‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 28 sur 50 · DISCOUBS SU» LES «ÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

DISCOUBS SU» LES «ÉVOLUTIONS

monuments 1 , ne devatent-ils pas leur ressembler aussi sur d’autres points essentiels ? Leur histoire ne devait-elle pas également se réduire à des légendes? J’ose presque dire non-seulement que cela est probable, mais que cela est démontré par le fait.

Ni Moïse ni Homère ne nous parlent encore d’un grand empire dans la haute Asie. Hérodote * n’attribue à la suprématie des Assyriens que cinq cent vingt ans de durée,

et n’en fait remonter l’origine qu’environ huit siècles avant lui. Après avoir été à Babylone et en avoir consulté les prêtres, il n’en a pas même appris le nom de Ninus, comme roi des Assyriens, et n’en parle que comme du père d’Agron 3 , premier roi Héraclide de Lydie. Cependant il le fait fils de Bélus , tant il y avait dès lors de confusion dans les souvenirs. S’il parle de Sémiramis comme de l’une des reines qui ont laissé de grands monuments à Babyloue , il ne la place que sept générations avant Cyrus. V

Hellanicus, contemporain d’Hérodote, loin de laisser rîeti construire à Babylone par Sémiramis , attribue la fondation de cette ville à Chaldæus, quatorzième successeur de Ninus 4 .

Bérose, babylonien et prêtre, qui écrivait à peine cent vingt ans après Hérodote , donne à Babylone une antiquité effrayante ; mais c’est à Nabuchodonosor, prince relative-

■ Les descriptions des anciens monuments clialdéens ressemblent beaueoHpàce que nous voyons de ceux des Indiens et des Égyptiens; mais ces monuments ne sont pas conservés do même , parce qu’ils n’étaient construits qu’en briques séchées au soleil.

* Clio+ cap. xcv. ( > •

3 (Jlio, cap. vu. ■ ; .

< H tienne de Byzance, au mot Chal4xU ■

ment très-moderne , qu’il en.attribue les monuments principaux ", . ... ...

Touchant Cyrus lui-même , ce prince si remarquable , et dont l’histoire aurait dû être si connue, si populaire, Hérodote, qui ne vivait que cent ans sprès lui, avoue qu'il existait déjà trois sentiments différents; et en effet soixante ans plus tard Xénophon nous donne de ce prince une biographie tout opposée à celle d’Hérodote.

Ctésias, à peu près contemporain de Xénophon, prétend avoir tiré des archives royales des Mèdes une chronologie qui recule de plus de huit cents ans l’origine de la monarchie assyrienne, tout en laissant à la tête de ses rois ce même IN inus, fils de Bélus, dont Hérodote avait, fait un Héraclide; et en même temps il attribue à Ninus et à Sémiramis des conquêtes vers l’occident d’une étendue absolument incompatible avec l’histoire juive et égyptienne de ce temps- là *.

Selon Mégasthène, c’est Nabuchodonosor qui a fait ces conquêtes incroyables. Il les a poussées par la Libye jusqu’en Espagne 3 .

On voit que du temps d’Alexandre , Nabuchodonosor avait tout à fait usurpé la réputation que Sémiramis avait eue du temps d’Artaxerxès ; mais on pensera sans doute que Sémiramis, que Nabuchodonosor avaient conquis l’Éthiopie et la Libye à peu près comme les Égyptiens faisaient conquérir par Sésostris ou par Osymandias l’Inde et la Bactrlane. ^

Que serait-ce si nous examinions maintenant les diffé-

1 Josèpke (contre Appion) , lib. i, cap. 19.

1 Diod. Sic., lib. n.

3 Josèphe (contre Appion), lib. i, cap. 6, et Slrabon ? lib. xv , pag. 687.

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vents rapports sur Sardanapale, dans lesquels un savant célébré a cru trouver des preuves de l'existence de trois princes de ee nom , tous trois victimes de malheurs sem • blables 1 ; à peu près comme un autre savant trouve aux Indes au moins trois Vicramaditjia, également tous les . trois héros d’aventures pareilles?

