DISCOÙBS' SUE LES RÉVOLUTIONS
d’étudier la généralité de ces phénomènes , au moins daipi. un espace limité autour de nous. Mon excellent ami M. Brongniart, à qui d’autres études donnaient le-même désir, a bien voulu m’associer à lui , et c’est ainsi que nous avons jeté les premières bases de notre travail sur (es environs de Paris; mais cet ouvrage, bien qu’il porte encore mon nom , est devenu presque en entier celui de mon ami , par les soins infinis qu’il a donnés , depuis la conception de notre premier plan et depuis nos voyages , à l’examen approfondi des objets et à la rédaction du tout. Je l’ai placé, avec Je consentement de M. Brongniart, daus la deuxième partie de mes Recherches , dans celle ou je traite des ossements de nos environs. Quoique relatif en apparence â un pays assez borné, il donne de nombreux résultats applicables à toute la géologie , et source rapport il peut être considéré comme une partie intégrante du présent discours,. en même temps qu’il.est à coup sûr l’un des plus beaux ornements de mon livre *.
On y voit l’histoire des changements les plus récents arrivés dans un bassin particulier, et il nous conduit jusqu’à la craie , dont l’étendue sur le globe est infiniment plus considérable que celle des matériaux du bassin de Paris. La craie, que l’on croyait si moderne, se trouve ainsi bien reculée dans les siècles de l'avant-dernier âge ; elle forme une sorte de limite entre lés terrains les plus récents , ceux auxquels on peut réserver le nom de tertiaires, et les terrains que l’on nomme secondaires , qui se sont déposés avant la craie , mais après les terrains primitifs et ceux de transition. ' ; . > .
1 On en a tiré des exemplaires à part , sous le titre de Descr iption géologique des environs de Paris, par MM. G. fcuvier et Al. jîron-
gniart; Paris, 1822, in «Vet 1834, in-8°. *- .v . . ' " '
Les observations récentes de plusieurs géologistes qui out donné suite à nos vue9 , tels que MM. Buckland, Webster, Constant-Prévost , et celtes de M. Brongniart lui-même, ont prouvé que ces terrains postérieurs à ht craie se sont reproduits dans bien d’autres bassins que celui de Paris , quoique avec quelques variations ; en sorte qu’il a été possible d’y constater un ordre de succession dont plusieurs étages s’étendent presque à toutes les contrées que l’on a observées. ,
Résumé des observations sur la succession des terrains.
Les couches les plus superficielles , ces bancs de limon et de sables argileux mêlés de cailloux roujés provenus de pays éloignés , et remplis d’ossements d’animaux terrestres , en grande partie inconnus ou au moins étrangers, semblent avoir recouvert toutes les plaines , rempli, le fond de toutes les cavernes , obstrué toutes les fentes de rochers qui se sont trouvés à leur portée. Décrites avec un soin particulier par M. Buckland, sous le nom de diluvium , et bien différentes de cesautres couches également meubles, sans cesse déposées par les torrents et par les fleuves , qui ne contiennent. que des ossements d’animaux du pays, et que M. Buckland désigne par le nom d'alluvium , elles forment aujourd’hui aux yeux de tous les géologistes la preuve la plus sensible de l’ijaondation immense qui a été la dernière des catastrophes du globe '.
Entre ce diluvium, et la craie sont les terrains alterna-
1 Voyez le grand ouvrage de M le professeur Buckland, intitulé Reliquiæ diluviaux ; Londres, 1823 , in-4°, pages 185 et suivantes; et l’article eau, par M. Brongniart , dans le quatorzième volume du Dictionnaire des Sciences naturelles.
CliVIER. — DISC. SUR LES RÉVOL.
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tivement remplis des produits de l’eau douce et de l’eau salée, qui marquent les irruptions et les retraites de la ■ mer auxquelles depuis la déposition de la craie cette partie du globe a été sujette; d’abord des marnes et des pierres meulières, ou silex caverneux, remplies de coquilles d’eau douce semblables à celles de nos marais et de nos étangs; sous elles des marnes, des grès, des calcaires, dont toutes les coquilles sont marines , des huîtres, etc.
