‹ Discours sur les révolutions du globe avec des notes et un appendice d'aprèsChapitre 2 sur 19 · DE GEORGES CUVIER · texte numérisé non relu

DE GEORGES CUVIER

Paris, et dont aucune espèce n'a survécu, dont aucune n'est parvenue jusqu'à nous.

Après eux venaient le mammouth, cet éléphant de SibériOt couvert de longs poils et d*une laine grossière; le maUodonte, cet anlinal presque aussi grand que le mammouth^ et que ses dents hérissées de pointes ont fait regarder pendant longtemps comme un éléphant Carnivore ; et ces énormes paresseux, anU . maux dont tes espèces actuelles ne dépassent pas la taille d*un chien, et dont quelques espèces perdues égalaient, par la leur, lefs plus grands rhinocéros^

Les reptiles de ces premiers âges du monde étaient plus extraordinaires encore, soit par leurs proportions gigantesquesn car il y avait des lézards grands comme des baleines, soit par la sii^larité de leurs struetui:e^, car les uns avaient Taspect des cétacés, ou mammifères marins, et les autres le cou, le bec des oiseaux, et jusqu'à des sortes d'ailes.

£t ce qui est plus surprenant encore que tout cela, c'est que tous ces animaux ne vivaient point à une même époque ; c'est qu'il y a eu plusieurs générations, plusieurs populations succès- ' sivemenjt créées et détnytes.

. M. Cuvjereu compte jusqu'à trois nettement marquées*

La première comprenait des mollusques^ des poissons, des reptiles, tous ces reptiles nionstrueux dont je viens de parler; fl .s'y trouvait déjà quelques mammifères marins, mais 11 ne s'y, trouvait aucun, ou presque aucun mammifère terrestre. La seconde se carajctérisait^surtoqt par ses genres singuliers de pachydermes, des environs de Paris, que je rappelais tout à l'heure; et c'est dès lors seulement que les mamnûfères terrestres comnaencent à. dominej.

La troisièipe est celle d^ mammouths^ àes,mastodottteSf des . rhinocéros, des hippopotames, des paresseux gigantesques*

, Un fait bien .remarqjLia|)le, c'est que, parmi tous ces animaux, il |)'y a aucun quadrumane, aucun singe.

pn fmt plus remarquable en^re, c'est qu'il n'y a aucun

HO ÉLOi&E HISTORIQVB

homme. L'espèce humaine n'a donc été la contemporaine nfde toutes ces races perdues ni de toalesees catastrophes épouirantables qui les ont détruites.

Ainsi dono , après Tûge des reptiles y après celui des premiers mammifères terrestres , après celui de» mammotUhfi et des^ mmiodontes , est venue une quatri^e époque , une quatrième SAiecesskin d'êtres créés, celle qui constitue la population aetueUe , celle que l'on peut appeler Tâge de Vhomme, car e'/est de cet âge seulement que date l'espèce humaine.

La création du règne animal a donc éprouvé plusieurs ijQterruptiÔDs , plusieurs destructions successives; et ce qui n'e^t pas moins étonnant, quoiquetout aussi certain, c'est qu'il y a eu une époque^ et la première de toutes, où aucun être organisé, auei|n animal, aucun végétal, n'existaient sur le globe. . . '

Tous ces faits extraordinaires sootdémonti^s parles rapports des restes des être» organisés avec les couches mêmes qui forment l'écorce du gtobe.

Ainsi, il y a eu une premièi» époque où ces êtres n'existaient point , car les terrains primitifs ou primordiaux ne contiennent aucun de leurs restes ; aihsi les repaies ont dominé dans l'époque suivante, car leurs restes abondent dans les terrains qui succèdent au« primitifs ; ainsi la surface de la terre ^ été plusieurs fojs recouverte paf les mers , et plusieurs fois mise à sèc , car fes^ restes d'animaux marins recouvrent tour à tour les restes d'animaux terrestres et sont tour à tour recouverts par eux.

