DISCOURS SCR LES RÉVOLUTIONS
Tar tarie. Vers l'Qritiit et vers Je Nord habite une autre race, dont toutes les institutions, tous les procédés diffèrent autant des nôtres que sa figure et son tempérament. Elle parle en monosyllabes ; elle écrit en hiéroglyphes arbitraires ; elle n’a qu'une morale politique, sans religion, car les superstitions de Fo lui sont venues des Indiens. Son teint jaune, ses joues saillantes, ses yeux étroits et obliques, sa barbe peu fournie, -la rendent si différente de nous , qu’on est tenté de croire que ses ancêtres et les nôtres ont échappé à la grande catastrophe par deux côtés différents; mais, quoi qu’il en soit, ils datent leur déluge à peu près de la même époque que nous.
Le Chouking est le plus ancien des livres des Chinois * ; on assure qu’il fut rédigé par Confucius avec des lambeaux d’ouvrages antérieurs, il y a environ deux mille dèux cent cinquante-cinq ans. Deux cents ans plus tard arriva, diton, la persécution des lettrés et la destruction des livres sous l’empereur Chi-Hoangti, qui "voulait détruire les traces du gouvernement féodal établi sous la dynastie antérieure à la sienne. Quarante ans plus tard, sous la dynastie qui avait renversé celle à laquelle appartenait Chi-Hoangti, une partie du Chouking fut restituée de mémoire par un vieux lettré, et une autre fut retrouvée dans un tombeau , mais près de la moitié fut perdue pour toujours. Or, ce livre, le plus authentique de la Chine, commence l’histoire de ce pays par un empereur Yao , qu’il nous représepte occupé à faire écouler les eaux qui, s’ étant élevées jusqu'au ciel , baignaient encore le pied des plus hautes montagnes , couvraient les collines
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■ Voye* la préface de l’édition du Chouking, donnée par M. de Guignes.
DE LA SlIEFACK DU GLOBE.
moins élevées, el rendaient les plaines impraticables ■;
Ce Yao date, selon les uns, de quatre miile cent soixantetrois, selon les autres, de trois mille neuf cent quarantetrois ans avant le temps aetael. La variété des opinions sur cette époque va même jusqu’à deux cent quatre-vingtquatre ans.
Quelques pages plus loin, on nous montre Yu, ministre et ingénieur, rétablissant le cours des eaux , élevant des digues, creusant des canaux , et réglant les impôts de chaque province dans toute la Chine, c’est-à-dire dans un empire de six cents lieues en tout sens; mais l’impossibilité de semblables opérations après de semblables événements montre bien qu’il ne s’agit ici que d’un roman moral et politique \ ; . •» * •
Des historiens plus modernes ont ajouté une suite d’empereurs avant Yao , mais avec une foule de circonstances fabuleuses, sans oser leur assigner d’époques fixes, en variant sans cesse entre eux , même sur leur nombre et - sur leurs noms , et sans être approuvés de tous leurs compatriotes. Fouhi, avec son corps de serpent, sa tète de bœuf et ses dents de tortue , ses successeurs non moins monstrueux , sont aussi absurdes , et n’ont pas plus existé qu’Encelade et Briarée.
Est-il possible que ce soit un simple hasard qui donne un résultat aussi frappant, et qui fasse remonter à peu près à quarante siècles l’origine traditionnelle des monarchies assyrienne, indienne et chinoise? Les idées de peuples qui ont eu si peu de rapports ensemble , dont la langue , la religion , lès lois n’ont rien de commun , s’ac-
1 Ckouking , traduction française , pag. 9. >
1 C’est le Yu-Kong ou le premier chapitre de la deuxième parfic- de C/toufting, pag. 4a à go. v ’ - t .*
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corderaient-elles sur ce point si elles n'avaient la vérité pour base? - - ■ •- •
Nous ne demanderons pas de dates précises aux Américains , qui n’avaient point de véritable écriture > et dont les plus anciennes traditions ne remontaient qu’à quelques siècles avant l’arrivée des Espagnols ; et cependant l’on croit encore apercevoir les traces d’un déluge dans leurs grossiers hiéroglyphes. Ils ont leur Noé, ou leur Deucalion comme les Indiens, comme les Babyloniens, comme les Grecs
La plus dégradée des races humaines , celles des nègres, dont les formes s’approchent le plus de la brute, et dont l’intelligence ne s’est élevée nulle part au point d’arriver à un gouvernement régulier, ni à la moindre apparence de connaissances suivies, n’a conservé nulle part d’annales ni de traditions anciennes. Elle ne peut donc nous ins- . triiire sur ce que nous cherchons , quoique tous ses caractères nous montrent clairement qu’elle a échappé à la grande catastrophe sur un autre point que les races eaucasique etaltaïque, dont elle était peut-être séparée depuis longtemps quand cette catastrophe arriva.
Mais, dit-on, si les anciens peuples ne nous ont pas laissé d’histoire , leur longue existence en corps de nation n’en est pas moins attestée par les progrès qu’ils avaient faits dans l’astronomie; par des observations dout là date est facile à assigner, et même par des monuments eneore subsistants et qui portent eux-mêmes leurs dates.