C’est apparemment d’après le peu de concordance de toutes ces relations que Strabon a cru pouvoir dire que l’autorité d’Hérodote et de Ctésias n’égale pas celle d’Ilésiode ou d'Homère \ Aussi Ctésias n’a-t-il guère été plus heureux en copistes que Manéthon.j et il est bien difficile aujourd’hui d’accorder les extraits que nous en ont donnés Diodore, Eusèbe et le Syncelle.

' Lorsqu’on se trouvait en de pareilles incertitudes dans le cinquième siècle avant Jésus-Christ, comment veut- on que Bérose ait pu les éclaircir dans le troisième, et peuton ajouter plus de foi aux quatre cent trente raille ans qu’il met avant le déluge, aux trente- cinq mille ans qu’il place entre le déluge et Sémirarais, qu’aux registres de cent cinquante-mille ans qu’il se vante d’avoir consultés 3 t

On parle d’ouvrages élevés en des provinces éloignées , et qui portaient le nom de Sémiramis ; on prétend aussi avoir vu en Asie Mineure, en Thraee, des colonnes érigées par Sésostris * ; mais c’est ainsi qu’en Perse aujourd’hui

J Voyez dans les Mémoires de l’Académie des Belles- Lettres , tom. V, le Mémoire de Fréret sur l’histoire des Assyriens.

* Strabon, lib. xi, pag. 507.

* Syncclte, pages 38 et 39- . * • ■

4 jY. B • Il est très-remarquable qn’Hérodate ne dit avoir vu des monuments de Sésostris qu’en Palestine , et ne parle de ceux d’Ionie .pie sur le rapport d’autrui , et en ajoutant que Sésostris n’est pas nommé dans les inscriptions , et que ceux qui ont vu ces monuments les attribuent à Memnon. Voyez Euierpe, chapitre cvi.

UE LÀ Stiiil'ACE Ul) GLOBE. * >35

le» anciens monuments, peut-être même quelques-uns de ceux-là, portent le nom de Houstan ; qu'en Égypte ou en Arabie ils portent ceux de Joseph , de Salomon : e’est une ancienne coutume des Orientaux , et probablement de tous les peuples ignorants. Nos paysans appellent camps de César Iohs les anciens retranchements romains.

En un mot, plus j’y pense, plus je me persuade qu’il n’y avait point d'histoire ancienne à Babylone, à Ecbatafte, plus qu’en Égypte et aux Indes ; et, au lieu de porter, comme Evhémère ou comme Bannier la mythologie dans l’histoire , je suis d’avis qu’il faudrait reporter une grande partie de l'histoire dans la mythologie.

Ce n’est qu’à l’époque de ce qu’on appelle communément le second royaume d’Assyrie que l’histoire des Assyriens et des Chaldéens commence à devenir claire ; à l’époque où celle des Égyptiens devient claire aussi, lors» que les rois de Ninivë, de Babylone et d’Égvpte commencent à se rencontrer et à se combattre sur le théâtre de la Syrie et de la Palestine.

Il paraît néanmoins que les auteurs de ces contrées , ou ceux qui en avaient consulté les traditions, etBérose, et Hiéronyme , et Nicolasde Damas, s’accordaient à parler d’un déluge; Bérose le décrivait même avec des circonstances tellement semblables à celles de la Genèse, qu’il est presque impossible que ce qu’il en dit ue soit pas tiré des mêmes sources, bien qu’il en recule l’époque d’un grand nombre de siècles, autant du moins que l’on peut, en juger par les extraits embrouillés que Josèphe , Eusèbc et le Syncelle nous ont conservés de ses écrits. Mais nous devons remarquer, et c'est par cette observation que nous terminerons ce qui regarde les Babyloniens, que. ces siècles nombreux et cette grande suite de rois placés entre