Plus profondément, des terrains d’eau douce d’une époque plus ancienne, et nommément ces fameuses phi- trières des environs de Paris qui ont donné tant de faci- lité à orner les édifices de cette grande ville, et où nous avons découvert des genres entiers d’animaux terrestres dont on n’avait aperçu aucune trace ailleurs.
Elles reposent sur ces bancs, non moins remarquables, de la pierre calcaire dont notre capitale est construite , dans le tissu plus ou moins serré desquels la patience et la sagacité de MM. Defrance, Deshayes, et d’autres ardents collecteurs , ont déjà recueilli plus de huit cents espèces de coquilles, toutes de mer, mais la plupart inconnues dans les mers d’aujourd’hui. Ils ne contiennent aussi, presque généralement, que des ossements de poissons, de cétacés et d’autres mammifères marins. Tout au plus voit-on, dans leurs couches les plus voisines du gypse, des os semblables à ceux de ce dernier terrain 1 .
Sous ce calcaire marin est encore un terrain d’eau douce, formé d’argile, dans lequel s’interposent de grandes couches de lignite ou de ce charbon de terre d’une origine plus récente que la houille. Parmi des coquilles constamment d’eau douce, il s’y voit aussi des os, mais, chose
• 1 Voyez luMktio de l’Appendice. »
remarquable, desos de reptiles et non pas de mammifères.
Des crocodiles, des tortues le remplissent, et les genres de mammifères perdus que récèle le gypse ne s’y voient pas. Ils n’existaient pas encore dans la contrée quand ces argiles et ces lignites s’y formaient. "
Ce terrain d’eau -douce, le plus ancien que l’on ait reconnu avec certitude dans nos environs, et qui porte tous les terrains que nous venons de dénombrer, est porté et embrassé lui-même de toutes parts par la craie, formation immense par son épaisseur et par son étendue, qui se montre dans des pays fort éloignés , tels que la Poméranie, la Pologne, mais qui dans nos environs règne avec une sortexle continuité en Berri, en Champagne, en PI-', cardie, dans la haute Normandie et dans une partie de l’Angleterre , et forme ainsi un grand cercle ou plutôt un . grand bassin dans lequel les terrains dont nous venons de - . parler sont contenus, mais dont ces terrains recouvrent aussi les bords dans les endroits où ils étaient moins élevés.
En effet, ce n’est pas seulement dans notre bassin que ces sortes de terrains se déposaient. Dans les antres contrées où la surface de la craie leur offrait des cavités sem- *. blables, dans ceux même où il n’y avait point de craie, ; et où les terrains plus anciens s’offraient seuls pour appui, les circonstances amenèrent souvent des dépôts plus ou • moins semblables aux nôtres, et reeélant les mêmes corps organisés, , <• * ' :
Nos terrains à coquilles d’eau douce des deux étages ont été vus en Angleterre, en Espagne, et jusqu’aux Confins de la Pologne. -
Les coquilles marines placées entre eux sc sont retrouvées le long des Apennins. .
Quelques-uus des quadrupèdes de nos plâtrières, nos ' I
tJM DISCOIJBS SÜB LES BÉVOU1TIONS
pajéothériums , par exemple, ont aussi laissé de leurs os dans des terrains gypseux du Vêlai et dans les carrières de pierres dites molasses du midi de la France.
Ainsi les révolutions partielles qui avaient lieu dans nos environs, entre l’époque de la craie et celle de la grande inondation , et pendant lesquelles la mer se jetait sur nos cantons ou s’en retirait, avaient lieu aussi dans une multitude d’autres contrées. C’était pour le globe une suite de tourmentes et de variations, probablement assez rapides, puisque les dépôts qu’elles ont laissés ne montrent nulle part beaucoup d'épaisseur ou beaucoup de solidité.-»
La craie a été le produit d’une mer plus tranquille et moins coupée; elle ne contient que des produits marins, parmi lesquels il en est cependant quelques-uns d’anU maux vertébrés bien remarquables , mais tous de la classe des reptiles et des poissons ; de grandes tortues , d’immenses lézards et autres êtres semblables.