Ainsi , la longueur de l’année, telle que les Égyptiens sont supposés l’avoir déterminée d’après le lever héliaque
1 Voyez l’excellent et magnifique ouvrage do M. de Huuiboldt sur . les monuments mexicains. ... . ’ •
de Sirius , se trouve juste pour une période comprise entre l'année 3000 et l’année 1000 avant Jésus-Christ, période dans laquelle tombent aussi les traditions de leurs conquêtes et de la grande prospérité de leur empire. Celte justesse prouve à quel point ils avaient porté l’exactitude , de leurs observations, et fait sentir qu’ils se livraient depuis longtemps à des travaux semblables.
Pour apprécier ce raisonnement , il est nécessaire que nous entrions ici dans quelques explications.
Le solstice est le moment de l’année où commence la crue du Nil , et celui que les Égyptiens ont dû observer avec le plus d’attention. S’étant fait dans l’origine , sur de mauvaises observations, une année civile ou sacrée de trois cent soixante-cinq jours juste , ils voulurent la conserver par des motifs superstitieux , même après qu’ils se furent aperçus qu’elle ne s’accordait pas avec l’année naturelle ou tropique , et ne ramenait pas les saisons aux mêmes jours *. Cependant c’était cette année tropique qu’il leur importait de marquer pour se diriger dans leurs opérations agricoles. Ils durent donc chercher dans le eiel un signe apparent de son retour, et ils imaginèrent qu’ils trouveraient ce signe quand le soleil reviendrait à la même position, relativement à quelque étoile remarquable. Ainsi ils s’appliquèrent, comme presque tous les peuples qui commencent cette recherche , à observer les levers et les couchers héliaques des astres. Nous savons qu’ils choisirent particulièrement le lever héliaque de Sirius ; d’abord, sans doute , à cause de la beauté de l’étoile , et surtout parce que dans ces anciens temps ce lever de Sirius coin-*
* Gcminus , contemporain de Cicéron , explique au long leurs motifs. Voyez l’édition qu’en donne M. Hatma a ta suite du Plolomée, page 43. ' ' ' - . .
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cidaùt à peu près avec le solstice,- et annonçant l'inondation , était pour eux le phénomène de ce genre le plus important. Il arriva même de là que Sirius, sous le nom de Sothis , joua le plus grand rôle dans toute leur mythologie et dans leurs rites religieux. Supposant donc q«e le* retour du lever héliaque- de Sirius et l’année tropique étaient de même durée, et croyant enfin reconnaître que cette durée était de trois cent soixante-cinq jours et un quart, ils imaginèrent une période après laquelle l’année tropique et l’ancienne année , Fannée sacrée de trois cent soixante-cinq jours seulement, devaient revenir au même jour ; période qui , d’après ces données peu exactes , était nécessairement de mille quatre cent soixante-une années sacrées et de raille quatre cent soixante de ces années perfectionnées auxquelles ils donnèrent le nom d’années de Sirius... . . ’• -• " -
Ils prirent pour point de départ de cette période, qu’ils appelèrent année sothiaque ou grande année, une année civile, dont le premier jour était ou avait été aussi celui d’un lever héliaque de Sirius; et l’on sait, par le témoignage positif de Censorin , qu’une de ces grandes années avait pris fin en 138 de Jésus-Christ * : par conséquent elle avait commencé en 1322 avant Jésus-Christ, et celle qui l’avait précédée en 2782. En effet, par des calculs de M. Ideler, on reconnaît que Sirius s’est levé héliaquement le 20 juillet de l’année julienne 139, jour qui répondait cette anuée-là au premier de Thot ou au premier jour
de l’année sacrée égyptienne *. •
' Tout ce système est développé par Censorin : de Die natali , cap. t8 et 21.
> Idekr, Recherches historiques sur les observations astrono-
- . Mais non-seulement la position du soleil , par rapport aux étoiles de l’écliptique, ou l’année sidérale, n’est pas la même que l'année tropique, à cause de la précession des équinoxes;, l’année héliaque d’une étoile, ou la période de son lever héliaque , surtout lorsqu’elle est éloignée de l’écliptique, diffère encore de l’année sidérale, et eu diffère diversement selon les latitudes des lieux où on l’observe. Ce qui est assez singulier cependant , et ce que déjà Bainbridge * et le père Petau 1 ont fait observer 3 , il est arrivé, par un concours remarquable dans les positions, que sous la latitude de la Haute- Égypte , à une certaine époque et pendant un certain nombre de siècles, l’année de Sirius était réellement, à très-peu de chose près , de trois cent soixante-cinq jours un quart ; en sorte que le lever héliaque de cette étoile revint en effet au même jour de l’année julienne , au 20 juillet, en 1322 avant et en 138 après Jésus-Christ*. » -
•> De cette coïncidence effective, à cette époque reculée ,
M. le baron Fourier, qui a constaté tous ces rapports par un grand travail et par de nouveaux calculs , conclut que
ttiiques des anciens, traduction de M. Halma, à la suite de son Canon de Plolomée , pag. 52 et suivantes.