La science, guidée par le génie, à done pu remonter jusqu'aux époques les pîus reculées de Thistoire de la terre ; elle a pu compter et déterminer ces époques ; elle a pu marquer et le premier moment où les êtres organisés ont paru sur le globe, et toutes les variations, toutes les modifications, toutes les révolutions qu'ils ont éprouvées.

Sans doute, ii serait injuste de laisser entendre ici que toutes les preuves de cette grande histoire ont été recueillies^par M. Gu-

as lUEOiu^iis cpviER. 31

vîer; wriflf it^teC pas Jtisqa^irax «lécoavertesque d'autres ont fMm après loIqvi'ii^jMitettl «noore à sa gtoire, car o*esteD marchant sur ses traces qu'on les a faites.

" ^Oupettt même dire que plureesdécouTerte^sont précieuses^ quepttis toutes celtes que Von fera par la sutte* seront Importantes, phiS' sa gloire s^en aoeroUra» à peu près comme on a vu grandir le nom de Golomii à mesure que les navigateurs

' venus après lui ont fait mieux connaître toute l'étendue de sa conquête. • ♦

Ce monde inconnu, ouvert aux naturalistes, est sans contredit la découverte la plus brillante de M. Guvier.

Je n*hesite pourtant pas à placer à côté d'elle cette autre découverte,' a mes yeux non moins importante, de la vraie méthode en histoire naturelle.

Le besoin des jaaétbodes naît également pour mtAte esprit, et du besoin, :ipi'iKa de ^û^i^tMr paoroonnallre, et du besoin qu*il a de généraliser ce qu'il connaît, pow pouvoir embrasser et se représenter nettement )e plus grand nombre possible de faits et dHdées.

Tonte méthode a donc uu double but ,. savoir, la distinction e^ la généralisAtion des feits^

Or, jusqu'à, M; €uvier, la méthode s'était bornée à démêler

et à distinguer; c'est lui qui en a fait, comme je Tai déjédit ,

un instrument de généralisation : par où il a rendu un service

. étemel, non-seulement à rhistoire naturelle, mais , j'ose le dire ,

à toutes les sciences.

Car' la méthode, j'entends la vraie, est essentiellement une. Son objet est partout de s*élever jusqu'aux rapports les plus généraux , jusqu'à l'expression la plus simple des choses ; et de telle sorte que tous ces rapports naissent les uns des autres, et tous d^ faits particuliers qui en sont l'origine et la source.

C'est là ce qu'entendait Bacon quand il disait que toutes nos sciences ne sont que les faits généralisés : mot qui pfjnt admirablement la marche suivie par M. Guvier»

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C'est, en effet, par cette paissante généralisation des faits qu'il a créé la science des ossements fossiles ; qu'il a renouvelé , dans leur ensemble, la zoologie et Tanatomie comparée; qu'il n'a jamais abandonné un ordre de faits sans remonter jusqu'à leur principe, et à leur principe le plus élevé : conduisant la classification zoologique jusqu'à son principe rationnel , lasubordination des organes; fondant la reconstruction des animaux perdus sur le principe de la corrélation des formes; démontrant la nécessité de certains intervalles , de certaines interruptions dans l'échelle des êtres , par l'impossibilité même de certaines coexistences , de certaines combinaisons d'organes.

C'est dans cette habitude de son esprit de remonter, en toute chose, jusqu'à un principe sûr et démontré, qu'il faut chercher le secret de cette clarté si vive qu'il répand sur toutes les matières qu'il traite. Car la clarté résulte partout de l'ordre des pensées et de la chatue continue de leurs dépendances.

C'est dans cette habitude encore que se trouve la raison pour laquelle ses opinions, en tout genre , sont si fermes , si arrêtées ; c'est qu'il ne se borne jamais à quelques rapports isolés, fortuits; c'est qu'il remonte toujours jusqu'aux rapports nécessaires, et qu'il les embrasse tous.