Les terrains antérieurs à la craie , et dans les creux desquels elle est elle-même déposée , comme les terrains de nos environs le sont dans les siens , forment une grande partie de l’Allemagne et de l’Angleterre; et les efforts: qu’ont faits récemment les savants de ces deux pays, d’accord avec les nôtres, et inspirés par les mêmes données, s’unissant à ceux qu’avait précédemment tentés l’école de Werner, ne laisseront bientôt rien à désirer pour leur connaissance \ MM. de Humboldtet de Bonnard pour la France et l’Allemagne, MM. Buckland, Conybeare, Labèche pour l’Angleterre, en ont donné les tableaux Its plus complets et les plus ihstructifs’. - .< V-
1 Voyez note 1 1 de l’Appendice.
2 Voici celui que M. de jlumboldt a frien voulu tracer pour en or-
Sous la craie sont des sables verts dont ses couches inférieures conservent quelques restes. Plus profondément sont des sables ferrugineux ; en bien des pays les uns et les autres s’aglutinent en bancs de grès , dans lesquels se voient aussi des lignites , du succin et des débris de reptiles. . .
Au-dessous vient la grande masse de couches qui composent la chaîne du Jura et celle des montagnes qui le continuent en Souabe et en Franconie, les crêtes principales des Apennins et des multitudes de bancs de la France et de l’Angleterre. Ce sont des schistes calcaires riches en poissons et en crustacés, des bancs immenses d’oolithes ou d’une pierre calcaire grenue, des calcaires marneux et pyriteüx gris caractérisés par des ammonites, par des huîtres à valves recourbées, dites gryphées, et par dés , reptiles, mais, de plus, singuliers dans leurs formes et leurs caractères. • ■ • >. ; - •
De grandes coyches de sables et degrés, offrant souvent des empreintes végétales, supportent tous ces bancs du Jura, et reposent elles-mêmes sur un calcaire à qui les innombrables coquilles et zoophytes dont il est rempli ont fait donner par Werner le nom, beaucoup trop général, de • calcaire coqmllicr, et que d’autres couches de grès, de la sorte qu’on nomme grès bigarré , séparent d’un calcaire
lier mon ouvrage , non-seulement des terrains secondaires , mais do toute la suite des couehes, depuis les plus anciennes que l’on connaisse jusqu’aux plus modernes et aux plus superficielles. C*cst on quelque sorte le dernier résumé des efforts de tous les géologistes. Voyez le tableau ci-joint.
[Ce tableau n’a plus aujourd’hui qu’une valeur historique, suivant M. de Ilumbotdt lui-méme. Nous donnerons dans l’Appendice la classification nouyelle des roches que cet illustre savant a établie dans son Cosmos ( Voy. l'Appendice,- note i 2).}
encore plus ancien, que l’on a appelé non moins improprement calcaire alpin, parce qu'il compose les hautes Alpes du Tyrol , mais qui, dans le fait, se montre au jour dans nos provinces de l’est et dans tout le midi de l’Allemagne. •- • ’ ' v
C’est dans ce calcaire dit coquillier que sont déposés de grands amas de gypse et de riches couches de sel, et cest au-dessous de lui que se voient les couches minces de schistes cuivreux si riches en poissons, parmi lesquels il y a aussi des reptiles d’eau douce. Le schiste cuivreux est porté sur un grès rouge, à l’âge duquel appartiennent cçs fameux amas de charbon de terre ou de houille, ressource de l’âge présent, et reste des premières richesses végétales qui aient orné la facedu globe. Les troncs de fougères dont ils ont conservé les empreintes nous disent assez combien ces antiques forêts différaient des nôtres*. •- ,
On tombe alors promptement dans ces terrains de transition où la première nature , là nature morte et purement minérale, semblait disputer encore l’empire à la nature organisante ; des calcaires noirs , des schistes qui n’offrent que des crustacés et des coquilles de genres • aujourd’hui éteints , alternent avec des restes de terrains primitifs , et nous annoncent que nous arrivons à ces formations les plus anciennes qu'il nous ait été donné de con naître, à ces antiques fondements de l'enveloppe actuelle du globe, aux marbres et aux schistes primitifs, aux gneiss et enfin aux grauits. • >■
’ Pour compléter ce tableau, par l’histoire <les successions végétales qui ont accompagné sur lo globe aux différentes époques les successions animales, on doit consulter les ouvrages de Liudley, de Brongniart , etc-, sur les végétaux fossiles. Voyez note 1 3 de l’Appendice.