1 Bambrtdge, Canicul.
J Petau , Var. Dits. lib. v, cap. 6, pag. 108. • - ,
■3 Voyez aussi La Nauzc, sur l’année égyptienne, Académie des Belles Lettres, tom. XIV, pag- 346 ; et le Mémoire de M. Fourier, dans le Grand Ouvrage sur l'Égypte, Mit»., tom. I, pag. 803.
* Petau , loc. cit. M. ldeler affirme que cette rencontre du lever héliaque de Sirius eut aussi lieu en 2782 avant Jésus Christ. ( Recherches historiques , dans le Plolomée de M. Halma, tom. IV,. pag. 37.) Mais pour l’année julienne 1598 de Jésus-Christ, qui est aussi la dernière d’une grande année, le père Petau et M. ldeler diffèrent beaucoup entre eux. Celui-ci met le lever héliaque de Sinus au 22 juillet; le prcmier le place au 19 ou au 20 d’août.
puisque la longueur de l’année de Sirius était si parfaitement connue des Égyptiens, il fallait qu’ils l’eussent déterminée sur des observations faites pendant longtemps et avec beaucoup d’exactitude, observations qui remontaient au moins à deux mille cinq cents ans avant notre ère , et qui n’auraient pu se faire ni beaucoup avant ni beaucoup après cet intervalle de temps \
Certainement ce résultat serait très-frappant si c’était directement et par des observations faites sur Sirius luimême qu’ils eussent fixé la longueur de l’année de Sirius -, mais des astronomes expérimentés affirment qu’il est impossible que le lever héliaque d’une étoile ait pu servir de base à des observations exactes sur un pareil sujet, surtout dans un climat où le tour de l'horizon est toujours tellement chargé de vapeurs , que dans les belles nuits on ne voit jamais d’étoiles à quelques degrés au-dessus de C horizon , dans les seconde et troisième grandeurs , et que le soleil même , à son lever et à son coucher, se trouve entièrement déformé Ils soutiennent que si la longueur de l’année n’eût»pas été reconnue autrement, on aurait pu s’y tromper d’un et de deux jours 3 . Ils ne doutent donc pas que cette durée de trois cent soixante-cinq jours un quart ne soit celle de l’année tropique , mal déterminée par l’observation de l’ombre ou par celle du point où le soleil se levait chaque jour, etidenti-
' Voyez, dans le Grand Ouvrage sur l'Égypte, Antiquités, Mémoires, 1. 1, pag. 803, l’ingénieux Mémoire de M. Fourier intitulé Recherches sur les sciences et le gouvernement de l'Égypte.
1 Ce sont les expressions de feu Nouet , astronome de l’expédition d’Égypte. Voyez Volney , Recherches nouvelles sur l’histoire ancienne, tome III.
3 Delambre, Abrège d’ Astronomie , pag. 217, et dans sa note sui les paranatellons, Histoire de l'Astronomie du moyen âge, pag. lij.
DE LA. SlfBFACE DU «LOBE. J 4 J»
fiée par ignorance avec i’année héljaque de Sirius; eu sorte que ce serait un pur liasard qui aurait fixé avec tant de justesse la durée de celle-ci pour l’époque dont il est question
Peut-être jugera-t on aussi que des hommes capables d’observations si exactes , et qui les auraient continuées pendant si longtemps, n’auraient pas donné à Sirius assez d’importance pour lui vouer un culte; car ils auraient vu que les rapports de son lever avec l’année tropique et avec la crue du Nil n’étaient que temporaires, et n’avaient lieu qu’à une latitude déterminée. En effet, selon les calculs de M. Ideier, en 2782 avant Jésus-Christ , Sirius se montra dans la haute Égypte le deuxième jour après le solstice, en 1322 le treizième, et en 139 de Jésus-Christ " Je vingt-sixième 3 . Aujourd’hui il ne se lève héliaqueraent que plus d’un mois après le solstice. Les Égyptiens se seraient donc attachés de préférence à trouver l’époque qui ramènerait la coïncidence du commencement de leur année sacrée avec celui de la véritable année tropique ; et alors ils auraient reconnu que leur grande période devait être de mille cinq cent huit années sacrées , et non pas de mille quatre cent soixante-une 3 . Or, on ne trouve certainement aucune trace de cette période de mille cinq cent huit ans dans l’antiquité.
En général j peut-on se défendre de l’idée que si les Égyptiens avaient eu de si longues suites d’observations et d’observations exactes , leur disciple Eudoxe , qui étu-
1 Delambre, Rapport sur le Mémoire de M. de Paravey sur ta Sphère, dans le tome VJII des Nouvelles Annales des Voyages.
1 Idèlcr, loc. cit., pag. 38.
3 Voyez Laplace, Système du Monde, troisième édition, pag. I",
et Annuaire de ISIS. -