dont la sclérotique est renforcée d’un cadre de pièces osseuses; une épine composée de vertèbres plates comme des dames à jouer, et concaves par leurs deux faces comme celles des poissons ; des côtes grêles; un sternum et des os d’épaule semblables à ceux des lézards et des ornithorinques ; un bassin petit et faible, et quatre membres dont les humérus et les fémurs sont courts et gros , et dont les autres os, aplatis et rapprochés les uns des autres comme des pavés, composent, enveloppés de la peau , des nageoires d’une pièce , à peu près sans inflexions ; analogues, en un mot , pour l’usage comme pour l’organisation , à celles des cétacés. Ces reptiles vivaient dans la mer ; à terre ils ne pouvaient tout au plus que ramper à la manière des phoques ; toutefois ils respiraient l’air élastique.

1 Yoyez mes Recherches, tome v, deuxième partie, page 447.

3o2 discours sur les révolutions

On en a trouvé les débris de quatre espèces : La plus répandue ( I. communis ) a des dents coniques mousses ; sa longueur va quelquefois à plus de vingt pieds.

La seconde ( I platjodon ) , au moins aussi grande , a des dents comprimées , portées sur une racine ronde et renflée.

La troisième ( I. tenuirostris ) a des dents grêles et pointues , et le museau mince et allongé.

La quatrième ( I. intermedius ) tient le milieu , pour les dents , entre la précédente et la commune. Ces deux dernières n’atteignent pas à moitié de la taille des deux premières b

Le plésiosaurus , découvert par M. Conybeare, devait paraître encore plus monstrueux que lichtyosaurus. Il en avait aussi les membres, mais déjà un peu plus allongés et plus flexibles ; son épaule ? son bassin étaient plus robustes; ses vertèbres prenaient déjà davantage les formes et les articulations de celles des

1 Voyez mes Recherches, tome v, deuxième partie, page 456.

DE LA. SURFACE DU GLOBE. 3o3

lézards; mais ce qui le distinguait de tous les quadrupèdes ovipares et vivipares , c’était un cou grêle aussi long que son corps , composé de trente et quelques vertèbres , nombre supérieur à celui du cou de tous les autres animaux , s’élevant sur le tronc comme pourrait faire un corps de serpent, et se terminant par une très-petite tête dans laquelle s’observent tous les caractères essentiels de celle des lézards.

Si quelque chose pouvait justifier ces hydres et ces autres monstres dont les monumens du moyen âge ont si souvent répété les figures, ce serait incontestablement ce plésiosaurus 1 .

On en connaît déjà cinq espèces, dont la plus répandue ( F . dolichodeirus ) arrive à plus de vingt pieds de longueur.

Une seconde ( P. recentior ) , trouvée dans des couches plus modernes , a les vertèbres plus plates.

Une troisième ( P . carinatus ) montre une arête à la fade inférieure de ses vertèbres.

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome v, deuxième partie , pages 47^ et suivantes.

Une quatrième et une cinquième enfin (P. pentagonus et P. trigonus ) les ont à cinq et à trois arêtes u

Ces deux genres sont répandus partout dans le lias; on les a découverts en Angleterre, où cette pierre est à nu sur de longues falaises : mais on les a retrouvés en France et en Allemagne.

Avec eux vivaient deux espèces de crocodiles , dont les os sont aussi déposés dans le lias , parmi des ammonites , des térébratules et d’autres coquilles de cette ancienne mer. Nous en avons des ossemens dans nos falaises de Ronfleur , où se sont trouvés les débris d’après lesquels j’en ai donné les caractères 1 2.

Une de ces espèces, le gavial à long bec , avait le museau plus long et la tête plus étroite que le gavial ou crocodile à long bec du Gange ; le corps de ses vertèbres était convexe en avant, tandis

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome v, deuxième partie , pages 485 et 486.

2 Ibid. , page i43.

DE LA SURFACE DU GLOBE. 3o5

que, dans nos crocodiles d’aujourd’hui , il l’est en arrière. On l’a retrouvée dans les lias de Franconie comme dans ;ceux de France.

Une seconde espèce, le gavial à bec court , avait le museau de longueur médiocre , moins effilé que le gavial du Gange, plus que nos crocodiles de Saint - Domingue. Ses vertèbres étaient légèrement concaves à leurs deux extrémités.

Mais ces crocodiles né sont pas les seuls qu’aient recueillis les bancs de ces calcaires secondaires.

Les belles carrières d’oolithe de Caen en ont offert un très - remarquable , dont le museau, aussi long et plus pointu que celui du gavial à long bec , est suivi d’une tête plus dilatée en arrière, à fosses temporales plus larges; c’était, par ses écailles pierreuses et creusées de fossettes rondes , le mieux cuirassé de tous les crocodiles 1 . Ses dents de la mâchoire infé-

1 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles tome y, deuxième partie, page 127.

3o6 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

rieure sont alternativement pins longues et plus

courtes.

Il y en a encore un autre dans l’oolithe d’Angleterre , mais que l’on ne connaît que par quelques portions de son crâne , qui ne suffisent pas pour en donner une idée complète 1.

Un autre genre de reptiles bien remarquable et dont les dépouilles, déjà existantes lors de la concrétion du lias, abondent surtout dans l’oolithe et dans les sables supérieurs, c’est le mégalo s aurus ^ ainsi nommé à juste titre; car, avec les formes des lézards, et particulièrement des monitors , dont il a aussi les dents tranchantes et dentelées, il était d’une taille si énorme qu’en lui supposant les proportions des monitors , il devait passer soixante - dix pieds de longueur : c’était un lézard grand comme une baleine 2 . M. Buckland l’a découvert en Angle-

1 Nous en attendons une plus ample connaissance des recherches de M. Conybeare.

2 Voyez mes Recherches sur les ossemens fossiles , tome v, deuxième partie , page 343.

terre; mais nous en avons aussi en France, et il s’en est trouvé en Allemagne des os, sinon de la même espèce , du moins d’une espèce qu’on ne peut rapporter à un autre genre. C’est à M. de Sœmmerring qu’on en doit la première description. Il les a découverts dans des couches supérieures à l’oolithe , dans ces schistes calcaires de Franconie, depuis long-temps célèbres par les nombreux fossiles qu’ils fournissaient aux cabinets des curieux, et qui vont le devenir bien davantage par les services que rend aux arts et aux sciences leur emploi dans la lithographie.

Les crocodiles continuent à se montrer dans ces schistes , et toujours des crocodiles à long museau. M. de Sœmmerring en a décrit un (le C. priscus) , dont le squelette entier d’un petit individu est conservé presque comme il pourrait l’être dans nos cabinets h C’est un de ceux qui ressemblent le plus au gavial actuel du Gange;

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