Telle est l'énumération précise des masses successives dont la nature a enveloppé ce globe; la géologie l’a obtenue en combinant les lumières de la minéralogie avec celles que lui fournissaient les sciences de l’organisation ; cet ordre si nouveau et si intéressant de faits ne lui est acquis que depuis qu’elle a préféré des richesses positives données par l'observation, à des systèmes fantastiques, à des conjectures contradictoires sur la première origine des globes et sur tous ces phénomènes qui , ne ressemblant en rien à ceux de notre physique actuelle, ne pouvaient y trouver pour leur explication ni matériaux ni pierre de touche.
1 1 y a quelques années la plupart des géologistes pouvaient être comparés à des historiens qui ne se seraient intéressés dans l’histoire de France qu’à cequi s’est passé dans les Gaules avant Jules-César; mais encore les historiens s’aident-ils, en composant leurs romans, de la connaissance des faits postérieurs, et les géologistes dont je parle négligeaient précisément les faits postérieurs , qui seuls pouvaient réfléchir quelque lueur sur la nuit des temps précédents. ; . ’ • •
Il ne me reste, pour terminer ce discours, qu’à présenter le résultat de mes propres recherches, ou, en d’autres termes, le résumé de mon grand ouvrage; je vais énumérer les animaux que j’ai découverts dans l’ordre inverse de celui que je viens de suivre pour l’énumération des terrains. En m'enfonçant dans la suite des couches, je remontais dans la suite des temps ; je vais maintenant prendre les terrains les plus anciens, faire connaître les animaux qu’ils recèlent; et, passant d’époque en époque, indiquer ceux qui s’y montrent successivement à mesure qu’on se rapproche du temps présent..
Énumération des animaux fossiles reconnus par l'auteur. .
Nous avons vu que des zoophytes, des mollusques et certains crustacés commencent à paraître dès les terrains de transition ; peut-être y a-t-il même dès lors des os et des squelettes de poissons; mais il s’en faut encore de beaucoup que l’on ne découvre si tôt des restes d’animaux qui vivent sur la terre sèche et respirent l’air en nature.
Les grandes couches de houille et les troncs de palmiers et de fougères dont elles conservent les empreintes, bien que supposant déjà des terres sèches et une végétation aérienne, ne montrent point encore des os de quadrupèdes, pas même de quadrupèdes ovipares.
Ce n’est qu’un peu au-dessus, dans le schiste cuivreux bitumineux, qu’on en voit la première trace; et, ce qui est bien remarquable, les premiers quadrupèdes sont des reptiles delà famille des lézards, très-semblables aux grands monitors qui vivent aujourd’hui dans la zone torride. Il s’en est trouvé plusieurs individus dans les mines de Thuringe ', parmi d’innombrables poissons d’un genre aujourd’hui iuconnu, mais qui, d’après ses rapports avec les genres de nos jours, paraît avoir vécu dans l’eau douce. Chacun sait que les monitors sont aussi des animaux d’eau douce.
Un peu plus haut est le calcaire dit des Alpes, et sur lui ce calcaire coquillier riche en entroques et en eucri ut test , qui fait la base d’une grande partie de l’Allemagne et de la Lorraine. . <■" * r '
11 a offert des ossements d’une très grande fortuedemer,
1 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles toni. V, iu-V 1 , deunifcine partie, pag. 300 - r
dont les carapaces pouvaient avoir de six à huit pieds de longueur, et ceux d'un autre quadrupède ovipare de la famille des lézards, de grande taille et à museau très-' pointu \
Remontant encore au travers des grès, qui n’offrent que • des empreintes végétales de grandes arondinacées , de bambous , de palmiers et d’autres monocotvlédones , on arrive aux différentes couches de ce calcaire qui a été nommé calcaire du Jura, parce qu’il forme le principal noyau de cette chaîne.