Deux choses frappent également en lui : et l'extrême précocité de ses vues; car c^est dès son premier mémoire sur la classe des vers de Linnœus qu'il réforme toute cette classe, et, par elle, la zoologie entière ; c^est dès son premier cours d'anatomie comparée qu'il refond toute cette science et la reconstitue sur une nouvelle base ; c'est dès son premier mémoire sur les éléphants fossiles qu'il jette les fondements d'une science toute nouvelle, celle des animaux perdus : et cet esprit'de suite, de persévérance, cette constance à toute épreuve par lesquels il a développé, fécondé ces vues; consacrant une vie entière à les établir, à les démontrer, à les mûrir par l'expérience, à les transformer enfin , desimpies vues, fruits d'une conception hardie , d'une inspiration soudaine, en vérités de fait et d'observation.

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Si je suis cet hommle célèbre dans les routes diverses qu'il s'est tracées , je retrouve partout ces qualités dominantes de son esprit, Tordre, l'étendue, l'élévation des pensées ; la netteté, la précision, la force des expressions.

Je retrouve toutes ces qualités unies à un style plus animé , plus varié, plus vif, dans ces Éloges historiques qui ont fait pendant longtemps une si grande partie du charme et de Téclat de vos réunions publiques. -

On a beaucoup loué dans ces Élo^es^ et l'on ne peut trop y admirer sans doute, cetteverve, ce feu qui y répandent tant de mouvement et de vie; cet art de raconter une anecdote, un trait, d'une manière si piquante; cette vigueur de conception qui lie toutes les parties du discours en un ensemble si fortement construit qu'il semble avoir été créé d'un seul jet ; cette singulière aptitude enfîn à s'élever au?^ considérations les plus variées, et à peindre tant de personnages divers, d'une manière également juste et frappante.

Ce qu'une observation un peu plus attentive y fait remarquer, avec peut-être plus de plaisir encore, c'est la même sagacité d'observation, la même finesse de rapprochements, le même art de comparer, de subordonner, de remonter à ce que les faits ont de plqs général, porté dans un autre champ; et, pardessus tout, ces traits lumineux, profonds , qui saisissent tout à coup le lecteur, et le transportent dans un grand ordre d'idées.

' M. Cuvier semble avoir été destiné à donnier un nouveau caractère à tous les genres qu'il a cultivés. C'est lui qui a porté dans l'enseignement de l'histoire naturelle ces vues philosophiques et générales qui jusque-là n'y avaient point pénétré encore.

Dans ses éloquentes leçons, l'histoire des sciences est devenue l'histoire même de l'esprit humain ; car, remontant aux causes de leurs progrès et de leurs erreurs, c'est toujours dans les bonnes ou mauvaises routes, suivies par l'esprit humain, qu'il trouve ces causes.

G*«st là qvCii met, pour me servir d^uoe de ses expressions pleine de force, c*est là qu'il 7net l'esprit humain en expérience; démontrant, par le témoignage de Tbistoire entière des sciences, que les hypothèses les plus ingénieuses , que les systèmes les plus brillants ne font que passer et disparaître, et que les faits seuls restent; opposant partout aux méthodes de spéculation, qui n*ont Jamais produit aucun résultat durable, les naéthodes d'observation et d'expérience auxquelles les hommes dolveoi tout ce qu'ils possèdent aujourd'hui de découvertes et de eoa* naissances.

Ëhl dans quelle bouche ces grands résultats tirés deThis* toire des sciences, cette théorie expérimentale de l'esprit hu* main, si Je puis ainsi dire^ auraient-ils pu avoir plus d'autorité que dans la sienne? Qui s'est montré plus constamment attaché à l'observation, à l'explérlenoe , à l'étude rigoureuse des faits,. et qui néanmoins a jamais eotrichi son siècle de vérités plus neuves et pltfs sublimes?

