‹ Discours sur les révolutions du globe avec des notes et un appendice d'aprèsChapitre 1 sur 19 · PAR M. FLOURENS · texte numérisé non relu

PAR M. FLOURENS

Membre de VAcadémie trançahe ei SeeréUârc perpétael de rAeedémie

des Sciencet (Iiutitut de France); Memlnre des Soeiétét rojales de Lendrei

et d*lfcdiaiboarg , des Aeadémies rejales des Scieaees deSloekhoIm, Turin,

Municb , Madrid, eie , etc. ; Professeur de Phjsiolofie comparée

Btt Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.

Lorsqu'une nation perd un de ces hommes dont le nom seul fiufftrait à la gloire d'une nation et d'un siècle^ le coup qu'elle en ressent est si profond , et sa douleur est si générale « qu'il s'élève de toutes parts des voix pour déplorer le malheur commun. C'est a qui s'honorera d'un regret public sur leur tombe; c'est à qui s'empressera de faire connaître tout ce qu'il a pu savoir de ces vies illustres et si glorieuses à Thumanité. .

Voilà ce qui devait arriver, et ce qui est arrivé » en effet , pour M. Cuvier. Des savants, des écrivains célèbres, plusieurs Académies même , ont déjà publié de nombreux détails sur sa vie et sur sa personne; et l'Académie des sciences vient aujourd'hui trop tard pour.avoir rien de nouveau à dire sur le grand homme qu'elle a perdu.

Mais, parmi lés travaux isur lesquels repose sa renommée, il en est qui appartiennent plus particulièrement à cette Académie, et dont rétude est loin d'avoir été épuisée : Je veux parf

GUVIBR. — DISC, sua LES RÉVOL. i

ri:î5^i87liS

1er des progrès que les sciences naturelles ont dus à M. Cuvier, progrès qui ont renouvelé toutes ces sciences , et qui les ont si fort étendues , qu'ils ont réellement étendu par elles la portée de l'esprit humain et le domaine du génie.

Je ne considère donc ici , dans M. Cuvier, que le savant; et même, dans le savant, je considérerai surtout le naturaliste.

Fontenelle a dit de Leibnitz , qu'il av^it été obligé de partager et de décomposer en quelque sorte ce grand homme; et que, tout au contraire de l'antiquité qui de plusieurs Hercules n'en avait fait qu*un, il avait fait, du seul leibnitz, plusieurs savants.

Il faut aussi décomposer M. Cuvier, pour peu qu'on veuille l'approfondir; et cette vaste intelligence qui, comme celle de Leibnitz, menait de front toutes les sciences, et qui même, ne s'en tenant pas aux sciences , répandait ses lumières jusque sur les institutions les plus élevées de l'État ^ demande, pour être bien comprise , autant de travaux distincts qu'elle a fait éclater de capacités diverses.

Je le répète donc; je ne considère ici dans M. Cuvier que le naturaliste : encore ma tâche sera-t-elle immense; et, pour oser l'aborder, ai-je besoin de toute l'indulgence de ceux qui m'écoutent.

L'histoire de M. Cuvier, a vouloir rappeler tout ce que lui ont dû les sciences naturelles , n'est rien moins, en effet, que l'histoire même de ces sciences au dix-neuvième siècle.

Le dix-huitième venait de leur imprimer un mouvement rapide. Deux hommes, Linnœus et Buffon, avaient surtout con* couru à produire ce mouvement ; et, bien que doués d'ailleurs de qualités très-diverses, il est néanmoins à remarquer que c'est par la même cause qu'ils avaient Tun et l'autre manqué leur but.

En effet, ces phénomènes, ces êtres, ces faits que le génie étendu de Linnœus cherchait à distinguer et à classer; ces faits <pie le génie élevé de Buffon cherchait à rapprocher et à expli-

tÉ GEORGES CCVIEH. 3

qiiér, n^étaient point encore assez connus dans le«r natnre intimé pour pouvoir donner ni ieur véritable classification, ni

! leur explication réelle. '" ■ ■

Le premier mérite de M. Cuvifer, et c'est par ce mérite qu'il a donné, dèsï'alidrd , une nouvelle vie tiiix sciences naturelles, est d'avoir senti que fa clàssiification , comme l'explication des faits /ne pouvaient sortir que de leur nature intime profondément connue.' ^

En un mot, et poui'nous en tenir ici à l'histoire naturelle des animaux, branche de l'histoire naturelle générale que M. Guvier a le plus directement éclairée par ses travaux, il est évident que ce qui avait manqué à Linnaeus et à Buffon , soit pour classer ces animaux, soit pour expliquer convenablement leurs phénomènes» c'était de connaître assez leur structure Intime ou leur organisation ; et il n'est pas moins évident que

, les lois de toute cjassincation , comme de toute philosophie naturelle de ces êtres , ne pouvaient sortir que des lois de cette organisation i^éme.

On verra bientôt ,' en effet , que c'est par l'étude assidue de ces lois fécondes que M. Guvier a successivement renouvelé et ta zoologie et l'anatomie comparée ; qu'il lésa renouvelées l'une {>ar Tautre; et qu'il a fondé sur l'une et sur l'autre la science 468 animaux fossiles, science toute nouvelle , due tout entière à son génie y et qûî d éclairé, à son tour, jusqu'à la science même de la terre.

Mais, avant d'en venir à ces derniers et étonnants résultats, fruits de tant de grandes conceptions et de tant de découvertes inattendues , voyons d'abord ce qu'il a fait en particulier pour •chacune des sciences que Je vîeqs d'indiquer, afin de pouvoir mieux saisir ensuite , et embrasser d'un coup d'oeil général «e qu'il a fait pour toutes.

Je commence par la zoologie.

Linnœus, celui de tous les naturalistes du dix-huitième siècle

4 ELOOE HISTORIQUE.

dont Tinflaence avait été la plus aDiverselle sur les esprits , particulièrement en fait'de méthodfi divisait le règne animal en bïk classes : les quadrupèdes, les oiseaux f les reptiles, les pois-^ sons, les insectes et les vers.

Or, en cela Linnœus commettait one première erreur gé** nérale ; car, en mettant sur une même ligne oes six divisioBS pd* mitives, il supposait qu'un même intervalle les séparait. à^uoe deFautre; et rien n'était moins exact.

D'un autre côté, presque toutes «es classes ou divisiemi, nommément la dernière, tantôt séparaient les anijnauft les plus < rapprochés, tantôt réunissaient les plus di^Mirâtes. En mt mot, la classification, qui n*a pourtant d'a«tre but quede marqlier les vrais rapports des êtres , rompait presque partout ces rapports; et cet instrument de la méthode, qui ne scrt> resprit qu'autant qu'il lui donne des idées justes des ehosesi, ne M eti donnait presque partout que des idées fausses.

Toute cette classUicatîon de^ LisniBus était donc à reAmdre , et le cadre presque entier d& la science a reAiire.