C’est là que la classe des reptiles prend tout son développement et déploie des formes variées et des tailles gigantesques.
La partie moyenne, composée d’oolithes et de lias, ou de calcaire gris à gryphées , a reçu en dépôt les restes de deux genres les plus extraordinaires de tous, qui unissaient les caractères de la classe des quadrupèdes ovipares avec des organes de mouvement semblables à ceux des cétacés.
h'ichthyosaurus *, découvert par sir Éverard Home , a la tête d’un lézard , mais prolongée en un museau effilé , armé de dents coniques et pointues •, d’énormes yeux, dont la sclérotique est renforcée d’un cadre de pièces osseuses ; une épine composée de vertèbres plates comme des dames à jouer, et concaves par leurs deux faces comme celles des poissons ; des côtes grêles ; un sternum et des os d’épaule semblables à ceux de lézards et des ornithorhynques ; un
* Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, deuxième partie, pages 355 et 525.
* Ibid., tom. V, deuxième partie, pag,447.
Le mot ichlhgotaurus signilie p<jtssvn-h ; z>ard (éc iy/Jv;., poisson, et aaOpo;, lézard ). ( H. ) •
bassin petitet faible, et quatre membres, dont les humérus et les fémurs sont courts et gros , et dont les autres os , aplatis et rapprochés les uns des autres comme des pavés, composent, enveloppés de la peau, des nageoires d’une pièce, à peu près sans inflexions, analogues, en un mot, pour l’usage comme pour l’organisation, à celles des cétacés. Ces reptiles vivaient dans la mer; à terre ils ne pouvaient tout au plus que ramper, à la manière des phoques; toutefois ils respiraient l’air élastique*.
On en a trouvé les débris de quatre espèces r
La plus répandue (/. communis , pl. I, ftg. 1) a des dents coniques mousses ; sa longueur va quelquefois à plus de vingt pieds. -
La seconde (/. platyodon) , au moins aussi grande, a des dents comprimées , portées sur une racine ronde et renflée.
La troisième ( /. tenuiroslris ) a des dents grêles et pointues, et le museau mince et allongé.
La quatrième (I. intermedius ) tient le milieu, pour les dents, entre la précédente et la commune. Ces deux dernières n’atteignent pas à moitié de la taille des deux premières’. -
Le plesiosaurus 3 , découvert par M. Conybeare, devait paraître encore plus monstrueux que Viehthyosaurus. 11 en avait aussi les membres , mais déjà un peu plus allongés et plus flexibles ; sou épaule , son bassin étaient plus robustes; ses vertèbres prenaient déjà davantage les formes et les articulations de celles des lézards ; mais ce qui le distinguait de tous les quadrupèdes ovipares et vivi-
' Voyez note I i de l'Appendice. -
* Voyez mes Recherches , tom. V, deuxième partie , pag. 45G.
3 De nX7i<itoç, voisin, et Taîpoi, lézard. •
pares, c'était un cou grêle aussi long que sou corps, composé de trente et quelques vertèbres, nombre supérieur à celui du cou de tous les autres animaux , s’élevant sur le tronc comme pourrait faire un corps de serpent, et se terminant par une très-petite tête, dans laquelle s’observent tous les caractères essentiels de celle des lézards \
Si quelque chose pouvait justifier ces hydres et ces autres monstres dont les monuments du moyen âge ont si souvent répété les figures, ce serait incontestablement ce plesiosaurus 1 . -, .. •
On en connaît déjà cinq espèces , dont la plus répandue ( P. dolichodeirus, pl. I, fig. 2 ) arrive à plus de vingt pieds de longueur.
Une seconde ( P. recentior }, trouvée dans des couches plus modernes, a les vertèbres plus plates.
Une troisième ( P. carinalus ) montre une arête à la face inférieure de ses vertèbres.
Une quatrième et une cinquième enfin ( P. pentagonus et P. trigonus ) les ont à cinq et à trois arêtes i .