Depuis que les hommes observent avec précision et font des expériences suivies, c'est-àdhre depuis à peu près deux sièclés, ils devraient avoir renoncé , ce semble, à la manie de chercher à deviner, au lieu d'observer; car, d'abord, et comme l'a dit un écrivain philosophe, on devraii se lasser, à là loïigue, de deviner toujours maladroitement; et ensuite, c'est qu'on devrait avoir fini par reconnaître que ce qu'on imagine est toujours bien au-dessous de ce qui existe^ et qu'en un mot, et à ne considérer même que le côté brillant de nos théories, le merveilleux de l'imagination est toujours bien loin d'approcher du merveilleux delà nature.

Le débit de M. Guvier était, en général , grave, et même un peu lent , surtout vers lé début de ses leçons ; mais bientôt ce débit s'animait par le mouvement des pensées ; et alors €6 mou« vement, qui se communiquait des pensées aux expres^ons, sa voix pénétrante, l'inspiration de son génie, peinte dans ses yeux et sur son visage , tout cet ensemble opérait sur son

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^auditoire l'impression la p\\xi vîve et la plas profonde. On se isentaîl élevé , moins encore par ces idée® grandes, inattendues^ ^i brillaient partout, que par une certaine force de concevoir et de penser, qae cette parole puissante semblait tour k tour éveiller ou feire p^étrer dans les esprits.

Il a porté dans la carrière du professorat le même caraetère ^Invention que dans la carrière des recherches et des décou« vertes. Après avoir créé l'enseignement de VanatonHe tomparée 4in Jardin des Fiantes, il a fait , ati Collège de France , d'une 49imple chaire d'histoire naturelle , une véritable chaire de ta philosophie des sciences : deux créations qui peignent son génie , et qui, aux yeux de la postérité, doivent honorer notre «ièele:

M. Gavier a laissé des mémoires sur sa vie , destinés, comme il l'a écrit lui-même, à celui qui aurait à prononcer son Éloge devant cette Académie.

Ce soin quil a pris pour vous, Messieurs, me fait un devoir d'ajouter ici quelques détails empruntés à ces mémoires.

<x J*ai fait tant d'Éloges historiques, dit-il en commençant, « qu'il n'y a rien de présomptueux à croire qu'on fera le mien, « et sachant, par expérience , tout ce qu'il en coûte aux au- « teurs de ces sortes d'écrits pour être informés des détails de « là vie de ceux dont ils ont à parier, je veux éviter cette peine A à celuiqui s'occupera de la mienne.

« Linnœufl, Tenon, et d'autres peut-être, n'ont pas eru que « cette attention fût au-dessous d'eux , et ils ont rendu par là « service à Thistoire des sciences. Ce sont des exemples res- « pectahles, contiuue-t4U et que je puis opposer à ceux qui « me tax^raiient sur ce point d'une vanité minutieuse. »

H ne prévoyait pas que les détails de sa vie étaient des* tinés à devenir si populaires, que celui qui aurait l'honneur de j[H*on<mcer son Éloge devant vous oserait à peine les reproduire.

Georges Guvierest né le 23 août t769i à Montbéliard,

ville qui appartenait alors an duc de Wurtemberg, mais qui depuis a été réunie à la France.

Sa famille était originaire d'un village du Jura, qui porte encore le nom même de Cuvier. A Tépoque de la réforme^ elle s*établit dans la petite principauté de Montbéliard, où quelques-uns de ses membres ont occupé des charges distinguées^

Le grand-père de M. Guvier était d*uQe branche pauvre ; il fut greffier delà ville. De deux fils qu*il eut, le second s'engagea dans un régiment suisse au service de France; et devenu, à force de bonne conduite et de bravoure, officier et chevalier de l*ordre dû Mérit« , il épousa à cinquante ans une femme encore assez jeune, et dont le souvenir sera cher à la postérité; car elle a été la mère de Cuvier, et de plus son premier maître.