Or, pour atteindre ce but , il fallait d*abord fonder la classification sur l'organisation , car c'est l'organisation seule qui donne les vrais rapports; en d'auU^s termes , il foi lait fonider la zoologie sur l'anatomie; il fallaît ensuite porter sur la méthode elle-même des vues plus Justes et surtout plus^vées t[u*on ne le faisait alors. : ;

Ce sont , en efCet , ces vues élevées sur la mélliode ^ oe sont ces études approfondies sur l'organisation qm iHillentdès les premiers travaux de M. Cuvîer : ressorts puissants mtmoytnéss* quels il est parvenu à opérer successivement la réforme de toutes les branches de la zoologie l'une après l'autre, et à renonlreler enOn , dan^ tout, son ensemble , cette vaste et grande science.

J'ai déjà dit que c'était surtout dans ladasse des vers de Linnœus que régnaient le désordra et la confusion. Tous les animaux à sang blanc, c'est-à-dire plus de la moitié du règne animal j s'y trouvaient Jetés pêle-mêle^

DE GEORGES CDVIEB. d

C'<tst dès le premier de ses mémoires, publié en 1795, que M. Givierfait remarquer l'extrême différence des êtres eon* fondas jusque-là «eus ce nom vûgue d^animaux à sang blanc, et qu'il les sépare nettement les uns des autres, d'abord, en trois grandes classes :

Les mollusques, qui, comme le poulpe, la seiche, les hul* tresy ont un cœur, un système vasculaire complet, et respirent par des branchies;

Les insectes^ qui -n'ont, au lieu de coeur, qo*un simple Taisseau dorsal» et respirent par des trachées;

.Enfin, les zoophyte^^ animaux dont la structure est si simple qu'elle leur a valu ce nom même de zoophytes, àHanimauxplantes^ et qui n'ont ni cœur^ ni vaisseaux, ni organe distinct de respiration.

£t formant ensuite trois autres classes : des vers, des crustacés^ des échynodermes^ tous les animaux à sang blanc se trouvent qoi^pris et distribués en six classes : les mollusques, les crustacés, les insectes, les vers, les échynodermes et les zoo-ptiyies*

Tout était neuf dans cette distribution ; mais aussi tout y était si évident, qu'elle futgàiéralement adoptée, et dès lors le règne animal prit une nouvelle face.

D'ailleurs, la précision des caractères' sur lesquels était ap* puyée chacune de ces classes; la convenance parfaite des êtres qui se trouvaient rapprochés dans chacune d'elles^ tout dut frapper les naturalistes; et ce qui, sans doute, ne leur parut pas moins digne de leur admiration que ces résultats directs et immédiats, c'étiut la lumière subite qui venait d'atteindre les parties les plus élevées de la science; c'étaient ces grandes idées sur la subordination des organes, et sur le rôle de cette subordination dans leur emploi comme caractères ; c'étaient ces grandes lois de l'organisation animale déjà saisies : que tous les animaïKK à sang blanc qui ont un cœur ont des branchies, ou un organe respiratoire circonscrit; que tous ceux qui n'ont pas

(y llLOfiK HISTORIQUE

de cœur n^ont que des trachées; que partout où le cœur et le» braDchies existent, le foie existe; que partout oii.ils manquent i le foie manque.

Assurément, nul hoqnme encore n'avait porté un eonp d-œil aussi étendii, aussi perçant sur les lois générales de l'organisation des animaux; et il était aisé de prévoir que, pour peu qu'il continuât à s'en occuper avec la même suite^ celui dont les pre« miëres vues venaient d'imprimer à la science un si brillaat essor ne tarderait pas à en ireculer toutes lesi limites.

M. Guvier a souvent rappelé depuis, et jusque dans ses derniers ouvrages, ce premier Mémoire, duquel datent, en effet, les premiers germes çt de la grande rénovation qu*il a opérée enzoo* logie, et de la plupart de ses idées les plus fondamentales en anatomîe comparée.

Jamais le domaine d'une science ne s'était d'ailleurs aussi rapidement accru. A l'exception d'Aristote, dont le génie phi-^ losophique n^avait négligé aucune partie du règne animal, on n'avait guère étudié, à aucune époque, que les seuls animaux vertébrés, du moins d'une manière générale et approfondie*

Les animaux à sang blanc, ou, comme M. de Lamarck les a appelés depuis, les animaux sans tyertèbres, formaient, eo, quelque sorte , un règne animal nouveau , à peu près inconnu aux naturalistes, et dont M. Covier venait tout à coup de leur révéler et les divers plans.de structure, et les lois particulières auxquelles chacun de ces plans est assujetti.

Tous ees animaux si nombreux , si variés dans leurs formes^ et dont la connaissance a si fort étendu depuis les bases de la physiologie générale et de la philosophie naturelle^ comptaient à peine alors pour le physiologiste et le philosophe; et longtemps encore , après, tous ces grands travaux de M. fîuvier dont je parle ici ,^ combien nVt-on pas vu de systèmes qui, préten* dant embrasser sous un point de vue unique le règne animal, entier^ n^embrassaient réellement que les vertébrés ? Tant la nouvelle voie qu'il venait d'ouvrir aux naturalistes était im-

DE GEORGES CUViER. 7

inense , et tant il avait été difficile de l*y suivre à cause de cette immeosîté môme!

IJàns ee premier Mémoire , M. Guvier venait donc d'établir enfin la vraie divi^cm des animaux à sang blanc. Dans un second , reprenant utie de leurs classes en particulier, celle des moihisgueSy il jette les premiers fondements de son grand travaii sur ces animaux ; travail qui Ta occupé pendant tant d*années , et qui a produit Tensemble de résultats le plus étonnant peut- être y et du moins le plus essentiellement neuf de toute la zoologie , comme de toute Tanatomie comparée modernes.

On n'avait point eu jusque-là d'exemple d'une anatomie aussi exacte , et portant sur un aussi grand nombre de parties Unes et délicates.

Daubenton, ce modèle de précision et d'exactitude , n'avait guère décrit 9 avec ce détail, que le squelette et les viscères des quadrupèdes : ici c'était la même attention, et une sagacité d'observation bien plus grande encore, portées sur toutes IdS parUes de Tanimal , sur ses muscles , sur ses vaisseaux , sur ses nerfs, sur ses organes des sens.

Swammerdam, Pallas, qui avaient embrassé toutes les parties de ranimai dans leurs anatomies, avaient borné ces anatomies à quelques espèces; en un autre genre, Lyonnet s'était même borné à une seule : ici c'était une classe entière d'ani-* maux, et de tous tes animaux la classe la moins connue, dont presque toutes les espèces se montraient décrites , et tout le détail, le détail le plus délicat, le plus secret de leur structure, mis au jour et développé.

Les mollusques ont tous un cœur, ainsi que je l'ai déjà dit ; mais les uns n'en ont qu'un seul, comme V huître, comme le limaçon; les autres en ont deux ; les autres en ont jusqu'à trois distincte, comme \e poulpe, comme la seiche. Et cependant, c'est avec ces animaux dont l'organisation est si riche, qui ont un cerveau, des nerfs, des organes des sens, des organes se-» crétoires, que Ton en confondait d'autres qui, comme les zoo-

8 étOGfi HfôtÔRIQUË!

phytes, comme les polypes, par exemple» n*ent, pour toatë organisation, Qu'une pulpe presque homogène.

Les expériences de IVemblejr ont rendu célèbre ie polype ffeau douce, cet animal qui pousse des bourgeons «eomme une plante , et dont chaque partie , séparée des autres, forme un individu nouveau et complet. Toute la structure de ce singu^ lier zoophyte se réduit à un sac, c'est-à-dire à une !iou<ihe et h un estomac.