Ces deux genres sont répandus partout dans le lias ; ou les a découverts en Angleterre, où cette pierre est à nu sur de longues falaises; maison les a retrouvés en France et en Allemagne.
Avec eux vivaient deux espèces de crocodiles , dont les os sont aussi déposés dans le lias, parmi des ammonites, des térébratules et d’autres coquilles de cette ancienne mer. Nous en avons des ossements dans nos falaises
’ Voyez noie 15 de l’Appendice. .. ^
* Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , ton». V, deuxième partie, pages 475 et suivantes.
3 Ibid., lom. V, deuxième partie, pages 485 et 486. - ’
de Hon(leur, ou se sont trouvés les débris d’après lesquels j’en ai donné les caractères
Une de ces espèces , le gavial à long bec , avait le museau plus long et la tète plus étroite que le gaviai ou crocodile à long bec du GaDge ; le corps de ses vertèbres était convexe en avant , tandis que daus nos crocodiles d’aujourd’hui il l’est en arrière. On i’a retrouvée dans les lias de Franconie comme dans ceux de France.
Une seconde espèce, le gavial à bec court , avait le museau de longueur médiocre, moins effilé que le gavial du Gange, plus que nos crocodiles de Saint-Domingue. Ses vertèbres étaient légèrement concaves à leurs deux extrémités. - ' ,
Mais ces crocodiles ne sont pas les seuls qu’aient recueillis les bancs de ces calcaires secondaires.
Les belles carrières d’oolithe de Caen en ont offert un très-remarquable, dont le museau, aussi long et plus pointu que celui du gavial â long bec, est suivi d'une tête plus dilatée en arrière, à fosses temporales plus larges; c’était, par ses écailles pierreuses et creusées de fossettes rondes, le mieux cuirassé de tous les crocodiles’. Ses dents de la mâchoire inférieure sont alternativement plus longues et plus courtes. •'
Il y en a encore un autre dans l’oollthe d’Angleterre, mais que l’on ne connaît que par quelques portions de son crâne, qui ne suffisent pas pour en donner une idée complète 3 . - r
. * VOycz mes Recherches sur les Ossements fossiles , tom. V, deuxième partie, pag. 143.
2 Ibid., tom. V, deuxième partie , pag. 127.
3 Nous en attendons une plus ample connaissance des recherches de M. Conybeare.
Digitizêd by GoogI
Un autre genre de reptiles bien remarquable, et dont les dépouilles, déjà existantes lors de la concrétion du lias, abondent surtout dans l’oolithe et dans les sables supérieurs , c’est le megalosaurus, ainsi nommé à juste titre 1 ; car, avec les formes des lézards , et particulièrement des monitors, dont if a aussi les dents tranchantes et dentelées , il était d’une taille si énorme, qu’en lui supposant les proportions des monitors, il devait passer soixantedix pieds de longueur : c’était un lézard grand eomme une baleine’. M. Buckland l’a découvert en Angleterre; mais nous en avons aussi en Franee, et il s’en est trouvé en Allemagne des os, Sinon de la même espèce, du moins d’une espèce qu’on ne peut rapporter à un autre genre.
C’est à M, de Sœmmerring qu’on en doit la première description. Il les a découverts dans des couches supérieures à l’oolithe, dans ces schistes calcaires de Franconie depuis longtemps célèbres par les nombreux fossiles qu’ils fournissaient aux cabinets des curieux , et qui vont le devenir bien davantage par les services que rend aux arts et aux sciences leur emploi dans la lithographie. V ” ‘ ’ • . . •
Les crocodiles continuent à se montrer dans ces schistes, et toujours des crocodiles à long museau. M. de Sœmmerrlng en a décrit un (le c. priscus) dont le squelette entier d’un petit individu est conservé presque comme il pourrait l’être dans nos eabinets 3 . C’est un de ceux qui ressemblent le plus au gavial actuel du Gange ; néan-
1 Megalosaurus signifie grand lézard ( de p-é^ac, grand et «oùpoç, lézard. (II. )
2 Voyez mes Recherches siir les Ossements fossiles, tom, V,