Femme d'un esprit supérieur, et mère pleine de tendresse, l'instruction de son fils fit bientôt toute son occupation. Bien qu'elle ne sût pas le latin, elle lui faisait répéter ses leçons; elle le faisait dessiner sous ses yeux ; elle lui faisait lire beaiucoup de livres d'histoire et de littérature; et c'est ainsi qu'elle développa, qu'elle nourrit dans son jeune élève cette passion pour la lecture et cette curiosité de toutes choses qui, comme M. Guvier le dit lui*méme dans les mémoires qui me sont confiés, ont fait le ressort principal de sa vie.

On remarqua de l>onne heure, dans cet enfant, cette prodigieuse aptitude à tous les travaux de Tesprit qui a fait plus tard un des traits distinctife de son génie. Tout réveillait, tout excitait son activité.

Un exemplaire de Buffon, qu'il trouve par hasard dans la bibliothèque d'un de ses parents, allume tout à coup son goût pour l'histoire naturelle. Il s'applique aussitôt à en copier les figures, et à les enluminer d'après les descriptions ; travail qui, dans un goût naissant, révélait déjà une sagacité d'observation d'un ordre supérieur.

Le séjour du jeune Cuvier à l'Académie de Stutlgard est trop connu pour que je m'y arrête beaucoup ici.

DB OEOft^BS GUVIER. 3T

Le soQveralB d'an petit Ëtat» Oiarles» dac de Wurtemberg, semblait s'être proposé de montrer dès lors à de plus grandes nations oe qu^eiies pourraient faire pour riostraclion de la Jeu-

11 avait léuni, dans un magnifique établissement, plus de quatre cents élèves qui y recevaient des leçons de plus de quatre-vingts maîtres. On y formait tout à la fois des peintres» des sculpteurs, des musiciens, des diplomates, des jurisconsultes, des médecins, des militaires, des professeurs dans toutes les sc^enœs. Il y avait cinq facultés supérieures: le droit, la médecine , Tadminlstration. Tart militaire et le commerce.

Le cours de philosophie terminé, les élèves de Stuttgard pas* saient dansune des cinq facultés supérieure^. Cuvier choisit Tadr ministr^itien; et Je motif qiVilen donne doit être rapporté : « G*est, dit-'il, que àoûs cette faculté on s'occupait beau- « coup d'histoire naturelle, et qu'il y aurait par conséquent « de fréquentes occasions d'herboriser et de visiter ïe$ cabl- « nets. »

Tqut intéresse dans la vie d'un grand homme; mais on y recherche, avec une sorte d'avidité, tout ce qui peut Jeter quel*que jour sur la marche de ses travaux. On voudrait le suivre dans tous les progrès par où il a passé pour changer la face des sciences ; on voudrait démêler, jusque dans ses premiers pas, quelque chose de la tournure de son esprit et du caractère de ses pensées. i

On vient de voir comment, dès les premières figures d'histoire naturelle qui lui tombent entre les mains, notre naturaliste, en<core enfant, conçoit tout à coup l'heureuse idée de les enluminer d'après les descriptions.

Étant à Stuttgard, un de ses professeurs, dont il avait traduit les leçons en français, lui fait présent, à son tour, d'un . Linnœus. C'était la dixième édition du Système de la nature; et ce livre fait, à lui seul, pendant plus de dix ans, toute sa bibliothèque d'histoire naturelle.

'S8 ÉLOGE mSVOllEQUB

Mais, À déÊmt de livres^ îi avaît> les i^Jéts ; et-eetta étade directe, exclusive, des objets. Us Uii gravait bien nilêax! dons la tète que 8*il avait eu, je me sors de ses pro{Hres expqressioiii, que s*il avait eu à sa disposition beaucoup d'estampes et de descriptions, r^'ayant , d'atUeuis, ni ces figures, ni cH deserip* tions, il les faisait luirméoie.