M. Cuvier a fait connaître on autre zoophyte dont la structure offre quelque chose de plus surpreùant encore, eiir il n'a pas même de bouche; 1! se nourrit par des suçoirs ramifiés, comme les plantes; et sa cavité intérieure lui sert, tout à tour; d'estomac et d'une sorte de cœur, car il s'y reud des vais^aux qui y conduisent le suc nourricier, et il en part d'autres vaisseaux qui portent ce suc aux parties.

Un des problèmes les plus curieux de toute la physiologie des animaux à sang blanc qui ait été résolu par M. Cuvier, est celui de fa nutrition des insectes.

Les insectes, (iomme je l'ai déjà dît , n'ont, au lieu de cœur, qu'un simple vaisseau dorsal; et, de plus, ce vaisseau dorsal n'a aucune branche, aucune ramification , aucun vaisseau particulier qui s'y rende ou qui en parte.

C'est ce que l'on savait déjà par les travaux célèbres de Malpighi, de Swammerdam, de Lyonnet : mais M. Cuvier va beaucoup plus loin ; il examine toutes les parties du corps des insectes, l'une après l'autre; et, par cet etamen détaillé-, il montre qu'aucun vaisseau sanguin, ou ce qui revient au même, qu'aucune circulation n*existe dans ces animaux.

Comment s'opère donc leur nutrition?

M. Cuvier commence par faire remarquer que le but final de la circulation est de porter le sang à l'air. Aussi tous les animaux qui ont un cœur, ont-ils un organe respiratoire circonscrit, soit poumon, soit branchies; et le sang, revenu des par*

Dfi.GEOBfiE& CUYIER. 9

ties au cœur, est-il iavariablement contraint de traverser cet organe, pour y être soumisÀ l'aeUonde I*aîr, avant de retourner aux parties.

Mais, dans les intactes, l'appefeH de la respiration est tout différent. Ce n*est plus un oi^gane oirconscrit qui reçoit l'air; c'est un nombre presque Infini de vaisseaux élastiques, nommés trachées, qui le* portent dans toutes les parties du corps, et qui le conduisent ainsi jusque sur le fluide nourricier lui-même qui baigne continuellement ces parties.

£n un mot , tandis que » dans les autres animaux 9 e'est le fluide nourrie!^ qui , au moyen de la circulation , va diercher Tair, le phénomène se renverse dans les insectes , et c'est, au contraire, rair qui y va cbercher le fluide nourricier, et rend par là toute circulation inutile.

Une autre découverte de M. Cuvier, non moins importante , est celle de l'appareil circulatoire de certains vers qui, tels que le ver 4eterre^ la sangsue ^ avaient été Jusque-là confondus avec ces zopphytes d^uoe structure incomparablement plus simple , qui ne vivent que dans Tintérieur d* autres animaux. . Par une singularité remarquable , le sang de ces vers , à appareil circulatoire, est rouge : nouvelle circonstance qui montre encore combien était inexacte et vague la dénomination d*a»tmaux à sang blanc, donnée jusque alors» d'une manière générale t aux animaux sans vertèbres.

Par tous ces grands travaux , M. Cuvier avait donc fixé les limites de la classe des mollusques; il avait déterminé celle des vers à sang rouge; il les avait complètement séparées l'une et Vautre de celle des zoophytes; il avait enfin marqué la vraie place de ces zoophytes eux-mêmes^ désormais relégués à la fin du règne aniiâal..

Mais un principe qu*il avait employé dans tous ces travaux devait le. conduire plus loin encore : ce principe est celui de la subordination des organes ou des caractères»

10 lÎLOQE HISTORIQUE

Lft méthode ne doit pas se borner, en effet, à représenter indistinctement les rapports de stfuctnre; elle doit marquer en outre l'ordre particulier de ces rapports et l'importance relative de chacun d^eux ; «t c'est à quoi sert précisément le principe de la subordination des organes.

Bernard et Laurent de Jussieu avaient déjà appliqué ce principe, aussi fécond que sûr, à la botanique; mais les zoologistes n'avaient point encore osé en faire TappUeatlon à leur science , effrayés sans doute par ce grand nombre et par cette complication d'organes qui constituent le corps animal, et qui, pour la phipart, manquent aux végétaux.

Le principe de la subordination des organes ne pouvait s'introduire en zoologie que précédé par l'anatomie. Le premier pas à faire était de connaître les organes ; la détermination de leur importance relative ne pouvait être que le second: ces deux pas faits, il ne restait plus qu'à fonder les caractères sur les organes, et à subordonner ces caractères les uns aux autres^ comme les organes sont subordonnés entre eux ; et tel a été proprement l'objet du Règne animal distribué d'après son organisation; ce grand ouvrage où la nouvelle doctrine zoologique de Tillustre auteur se montre enfin, reproduite dans son ensemble , et coordonnée dans toutes ses par> ties.

C'est à compter de cet ouvrage que l'art des méthodes a pris une face toute nouvelle.

Linnaeus n'avait guère vu dans cet art, comme chacun sait, qu'un moyen de distinguer les espèces. M. Guvier est le premier qui ait entrepris de faire , de la méthode , l'instrument même de la généralisation des faits.

Prise en elle-même, la méthode n'est , pour lui, que la subordination des propositions, des vérités, des faits, les uns aux autres , d'après leur ordre de généralité.

Appliquée au règne animal, c'est la subordination des groupes entre eux, d'après l'importance relative des -organes qui forment les caractères distinciifo de ces groupes.

DE QBQBGfiS GVVIBB. 11

Or^. les organes tes plus iaportmit» sont anssi.ceux qui entrah^iit ie& ress^mblanoes les plus générales..

D'où Jl' suit qu'ea lofi^nt les grsopes inférieurs sur les organei^subordonnés, et le& groupes supérieurs sur les organe» dominateurs, les groupes supérieurs comprendront toujours nécessairement l^s inférieurs, ou, en d'autres termes, qu'on pouna toujours passer des uns aux autres par des propositions graduées, et de plqsen plus générales à mesure qu*on remontera des groupes inférieurs vers les supérieurs.

La méthode, bien vue<, n'est donc que l'expression généralisée de la science ; c'est là science elle-même, mais réduite à ses expressions les plus simples ; c'est plus encore : cet enchaînement des fiijts d'après leurs analogies, cet enchaînement des analiogies d'après leur degré d'étendue, ne se borne pas à représenter les rapports connus; il met au jour une loule de rapports nouveaux, contenus les uns dans les autres; il les dégage les uns des autres; il donne ainsi de nouvelles forces à l'esprit pour apercevoir et pour découvrir ; il lui crée de non* veaux procédés logiques.

Jusqu'ici M. Gavier n'avait vu , dans chacune de ces trois grandes classes des animaux sans vertèbres : les mollusques, les insectes et les zoophytes, qu'un groupe pareil à chacune des quatre classes des animaux vertébrés : les quadrupèdes, les oiseaux y les reptiles et les ^o^^on^.

C'est qu'il n'avait considéré encore que les organes de la circulation.

En considérant le système nerveux, qui est un organe beaucoup plus important, il vit que chacune des trois grandes classes des animaux sans vertèbres répondait ou équivalait non plus à telle ou telle classe des animaux vertébrés, prise à part, mais à tous ces animât^ vertébrés^ pris ensemble.