DISC0UBS SUB LES BÉVOLliTIONS

le déluge et Sémiramis sont une chose nouvelle, entière* ment propre à Bérose, et dont Ctésias et ceux qui l’ont suivi n’avaient pas eu l’idée , qui n’a même été adoptée par aucun des auteurs profanes postérieurs à Bérose. Justin et Velleius considèrent Ninus comme le premier des conquérants, et ceux qui, contre toute vraisemblance, le placent le plus haut ne le font que de quarante siècles antérieur au temps présent

Les auteurs arméniens du moyen âge s’accordent à peu près avec quelqu’un des textes de la Genèse, lorsqu’ils font remonter le déluge à quatre mille neuf cent seize ans ; et l’on pourrait croire qu’ayant recueilli les vieilles traditions, et peut-être extrait les vieilles chroniques de leur pays , ils forment une autorité de plus en faveur de la nouveauté des peuples; mais quand on réfléchit que leur littérature historique ne date que du cinquième siècle,, et qu’ils ont connu Eusèbe, on comprend qu’ils ont dû . s’accommoder à sa chronologie et à celle de la Bible. Moïse de Chorène fait professiou expresse d’avoir suivi les Grecs, et l'on voit que son histoire ancienne est calquée sur Ctésias ». •'

Cependant il est certain que la tradition du déluge existait en Arménie bien avant -la conversion des habitants au christianisme ; et la ville qui, selon Josèphe, était appelée le lieu de la Descente existe encore au pied du mont Ararat , et porte le nom de Nachidchevan, qui a eu effet ce sens-là 3 . . • . ' ’ ;

Nous en dirons des Arabes, des Persans, des Turcs,

* Justin , lib. i , cap. 1 ; Velleius Paterculus , lib. r , cap. 7.

1 Voyez Mosis Chorenensis, Hislor. armen., lib. î , cap. l .

3 Voyez la Préface des frères Whislon sur Moise de Chorène , pa«- 4-

I)B LA. SURFACE DU GLOBE. ! . • fil

des Mongoles, des Abyssins d'aujourd'hui, autant que des Arméniens. Leurs anciens livres , s’ils en ont eu , 11’existent plus ; ils n’ont d’ancienne histoire que celle qu’ils se sont faite récemment , et qu’ils ont modelée sur la Bible : ainsi ce qu’ils disent du déluge est emprunté de la Genèse, et n’ajoute rien à l’autorité de ce livre.

Il était curieux de rechercher quelle était sur ce sujet l’opinion des anciens Perses, avant qu’elle eût été modifiée par les croyances chrétienne et mahométane. On la trouve consignée dans leur Boundehesh, ou Cosmogonie , ouvrage du temps des Sassanides, mais évidemment extrait ou traduit d’ouvrages plus anciens, et qu’Anquetil du Perron a retrouvé chez les Parais de l’Inde. La durée totale du monde ne doit être que de douze mille ans : ainsi il ne peut être encore bien ancien. L’apparition de Cayoumortz ( l’homme taureau , le premier homme ) est précédée de la création d’une grande eau Du reste, il serait Imssi inutile de demander aux Parsis une histoire sérieuse pour les temps anciens qu’aux autres orientaux ; les Mages n’en ont pas plus laissé que les Brahmes ou les Chaldéens. Je n’en voudrais pour preuve que les incertitudes sur l’époque de Zoroastre. On prétend même que le peu d’histoire qu’ils pouvaient avoir, ce qui regardait les Achéménides, les successeurs de Cyrus jus*, qu’à Alexandre , a été altéré exprès, et d’après un ordre officiel d’un monarque sassanide \

Pour retrouver des dates authentiques du commencement des empires, et des traces du grand cataclisme, il faut donc aller jusqu’au delà des grands déserts de la

* Zendavesta d’Anquetil , tom. II, pag. 354.

‘ Ma/ondi, ap. Sacy, Manuscrits de la Bibliothèque du Roi, tom. VIH , pag, 161, ' j, " . •

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