Cependant toutes ces excursions dans Fhistoire naturelle n'avaient point nui aux études prescrites; il avait remporté presque tous les prix; il avait obtenu Tordre de dievalerie qui ne s*aecordait qu'à cinq ou six parmi tous ces jeunes gens ^ et, selon toutes les apparences , il devait être promptemeftt placé.

Mais, fort heureusement pour lui, et plus heureusement encore pour rhistoire naturelle, ear ces deux destinées sont désormais inséparables, la position de ses parents ne lui permettait pas d'attendre.

Il lui fallut donc prendre un parti ; une place de précepteur lui ayant été offerte dans une famille de Normandie , précisément dans le mois de sa s(»tie de Stuttgard, il se hâta de l'aceepter ; et il partit aussitôt pour Gaen, où il arriva^ au mois de juillet 1788, âgé d'un peu moins de 19 ans.

Dès ce moment, sa passion pour l'histoire naturelle prit une nouvelle vigueur. La famille d'Hérici, chez laquelle il était, alla bientôt résider dans une campagne du pays de Gaux, à une petite lieue de Fécamp. C'est là que notre jeune naturaliste passa les années de 91 à 94^ entouré, comme il le dit lui-môme,' des productions les plus variées que la mer et la terre semblaient lui offrir à Tenvi ; toujours au milieu des objets, presque sans livres, n'ayant personne à qui communiquer ses réflexions, qui, par là, n'en acquéraient que plus d'énergie et de profondeur.

C'est dès lors, en effet; que son esprit commence à s'ouvrir de nouvelles routes. C'est dès lors qu'à la vue de quelques térébratules, déterrées près de Fécamp, il conçoit l'idée de corn*

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paMT les /espèces fofisîtesaux espèces vivantes; c'est dès lors que la dissection dequelq^esmolkisques lui suggère cette aotre idée d'une réforme à introduire dans la distribution méthodiqu& ésss" aniixiaux ; en sorte que , comme il le dit encore lui- Qk^me, les germes de ses deux plus importants travaux, la comparaison des espèces fossiles aux espèces vivantes, et la réforme de la classification du règne animal, remontent à cette époque.

C'est de cette époque que datent aussi ses premières relations avec M. Tessier^ que les ora^s de la révolution retenaient alors à Fécamp, et qui depuis quelque temps y occupait remploi de médecin en chef de Thôpital militaire.

Af. Tessier ne put voir le jeune Cuvier sans être frappé de L'ét^due de son savcàr. Il l'engagea d*abord à faire un cours de botanique aux médecins de son hôpital ; il écrivit ensuite à tous ses amis de Paris pour leur faire part de Theureuse découverte qu'il venait de faire. Il en écrivit surtout à ses amis du Jaidin des Plantes , qui eurent aussitôt Tidée d'y appeler et d'y attacher le jeune Cuvier, en qualité de suppléant de Mertrud, alors chargé de l'enseignement deVanatomie comparée.

a Je me suis sans cesse rappelé , dit à cette occasion M. Cu- « vier, je me suis sans cesse rappelé une phrase de M. Tessier (K danssalettreàM. deJussieu. Vous votis souvenez j^sult A] ^ (( q^ c'est moi qui ai donné Delambre à r Académie : dans a un autre genre, ee sera aussi un Delambre. »

C'est donc à M. Tessier que V Académie et les sciences ont dû Delambre et Cuvier. Un homme qui, d'ailleurs, n'aurait rendu que ces deux services aux sciences devrait compter à jamais sm* le respect et sur la reconnaissance de tous ceux qui les cultivent. Mais combien de pareils traits touchent plus vivement notre âme quand ils ornent une vie consacrée tout entière aux sciences, à leurs progrès, à leurs applications^ et qui devait se prolonger en une suite si respectable de travaux utiles et de vertus I

40 ÉLOOË HISTORIQUE

Fontenelle a dit que c^était un bonheur pour les savants, que leur réputation devait appeler à la capitale, d'atoir eu lé loisir de se faire un bon fonds dans le repos d*une province.