Une première forme du système nerveux réunit tous les animaux vertébrés en un seul groupe; une seconde forme

J2 ÉLOGE HISTOBIQUfi

réqDittous les mollmques; une troisième réunit des insectes aux vers à .sang rtmge , et les uus et les autres aux crustacés : c*e9t le groupe des articulés ; une quatrième forme enfin réunit tous les zoophytes*

^ ily adonequalreplans, quatre types, dans le règne Mimai , quatre embranchements , comme M. Guvier les aij^pelle; Ott^ en termes plus clairs , et dépouillés de tout vague , il y a quatre formes générales du système nerveux, dans tes ani-* maux.

DaÉs Tés sdences d'observation et d'expérienoe, l'art 4niprème du génie est de transformer les questions , de simples questions de raisonnement, en questions de fait»

On disputait, depuis plus d*un siècle, sur la qu^tion de savoir s'il n'y a qu'un sejil plan^ d'organisation dans les animaux, ou s'il y en a plu^eurs. Cette. qu^tion, jusque-là posée en termes si vagues, M. Guvier la transforme en cette autre positive et de fait, saviMr, combien il y a de formes distinctes du système nerveux dans les animaux.

Or , il y en a quatre , comme je viens de le dire : une pour le^ vertébrés f une pour les mollusques ^ une pour les articulés , une pour les zoophy'tes ; il y a donc quatre pians, quatre types, quatre formes ^ ^ans le règne animal .

Telle est la lumière que le grand ouvrage qui nous occupe a répandue sur te r^e animal entier^ .qae, guidé par lui , l'esprit saisit nettement les divers ordres de rapports qui lient les animaux entr^ eux : les rapports d'ensemble qui constituent l'unité, le caractère du règne; les rap^rtiS plus ou nn^ns géné*^ rs^ujç qui constituent V unité des embranchements, des dûmes; lej» rapports plus particuliers qui eoo^ti^uexitrunitédesorcb-^?;^ des genres.

Cependant.cet ouvrage, d'une portée si vaste, d'un détail si immense, n'était point encore ce qu'aurait voulu M. Guvier. C'est le propre du génie de voir toujours mieux et plus loin que tout ce qu'il fait* .^

DE 6EO&GS94 CITVIEB* iS

Et d'ailleurs » en effet , bi^ que , dans ee ignrnd ouvrage, toutes les espèces eussent étéi revues, la plupart H'étaient pourtant qu'indiquées ;.ce n'était donc qu'un système abrégé ^ ee n'était pas un système complet dés animaux*

Or, ridée d'un ^stème complet desanimanx, d'un système où, toutes tos espèces seraient non^^^seolèment indiquées i dis* tinguées> classées V mais représentées et décrites dans toute leur stFti(^iiff6^ est une de celles qui ooSk ie plus eoostanunettt occupé M. Cuvier. - '"•

Aaissiv à peine ce g#ànd ouvrage mr le règne animal étaitii teferâié'^ qor'un autne était ccMnmencé déj^, et sur un plan non moins vaste: Je veux parler de VHiHù^e naturelle des peissons^dont le premier volume aporu en 183S. .Api!èsaVoir^«pérév dans te premier de ces deux ouvrages, lairéiSgirme (fomplèie du système des animaux, ee qu'il avait vottitt', dans> ler seeond , ^e'étail de ^montrer, fiar Tesiposition ôé* taiUéeîet<appK>fondlede toutes les espèces connues d'une classe, ce qu'on pourrait faire pour toolcs les autrea espèces , et pour tooies les^autresiclassés^ '

Dans cette tue^ il avait choisi la dasse de» poissons y comme étanl, parmi toutes celles d0s vertébrés, la plus nombreuse, la moins connue, la plus enridiie'paf les découveites récentes des voy^BUfS*- ^

En effet, BlocbetLaeépèdevles derniers auteurs (Principaux enichlh^loffiej n'avaient guèreconnu que quatorze cents espè* ceKde pèissons ; dans i*<raTrâge de M. Cuvier, le nombre de ces espèces se^ serait életé à plus de cinq nrillè : l'ouvrage entier n'aurait pas* eu moins de vingt vofumes; tous les matériaux étaient Bftis en 'ordre, et les neuf voldmes qui ont parii^en moins de six années témoignent assez de la prodigieuse rapidité avec laquelle toute cette vaste entreprise devait marcher.

Pressé ptair le peti de tempSidont'Je pui^ disposer, Je m'interdis la Mectâre de tout détail surcet ouvrage, étonnant par son ifténdue, plus étonnant encore par cet art profond de la formation des genres et des famlilèa, dont l'auteur

14 ÉLOOS HISVORIOUE

semble s*èire complu à dévoikr les secrets les plus eaPchés, et par cette science des caractères que tiul homme ne posséda jamais à un tel degré ; résultats de Texpértence la plus consommée , et fruits du génie parvenu à toute sa maturité.

Tel esti'ensembte des grands travaux par lesquels M. Guvier a renouvelé la zoologie ; m«is une réforme plus importante encore, et dont oelle-ci n'est effecthrement que la conséquence, c'est celle qull avait déjà opérée, ou qu'il opérait en même temps, égjUiVanatomte comparée. "'•'

ùfi ne peut parler des progrès que Vnnatomie comparée a dus à M. Guvier sans un respect plus profond encore , et mêlé d'une sorte de recueillement; il ne parlait jamais lui-métbede cette science qu'avec enthousiasme; îMa regardait, et itvec juste raison^ comme la science régulatrice de toutes celles qui se rapportent aux êtres organisés; et lanaort l'a surpris médi* tant ce grand ouvrage qu'il consacrait, et où, rassemblant toutes ses forces, ce génie si vaste eût enfin paru dans toute sa grandeur.^

Mais ^ cet ouvrage est à jamais perdu, du moins ses éléments principaux subsistent répandus dans tant de niémoires dont j'ai déjà parlé; surtout dans les Leçons d'anaiomie comparée; surtout dans les Recherches sur les ossements fossiles : travaux iimnortels, et qui ont imprimé à ïanatomié comparée, un tel essor, qu'après avoir été, pendants! longtemps, k plus négligée des branches de V histoire naturelle, elle les a tout k doop dépassées et dmninéesto«ftes.

L'histoire de Tana^omî^ comparée commit trois époques nettement marquées : l'époquetl'Arîstèté, i<etfè de Cla\idé Perrault, et celle de M. Guvier;

Chacun sait avec quel génie Arîstote a jeté les premiers fondements de Vanatomie comparée chez les anciens. Maïs ce qui ii*a pas été aussi remarqué^ quoique non radps digne de l'être, c'est la puissance de tète avec laq<!ièlle<natfde Perrault a recom«

I>E . 6G0BGBS CUVIER» 1 5

raencétottl^cçUe science, dès le n^Ueu du^iXHieptlèine siècle, et Fa i^ecoauneneée par sa base méiae, e'est-à-^re par les faits particuliers.

Les descriptions de Perrault sont le premier pas assuré qu'ait fait Vanatomie comparée moderne. Daubenton lui en fU faire un auitre; car il rendit ces descriptiotts comparable!^.

Vioq^d'Azyr alla plus loin encore.

Riche des travaux de Daubenton^ de Haller, de Hunter, de Monro» de Camper^ de .PiallaS|.Vicq<>d'AEyr embrassa rouatomie comparée dans son ensemble; il y porta ce génie profond qui voit dans les sciences le but à atteindre , et cet esprit de suite par lequel on Tatteint; et la grande réforme dpérée, en effet, par M. Cuvier dans Vanatomie cûmparée'j nulfne Ta plus avancée que VIcq-d'Azyr*

Ce fut même un bonheur pour cette science que de passer immédiatement des mains de l'un de ces deux grands hommes dans les mains de l'autre.

Vîcq- d'Azyr y avait porté le coup d'oeil du physiologiste; M. Cuvier y porta, plus particulièrement, celui du zoologiste; et l'on peut croire qu'elle avait un égal besoin d'être considérée sous ces deux points do vue. On peut etolre que sa réforme n'a été si complète^ et son influence si généraie, que parce, ((ue, tour à tour étudiée et remaniée pour se p^ter et àfei3oo>lo2ile, et à la physiologie, ellle 9 pu devenir, tout à la îo\à^ ht guide et le flambeau de ces depx sciences.

Quoi qu'il en soiit ,Yamtomie comparée ft*était encore qu'un recueil de fait§ particuliers touciiant la structure dea animaux. M. Cuvier en a fait la science des lois générales de l'organisation animale.

Ce même homme qui avait transformé la méthode zoologique, de simple nomenclature, en un instrumeiit ée généralisation , a su disposer les fait» en anaîomie eomparée dans un ordre tel, que, de leur simple rapprochement, sont -sorties tputes ces lois admirables, et de plus en phis élevées : par exemple , que chaque espèce d'organe a ses moâiflcations fixes

16 ÉLOGE HISTORIQUB

et dëtermiDées; qa*an rapport constant Ile entre elles toutes les modifications de l'organisme^ que certains organes ont, sur Fensemble de l'économie , une influence plas marquée et plus décisive : d'où la loi de leur subordination ; que certains traits d'organisation s'appellent nécessairement les uns les autres, et qu'il en est, au contraire, d'incompatibles et qui s'excluent : d'où la loi de leur corrélation ou coexistence; et tant d'autres lois, tant d'autres rapports généraux^ qui ont enfin créé et développé la partie philosophique de cette ^ience.

Parmi tant de découvertes , parmi tant de faits fèrticulters dont il l'a enrichie , Je dois me borner à citer ici les plus saillants; et encore ne pnis-je, à beaucoup près, les citer tous.

Les travaux de Hunter et de Tenon avaient déjà fait faire de grands pas à la théorie du développement des dents ; il a porté cette théorie, à peu de chose près, à sa perfection.

Ces parties, ces espèces de petits os qu'on appelle dents j pih raissent,au premier aspect , des parties fort simples, et qui méritent à peine l'attention de l'observateur. Ces parties sont pourtant fort compliquées; elles ont des organes sécréteurs, comme leur germe, leur membrane propre; des substances sécrétées, comme leur «mat/, leur ivoire; et chacune de ces substances parait à son tour, chacune parait à une époque fixe.

Ces petits corps naissent , se développent, poussent leurs racines, meurent, tombent, sont remplacés par d'autres, avec un ordre , une régularité admirables.

Et ce qui n'est pas moins admirable , bien que sous un autre point de vue , c'est que toutes les circonstances de leur organisation et de leur développement sont aujourd'hui rigoureusement démontrées.

En s'appuyant sur l'étude des dents de V éléphant ^ où tout se voit en grand, M. Guvier est parvenu à constater l'époque précise où chaque partie de la dent se forme et par quel meca* nisme elle se forme; comment chacune de ces parties, ayant fait son rôle d'organe producteur, disparaît ; comment la deçt

DE 660ReES GUVIER. 17

letit entier idisparatt à son tour , pour faire place à oae autre qui aura aussi et sou dévelopipement d^ensemble et de détail | et son pokit.d*orgq#sation.CQmplète,etson dépérissement et 8a.ehute« . • ^^

Perrault , Hérissant, Vicq-d' Azyr avaient déjà fait connaître calques points de la structure des organes» de la. voix des oiseaux ; il afoit connaître cette structure d'une manière générale et par des coçaparaisons détaillées.

Il a» le premier, mis dans tout son Jour la disposition singulière de l'organe de inouïe, et la disposition plus singulière encore des fosses nfusalesi, dans les cétacés.

Tout le monde connaît la aaerveiileuse métamorphose qu'éprouve la grenouille pour passer de Tétat de fœtus ou de télard à l'état adulte. On sait qu'après avoir respiré , dans le premier de e^ deux états, i^r àes branchies, comme \es poissons, elle respire» dans le second, par des poumons, comme les animaux terrestres.

. M. Guvier a fait connaître la structure des organes de la respiration et de la circulation d'un genre de reptiles qui offrent quelque chose de plus curieux encore.

La grenouille est, tour à tour, poisson dans son premier âge, eX reptile dans le second. Gesnouveaux.reptiles, plus singuliers encore , tels que le protée, faxolot , la sirène y sont toute leur vie reptiles et poissons ; ils ont tout à la fois des branchies et à^% poumons, et peuvent, pendant toute leur vie, respirer alternativement dans l'air et dans l'eau.

M. Guvier est encore le premier qui ait donné une comparaison suivie des cerveaux dans les quc^tre classes des animaux vertébrés; le premier qui ait fait remarquer les rapports du développement de Fintelligence, branche de Vanatomie comparée, devenue depuis si féconde et si étendue; le premier,

18 ÉLOGE HISTQBIQUR

enfin, qui ait déduit, d'une manière rigoureuse, de la. quantité respective de la respiration de ces animaux, non-seulement le degré de leur chaleur naturelle , mais celui de toutes leurs autres facultés, de leur force de mouvement^ de leur finesse de sens, de leur rapidité de digestion.

Mais l'application la plus neuve et la plus brillante qu'il ait faite de Vanatomie comparée est celle qui se rapporte aux ossements fossiles.

Tout le monde sait aujourd'hui que le globe que nous habi* tons présente, presque partout, des traces irrécusables des plus grandes révolutions.

Les productions de la création actuelle, de la nature vivante^ recouvrent partout les débris d'une création antérieure, d'iine nature détruite.

D'une part, des amas immenses de coquilles, et d^autres corps marins, se trouvent à de grandes distances de toute iner^ à des ^hauteurs .où nulle mer ne saurait atteindre aujourd'hui*; et de là sont venus les premiers faits à l'appui de toutes ces traditions de déluges , conservées chez tant de peuples.

D'autre part, les grands ossements découverts à divers Intervalles, dans les entrailles de la terre, dans les cavernes des montagnes, ont fait naître ces autres traditions populaires non moins répandues et non moins anciennes , de races de géaùts qui auraient peuplé le monde , dans ses premiers âges.

Les traces des révolutions de notre globe ont donc frappé^ de tout temps, l'esprit des hommes; mais elles l'ont frappé longtemps en vain , et d'un étonnement stérile.

[x)ngtemps même Tlgnorance a été portée à ôe point, qu'une opinion à peu près générale, et je ne parle plus d'une opinion populaire, je parle de l'opinion des savants et des philosophes, regardait et les pierres chargées d'empreintes d'animaux ou de végétaux, et les coquillages trouvés dans la terre, comme des jeux de la nature.