Le fonds de M. Cuvier était si bon que, quelques mois après son arrivée à Paris, en 1795 , sa réputation égalait ^Jà celle des plus célèbres naturalistes ; et qu^en effet, dès eette année même, qui est celle de la création de l'Institut National, il fut immédiatement nommé pour être adjoint à Daubenton et à Lacépède, qui formaient déjà le noyau de la section de zoologie.

Dès Tannée suivante, il commença ses cours, devenus si rapidement célèbres, à Técole centrale du Panthéon.

En 1799, la mort de Daubenton lui laissa une chaire beaucoup plus importante, celle d'histoire naturelle, au Collège de France. Enfin, en 1802, Mertrud étant mort, M. Cuvîer devint professeur titulaire au Jardin des Plantes.

On se souvient que les fonctions de secrétaire de l'Institut étaient d'abord temporaires. M. Cuvier fut appelé un des premiers à les remplir ; et bientôt après, en 1803, une nouvelle organisation de ce corps savant ayant rétabli la perpétuité de ces places , il y fut nommé à la presque unanimité des voix.

Ce fut en cette nouvelle qualité de secrétaire perpétuel qu*il composa son mémorable Rapport sur les progrès des sciences naturelles depuis 1789. Delambre avait été chargé du rapport sur les sciences mathématiques; et chaque classe de l'Institut dut ainsi en présenter un sur les sciences ou sur les arts dont elle s'occupait.

On sait avec quel appareil l'empereur reçut ces rapports. 11 exprima par un mot heureux la satisfaction particulière que lui fit éprouver celui de M. Cuvier. « Il m'a loué comme j'aime « à l'être,» dit-il. « Cependant, ajoute M, Cuvier, je m'étais « borné à l'inviter à imiter Alexandre , et à faire tourner sa « puissance aux progrès de l'histoire naturelle, d

Mais cette sorte de louange est précisément celle qui devait le plus flatter un homme qui avait compris tous les genres de

DB GEORGES GUVIER. ki

gMre qae peut ambitionner le fondateur d'an empire, et qui eût voulu ne denoeurer étranger à aucun. Il est permis de croire, d'ailleurs , que la louange qui n'a d'autre but que de porter un souverain h faire de grandes choses, n'est point Indigne d'un philosophe.

A toutes ces occupations d'historien des sciences , de secré-

. taire perpétuel , de professeur au Muséum et au Collège de

France, M. Guvier en joignait plusieurs autres ; il y avait été

nommé membre du conseil de l'Université en 1808> et maître des

requêtes en 1 813.

La restauration sut respecter une grande renommée. M. Cuvier conserva sa position ; et même il ne tarda pas à se voir revêtu de fonctions nouvelles. Nommé successivement conseiller d'État , président du comité de l'Intérieur, chancelier de Tinstruction publique , enfin , en 1 831 , pair de France , l'étendue de son esprit embrassait tous les ordres d'idées , et se prêtait à tous les genres de travaux.

* Il était membre^ comme on pense bien, de toutes les académies savantes du monde ; car quelle académie eût pu omettre d'inscrire un pareil nom sur sa liste? et, ce qui est un honneur dont il y a eu peu d'exemples avant lui , il appartenait à trois académies de l'Institut, l'Académie française, celle des sciences, et celle des inscriptions et belles-lettres.

Sa grande renommée lui amenait, de toutes parts , tout ce qui se faisait d'observations et de découvertes. C'était d'ailleurs son esprit, c'étaient ses leçons, ses ouvrages, qui animaient tous les observateurs, et qui en suscitaient partout; et jamais on n'a pu dire d'aucun homme avec plus de vérité que de lui , que la nature se voyait partout interroger en son nom.