8 II a fallu, dit Fontenelîe, qu*un potier de terre qui ùe sa-

DE GEORGES CtVlER. 19

a vaft Di latin ni grec, osât, vers la fin du seizième siècle, dire et dans Paris, et à la face de tous les docteurs^ que les coquilles « fossiles étaient de véritables coquilles déposées autrefois par (( la mèr dans les lieux où elles se trouvaient alors ; que des auia maux avaient donné aux pierres iègurées toutes lieurs dlfféren- (( tes figures, et qu'il défiât hardiment toute Técole d*Âristote a d'attaquer ses preuv<3s. 4>

Ce potier de terre était Bernard Palissy, immortel pour avoir fait à|>eine un premier pas dans cette carrière^ parcourue depuis par tant de grands bbmmes, et qùiles a conduits àdes découvertes si étonnantes.

 la vérité, les idées de Palissy ne pouvaient guère être remarquées à l'époque où elles parurent; et ce h^a été que près de cent ans piiis tard, c'est-à-dire vers la fini' du dtx!-septfème siècle» qu'elles ont commencé à se réveiller, et, pour rappeler encore une expression de Fontenelle, à faire la fortune qu'elles mettaient:

Mais, dès lors aussi, on s^est occupé avec tant d'activité, et à rassembler les restes des corps organisés enfouis sous Té* corce du globe , et à étudier lés couches qui les recèlent ; et sous ces deux, rapports, les faits se sont tellement et si rapidement multipliés, que quelques esprits élevés et hardis n'ont , pas craint; dès lors même, de chercher à en embrasser la généralité dans leurs théories, et d'essayer de remonter ainsi à leurs causes.

C'est, en effet, à partir de la fin du dix-septième siècle et de la première moitié du dîx-huitième qu'ont paru successivement les systèmes fameux de Burnet, de teibnitz, de Woodward, de Whiston, de Buffon; tous systèmes prématurés^ tous systèmes plus ou moins erronés sans doute, mais quieurent du moins cet avantage d'accoutumer l'esprit humain à porter enfin une vue philosophique sur ces étonnants phénomènes et à oser se mesurer avec eux.

Un autre avantage, et plus précieux encore, c'est que tous ces systèmes, excitant les esprits, amenèrent bientôt, de toutes

parts» des observations plus nombreuses, plus précises, plus complètes, dont le premier eflet fut de renverser tout ce que ces systèmes avaient d'imaginaire et d*absurde; et le second, de fonder sur leurs débris mêmes la véritable tbéorie^ rhistojre positive de la terre.

Le dix-huitième siècle, qui a marché si vite en tant de choses, n'a rien vu peut-être de plus rapide que les progrès de la science qui nous occupe. Ce même siècle, qui, dans sa première moitié, avait vu ou s*élever, ou tomber tous ces systèmes dont je viens de parler, édifices brillants et fragiles^ a vu poser, dans la seconde, par les mains des Palias, des Deluc, des de Saussure, des Werner, des Blumenbach, des Camper, les premiers fondements du monument durable qui devait leur succéder.

Parmi ces progrès, je dois surtout rappeler ici ceux qui se rapportent aux dépouilles fossiles des corps organisés.

Ce sont, en effet, ces restes des corps organisés, témoins subsistants de tant de révolutions, de tant de bouleversements éprouvés par le globe, qui ont fait naître les premières hypothèses de la géologie fantastique ; et ce sont encore ces restes qui ont fini par donner, entre les mains de M. Cuvier, les résultats les plus évidents , les lois les plus assurées de la géologie positive.

Les recherches de M. Cuvier ont eu principalement pour objet les ossements fossiles des quadrupèdes : partie du règne, animal jusqu'alors peu étudiée sous ce nouveau point de vue , et dont l'étude devait néanmoins conduire à des conséquences bien plus précises, bien plus décisives que celle de toute autre classe.

J'ai déjà parlé de ces grands ossements fossiles découverts à différentes époques, et de ces idées ridicules de géants, qui se renouvelaient à chaque découverte qu'on en faisait.

Baubenton a, le premier, détruit toutes ces idées; il a, le premier, appliqué Vanatomie comparée à la détermination de ces os; mais, comme il l'avoue lui-même, cette science était loin d'être assez avancée encore pour pouvoir donner dans tous .

DE GEORGES CUV1ER. 2t

lés cas, et donner avec certitude ^ Tespèce ou le genre d*animal auquel un os inconnu, un os Isolé, pouvait appartenir; et tel était pourtant le problème à résoudre.

Le mémoire où Daubenton a tenté, pour la première fols, la solution de ce problème important, est de 1762.

En 1769 y Pàllas publia son premier mémoire sur lésasse^ ments fomles de Sibérie, On n'y put voir, sans étonnement« la démonstration de ce fait, que Féléphant, le rhinocéros, Thlppopotame, tous animaux qui ne vivent actuellement que sous la zone torride , avaient habité autrefois les contrées les plus septentrionales de nos continents.

Le second mémoire de Pallas dut beaucoup plus étonner encore, car il y rapporte ce fait, qui parut effectivement alors à peine croyable , d'un rhinocéros trouvé tout entieir dans la terre gelée , avec sa peau et sa chair; fait qui s'est renouvelé depuis , comme chacun sait, dans cet éléphant découvert, en 1806, sur les bords de la mer Glaciale, et si bien conservé que les cbiens et les ours ont pu en dévorer et s'en disputer les chairs.

L'éveil une fuis donné par Pallas, on trouva bientôt de ces dépouilles d'animaux du midi, non-seulement dans les pays du nord , mais dans tous les pays de l'ancien comme du nouveau monde.

Buffon se hâta d'en déduire son système de refroidissement graduel des régions polaires , et de l'émigration successive des animaux du nord au midi.

Mais le dernier fait observé par Pallas , et que Je viens de citer, renversait déjà ce système. Ce fait démontre effectlvenàent, et de la manière la plus formelle, que le refroidissement du globe, loin d'avoir été graduel, a nécessairement été, au contraire, subit, instantané, sans aucune gradation; il démontre que le même instant qui a fait périr les animaux dont il s'agit, a rendu glacial le pays qu'ils habitaient; car, s'ils n'eussent été gelés aussitôt que tués, il est évident qu'ils n'auraient pu nous parvenir avec leur peau , leur chair, toutes leurs parties, et toutes ces parties parfaitement conservées.

S2 ÉLOGE filSTORIOUfi

L'hypothèse du tefroidissement gradoel âe poavant doue p)us être soutenue, Pallasy substitua celle d'une irrnptlbn deâ eaux venues du sud-est; irruption <|ui , selon lui , aurait tranS-'' porté dans le Nord fes animaux de llnde.