Aussi , rien n'est-il comparable à la richesse des collections qu'il a créées au Muséum , et qui toutes ont été mises en ordre par lui. Et quand on songe à cette étude directe des objets qui

43 ÉLOGE Ht&TOBiQUB

fat roccapatioDikriiidpak de sa vie, et de laquelle il a Hait sortir tant de râroltats, oa n'est point étonné de ee mot qu'il a répété souvent : a Qu'il ne croyait pas atcht é^ moins utile à la « science par ces collections seules que par tous ses autres oun a vrages. d

Dans le cours d'une carrière si pleine de succès et de gloire» M. Cuvier avait été firappé des plus rudes coups. Il avait perdu ses deux premiers enfants, ou peu de jours, ou peu d'années après leur naissance ; le troisième, qui était un garçon, mourut à l'âge de sept ans ; et toutes ces douleurs devaient se renouveler quelques années plus tard, avec bien plus d'amertume encore, quand il perdit sa fiUe , personne de l'esprit le plus distingué , et qui , dans la tournure de cet esprit , et jusque dans les traits de son visage , rappelait quelque chose de son père.

Dans tous les malheurs de sa vie, sa consolation ordinaire a été de redoubler de travail. Il trouvait une consolation plus puissante encore dans les soins dont sa famille , et surtout madame Cuvier, se plaisaient à l'entourer.

Quand on songe aux nombreux emplois de M. Cuvier, à tous ses travaux , à tous les ouvrages qu'il a produits, et à Tétendue , à l'importance de ces ouvrages , on est étonné qu'un seul homme y ait pu suffire. Mais, outre tant de facultés supérieures de son esprit , il avait une curiosité passionnée qui le portait, qui le poussait à tout; une mémoire dont l'étendue tenait du prodige ; une facilité, plus prodigieuse encore, de passer d'un travail à un autre, immédiatement, sans effort; faculté singulière, et qui, peut-être, a plus contribué que toute autre à multiplier son temps et ses forces.

D'ailleurs, aucun homme au monde ne s'était jamais fait un étude aussi suivie, et, si je puis ainsi dire', aussi méthodique, de l'art de ne perdre aucun moment.

Chaque heure avait son travail marqué ; chaque travail avait un cabinet qui lui était destiné , et dans lequel se trouvait tout

DB GEORGES CUVlEft. &3

ce qui se rapportait à ce trayail : livres, dessins, objets. Tout étaît préparé, prévu , pour qu'aucune cause extérieure ne vint arrêter, retarder l'esprit dans le cours de ses méditations et de ses recherches.

M. Guvier avait une politesse grave, et qui ne se répandait point en paroles; mais il avait une bouté intérieure et une bienveillance qui allaient droit aux actions. On aurait dit qu'en ce genre encore il craignait aussi toute perte de temps.

Je ne vous rappellerai point , en finissant , Messieurs , cette mort si funeste et si prompte qui vint le frapper au milieu de tant de travaux et de grandes pensées. CSes souvenirs vous sont trop présents, trop pénibles; et votre douleur, toujours aussi vive, toujours aussi profonde^ est Thommage le plus digne de sa mémoire. *■ -'^"^

D'ailleurs, dans cette faible esquisse des travaux d'un grand homme, J'ai moins considéré l'homme que le savant. J'ai cherché surtout à retracer cette suite de vérités sublimes que les sciences doivent à son génie. Et ce génie est immortel 1

Sa gloire s'accroîtra sans cesse, comme les progrès des sciences qu'il a créées. Le temps, qui efface tant d'autres noms, perpétue, au contraire, et entoure sans cesse d'un nouvel éclat le nom de ces hommes rares qui semblent avoir révélé de nouveaux ressorts dans l'intelligence, et donné de nouvelles forces à la pensée. Et comme leur esprit, devançant leur siècle, avait surtout en vue la postérité, ce n'est aussi que de là postérité , ce n'est que de la suite des siècles, qu'ils peuvent attendre tout ce qui leur est dû de reconnaissance et d'admiration.

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