Mais cette sect>nde hypothèse n^étalt pas plus heureoiel^e la première; car les animaux fossiles sont très-différents dé ceux de Tlnde, et même de tous les animaux aujourd'hui vi*^ yants : dernier fait plus extraordinaire encore que tou& ceux qui précèdent , et qu'îlétait réservé Â M; GîiVier Âe mettre dans tout son jour. ■ >

Le fait d^une création ancienne d'animauic, eiitièreafent distincte de la création actuelle^ et depuis longtemps entière^ ment perdue ^ est le fait' fondamental sur lequel repoaeali les preuves les plus évidentes des révolutions du globe. Il ne saurait donc être sans intérêt de voir comment a pu naître »'.fl^ développer, se confirmer enfin, Tidée de ce ftiit, le plus extrih ordinaire assurément qu'il ait été donné aux recherdies scie»* tifiques de découvrir et de démontrer. '

Nous avons vu comment, vers la fin du seizième sièeley B^r«nard Palissy avait osé, le premier parmi les modernes, avatioer que les ossements, les empreintes, les coquillages fossiles , rer gardés pendant si longtemps comme des jeux de la>n&tare, étaient les restes d'êtres réels , les véritables dépouilles de oorps organisés. -

En 1670, Augustin Sdlla renouvela i'optnk>n de Palissy, et la soutint avec force. Peu après, en 1688^ Leibnitz M donna l'autorité de son nom et de son génie. Enfin , dès la première moitié du dix-huitième siècle, Buffon la reproduisit avec plus d'éclat encore, et la retadit bientôt populaire.

Mais ces êtres organisés , dont les débris innombrables se montrent répandus partout , sont-ils les adalogues de ceux cpi vivent aujourd'hui, soit sur les lieux mêmes où l'on trouve ces débris, soit dans d^autres lieux? où bien, leur espèce, leur genre ont-ils péri, et sont-ils entièrement perdus?

m GE0R6ES GDVIER. 23

C'est là ^'est toute la difficulté, et Toq peut croire que cette diffieuité n^autait jamais été résolue, du moins avec une certitude complète, tant que Ton s*en serait tenu, par exemple, à rétude des coquilles fossiles ou des poissons.

On aurait eu beau trouver, en effets de nouvelles coquilles , ëè nouveaux poissons inconnus , on aurait pu toujours supposer que leur espèce vivait encore , soit dans des mers élol* gnées, soit à des profondeurs inaccessibles.

il n'en est pas^ à beaucoup près, ainsi pour les quadrupèdes. Leur nombre est beaucoup plus borné ^ surtout pour les girandes espèces; on peut donc espérer de parvenir à les connaître tdutes; il. est donc infiniment plus facile de s*assurer si des os ÎDOomms appartiennent à Tune de ces espèces encore vivaitfes, ou s'ils viennent d'espèces perdues.

C'est là ce qui donne à Tétude des quadrupèdes fossiles une Importanee propre, et aux déductions que Ton peut en tirer im« foreeque ne sauraient avoir les déductions tirées de l'étude de la plupart des autres classes.

Buffon semble l'avoir senti. C'est principalement, en effet, 6UV les grands ossements fossiles de la Sibérie et du Canada qu*il eherdia d'abord à appuyer la coojecture (car, vu l'état de VatuUomieifQmp^réef à l'époque où il écrivait, ce ne pouvait être encore qu'une conjecture) de certaines espèces perdues.

£t, d'ailleurs, cette conjecture même était si peu établie dans «on espîil, du fiacins relativement aux quadrupèdes, qu'après av€tr regardé, dans sa Théorie de la terre, tous les animaux «oxquels ces os extraordinaires ont appartenu comme des latthnaux perdus^ il déclare ensuite, dans ses Époques de /« nature y qu'il ne reconnaît plus qu'une seule espèce perdue , «elle quia été nommée Mastodonte^ et que tous les autres os dont U s'agit nesont que des os d'éléphants et d'hippopotames.

Camper alla beaucoup plus .loin; et cela devait ètrci car VwifjOttmie eon^aréô n'avait cessé de marcher à grands pas «depuis Buffon.

ai- ÉLO&E iIffl-reiRIOUE

Aassf» dès 1787, dans un mémoire adressé à Fftilas,* Camper énonce-t-il hautement Topinton que certaines espèces ont été ' détriiîles par tes catastrophes do glohe ; et il fait plus, il l^ap^ puie des premiers foits réellement posHife, quoique ft»rt in^ complets encore, qui aient été avancés pour la soutenir.

Ainsi donc , à mesure que la détermination des ossements; fossiles a fait des progrès, Fidée d'animaux perdus en a fait aussi ; et c'est toujours à la lumière de Yanatomie comparée . que ces progrès ont été faits.

C'est y en effet , cette lumière de Vanatomie comparée qui avait jusque-là manqué à tant de recherches laborieuses <te tant de naturalistes. Mais il est aisé de voir qtie, vem^ rér • poque dont je parle , c'est-à-dire vers la fin du dix-'huitièfiMi siècle et le commencement du dixHSeuvième, tout se prépatalt pour amener la solution cherchée depuis si longtemps , et qu'en un mot, Ton touchait enfin, sur ces étonnants, sur cas merveilleux phénomènes, au moment de qoe[q«ie déo»uverte> de quelque résultat commet et définitif.

Lé l'^^plovi^se an iv, jour de la première sénrae polbliqiie qu*ait tenue rin&rtitut National, M. Cuvior lut éevast ee corps assemblé son mémoire sur les espèces d'éléphaïUs fossiles, Côïïiphfé^tvxèspèees vwafUeê,

C'est dans ce mémoire qu'il annonce pour la première fois ses vues sur lès animaux perdus. Aint^) dans ceméme jour où riûstitutduvrait la première de sesséanee» pnblkioes^ s'ouvrait aussi la carrière des plus grandes déeonvertes que rhîstbire naturelle ait faites dans notre sièele : singoHèveiiroîli^ cidénce, circonstance mémorable, et que l'histoire des soieneea doit cotïSërvcr. ' •' '

M. Cuvier venait donc de comoÉencer-'oetler baillante, suite de recherches et de travaux qui Font occupé pendant tant d'annëesVet par lesquelles il a constamment tenn^veitlés^ 'pondant tout ce temps, l'étohnèment ètl-admiratimideses eéntemporains. ^ • - , - ■ > u ,- , -, , .^.. .. .-..•. .m,,-.,.... ...

DE GSORQES CUVIEE. 25

Dans ce premier mémoire, en effet, il ne se borne pas à démontrer .que Yéléphant fossile est une espèce distincte des espèces actuelles, une espèce éteinte, une espèce perdue; il déclare nettement que le plus grand pas qui poisse être fait vers la perfection de la théorie de la terre, serait de prouver qufaueun de oes animaux dont on trouve les dépoirilles répandues sur presque tous les points duglobe^ n'existe plus au* joiard'hui.

Il ajoute que ce qu'il vient d'établir pour IVM/^JMn/, Il l'é* tab|jM>a bieptèt, d'une inanière non moins incontestable, pour \Qrhi$iQoérosy pour Voura^ pour lacer/, fossiles, toutea^pèees également distinotes des espèces, viva&les, toutea espèces également perdues.

«Snfip, il termine par cette phrase remarquable, et dans laqueHe il senblidt annoncer tout ce qu'il a découvert depula : -

« Qu'on se demande, dit*il, pourquoi Ton trouve tant de « dépouilles d'animaux Incoonos, tandis qu'on .n'en trouve « aucune dont on puisse dire qu'elle appartient aux espèces « quenouseoBoaissons^el l'on yetrh combien il est probable « qu'elles ont toutes appartenu à des étrea d'un monde anté- « rieur au nAtre, à des êtres détruits par quelques révolutions « du globe, à des êtres dont ceux qui existent aujourd'hui ont « TempH la place* »

L'idée d'une création entière d'animaux antérieure à la cr^Men aeluelle; Fidée df une création entière détruite et perdue^ veoiGût' done enfin d'être eonçue. dans son ensemble 1 Le voile qui Découvrait tant, d'étonnants phénomènes allait donc enônilre aonlevé^ou plutôt^ il l'était déjà; et le mot de cette grande énigme qui, depuis un siècle^ occupait si fortement les eqprilB, oe mot venait d'être dit.

llais^pourtransformerenon résultat positif et démontré cette vues! vasie et^i élevée, il.f^llait rassembler de toutes parts les dépouilles des animaux perdus ; il fallait les revoir, les étudier

26 ÈtOQE Hl&T<naQUB.

toutes soiis ce nouvel aspect; Il fallait les conipaver .toutos^ .et roue api^ rautre^ aux dépouilles des animaux vivants.; îL fallait avant tout créer et déterminer i'art mtoie de cette, comps^** raison. ,. , .

Or, pour bien cotaoevoir toutes les difflcultés Recette .méthode , de cet art nouveau , il suffit de remarquer que \^ débris, que les restes des animanx.dont il. s^ag^t^ quei.kfs ossements fossiles, en un mot, sont presque, toujours isoî^, épars; que souvent les os de plusieurs espèce», et des espèces les plus diverses, sont mêlés» confondus ensemble; q^e, pi;e$r que toujours, ces os 6ont mutilés, brisés, réduits en Xrag^i^nU.

Il fallait donc imagfffer une méthode de veoonnaUre.cb^ue os, et de le distinguerde to&t autre avec oet^titude; il lallatt i^pporter chaque os à respèce à laquelle il «ppartieot ; il ft^i( reconstruire enfin le squelette complet de chaque, espèce»,, çans omettre aucune des pièces qui lui étaient propres,. san^ en intercaler aucune qui lui fût étrangère. •

Que Ton se représente ce mélange: confus de débris mutilés et incomplets, recueillis par M. Gnvier; .que Ton sç. représente^ sous sa mahi habile^ chaque os, chaque portien d-os , ajjiai^t ^prendre sa place, allant se réunir à Pos^ à laportiaa ^'qs à. laquelle elle avait dû tenir; et toutes ces espèces d'animaux, détruites depuis tant de siècles, renaissant ainsi avec leurs ^rmes, leurs caractères, leurs attributs ; et l'en ne crokaplua assis];er à une simple opération anatomique ; on croira assister à une /sorte de résurrection; et ce qui n*étera sans doute rien au prodige, à une résurrection qui s*opère à la voix de la sci/snpe et jiu génie. , . > > .

Je dis à la voix de laseience ?. la< méthode. «employée, p^r M. Guvierpour cette reconstruction merveiltease n'est, enieff#t, que Tapplication des règles générales àeVantUomie' comparée à la détermination des ossements foisiles. '

Et ces règles eiresmèmes ne sont pas une moins grandeiUne moins admirable découverte, que les résultats surprenants. Mixquels elles ont conduit.

0B ^GEOtfiS» CUVIER. 37

^ Oû i&TÙ pitis haati^mment un prinelpe ra|tioQne1|. celui de la subôrdtnOHon des organes y fdictoviiâi^pliqné^ partout reproduit dans 'rétablissement des groupes de la méthode, avait changé la face de la classification du.règne animal.

He prinei]^ qtii a présidé à ki reconstruction des espèces perdues ësl céluide la rorreïaféon des /brmtfs; principe au moyen Atiqiiét chaque partiie d*un animal peut être donnée par chaque autirc, et toutes pai; une jseule.

" 'Dans une madif ne- aussi oompllquée, et néanmoins aussi es-» ârentieUeiaentfiiieqae celle qui constitue le corps animal, il est évident que toufteéles parties doivent nécessairement être disposées le$ unes pour les autres, de manière à se correspondre, à' s^afjuster' entre elles, à former enfin, par leur ensenM>le, un Htte, iin système unique.

Une seule de ces parties ne pourra donc changer de forme, sanë que toutes 'les wakres en changent nécessairement aussi ; de la forme de Tune d'elles, on pourra donc conclure la forme db foutes lès' autves. Supposez, par exemple, un animal cariiivôfè: 11 auranécesairement des organes des sens, des organes du mouvement, des doigts f des dents ^ un estomac, des intestins, disposée pour apercevoir, pour atteindre, pour saisir, pour déchirer, pour digérer une proie ; et toutes ces conditions seront tigoureusëment enchaînées entre elles; car, une seule manqttant, toutes les autres seraient sans effet, sans résultat; Fa- ' nimat né potirrait subsister.

Siï{fpOSe£ un animal herbivore, et tout cet ensemble de éohdiflons aiUra changé. Les dents^ les doigts, Vestomac, les intestins, les organes du mouvement, les organes des sens, toutes ces parties aurent pris de nouvelles formes, et ces formes nouvelle^ seront toujours proportionnées entre elles^ et relatives les unes aux autres.

De la forme d'une seule de ces parties» de la forme des dents seules,' par exemple, on pourra donc conclure, et conclure avec eertîtude, la forme dtspiedsy celle des mdoftoires, celle de Vestomac, celle des intestins.

Toutes les parties , tons les organes se déduisent donc les uns des autres ; et telle est la rigueur, telle est rinfaillibilité de cette déduction, qu'on a vu souvent M. Cuvler reconnaître un anibal par un seul os , par une seule facette d*os ; qu'on l'a vu déterminer des genres, des espèces inconnues, d'après quelques os brisés , et d'après tels ou tels os indifféremment : reconstruisant ainsi ranimai entier d'après une seule de ses parties , et le faisant renaître, comme à volonté, de chacune d'elles ; résultats faits pour étonner, et qu'on ne peut rappeler sans rappeler^ en effet, toute cette première admiration , mêlée de surprise, qu'ils inspirèrent d'abord, et qui ne s'est point encore affaiblie.

Cette méthode précise , rfgoureuse , de démêler, de distinguer tes os confondus ensemble; de rapporter chaque os à son espèce ; de reconstruire enfin l'animal entier d'après quelquesunes de ses parties, cette méthode une fols conçue, ce ne lut plus par espèces isolées , ce fut par groupes , par masses , que reparurent toutes ces populations éteintes, monuments antiques des révolutions du globe.

On put dès lors se faire une idée non-seulement de leurs formes extraordinaires, mais de la multitude prodigieuse de leurs espèces. On vît qu'elles embrassaient des êtres de toutes les classes : des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles, des poissons, jusqu'à des crustacés^ des mollusques, des zoophytes.

Je ne parle ici que des animaux, et cependant l'étude des végétaux fossiles n'offre pas des conséquences moins curieuses que celles que Ton a tirées du règne animal lui-même.

Tous ces êtres organisés , toutes ces premières populations du globe, se distinguent par des caractères propres, et souvent par les caractères les plus étranges, les plus bizarres.

Parmi les quadrupèdes , par exemple , se présentent d'abord le palcRotherium, Vanaplotherium^ ces genres singuliers de pachydermes, découverts par M. Cuvier dans les environs de

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